Un texte écrit pour l'Event d'été 2020, « Le grand tournoi par équipe ».

Défi n°4 du lundi 6/07 : Écrivez un texte sur le couple ou duo choisi par un-e autre participant-e.

En vrai, j'avais deux idées pour le défi 3 xD. Alors, c'est reparti pour du mpreg xD. Comme précédemment, aucune explication scientifique n'est donnée.

(J'emprunte une idée de Zofra concernant la profession d'Enji provenant de sa fic Perpétuité [C'est de la bonne, allez la sniff.. LA LIRE, LA LIRE !]).


L'amour de ma vie

L'amour de ma vie. Keigo Takami fixait le titre du magazine féminin que Fuyumi avait négligemment déposé sur la table la cuisine la veille. Finalement, il détourna le regard pour s'intéresser au café qui refroidissait dans sa tasse. Il n'en avait pas encore pris une gorgée. Enji Todoroki apparut dans l'encadrement de la porte.

« Bon, je dois y aller. Je l'ai changée et remise dans sa chancelière. »

Il tendit le bras pour attraper sa veste posée sur la cuisinière et précisa même si c'était inutile :

« Elle est dans le salon. Elle va sûrement bientôt te réclamer. »

Keigo ne répondit pas. Aujourd'hui était un jour particulier. Un jour que Keigo appréhendait. L'homme qui enfilait à présent son manteau devait le deviner et s'empressa d'ajouter :

« Il y a une réunion mais je vais essayer de rentrer tôt. De toute façon Fuyumi passera durant son temps de midi et puis à 16h après son travail. Peut-être que Shouto passera aussi mais ça je n'en suis pas sûr. »

Keigo acquiesça silencieusement mais garda les yeux rivés sur son café. Il savait bien que c'était censé le rassurer mais ne parvint pas à détacher son regard de sa tasse. Enji continua :

« Natsuo a dit... »

Natsuo... C'était probablement le seul Todoroki qui ne s'était pas encore retrouvé mêlé à cette histoire. Il faut dire que quand il avait été mis au courant de la situation, il n'avait pas très bien réagi, ce qui pouvait parfaitement se comprendre étant donné la succession de nouvelles perturbantes qu'il avait dû encaisser ces derniers temps. Enji hésita un peu, probablement pour formuler le reste de la façon la plus exacte possible.

« Il a dit que tu pouvais l'appeler si quelque chose n'allait va pas. Si tu sens qu'elle est fiévreuse ou si quelque chose t'inquiète. Il est médecin, tu sais. »

C'était évidemment une bonne nouvelle mais Keigo ne put s'en réjouir réellement. Car pouvait-il réellement se réjouir d'être à chaque fois de plus en plus inutile dans cette histoire ?

« Bon, son numéro est sur le frigo, soupira Enji en refermant sa veste. Mais tu peux m'appeler aussi si ça ne te convient pas. »

Sans redresser son regard, Keigo tenta de montrer quelques signes positifs à Enji. Il se força à sourire un peu, tout en réfléchissant à cette information. Le troisième enfant de la fratrie Todoroki était donc revenu sur sa décision. Ça avait dû lui couter de transmettre son numéro à son père. En effet, Keigo reconnaissait parfaitement l'écriture d'Enji sur le petit post-il collé sur le frigo.

« Voilà le matériel pour midi, reprit ce dernier. Je t'ai fait des fiches pour les quantités. Il y en a également dans la salle de bain si tu dois la changer. »

Il eut un silence. Keigo releva enfin la tête. Enji était prêt clairement à partir mais il était toujours là. C'était probablement qu'il avait quelque chose à lui dire et attendait d'avoir toute son attention. Son intuition se confirma car il constata qu'Enji le regardait avec un air très sérieux.

