Bonjour,
Merci pour vos reviews, contente que l'histoire et l'angle d'approche vous plaise :)
Joyeux AoKaga Day à vous !
Shadow : Merci, et merci de m'avoir laissé un petit mot pour mon anniversaire !
Ju : Contente que ça te plaise, tu commences à connaître mes histoires, tu sais que je peux rarement m'empêcher de partir à un moment ou à un autre dans l'introspection :D Mais tant mieux si ça donne bien !
J-1 avant l'arrivée de Kagami-kun. Tout est prêt à l'appartement. Il flotte dans l'atmosphère une étrange tension, comme si les lieux, en attendant le retour du tigre, demeuraient plus silencieux que d'ordinaire. Aomine-kun et moi, on se déplace presque prudemment dans les espaces communs, on n'ose pas déranger ce qui a été bien si ordonné, troubler la quiétude de la cuisine où la vaisselle patiente dans les placards, plisser le plaid qui repose sur l'accoudoir, perturber la tranquillité des meubles immobiles au soleil. Seule une subtile note d'angoisse tapie dans ce silence annonce qu'il sera bientôt troublé par une nouvelle vie. J'aime bien cette atmosphère. On dirait qu'on est à la veille d'un grand départ, dans ces dernières heures de calme qui invitent à la réflexion.
Enfin, tout ça est vrai pour moi, mais en ce qui concerne Aomine-kun, il est plutôt agité. Heureusement qu'il a son travail pour le canaliser un peu. Lui qui a toujours détesté se lever tôt, il a finalement consenti à ce sacrifice pour pouvoir vivre de la mer, qu'il a toujours aimée. Alors chaque matin, il part aux aurores pour prendre le large avec son bateau. C'est son dernier jour de travail avant les vacances qu'il a posées exprès pour l'arrivée de Kagami. Hier soir, je lui ai dit que son métier de pêcheur était très complémentaire avec les ambitions culinaires de Kagami-kun. « Tu pourrais fournir son restaurant. » Il m'a regardé comme si ça ne lui avait pas effleuré l'esprit, après quoi ses yeux se sont illuminés, puis assombris. Il a marmonné quelque chose comme « On verra », et a battu en retraite dans sa tanière. Je disais un peu ça pour le taquiner, pour voir sa réaction, et puis j'ai pensé que moi aussi, j'aimerais bien travailler directement ou indirectement pour le restaurant de Kagami-kun. Et depuis, je n'arrête pas d'y penser. Je me dis que c'est peut-être bien ça, ce que je veux vraiment faire. Je suis impatient d'en parler à Kagami-kun.
Kuroko jette un coup d'œil à l'heure et referme son ordinateur portable. Il est temps d'aller travailler. Sur le chemin, il est moins attentif que d'habitude, perdu dans ses pensées et les passants, qui ne le voient pas plus que d'habitude, ont tendance à le bousculer. Toute la journée qui suit, il reste dans la lune, anticipant avec joie la journée du lendemain. Il va revoir son ami, lui parler de son projet, et avancer dans sa quête de vérité à propos de la kagamite d'Aomine. Le soir en rentrant, il trouve ce dernier étalé de tout son long sur le canapé, bras et jambes pendants mollement de part et d'autre, tandis que la panthère observe d'un œil peu intéressé l'écran de télévision.
« Qu'est-ce que tu regardes, Aomine-kun ? »
Même le tressaillement de surprise de la panthère est paresseux. Il a dû se fatiguer à force de stresser, pense Kuroko. Il faut dire qu'Aomine peut se montrer d'une énergie farouche quand il fait ce qu'il aime, mais la flemmardise sera toujours ancrée dans ses gènes.
« Je sais pas trop… marmonne le brun en s'étirant. Je m'ennuie. On joue à un truc ?
— Si tu veux. Mais il va falloir que tu me fasses une place sur le canapé.
— Bah, t'es minuscule, tu trouveras bien où te caser.
— Ce n'est pas parce que tu es semi-géant que je suis minuscule, Aomine-kun. En fait, je suis d'une taille tout à fait normale.
— Et si c'était moi qui étais d'une taille normale et que tout le monde était minuscule, hein ?!
— Ce ne serait pas très logique.
— Si tu le dis… » Aomine consent finalement à se pousser.
Voyant son air peu motivé, Kuroko prend sur lui de trouver un jeu.
« Ne t'en fais pas, tu vas sous peu retrouver l'un de tes frères géants.
— Hein ?
— Kagami-kun est aussi grand que toi.
— Oh… Ouais, c'est vrai. Lui au moins il comprend que le monde est trop petit ! Les canapés, les lits, les portes… Et tu te casses le dos pour la vaisselle ! C'est bien pour ça que je la fais jamais !
