Un texte écrit pour l'Event de Pâques 2020, « La chasse aux œufs ».
Œuf de Lola : Le printemps est arrivé, et des fleurs poussent sur la tombe de All Might. Izuku vient lui parler.
Un matin au cimetière
Alors qu'une faible lueur palpitait à l'horizon, Izuku franchit le portail du cimetière de Musutafu. Situé sur une colline un peu à l'écart de la ville, le lieu s'enfonçait dans une forêt de pins aux troncs noirs. Fatigué et un peu confus, Izuku se perdit un long moment parmi les tombes étroites. Ce n'était pourtant pas sa première visite. Au contraire, il connaissait bien cet endroit.
Ses plus anciens souvenirs du cimetière remontaient à son enfance quand sa mère l'y emmenait pour honorer le caveau familial. Il se voyait encore, marchant sagement à côté d'elle, agrippant sa robe car toujours un peu intimidé par la majesté de l'imposante entrée en pierre. Néanmoins, ça ne durait jamais bien longtemps. A la fois, curieux et turbulent, il finissait toujours par sortir du petit chemin pavé pour explorer les environs et rendre visite à quelques tombes éloignées, effondrées parfois, bataillant avec des racines, ou recouvertes intégralement de mousses. Aujourd'hui, alors qu'il était devenu un homme, il pouvait encore s'émerveiller de ces pierres qui s'enfonçaient dans cet océan vert, tacheté de petits Gizo rouges vif.
Izuku finit par retrouver son chemin grâce à une statue de Bouddha bien visible et finalement, au détour d'une petite allée, il repéra le jeune cerisier qu'il cherchait et alla à sa rencontre. Juste à côté de l'arbuste, il savait qu'il la trouverait : la tombe d'All Might, le haka où reposait les cendres de ce maître qu'il avait adoré. Evidemment, ce n'était pas réellement la tombe d'All Might. Il y avait au centre de Tokyo un monument bien plus imposant où l'on pouvait honorer la mémoire du héros. Ici, reposait simplement Toshinori Yagi. Mais c'était bien lui qu'Izuku venait voir.
« Je sais que ça fait longtemps, je suis désolé. », murmura-t-il.
Le regard de l'homme s'attarda un instant sur le bassin devant la stèle de son maître où il ne restait que les vestiges d'un bouquet de camélias rouges et quelques chrysanthèmes blancs. Izuku s'en voulut de ne rien avoir apporté pour égayer la tombe. Même si son maître ne se serait jamais formalisé pour ce genre de choses, Izuku se promit qu'à l'avenir, il en prendrait soin. Heureusement, quelques fleurs jaunes ne se privaient pas de pousser entre les pierres.
« Il fallait que je vous parle. J'avais quelque chose à vous dire. », bredouilla-t-il
Izuku avait l'impression de ne pas être seul devant cette tombe. Après toutes ces années, c'était comme si son maître était encore là. L'homme sentait qu'à travers la pierre, All Might pouvait le fixer de ces mêmes yeux sombres qui le regardaient si intensément alors qu'il était adolescent. Le sourire de son héros, figé dans ses souvenirs, l'encouragea à parler:
« J'imagine que vous auriez voulu le savoir. Mais peut-être que là où vous êtes... Vous savez déjà. »
Sa voix mourut dans le silence du cimetière. Izuku prit une grande inspiration. Il fallait qu'il soit fort. Il fallait qu'il dise ces mots qui étaient restés coincés dans sa gorge depuis que c'était arrivé:
« Il y a un mois, maman est tombée très malade, chuchota Izuku. Elle est morte hier soir. Dans son sommeil. Elle est partie, sans rien dire, sans souffrir. »
Alors qu'il sentait que tout son corps voulait éclater en sanglot, il trouva la force de continuer.
« Je voulais vous le dire... Vous lui manquiez beaucoup. Ça... ça ne m'a pas échappé. »
Non, ça ne lui avait pas échappé. Izuku avait toujours vu ces petites œillades timides que son maître et sa mère se lançaient, ces contacts brefs mais tendres qu'ils recherchaient sans vraiment le savoir, ces mots prononcés avec douceur quand ils s'adressaient l'un à l'autre et aussi ces mots qu'ils taisaient, sûrement trop convaincus qu'ils avaient besoin plus d'une amitié que de la vérité. Non, ça ne lui avait pas échappé, cette manière que sa mère avait eu de l'étreindre quand il lui avait annoncé la mort d'All Might, cette façon de serrer sa main à son enterrement et ce regard triste qu'elle avait quand au détour d'une conversation, quelqu'un prononçait son nom. Et ces camélias rouges qu'elle achetait parfois avant de sortir seule, ça non plus, ça ne lui avait pas échappé.
Le soleil se leva enfin. Izuku sourit.
« J'espère que là où vous êtes, vous êtes ensemble. Et que vous êtes heureux. »