« Keigo. Il va falloir faire les papiers. »

Le jeune homme se figea. Il s'attendait à tout sauf à ça. Il ne sut quoi répondre. S'il ne s'était pas occupé de ces fameux papiers, c'était pour une raison bien précise et jusqu'à présent, il n'avait toujours pas de solutions. Enji sembla saisir son trouble et reprit la parole :

« Je sais que tu as peur que la Commission de Sécurité découvre tout. Moi non plus, je ne le souhaite pas. Je ne suis plus en position d'empêcher leurs actions. Mais elle doit avoir une existence légale. Et plus on attendra, plus ce sera difficile à expliquer. »

Keigo interrogea Enji du regard et ce dernier continua :

« Ecoute, j'ai discuté avec Rei. »

Encore quelque chose d'inattendu... Discuter avec Rei ? Certes, elle était sortie de son établissement depuis plusieurs mois, mais Hawks ne la voyait pas accepter de revoir son ex-conjoint et encore moins de lui parler. Elle était venue le voir à deux reprises dans la maison des Todoroki et il savait qu'elle s'était assurée qu'Enji ne soit pas présent. Mais ce n'était pas tout :

« Elle est d'accord pour qu'on dise que la petite est d'elle... Et de moi. Et nous t'en céderons la garde évidemment. »

Une tension parcourut le corps de Keigo. Non. Ça, c'était définitivement non. Il ne pouvait pas accepter ça d'Enji et encore moins de Rei. Ils faisaient déjà tant. Il fallait qu'il trouve une autre solution. N'importe quelle autre solution.

« J'aimerais que tu y réfléchisses, insista Enji qui devinait son trouble. Il ne faut plus que ça traîne. »

Pour la première fois dans cette conversation, le jeune homme prit la parole :

« Vous... vous ne devez pas faire tout ça, Endeavor.

-Bien sûr que si. »

Finalement décidé à partir, Enji lui tapota l'épaule.

« Essaie de lui trouver un prénom aujourd'hui. On ne va pas l'appeler la petite pour le restant de ses jours. »

Keigo sentit la main d'Enji s'attarder. C'était toujours un peu étrange, ce geste paternel qu'il pouvait avoir envers lui. Mais ce n'était pas désagréable.

« Oui, répondit Keigo. Je vais y réfléchir... C'est votre premier jour... Il ne faudrait pas que vous soyez en retard. »

La main d'Enji s'en alla. L'homme quitta ensuite la pièce pour se dirigea vers le hall d'entrée. La porte claqua. Keigo se leva péniblement de sa chaise et alla vider sa tasse dans l'évier. Il observa le liquide noir qui se répandait sur la surface en aluminium.

Ce noir, il était comme les cheveux de Dabi. Keigo fit immédiatement couler de l'eau du robinet pour faire disparaître le liquide. Il détestait avoir ce genre de pensées. Néanmoins, ce n'était plus aussi récurent si on comparait avec les mois précédents. Avant, il avait l'impression que le vilain était partout. Les bottes noires du nouveau costume de Shouto, elles étaient comme celle de Dabi. Cette veste qu'Enji mettait parfois, elle était aussi longue que celle de Dabi. Les brûlures qu'il avait sur le corps, la couleur de certaines étaient comme celles de Dabi.

Dabi... Ou plutôt Touya Todoroki. Mais Keigo n'arrivait pas à penser à lui avec ce nom. Même si ça expliquait largement pourquoi il avait l'impression de le voir partout étant donné qu'il vivait à présent au milieu de sa famille. Les cheveux de Natsuo, ils étaient aussi indomptables que ceux de Dabi. Les mains de Fuyumi, elles étaient fines comme celles de Dabi. Le sourire de Rei, c'était son sourire. Les yeux de la petite dont il entendait les petits gazouillis en ce moment précis, c'était les siens. Les yeux de Dabi.

Keigo soupira et nettoya la tasse. Il avait eu un mauvais pressentiment à la minute où il avait reçu l'ordre de mission qui émanait de la Commission de Sécurité. Plus précisément, il avait eu l'intuition que sur ce coup-ci, il n'en ressortirait pas indemne. Et il avait eu raison. Pouvaient en témoigner ses ailes extrêmement atrophiées qui peinaient à se remettre et les brûlures sur son corps, traces indélébiles de son combat avec contre le vilain à l'alter de feu. Pourtant, la mission n'avait pas si mal commencé. Il était parvenu rapidement à approcher l'Alliance des Vilains et avait sans difficulté établi un contact avec l'un des membres... Dabi.

