Ce texte a été écrit pour l'Event d'Halloween 2021 du Forum Francophone de My Hero Academia. Il fallait inclure 15 contraintes et les voici :
1) Inclure le mot "orange"
2) Inclure un chat noir
3) Faire intervenir Dabi
4) Faire apparaître un vampire
5) Inclure une citrouille
6) Inclure le mot "mystérieux"
7) Inclure une scène où un personnage sursaute en apercevant quelque chose qu'il ne s'attendait pas à voir
8) Inclure un épouvantail
9) Inclure le mot "fantasmagorique"
10) Faire intervenir Katsuki
11) Faire apparaître une momie
12) Inclure une poupée maléfique/hantée
13) Inclure une scène où un personnage n'arrive pas à dormir, tourmenté par des images qu'il n'arrive pas à oublier
14) Inclure le mot "translucidité"
15) Faire intervenir Spinner
Histoires de gare
« Je pense qu'on peut passer la nuit ici. On sera tranquille, déclara Shigaraki
-Oui, ça fait un moment que je ne les plus vus derrière nous... » confirma Himiko.
Poursuivis depuis les premières heures de l'aube par les forces de l'ordre héroïques, les derniers membres de l'Alliance des Vilains avaient eu toutes les peines du monde à les semer. La chance avait néanmoins tourné de leur côté. Alors que le soleil se couchait, le petit groupe avait fini par échouer dans une gare abandonnée. Le lieu était tel qu'on pouvait s'y attendre, sale et froid et suffisamment lugubre pour qu'un citoyen modèle ne daigne s'y aventurer. L'endroit était suffisamment aéré, et la bande fit un feu avec les restes d'un banc pour se réchauffer.
« Ton Alter est quand même bien pratique, murmura Mister Compress lorsque Dabi fit s'embraser les combustibles.
-A condition qu'il y aille doucement, ajouta directement Shigaraki sur un ton désagréable. Faudrait pas que le bois soit réduit en cendre en quelques secondes…
-Ce serait bien de ne pas confondre mon Alter avec ton Alter, Boss… », répliqua Dabi.
Himiko qui avait sûrement senti les prémices d'un échange houleux s'imposa immédiatement dans la conversation.
« Merci Dabi. Je propose qu'on profite du feu. »
Le groupe se réunit donc autour feu. Dabi et Shigaraki prirent soin de s'asseoir à l'opposé l'un de l'autre. Mister compress prit place avec Spinner de chaque côté du chef de l'Alliance. Twice se laissa tomber près du reptile, suivi immédiatement par Himiko qui s'installa entre ses jambes. Il resta une place vide entre Mister Compress et Dabi mais personne ne fit de commentaire à ce sujet car c'était fait à dessein. Cette place vide était tout simplement la place de Magne.
Dabi ressassa le déroulé de la journée. Alors que les membres de l'Alliance se cachaient depuis plusieurs jours dans un immeuble désaffecté, Spinner les avait subitement réveillés à l'aube car il avait repéré des mouvements suspects autour du bâtiment. Ses craintes s'étaient rapidement confirmées. La décision avait été rapidement prise de ne pas entrer dans une confrontation directe et d'opter pour une fuite discrète. Himiko s'était naturellement portée volontaire pour une faire diversion avec l'apparence d'un élève de UA et pas n'importe lequel… Dabi comprenait son amertume et son goût pour l'ironie mais avait toute de même trouvé qu'elle en avait un peu trop fait en courant sous la forme de Bakugo et hurlant que les Vilains l'avait encore kidnappé. Cela avait été suffisant pour dérouter leurs poursuivants mais un peu de sobriété leur aurait sûrement laissé plus d'avance…
« Et si on se racontait des histoires effrayantes ? Genre les trucs les plus flippants qui nous soient arrivés proposa soudainement Himiko, sortant Dabi de ses pensées.
-Et pourquoi on ferait ça ? » grommela Shigaraki qui n'était pas du tout enthousiaste.
Pour le coup, Dabi partageait son point de vue.
