Défi 8 du 3/08 : Écrivez un univers alternatif correspondant au nom de votre équipe, c'est-à-dire un texte où un personnage qui ne l'est pas dans le canon est apprenti héros / héros professionnel / vigilante / vilain.

Mon texte portera sur un Enji « inversé ». C'est un Vilain mais plutôt sympa dans son caractère, au lieu d'être un Héros colérique (scénario de Zofra).

Merci à Miss Pupitre pour la correction !


Un soir à Fukuoka

« C'est bon, je peux y aller là ? »

-Je te l'ai déjà dit, Touya. On est à Fukuoka, ici. Le Piaf fait sa petite ronde du soir. Natsuo nous préviendra quand il aura terminé. Tu iras à ce moment-là. »

Touya émit un ronronnement de chat furieux mais se résigna à rester sur son siège. Enji sourit en l'observant. Son fils était impatient et il comprenait ça. Il connaissait cette excitation juste avant un gros coup. Néanmoins, il ne fallait pas se précipiter. Parce que c'était justement un gros coup. Assis dans une camionnette maquillée selon la société de nettoyage devant laquelle il s'était garé, Enji repassait les détails dans sa tête.

L'objectif de la mission était de voler deux estampes datant de l'ère Edo. Les commanditaires étaient une famille de yakuzas qui en revendiquait l'appartenance, prétendant que les œuvres avaient été dérobées à leurs aïeuls par des soldats américains lors de l'occupation. Une tâche plutôt noble en soi mais ce point n'était qu'un détail pour Enji. L'important était que la riche famille américaine qui possédait les estampes les exposait ce soir dans la galerie du Grand Hôtel de Fukuoka. La soirée était entre les mains des filles Todoroki. Rei s'était occupée de réaliser des faux, cachés derrière ses propres estampes qu'elle exposerait lors de la même soirée. On n'avait en effet pas pu refuser la participation d'une héritière moldave, artiste à ses heures perdues, identité que Fuyumi avait créée de toutes pièces sur les réseaux sociaux et rendue crédible grâce à des bots qui s'étaient chargés d'enfler artificiellement sa popularité sur le net. Fuyumi était son attachée de presse pour la soirée. Il fallait donc une occasion pour faire le changement.

Touya s'occuperait de créer cette occasion. Il pénétrerait dans le sous-sol de l'hôtel en passant par celui de l'immeuble d'â côté qui abritait une petite société d'informatique. Enji et son fils aîné y avaient creusé une galerie durant un mois en se faisant engager comme gardiens de nuit. Ils avaient démissionné aujourd'hui mais leurs badges fonctionnaient encore jusqu'à minuit. En évitant le gardien de remplacement, Touya pourrait ainsi atteindre le sous-sol de l'hôtel et couper l'électricité, permettant à Rei et Fuyumi d'échanger les estampes.

Il fallait finalement partir de la soirée. Après s'être changé, un Touya ivre, se faisant passer pour l'amant en colère de la belle moldave (ses cheveux récemment teints en noir rendant ça crédible), ferait irruption dans le gala et une Rei confuse pourrait donc quitter l'hôtel avec ses tableaux plus tôt que prévu, emmenant le butin par la même occasion. Le petit groupe feindrait se rendre au Sheraton, un peu plus haut mais disparaîtrait derrière la camionnette.

Mais avant de faire tout cela, il fallait que Hawks termine sa ronde du soir. La coupure d'électricité pourrait attirer son attention, de même que le début de bagarre que Touya comptait déclencher. Enji avait observé le héros ailé durant des semaines et noté ses habitudes. La routine du héros était bien réglée. Ce n'était pas un horaire régulier mais ses rondes suivaient un schéma type. Et aujourd'hui, Enji avait estimé qu'il ne ferait pas de ronde nocturne. Juste un petit tour avant de rentrer chez lui.

« Bon, pour passer le temps, on va réviser », dit Enji joyeusement. « Répète-moi un peu les règles des Todoroki. »

Touya lança à son père un regard noir. Les « révisions » ne rentraient visiblement pas dans sa définition de passer le temps.

« Ne pas avoir un vrai travail ! Parce qu'un vrai travail, c'est pour les imbéciles », claironna Shouto à l'arrière.