— Permets-moi de douter de cette dernière affirmation, Aomine-kun.
— Tu crois jamais rien de ce que je te raconte.
— C'est parce que tu dis beaucoup de bêtises.
— Et toi t'es désagréable ! »
Kuroko rit intérieurement aux remontrances de son ami. Il est vrai que taquiner Aomine est l'un de ses passe-temps favoris. Mais il est également vrai qu'il dit beaucoup de bêtises, quoique parfois, sa logique ne manque pas d'intérêt. Comme sa théorie pour expliquer la disparition des chaussettes de Kuroko : « Mes chaussettes sont plus grandes, alors elles mangent les tiennes. Ou alors, on a un yokai à la maison qui a froid aux pieds. » Ou bien ses excuses pour ne pas avoir fait sa part de ménage : « Si je l'avais fait, t'aurais trouvé ça suspect. » Ou encore sa théorie sur la vie extraterrestre et les déploiement satellites : « Tout le monde se moque en disant qu'à chaque fois qu'on déploie des satellites, les gens crient aux ovnis. En même temps, si j'étais un ovni, j'attendrais un déploiement de satellites pour passer incognito. » Il n'y a pas à dire, vivre avec Aomine a ses avantages.
Il choisit un jeu de combat auquel il est assez mauvais : remporter une série de victoires redonnera certainement le sourire à la panthère maussade. Et ça leur fera passer le temps en attendant le lendemain qu'ils sont tous les deux impatients de voir arriver.
Ils vont se coucher de bonne heure, fatigués par la journée, mais Kuroko ne parvient pas à trouver le sommeil et se demande s'il en est de même pour Aomine. Les yeux grands ouverts, il regarde les ombres se déplacer quand le vent frissonne dans les feuillages où que des phares percent l'obscurité ponctuée de réverbères. Il écoute le ronronnement tranquille de la ville à moitié endormie, ses pensées s'égarant loin dans le passé. Il se rappelle le jour où il a rencontré Kagami, de son indifférence à son égard, gageant qu'il n'y avait absolument rien en lui qui puisse l'intéresser sur un terrain de basket. Kagami était presque obsédé par ce sport, à l'époque, tout comme Aomine l'avait été, puis l'était redevenu. Cette passion pour le sport canalisait bien des émotions chez les deux fauves, mais en exacerbaient d'autres, et parfois le parquet se retrouvait à concentrer tous les drames vécus par les adolescents. Tout semblait toujours tellement intense à cette époque. Parfois, il s'en rappelle avec nostalgie, mais il est aussi content d'avoir un peu de recul aujourd'hui, et une vision plus claire des choses.
Il se dit qu'il devrait écrire tout ça dans ses mémoires, mais c'est à son tour d'éprouver une très grande flemme. Il a beau ne pas trouver le sommeil, il est bien là, engourdi, engoncé sous ses couvertures, à rêver au passé. Et parfois, mieux vaut attendre avant de formuler. Les phrases n'en seront que plus aiguisées et le sens, plus limpide.
Le lendemain, il est réveillé par un rayon de soleil qui tombe sur son oreiller. Il se frotte les yeux et s'étire, réalisant aussitôt que c'est le grand jour. Même Nigou semble au courant, vu la façon dont il le fixe d'un air joyeux, puis gambade sur ses draps en jappant doucement. Kuroko repousse la couverture et enfile ses chaussons, puis sort de sa chambre et remonte le couloir pour se rendre dans la cuisine. Il a un léger mouvement de surprise en y trouvant la panthère en train de siroter pensivement un café.
« Tu es bien matinal, Aomine-kun.
— Yo, Tetsu. L'habitude de me lever aux aurores, j'imagine. »
C'est là un gros mensonge et Aomine sait très bien qu'il le sait. Le brun n'a aucun problème à faire de longues grasses matinées après une semaine à se lever très tôt. Cependant, Kuroko n'insiste pas et s'emploie à préparer le petit-déjeuner. Ils ne doivent aller chercher Kagami que l'après-midi à l'aéroport. En attendant, ils vont sûrement tourner en rond dans l'appartement en brassant de l'air, alors Kuroko propose une sortie cinéma, qu'Aomine s'empresse d'accepter. Une salle obscure, un bon film d'aventure, du coca et un gros seau de pop-corn, voilà qui les occupera. À midi, ils mangent au Maji Burger sans guère discuter, chacun absorbé par ses propres pensées. Et enfin, ils prennent un taxi pour se rendre à l'aéroport. Kuroko a le cœur un peu battant, mais il n'en laisse rien paraître. Aomine a déjà l'air bien assez stressé pour deux… La circulation est dense, et le trajet leur paraît durer une éternité. Aomine s'impatiente, se rongeant les ongles tandis qu'il fixe les véhicules responsables de ses embouteillages de ses yeux tempétueux, comme s'il était à deux doigts de sortir du taxi pour aller expliquer sa façon de penser aux automobilistes. Kuroko meurt d'envie de lui poser des questions sur cette nervosité excessive, mais il sait se taire quand il le faut, et agacer une panthère qui a déjà le poil hérissé est le meilleur moyen de se prendre un vilain coup de griffe, alors il refoule sa curiosité.