« On est dans une gare abandonnée autour d'un feu…, argumenta Himiko, pour moi, ce sont des raisons suffisantes. »
Spinner et Twice semblèrent approuver. Alors que l'avis de Shigaraki sur la question ne laissait aucun doute, Dabi décida d'adopter l'attitude de Mister Compress qui paraissait plutôt neutre.
« Je veux bien commencer, dit Twice, il m'est arrivé un truc effrayant quand j'étais au collège.
-Bouh… fais nous peur… » marmonna Dabi avec sarcasme.
Il reçut pour toute réponse la langue d'Himiko pointée vers lui, et Twice commença son histoire :
« Je révisais souvent chez une fille pour les math. Surtout la géométrie. Et elle avait sur son lit une poupée hyper flippante. Elle était mal habillée, mal coiffée. Il lui manquait une jambe et ses deux mains. Et puis ses yeux étaient tout vitreux. Il y avait un truc bizarre d'ailleurs dans ses yeux. Comme de la… de la… »
Twice réfléchit quelques seconde et finit par accoucher :
« De la translucidité à l'intérieur !
-… de la translucidité ? l'interrompit Dabi. Fait pas genre que tu connais des mots. Tu ne sais même pas ce que ça veut dire.
-Continue, Twice, fais pas attention… » dit Himiko en levant les yeux au ciel.
Bien que le jeune homme aurait préféré répondre à Dabi, il reprit le cours de son histoire :
« Bref, cette poupée, elle faisait peur. Elle avait un truc fantasmagorique…
-Ca veut même pas dire ça fantasmagorique, ne put s'empêcher de lâcher Dabi.
-Tu sais même pas ce que je voulais dire ! s'emporta Twice
-Si et je confirme que ça veut pas dire ça !
- Ta gueule, Dabi ! » le coupa Himiko, bien décidée à ne pas laisser le vilain ruiner la séance.
La jeune fille donna un coup de coude à Twice pour l'empêcher d'ajouter quelque chose qui lui aurait fait perdre le fil du récit ou plus vraisemblablement, cas aux yeux de Dabi en tous cas, l'empêcher de se rendre plus ridicule.
« Franchement, j'étais pas à l'aise, continua Twice. Bon, c'était pas le seul truc bizarre parce que toutes les dix minutes, il y avait la petite sœur qui passait devant la porte comme pour vérifier qu'on faisait « rien de mal »… Enfin vous voyez ce que je dire… C'était déjà assez relou de laisser la porte ouverte à cause des parents… Mais la gamine, c'était facile, fallait juste l'ignorer et puis elle partait. Alors que la poupée, c'était quand même le pire. J'étais sûr que cette poupée nous observait, moi et la fille pendant qu'on travaillait. Je suis même sûre l'avoir vu tourner la tête quand je sortais de la chambre.
-Oh merde, mais pourquoi elle avait ce truc dans sa chambre ? demanda Mister Compress qui semblait finalement porter un peu d'intérêt au récit.
-C'est exactement ce que j'ai fini par lui demander, répondit Twice. J'ai mis deux mois avant d'oser le faire. Et encore, j'ai évité de lui poser la question en étant dans sa chambre.
-Ah ouais… Au cas la poupée unijambiste vous entende parler d'elle, j'imagine… », murmura Dabi.
Twice ignora la remarque ironique :
« Et là la fille m'a dit que cette poupée, c'était un peu comme un genre d'épouvantail. Sauf que là, elle faisait pas fuir les oiseaux…
-Et elle faisait fuir quoi ? » demanda Spinner
Sous son masque en devina que Twive prenait un air grave.