Enji fut surpris. Le petit Shouto était si discret qu'il avait presque oublié sa présence. Ce n'était pas bon ça. Un jour, il le laisserait quelque part. C'était sûr. Et Rei le tuerait. Il se tourna vers l'arrière de la camionnette.

« Alors oui Shouto, c'est dans les règles mais ce n'est pas la première règle. C'est la cinquième.

-Jamais de violence et encore moins de sang ? essaya à nouveau Shouto.

-C'est la deuxième, tu te rapproches. »

C'était cependant une règle primordiale dans ses pratiques. Jamais d'opérations violentes et surtout pas de victimes. Peut-être celle qui faisait qu'il avait une certaine popularité auprès d'une partie de la population japonaise qui ne pouvait s'empêcher d'admirer ses coups spectaculaires. Il trônait même à la place de Numéro 1 des Vilains dans un classement non officiel.

« Essaie encore, l'encouragea Enji.

-Ne jamais modifier un contrat ?

-Aïe, tu t'éloignes, c'est la quatrième.

-Annulation de l'opération si All Might est dans un rayon de 100 km ?

-Tu te rapproches à nouveau, c'est la troisième. Mais retiens-la bien, elle est importante. »

Pour sûr, elle était importante. Enji avait toute confiance en les capacités son Alter. Il pouvait maitriser la plupart des héros sans difficultés. Même le Piaf qui était si fier de sa vitesse ne faisait pas exception. Mais il avait aussi conscience de ses limites. Et All Might en faisait partie. Il se souvenait encore de leur dernière confrontation, cinq ans auparavant. Il lui avait échappé de justesse. Probablement parce que le héros perdait trop de temps à lui intimer de se rendre. Il lui avait même dit qu'il pourrait se « racheter » en travaillant avec lui. Enji sourit. Enji Todoroki, un héros professionnel… La bonne blague. Shouto le sortit de ses pensées :

« Euh… Ne jamais voler les Chisaki ? »

Non, ça c'était la règle numéro 11. Enji s'adressa à son aîné :

« Touya. Tu peux aider ton petit-frère ?

-Par pitié, laisse-moi avec ça, répondit le jeune homme.

-Les règles, c'est important, fulmina Enji qui commençait à être agacé par le comportement de son fils.

-C'est bon ! s'exclama Touya avec exaspération. Je les connais toutes ces règles. Y a pas besoin de m'interroger dessus ! »

Alors qu'Enji allait répondre pour bien remettre son fils à sa place, la voix de Natsuo se fit entendre dans le talkie-walkie.

« C'est bon, Touya peut y aller. Il est parti. Comme tu l'avais prévu, papa. »

Touya sortit tout de suite de la camionnette avec son sac, sans un mot de plus et se dirigea vers le bâtiment. Enji regarda son fils aîné s'éloigner. C'était sa première mission sans lui et l'homme ne pouvait s'empêcher d'être nerveux. Néanmoins, il était également hors de question que le petit Shouto, six ans, reste sur le siège arrière du véhicule sans surveillance. Il était encore trop petit.

Pourtant, Enji n'aimait pas ça. Touya était majeur mais c'était peut-être encore un peu tôt. Alors que lui-même avait réellement commencé ses premières missions solos à 14 ans, il avait des difficultés à laisser son fils prendre son envol. Et peu importe qu'il ait envoyé le petit Natsuo de 11 ans sur le toit pour surveiller les rondes de Hawks. Ce n'était pas une mission dangereuse et Natsuo était débrouillard. Touya était différent. Il était si… vulnérable parfois. Enji avait l'impression qu'il était encore le petit bébé fragile qu'il avait pris dans ses bras, dix-huit ans auparavant. Il souffla pour se détendre. Il savait que c'était fou de penser ça.

Le silence régna quelques minutes dans le véhicule. Enji regardait alternativement l'entrée de l'hôtel et le rétroviseur central dans lequel il voyait Shouto qui assemblait et désassemblait sa navette spatiale en faisant le moins de bruit possible. Pas très causant le gamin, comme d'habitude. Mais c'était très bien comme ça. La discrétion, c'était la règle numéro 7 des Todoroki. Ainsi, Enji sursauta presque quand, soudainement, le garçon demanda de sa voix aigüe :

« C'est vrai que tu as enlevé maman ? »

Enji soupira. Fuyumi avait dû raconter ça en cuisinant, comme elle le faisait toujours. Il faut dire qu'elle adorait cette histoire.