Néanmoins, il avait eu conscience que gagner sa confiance prendrait du temps. Keigo avait donc avancé petit à petit. Il avait toujours eu l'impression d'aller dans une direction précise. Mais un jour, tout avait dérapé. Il était arrivé au nouveau repère de l'Alliance des Vilains avec les preuves de sa fidelité dans un grand sac noir qui avait le poids d'un cadavre. Dabi avait semblé très satisfait et quand celui-ci avait eu l'opportunité de se retrouver seul avec lui, il lui avait fait des avances. Hawks avait cédé sans réfléchir car sur le moment, il lui semblait évident que sa mission l'exigeait. Dans son esprit, ce lien de confiance qu'il avait construit avec cet homme était si fragile qu'il ne pouvait se permettre de lui refuser quoi que ce soit... Mais était-ce la vraie raison ? Ne s'était-il pas voilé la face dès le début, en niant que ces rencontres avec le Vilain dans des ruelles sombres étaient souvent inutiles et que leurs longues conversations téléphoniques n'avaient apporté que peu d'informations ? Avait-il cédé aux avances de Dabi ou ses propres désirs ? Keigo soupira. Ça n'avait plus d'importance car ça ne changeait rien au fait qu'il avait été imprudent. Sur tous les plans. Il avait laissé Dabi l'emmener et s'emparer de son corps comme bon lui semblait. Et cela s'était reproduit. Pire, Hawks avait fini par attendre ce genre de moment durant lesquels il ne sentait plus le poids des responsabilités peser sur ses épaules. Mais encore aujourd'hui, malgré le recul, il peinait à l'admettre. Pourtant, alors qu'il était habitué à collectionner les conquêtes dont il se lassait dès la première nuit, Keigo s'était surpris à ne vouloir plus que ces yeux turquoise plongé dans son regard, à n'accepter aucune autre chaleur que celle de Dabi, à ne brûler que d'un seul feu et à profiter de chaque caresse quand la température redescendait. Cela l'avait même effrayé. Il n'était pas de ceux à chercher une personne à qui il pourrait dire qu'elle est...

...L'amour de ma vie. Hawks jeta le magazine avec rage. Et puis quoi encore ? Il regretta néanmoins ce geste juste après car la peau de son bras le fit atrocement souffrir. Il ne fallait pas qu'il fasse de gestes aussi brusques. La douleur le poussa à s'asseoir sur le carrelage. Il fallait qu'il se fasse une raison. Il avait voulu apaiser sa solitude avec Dabi. C'était ça la vérité. Mais ce ne sont pas les poignards qui soignent les blessures. Et Hawks avait payé le prix de sa bêtise.

Car la tendresse qu'on lui céda fit aussi douce que le feu qui le frappa fut ardent quand Dabi réalisa sa traîtrise, le jour où les héros prirent d'assaut le quartier général des Vilains. Tout s'était passé si vite... Il ne devait sa survie qu'à l'intervention d'Endeavor et son fils Shouto. La voix de Dabi qui déversait sa haine l'avait maintenu éveillé un certain temps et alors que le jeune Todoroki piégeait Dabi dans sa glace, tout qu'il avait pu encore entendre, c'était la voix du Vilain qui hurlait « je vous hais. » L'amour de ma vie. Quelle blague.

Keigo s'était réveillé plusieurs jours plus tard à l'hôpital, le corps brûlé à 60%, ses ailes quasiment détruites mais vivant. Il avait survécu. Cependant, il n'était pas le seul à avoir survécu, ce que les médecins ne manquèrent pas de le lui préciser. Et quand des membres de la Commission de Sécurité vinrent s'enquérir de son état, il ne leur dit rien. Il mit même plusieurs jours à encaisser le choc. Il ne pouvait l'admettre. Il aurait souhaité arrêter le processus mais on lui signifia fermement que c'était trop tard. C'était peut-être pire que les brûlures, pire que les dégâts sur ses ailes. Cette épreuve fut certainement aussi violente que celle qu'affronta Enji Todoroki quand il apprit que Dabi, à présent enfermé à Tartarus, n'était autre que son fils Touya. Ce fut probablement pour cette raison que Keigo lui avoua tout lorsque ce dernier vint lui rendre visite à l'hôpital. Les détails de sa mission, sa relation avec Dabi ou plutôt Touya, sa solitude, sa honte et... le petit problème qui venait de s'ajouter.