« Elle m'a dit qu'elle faisait fuir le fantôme de sa petite sœur. Elle était morte cinq ans avant. Son fantôme rôdait dans la maison et la poupée l'empêchait de franchir le pas de la porte de sa chambre... »
Il fallut quelques secondes à l'auditoire pour saisir l'impact de la dernière phrase et le silence fut immédiatement suivi des exclamations mi-surprises, mi-effrayées d'Himiko, Spinner et Mister Compress. Même Shigaraki sembla un peu moins rétissant à l'activité, au grand désespoir de Dabi. Ce dernier voulut dire que la chute était quand même un peu clichée et qu'il ne croyait pas une seule seconde à cette histoire mais Himiko ne le laissa pas entamer sa phrase en déclarant :
« Bon, je vais me lancer ! »
Dabi n'essaya pas de protester car visiblement, il était le seul qui réalisait à quel point cette soirée était nulle. Sans attendre, Himiko commença et Dabi espérait que ce serait la dernière histoire autour du feu:
« Il y avait un tunnel sombre, pas très loin de chez moi. C'était une ancienne voie de circulation mais elle avait été condamnée parce que le tunnel était devenu trop étroit pour les voitures de maintenant. J'étais toute petit et j'avais vraiment envie d'aller voir à l'intérieur mais pour me dissuader, ma mère m'avait raconté une histoire comme quoi « le chat qui sourit » vivait là.
-Le chat qui sourit ? » demanda Spinner un peu curieux.
Dabi n'eut pas le temps de se moquer d'Himiko car cette dernière s'imposa d'une voix forte :
« Selon ma mère, c'était un chat noir gigantesque qui prenait toute la place dans le tunnel, avec une grande mâchoire pleine de dents, mais genre tellement énorme qu'il était obligé de sourire pour que tout ça tienne. Mais ça ne m'a pas dissuadé, et j'y suis allée quand même… »
Elle marqua une pause pour mettre un peu de suspens et Dabi constata avec stupéfaction que ça marchait sur le reste du groupe. Ils étaient tous pendus à ses lèvres. Bande d'abrutis... Himiko sembla assez satisfaite de l'attention qu'on lui portait et continua son histoire:
« J'y suis allée un soir toute seule avec une lampe de poche. J'ai marché quelques minutes. Il y avait des surtout de vieilles poubelles et des chariots de supermarché… Mais d'un coup, ma lampe torche s'est éteinte. Pourtant, elle avait de nouvelles piles ! Et là j'ai entendu un miaulement... Ce qui n'est pas hyper étonnant dans un lieu plein de rats ! Mais là…»
Himiko fit encore une petite pause avec un air mystérieux. Dabi trouva que le ridicule de la situation était suffisamment évident pour qu'il n'ait même pas à le relever, bien que ses compagnons semblaient passionnés.
« Mais là… Le miaulement était très fort. Et surtout… Il venait d'au-dessus de ma tête. »
Un frisson sembla parcourir la petite audience.
« Autant vous dire que j'ai couru comme jamais et que je n'y suis plus jamais revenue ! » conclut la jeune fille.
Dabi se demanda même si ses compagnons n'avaient pas fait semblant d'être effrayés par l'histoire pour lui faire plaisir. Ça n'avait de toute façon aucune d'importance car après Himiko, il doutait que quelqu'un se lance dans la narration d'une histoire. Cependant, il eut tort car la fille espérait bien entraîner d'autres participants :
« Hey Boss, tu nous raconterais pas une petite histoire ? Je suis sûre qu'il t'est arrivé des trucs avec le Super Boss. »
Par « Super Boss », Himiko voulait bien évidemment parler d'All For One. Dabi fut alors partagé. D'un côté, il souhaitait de toutes ses forces que ce jeu s'arrête mais il ne pouvait s'empêcher d'être curieux à l'idée que Shigaraki raconte quelque chose de son passé. Il doutait cependant que ça se produise et fut très surpris en entendant la réponse du chef :
« Pourquoi pas… Je ne sais plus quel âge j'avais mais je vivais avec le Professeur dans une maison à Tokyo, dans le quartier des ambassades…
-Mais, c'est que le chef a eu la vie de château, ne put s'empêcher d'ajouter Dabi.