« C'est vrai qu'on a écrit ça dans les journaux, répondit Enji, mais ils ont oublié de préciser que maman avait sa petite valise quand je l'ai « enlevé ».

-Ah. Avec une petite valise, c'est un faux enlèvement en fait…, répondit la petite voix de Shouto.

-Oui, Shouto, c'est ça. »

Enji reprit le talkie-walkie :

« Il est pas revenu le piaf, Natsuo ?

-Non papa, rien à signaler », répondit le garçon.

Il s'écoula plusieurs dizaines de minutes sans qu'un mot ne soit prononcé ou que Fuyumi, Rei et Touya n'émergent de l'hôtel. Ce n'était pas encore le moment de s'inquiéter mais Enji sentait néanmoins une certaine nervosité monter en lui. Il fut cependant soulagé en voyant la panne d'électricité se produire. Finalement, un peu plus tard, comme prévu, Fuyumi et Rei sortirent du Grand Hôtel en soutenant un Touya qui faisait semblant d'être ivre, avec les fameux tableaux. Ils arrivèrent à la camionnette.

« On a eu chaud, souffla Fuyumi en s'installant à l'arrière.

-Ah oui ? répondit Enji.

-On te racontera au repère, dit Touya qui prit place à l'avant sur le siège du milieu. »

Rei, dans sa robe de soirée, rangea les estampes dans le coffre et s'assit sur le deuxième siège passager de la camionnette, à côté de son fils.

« Rappelle immédiatement Natsuo, qu'on aille le chercher près de l'immeuble. Il ne faut pas traîner ici », dit-elle, anxieuse.

Enji ne perdit pas un instant :

« Natsuo, on a fini. Tu peux descendre. On passe te prendre sur la voie principale juste à côté. »

Mais il n'eut comme réponse que le grésillement du bruit blanc du talkie-walkie.

« Natsuo ? » insista Enji.

La voix apeurée de Natsuo lui répondit :

« Oh… Oh non...

-NATSUO, qu'est-ce qui se passe ? » demanda Enji.

L'homme sentit les poils se hérisser sur sa nuque. La tension était palpable dans toute la voiture. Cette peur dans la voix de son fils… Enji regretta de l'avoir envoyé faire le guet sur le toit. Il était trop petit pour ça.

« Je suis désolé, papa… Je crois qu'il m'a vu. Oh merde... », dit Natsuo, presque inaudible dans le talkie-walkie.

Enji regarda dans le rétroviseur latéral de la camionnette et vit avec horreur la silhouette de Hawks se poser sur le toit de l'immeuble. Il semblerait que l'oiseau ait décidé de faire un petit tour supplémentaire.

« Prends le volant, Touya, dit fermement Enji. Roule à allure modérée pour ne pas vous faire remarquer. »

Touya murmura un « d'accord », dissimulant son angoisse face à la situation. Enji s'adressa ensuite à Rei.

« Si on vous voit, tu sais quoi faire, Rei.»

Rei acquiesça avec gravité. Oui elle savait quoi faire. Si on les remarquait, elle ouvrirait la porte passager et sauterait du véhicule en déployant son Alter à pleine puissance pour faire barrage aux héros pendant que Touya accélérerait.

« On se retrouve au repère, dit-elle calmement. Tu peux oublier la règle numéro 2 pour ce soir. »

Enji descendit de la camionnette. Celle-ci démarra peu après. L'homme décolla du sol grâce à l'énergie thermique émise par ses jambes en direction de l'immeuble. Au maximum de ses capacités, il pouvait atteindre la moitié de la poussée d'une fusée. Il voyait les plumes de Hawks voltiger. Dans moins d'une seconde, il y serait, son Flashfire Fist déjà prêt. Il battrait Hawks. Il ne lui laisserait aucune chance. Il ramènerait Natsuo à la maison. Parce que c'était la règle numéro 1 des Todoroki, celle qui prévalait sur toutes les autres : « La famille. Toujours la famille »