Défi n5 du 12/07 : Écrivez un texte dans un univers alternatif de l'un des types suivants, à choix : université ou école sans alters, monde du sport, célébrités non-héroïques ( . chanteurs, acteurs, etc.)

J'ai choisi le monde du sport.


Obstacle

« Quand tu arrives à la haie, si tu veux passer vite, tu dois le décider… »

Mirko fulmine. Elle sait déjà tout ça et n'a qu'une envie : faire son premier essai aujourd'hui et oublier l'entraînement catastrophique de la semaine dernière. Mais la femme en face d'elle n'est pas de cet avis :

« …Tu le décides mais avec la maîtrise. Sinon, tu tapes la haie et tu chutes. »

Elle baisse les yeux. C'est ce qui est arrivé la dernière fois... A plusieurs reprises. Au point que son entraîneuse l'a forcée à une semaine de repos.

« Et si tu chutes c'est fini. »

Mirko acquiesce silencieusement. La chute. C'est le cauchemar absolu pour une sauteuse de haie. Renverser une haie est déjà presque impardonnable vu les précieux dixièmes qui peuvent être perdus mais trébucher, c'est la pire des erreurs. Finalement, l'entraîneuse la laisse gagner les starting blocks de la ligne de départ. Elle lui crie :

« Bassin haut, transition, attaque et cours sur ta haie ! »

Mirko prend place, concentrée. Elle attend le signal. Son entraîneuse tire et Mirko attaque la piste. Elle est bien partie. Parmi les coureuses du moment, elle est la plus rapide au sprint. D'ailleurs, pendant les courses officielles, elle est toujours en tête pour franchir la première haie et pour cet essai, Mirko sait qu'elle vient de faire un bon temps. Proche de son record, sans aucun doute.

La première barre se dresse devant elle. Le timing est crucial. Si elle saute trop tard, elle tapera la haie. Si elle saute trop tôt, elle ne parviendra pas à la franchir. 1m80 est la distance idéale pour amorcer sa trajectoire. Elle saute, la jambe droite tendue à 180, le buste penché en avant et le centre de masse le plus bas possible pour franchir la hauteur de 84 cm en un bond de plus de 3 mètres.

Elle atterrit sans toucher la haie. C'est un très bon début mais il en reste neuf, espacées de 8.5 mètres. Ses quatre foulées lui permettent en général de parcourir cette distance en 1 seconde 10. Mais sa rivale, la championne en titre, le fait en 1 seconde 07. Et ces centièmes de seconde, ce petit « 03 » de différence, c'est suffisant pour la rattraper sur la neuvième haie, voir la huitième. Alors Mirko doit courir plus vite, toujours plus vite. A la deuxième haie, elle pense :

« Cours sur ta haie. »

Son saut est rasant mais elle ne touche pas le cadre en bois. Entre deux haies, elle répète inlassablement sa mélodie :

« Quatre foulées, attaque, ramené de jambe, atterrissage. »

Elle gagne souvent un petit centième, voire deux. Elle est presque capable d'égaler l'allure de la championne en titre. Mais « presque », ce ne sera pas suffisant. Cependant, le vitesse entre les haies ne fait pas tout. Mirko peut aussi reprendre l'avantage en atterrissant plus tôt à la dernière haie, ce qui lui permettrait d'avoir plus de distance pour développer son sprint final sur les 10,5 mètres qui la sépare de l'arrivée. Avec un bon cassé sur la ligne, elle pourrait enfin aller chercher ce trophée dont elle rêve. Mais ce petit artifice est loin d'être la clef pour une victoire…

Arrête de penser. Fais-le.

Mirko fait taire sa mélodie. C'est elle, la clef. C'est elle, sa faiblesse. Car si la course ne s'improvise pas, trop l'intellectualiser entraîne des blocages… Et Mirko sait que son 100m à la finale des Mondiaux d'athlétisme en a pâti... Elle a trop réfléchi. Elle n'a pas été fluide et la championne en titre a remporté la course sans difficultés. La médaille d'argent n'est pas la médaillé de la deuxième coureuse. C'est la médaille de celle qui a échoué à être la première.

Arrête de penser. Fais-le

Pour espérer gagner, Mirko doit à présent réintroduire quelque chose d'instinctif dans sa course, de presque animal. Son entraîneurse lui dit qu'elle doit se voir une gazelle ou cheval de course. Courir et sauter sans y penser. Comme si ça faisait partie d'elle.

La dernière fois, ça n'a pas marché. Mirko a renversé toutes les haies. Si sa rivale avait été une lionne, elle aurait sans aucun doute été une gazelle lui servant de proie facile… Mais ce jour est différent, en particulier depuis que la mélodie s'est tue. Mirko n'est plus une athlète. En tous cas, ce n'est plus comme ça qu'elle se voit. Mirko approche de la dernière haie. Elle le sent. Cette course n'est plus une course d'obstacles. La haie n'est plus un obstacle. Elle se fond dans la course. Elle en fait partie. Mirko n'est pas une gazelle. Elle est un lièvre. Un lièvre qui pourra bientôt courir aux côtés de sa féline adversaire.