-Ferme la ! répondit simplement Shigaraki. L'Ambassade Américaine était juste en face, avec un couple et un petit garçon. Je détestait le gamin. Il criait tout le temps. Et il avait deux chats et surtout un lapin qu'il laissait en liberté. Le quartier entier était plus ou moins leur litière… Le lapin, c'était le pire. Il laissait ses crottes sur la terrasse.
-Ouh… Un vrai monstre… » ricana encore Dabi à voix basse.
Le jeune homme aurait espéré que Shigaraki s'emporte immédiatement comme il en avait l'habitude mais le chef sembla préférer l'ignorer et ne s'interrompit pas :
« Et un soir j'ai vu le fils de l'ambassadeur déposer une citrouille vide sur le seuil de sa porte avec une bougie à l'intérieur. Il avait sculpté un visage dessus.
-Mais pourquoi il avait fait ça ? demanda Spinner
-C'est pour Halloween, Spinner ! T'es inculte ou quoi ? C'est une fête très populaire aux Etats-Unis, le rabroua immédiatement Dabi.
-Sois pas comme ça, Dabi, dit Twice. Moi non plus, je savais pas. Et puis, c'est quoi une citrouille ?
-Mais t'es sérieux. Tu dis que tu connais le mot fantasmagorique mais tu sais même pas ce qu'est une citrouille ? Tu…
-…C'est un gros légume orange, mon chou, compléta Himiko d'une voix forte. C'est un peu comme une pastèque mais en plus gros. Allez, continue ton histoire Boss ! »
Dabi ne put rien dire d'autres et constata qu'en plus de ça, Shigaraki affichait un petit sourire satisfait. Manquait plus que ça.
« J'ai voulu faire la même chose, continua Shigaraki. Alors le professeur a envoyé Kurogiri chercher une citrouille et lui demanda de la vider pour moi. J'ai sculpté le visage après. Je lui avais fait vraiment une très grande bouche pour que ce soit effrayant avec juste deux dents comme un vampire. Et je l'ai mise sur le pas de la porte et je l'ai laissée là toute la nuit. Elle était vraiment plus effrayante que celle de l'américain en face. Je pense même qu'elle lui a fait peur quand il est revenu de l'école. Et tant mieux, c'était le but. »
Le silence était à nouveau tombé comme pour l'histoire d'Himiko mais Dabi avait du mal à croire que c'était pour le suspens. On passait quand même d'une histoire de poupée hantée et de chats géants à une guerre entre gamins par citrouilles interposées. La chute avait vraiment intérêt à être excellente…
« Le lendemain, je suis retournée voir ma citrouille et j'ai vu que la bougie était éteinte. Il y avait aussi une trace rouge jusqu'à sa bouche. J'ai regardé dans la citrouille et là, il avait le lapin du garçon… Il était mort et plein de sang. »
Dabi fut stupéfait par la fin du récit et puis éclata de rire :
« Et tu crois que c'est ta citrouille-vampire qui s'est occupé de tuer lapin qui chiait sur ta terrasse ?
-J'ai pas dit ça ! répondit Shigaraki, agacé.
-Heureusement ! Si à 8 ans, ton bras armé était une citrouille, tu devrais pas trop t'étonner de la bande de loosers et de cadavres qui t'entourent actuellement ! »
Bien que cette dernière réplique ne les mit pas vraiment en valeur, le reste de la bande se joignit à l'hilarité de Dabi. Furieux, Shigaraki quitta le groupe et alla s'asseoir plus loin malgré les protestations d'Himiko entre deux éclats de rire. Dabi commençait à penser que l'idée d'Himiko n'était peut-être pas si mauvaise au final et regretta presque que Shigaraki n'eût pas raconté son histoire bien plus tôt.
« Ris pas trop, Dabi, dit Spinner qui s'était repris plus vite que les autres. Essaie de trouver mieux que ça. A ton tour maintenant, tu t'es bien assez moqué !
-Oui, à ton tour Dabi ! renchérit Himiko
-Franchement, je vois pas pourquoi, ce serait à mon tour, se défendit l'intéressé. Tu n'as rien raconté, Spinner ! Et Mister Compress non plus ! Alors que lui, il a sûrement des choses à dire !