Aomine pousse un gros soupir de soulagement, et Kuroko un petit, tandis que le taxi se gare enfin devant l'aéroport. Ils demandent au chauffeur de les attendre, puis pénètrent dans le vaste bâtiment, scannant le hall à la recherche des écrans d'arrivées. Pas de retard prévu sur le vol de Kagami. À grandes foulées, Aomine se dirige vers le hall indiqué, et Kuroko le suit tant bien que mal en trottinant parmi la foule bigarrée. Ils n'ont pas à attendre longtemps avant de voir les premiers passagers franchir les portes. Kuroko examine calmement la foule, ce ne sera pas dur de repérer leur ami à la flamboyante tignasse. Et le voilà déjà, dominant d'une bonne tête la plupart des voyageurs. Kuroko sent Aomine se raidir à ses côtés, et, curieux, il le lève les yeux pour observer son expression. À croire que la panthère regarde débarquer Michael Jordan en personne, avec ses yeux qui brillent de joie et d'admiration. Ça le surprend un peu : il sait que ces deux-là sont proches et se respectent, mais ça, c'est nouveau. Ou alors, la kagamite donne de la fièvre à Aomine. Kuroko reporte son attention sur Kagami, et constate avec étonnement le même éclat dans les yeux du tigre. Aurait-il contracté une maladie similaire ? Un genre d'aominite ? Et aiguë, à en juger par la façon dont il rougit en bafouillant légèrement tandis qu'il salue la panthère. Très bien, c'est le moment de faire discrètement un pas en arrière, et d'observer le comportement des deux fauves. Ses yeux font des allers-retours entre les deux, scrutant le moindre changement d'expression et chaque détail de leur langage corporel. Aomine se frotte l'arrière du crâne et marmonne quelque chose d'un air un peu gêné, avec un sourire de côté. Kagami se tient inhabituellement près de lui, un peu raide, comme s'il attendait quelque chose, fixant l'autre fauve avec une drôle d'intensité. Intéressant… Aomine n'avait peut-être pas tort, finalement : ce serait amusant d'écrire une thèse sur les félins. Une fois qu'il a observé de tout son soûl, il décide de rompre ce moment à la fois charmant et un peu gênant, et s'avance.
« Bonjour, Kagami-kun. »
L'intéressé sursaute et semble chercher quelques instants d'où provient la voix, avant de baisser les yeux sur lui. Un sourire plus franc et plus lumineux se peint sur son visage.
« Hello, Kuroko. Comment tu vas ? »
Le rouge ne peut s'empêcher d'avoir un mouvement de recul en voyant Nigou dans ses bras, mais Kuroko et Aomine ont une belle surprise en le voyant déglutir et approcher la main pour flatter sa tête rapidement. Il explique un peu gêné : « Je suis une thérapie pour travailler sur ma phobie.
— Ravi de l'entendre, ça facilitera notre colocation, répond Kuroko. Je vais bien. Je suis heureux de te voir. Tu as fait bon voyage ?
— Oh ouais, ça a été. Rien à signaler.
— Restons pas plantés là, dit Aomine, qui semble avoir la bougeotte. Le taxi nous attend. »
Ils rebroussent chemin et quittent les halls de l'aéroport, retrouvant le jour lumineux. Il n'y a pas un nuage aujourd'hui, et Kuroko a le cœur léger. Il est heureux d'avoir retrouvé son ami, il lui semble que soudain, tout rentre dans l'ordre, comme si sans Kagami, la vie à Tokyo n'était pas tout à fait complète. Dans le taxi, il s'assoit à l'avant, riant intérieurement en se disant qu'il pourra observer les fauves de tout son soûl à travers le rétro, sans que ses sujets d'étude se doutent de quoi que ce soit. Et ça va être instructif, à en juger par la façon dont ils se lancent des regards à la dérobée, sans hostilité, mais avec une certaine prudence, comme s'ils se jaugeaient. Kuroko est plus curieux que jamais, mais il sait que la patience est le maître mot de tout bon chercheur, et toutes sortes de découvertes l'attendent sans aucun doute lors des prochains jours.