Enji avait saisi sa main et depuis ce jour, il ne l'avait plus lâché. Il l'avait ramené à la maison des Todoroki où il avait pu entamer le long processus rétablissement de ses blessures et dissimuler le petit problème à la Commission de Sécurité. Enji avait été présent à chaque étape jusqu'à ce qu'elle arrive. Hawks n'était évidemment pas dupe. Il savait que l'homme ne faisait pas cela uniquement par bonté d'âme. Il réparait certaines choses à sa façon. Il se donnait une chance. Elle était sa dernière chance. Mais ça convenait à Keigo. Ses brûlures rendaient encore aujourd'hui de nombreux mouvements difficiles. Le pire étant évidemment les nuits. Et puis ses ailes qui ne repoussaient que très timidement mettaient son moral au plus bas. Fatigué, abattu, il n'avait pas la force d'accomplir tout ce que pouvait faire Enji. Cela rendait ce jour d'autant plus spécial. C'était le premier jour d'Enji à UA où il était devenu professeur. A la suite de la révélation de l'identité de Dabi, il avait mis fin à sa carrière de héros. Et donc aujourd'hui, c'était aussi le premier jour où il restait vraiment seul avec celle qu'il appelait la petite.

Petite. Il s'étonnait encore aujourd'hui de ne jamais avoir tenté de s'en débarrasser, étant donné ce qu'elle représentait mais étrangement, son coeur battait au contraire plus fort à chaque fois qu'elle se tortillait vers lui alors qu'elle était dans les bras d'Enji qui s'en occupait pourtant bien mieux et quand elle émettait ces petits sons dès qu'il s'éloignait d'elle, il savait au plus profond de lui-même qu'elle l'appelait et il ne pourrait faire autre chose que d'y répondre. Le moindre gémissement dans la nuit le réveillait même s'il laissait Enji y aller. Il avait l'impression de deviner quand elle avait trop froid, trop chaud, trop peur. Et après avoir traité ses blessures, il ne pouvait s'empêcher de songer à elle au futur. Que lui dirait-il plus tard ?

Keigo se décida à entrer dans le salon. La petite était sur sa chancelière. Il était de plus en plus évident qu'elle serait blonde. Quand Keigo s'approcha d'elle, ses deux grands yeux se tournèrent immédiatement dans sa direction et dès que l'enfant le vit, ses petites jambes s'agitèrent sans son pyjama blanc. Keigo baissa la tête. Il ne pensait pas mériter un tel accueil. Il ne s'était jamais levé la nuit pour elle, il ne l'avait presque pas changé, il la nourrissait de temps en temps sous la supervision d'Enji et le contact avec l'eau lui était si désagréable qu'il n'avait pas encore été capable de lui donner un bain. Et pourtant, il suffisait qu'elle sente sa présence pour ses yeux turquoise s'illuminent.

« Ojii-san est parti travailler, lui dit-il. Je sais que je ne suis pas aussi doué que lui. Mais ça ira, hein ? »

La petite ouvrit la bouche et puis la referma. Elle ne pouvait le comprendre mais Keigo prit ça pour un oui. Keigo s'assit en face d'elle, ce qui sembla ravir la petite qui lui sourit. Elle tendit les bras dans sa direction. Le jeune homme savait parfaitement ce que ça voulait dire mais il n'était pas certain d'être prêt. Il n'avait jamais fait ça seul. Il avait peur de ce qu'il pourrait ressentir... ou ne pas ressentir. Finalement, il se décida et la saisit prudemment. Il fallait qu'il fasse attention avec ses blessures mais il parvint à positionner le petit corps dans ses bras. Son cœur battait vite. Elle était si fragile. Keigo sentit de toutes petites ailes à travers son body. Il modifia un peu la position de son bras pour être certain de ne pas la gêner.

Elle lui sourit. Bon, là il devait bien admettre que ça c'était son sourire à lui. Sans s'en rendre compte, elle caressa la brûlure de son bras. Keigo n'en ressenti aucune douleur. Et là, il sut. C'était elle... L'amour de sa vie.