-C'est vrai ça, Compress ! dit Twice. Tu n'aurais pas quelque chose pour nous ? Un bon tour ? »
Dabi souffla. Il était bien content d'avoir pu détourner l'attention sur Compress. Il ne voulait surtout pas participer à cette activité. Le magicien sembla un peu surpris et bredouilla :
« Magne m'a un jour raconté qu'elle avait cambriolé un musée et qu'elle avait volé une momie…
-Tu triches ! Ce n'est pas ton histoire ! » l'interrompit Himiko.
Mister Compress sembla à présent un peu gêné et murmura :
« En fait, je ne sais pas trop quoi raconter…
-Sérieusement ? répondit Spinner. Tu es toujours le premier à vouloir te vanter de tes exploits débiles d'arnaqueur de vieilles dames et là, tu n'as même pas une histoire un flippante pour nous ?
-T'es sûr que t'as pas dépouillé une sorcière dans le lot ? » ajouta Himiko.
Le groupe éclata encore de rire. Mister Compress sembla essayer de se joindre à eux mais cela sonnait faux. Il finit par laisser le groupe dans l'hilarité quelques minutes. Dabi les accompagna avec plaisir. Au final, cette soirée n'était pas si mal. Les histoires étaient nulles mais l'important était peut-être ce moment de partage autour du feu.
« J'ai tué une fille. »
La voix de Mister Compress avait à peine été plus audible que le rire sonore des membres de l'Alliance. La bande se tut instantanément. Les secondes qui suivirent furent interminables, au point que Twice ne put s'empêcher de briser le silence en balbutiant :
« Euh. Tu sais, la mort de Magne, c'était pas ta faute. »
Sans même prêter attention à ce que son camarade venait de dire, Mister Compress reprit la parole :
« J'avais 18 ans, je revenais d'une soirée avec la voiture de mon père... J'étais défoncé.»
Le groupe échangea des regards discrets. Il était sérieux, là ? Mais personne n'osa l'interrompre :
« Il faisait noir et je roulais comme un dingue. Et là... Je l'ai vue mais sans vraiment la regarder… Elle traversait la route et je l'ai percuté à toute vitesse… J'ai même pas freiner. »
Himiko étouffa un cri de surprise en portant sa main à sa bouche. Le malaise était également perceptible chez les autres membres du groupe.
« Je me suis arrêté un peu plus loin, continua néanmoins Mister Compress, et je suis descendu pour aller voir. »
Dabi aurait bien voulu lui demander pourquoi mais son attention fut détourné par Shigaraki qui revenait s'asseoir à côté d'eux.
« Je me suis approché, dit encore Compress. Elle avait les yeux grands ouverts. Elle était raide. Les jambes brisées, le crâne défoncé… Enfin vous voyez... Morte sur coup. Bon, elle avait aucune chance à cette vitesse… »
A nouveau Himiko ne put contenir son émotion et se blottit contre Twice qui l'entoura d'un bras. Dabi se demanda comment quelqu'un qui menaçait sans cesse de poignarder son prochain pouvait d'un coup s'émouvoir du sort d'une fille inconnue renversée par une voiture.
« Et là, elle a respiré. », dit Mister Compress.
Dabi n'eut pas le temps de faire remarquer que c'était impossible si elle était effectivement morte mais le magicien enchaîna directement comme s'il avait anticipé sa remarque :
« Elle était morte, c'est sûr. Mais je pense que c'était un genre de spasme… J'ai lu que les muscles pouvait bouger un peu après la mort... Bref, ça faisait comme un genre de râle. J'ai flippé et je suis parti. »
Himiko détourna le regard. Le silence qui suivit était bien différent de ceux des autres histoires. Le groupe était clairement dérangé par le récit.
