Défi n°7 du lundi 27/07 : Écrivez une song-fic sur une chanson de votre choix.

Je choisis Pomme – Vide. Chaque paragraphe se finit par un vers de la chanson.

Merci à Mirio pour sa review !


Vide

Himiko flâne en regardant la mer. La nuit est belle, la digue est haute, la marée est basse. Bien attirée par le vide, elle marche en équilibre tout au bord du chemin.

Elle sent le danger de la chute mais elle aime ça. Elle est ainsi. Attirée par le vide, comme les bateaux par les grands bassins.

Elle boit le contenu de sa fiole. Encore une fois, elle change d'apparence. Elle quitte ses cheveux blonds, ses petits yeux et sa taille fine. Lentement, elle disparaît de profil.

Cheveux châtains, grands yeux, formes rebondies, elle se transforme. Mais elle n'est pas cette fille. Elle n'est que son reflet. A peine son ombre. Et entre les deux, rien. Et à l'ombre d'un rien, Himiko le sait, on n'existe pas très bien

Himiko est seule, comme la jetée. Elle n'entend que le bruit de ses pas et celui des vagues. Elle est habituée. Seule dans le silence. Mais parfois, même pour elle, le silence est difficile.

La fille qu'elle copie ne connaît ni le silence, ni la solitude. Himiko n'est pas elle mais elle ressent tout. La douceur de ses cheveux, sa voix dans sa gorge, le vent sur sa peau, le poids de ses seins.

Et avec ce corps, elle peut tout faire. Marcher, parler, séduire. Elle l'imite si bien. Mais ce n'est pas si simple. Quand le corps est si docile, c'est qu'il manque quelque chose.

Dans ce corps qui n'est pas le sien, Himiko le sait, elle n'est qu'une poupée. Elle a le corps, mais pas l'âme. Elle sent mais elle n'est pas. Car sans âme, elle n'est rien. Et à l'ombre d'un rien, on n'existe pas très bien

Copier ce n'est pas exister. Quand elle se transforme, Himiko n'est plus tout à fait elle. Mais elle n'est pas non plus quelqu'un d'autre. Elle ne doit pas se perdre. Un pied sur le fil, elle cherche l'équilibre.

Sur la digue, il fait nuit à présent. Les lampadaires fonctionnent à peine. La mer est sombre. On ne voit que la lumières d'un bateau. Himiko s'assied sur un banc et dans le noir, elle attend. Elle attend pour toucher sa cible.

Le garçon viendra bientôt se promener sur la digue. Sur le banc, elle travaille son rôle. Elle répète ses gestes, elle choisit ses mots, elle ajuste sa voix. Et pourtant, elle le sait, elle se ment.

Au fond d'elle, elle le sent, il ne s'y trompera pas. Il n'y croira pas. Ou peut-être juste une seconde. C'est comme à chaque fois. Himiko arrête de penser à ce qui résonne en souvenir.

Elle ferme les yeux. Le passé est un fantôme qui la hante. Le passé, ça fait mal. Comme un coup de couteau. Comme un coup sur la peau.

Bien attirée par le vide, Himiko se lève et s'approche du bord de la digue. Elle sert son poignard toujours dans sa poche. A présent, bien attirée par le pire, elle sourit.

Le bateau disparaît à l'horizon. Peu importe si le garçon la reconnait, elle l'attaquera. Et s'il est trop fort, elle l'entrainera dans sa chute comme les marins, jusqu'aux fond des eaux.

Dans l'obscurité Himiko de la digue le sait, elle n'existe pas très bien

Elle avait espéré se démarquer. Elle n'avait cessé de s'éloigner de la masse. Sortir la tête hors de l'eau. Elle pensait respirer en creusant les limites entre elle et les autres.

Mais finalement, c'est en profondeur qu'elle a plongé. En repoussant chaque jour plus loin sa cruauté. Le sang. C'est ça qui la fait exister. Et ainsi elle réduit l'écho qui la suivait, parasite.

Non, le garçon n'y croira pas. Les gens qui s'aiment, c'est comme ça. Ils se reconnaissent d'un seul regard. Himiko soupire. Et ainsi comme l'ancre et son bateau, elle plonge jusqu'aux fond des eaux.

Le garçon va arriver. Himiko pense à Twice. S'il faisait une copie d'elle, verrait-il la différence ? Mais il ne sait même qui est le vrai lui. Alors, comment pourrait-il savoir qui est la vraie elle ? En fait, personne ne sait qui est la vraie elle. C'est ainsi, elle n'existe pas très bien.

Alors.

Un pied dans le vide,

Dans le noir, elle attend

Pour toucher sa cible.

Au hasard, elle se ment.