« J'ai dit à mon père que j'avais percuté une biche et il n'a pas posé de questions. Il était garagiste. Alors il a réparé la voiture. Et puis, c'était fini. J'habitais loin de l'endroit de l'accident et je n'ai pas cherché à savoir si on avait retrouvé la fille ou si on cherchait le responsable. Et personne n'est jamais venu me poser de questions. »
il était difficile de cerner les sentiments de Mister Compress derrière son masque. Les mots qu'il utilisait semblait indiquer une certaine émotion mais son ton était assez détaché, sauf peut-être sur ces dernières phrases :
« Parfois, je sens sa présence avant de m'endormir... Je sais qu'elle est là... Quelque part, dans le noir… Debout sur ses jambes cassées… A me regarder avec ses yeux grands ouverts... Et si j'écoute bien, je l'entends… J'entends ce son qu'elle faisait. L'espèce respiration un peu bruyante. »
Himiko mumura quelque chose qui ressemblait à un Oh putain et Dabi n'aurait pas dit mieux sur ce coup-là.
« Mais je m'en fais pas trop. De toute façon, elle finit toujours par s'en aller. » ajouta Compress.
Un nouveau silence s'installa mais fut briser par le ricanement du magicien :
« Ça va, je déconne… Vous devriez voir vos têtes ! »
Himiko réagit au quart de tour et sembla prête à se jeter sur son compagnon en hurlant.
« PUTAIN, C'EST PAS DRÔLE ! TU M'AS MIS LES BOULES ! JE DEVRAIS TE PLANTER POUR CA ! »
Twice ceintura Himiko qui finit par se calmer. Shigaraki se leva et grommela que décidemment cette soirée avait été une perte de temps avant de s'éloigner. Sans même se concerter, le reste du groupe se décida à profiter d'une nuit de sommeil dans la gare en ruine. Himiko éteignit le reste du feu et alla se blottir contre Twice sous un banc occupé par Spinner. Dabi trouva un peu de confort sur une grande plaque en carton et observa un moment Mister Compress qui avait décidé de dormir en position assise dans un coin.
Alors qu'il cherchait une bonne position pour se reposer quelques heures, le jeune homme sursauta en pensant apercevoir deux yeux jaunes près d'un guichet. Cependant, il réalisa que ce n'était que le regard en plastique d'une peluche abandonnée depuis certainement une décennie. Il ferma finalement les yeux mais malgré ses efforts, il ne trouva le sommeil, et ça n'avait rien à voir avec l'atmosphère lugubre du lieu ou les températures un peu trop basses de la nuit…
Dabi pensait à la fille. Celle que Mister Compress avait renversée. Il savait que ce n'était pas une plaisanterie, contrairement à ce que le magicien avait prétendu. Tout cela ressemblait bien trop à une confession. Les histoires de fantômes, poupées hantées, vampires, momies, chats noirs et autres monstres n'étaient que des épouvantails voués à effrayer les cervelles d'oiseaux et n'avaient que peu de liens avec la peur, la vraie. Celle qui retourne vos entrailles dans l'obscurité. Celle de la mort qui vous percute sans prévenir. La fille… Dabi pensait au fait qu'elle était peut-être là… Observant Mister Compress dans l'obscurité, se balançant sur ses jambes brisées et respirant à ses oreilles pour lui rappeler qu'il l'avait renversé et que quoi qu'il puisse imaginer… Il l'avait laissé bien vivante au bord de la route.
Des pas s'approchant de lui finirent par le sortir de ses songes. Juste après, Dabi réalisa qu'il n'était plus seul sur son carton et sentit un corps se blottir contre lui et l'entourer d'un bras. Le jeune homme ne sursauta pas. La chaleur de son chef ne lui était plus vraiment étrangère depuis quelques temps déjà. Il était peut-être un peu surpris que son comportement de la soirée ne l'ait pas dissuadé de lui tenir compagnie cette nuit. Dabi ouvrit néanmoins un œil pour vérifier qu'il s'agissait bien de Shigaraki avant de laisser le sommeil l'envahir, sans prêter attention aux ombres qui pouvaient bien les observer.
