Bonsoir !

Eh oui surprise, déjà un nouveau chapitre, mais ce soir pas mal de trucs me sont venus et je me suis dit, autant en profiter pour avancer !

Enjoy !

Shadows : Oui merci beaucoup, j'ai été bien gâtée ! Kagami attendait-il un baiser ? Peut-être bien ! Mais seule l'histoire le dira ;) J'espère que tu prendras plaisir à lire cette suite !


Kagami n'a jamais été très bon pour cacher ses émotions, et il a toujours été particulièrement aisé pour Kuroko de lire sur son visage. Présentement, il rit intérieurement en constatant la stupéfaction de son ami devant l'aspect immaculé de leur appartement. De toute évidence, le tigre est incapable d'imaginer que ce qu'il a sous les yeux est bel et bien un endroit où vit Aomine. D'ailleurs, il se tourne vers ce dernier d'un air interrogatif, se retenant visiblement de demander s'il a finalement changé et s'est transformé en fée du logis. Aomine se contente de hausser les épaules et lui fait faire le tour du propriétaire, terminant par la chambre qu'il va occuper au bout du couloir, à côté de celle de la panthère. Kuroko les laisse faire et en profite pour sortir de quoi faire un petit apéritif anticipé. Il n'y a pas d'heure pour boire une bière quand on retrouve un vieil ami.

Les deux fauves reviennent au salon et s'illuminent en voyant chips et bières sur la table basse. La véritable soirée de bienvenue aura lieu le lendemain, aujourd'hui, Kagami va sans doute s'effondrer à peine le soleil sera couché. Mais pour l'heure, il prend place sur le canapé en poussant un soupir de soulagement, et ils trinquent tous les trois à leurs retrouvailles. L'atmosphère s'est subtilement détendue entre les deux fauves, mais il reste quelque chose d'étrange qui flotte dans l'air. Sans compter que c'est définitivement une drôle de sensation de se retrouver tous les trois après tout ce temps. Cependant, en dépit de cette gêne inexplicable qui semble habiter les deux fauves d'ordinaire impulsifs, Kuroko voit bien qu'ils sont aussi heureux que lui. Il en oublie même son enquête, profitant simplement de ses amis, à échanger vieux souvenirs comme nouvelles plus récentes. Kagami leur parle de ce restaurant à vendre dans le quartier, dont toute la déco est à refaire. Il n'en a fait de visite que virtuelle, mais l'enthousiasme dans sa voix ne trompe pas : il croit beaucoup à cet endroit, et peut-être même qu'il s'y voit déjà. D'ailleurs, ils conviennent de visiter les lieux dès le lendemain. Même Aomine se montre emballé, presque comme si c'était lui qui allait ouvrir un restaurant. Kuroko se garde encore de faire part à Kagami de son désir de s'intégrer dans son projet. Il attend un moment plus tranquille, et peut-être… d'être tout à fait sûr.

Quand il referme la porte de sa chambre pour aller se coucher, sa tête bourdonne autant de rêves et de pensées que la veille, et cette fois, il décide de les écrire. Après avoir enfilé son pyjama, il se glisse sous la couette et tasse les oreillers dans son dos avant d'ouvrir son ordinateur, bien calé sur ses cuisses. Une fébrilité qu'il n'avait pas ressentie depuis l'adolescence le rend presque nerveux. Et il accueille la sensation avec bonheur.

Je n'ai pas encore parlé de mon idée à Kagami-kun. Mais son enthousiasme est contagieux. J'avais presque oublié l'énergie solaire qu'il dégage, cette espèce de force brute, sa franchise détonante, cette aura de volonté pure qui l'entoure. Les gens déterminés sont souvent arrogants, mais pas lui. C'est le genre de personne qui inspire son entourage. Ce n'était pas seulement ma lumière au basket. Il a toujours embelli ma vie. Comme Aomine-kun, d'ailleurs, bien que celui-ci l'ait fait d'une manière différente. Aomine-kun a cette force rentrée qui explose rarement. Certes il est le premier à provoquer, à charrier, à agresser, parfois. Mais il ne laisse guère apercevoir ses émotions profondes, ne comptant que sur lui-même pour agir. Pour un paresseux de son genre, il possède une intransigeance, spécifiquement avec lui-même, dont peu de personnes peuvent se vanter. Et moi, dans tout ça ? Il n'y a pas plus mal placé que soi-même pour parler de soi, et pourtant, il faut essayer. En toute honnêteté, non pas pour se raconter, mais pour se trouver. Non pas pour se mettre en scène, mais pour se regarder tel qu'on est vraiment. Un exercice périlleux pour lequel nul professeur ne peut nous entraîner, ni même trancher pour décider si on a réussi ou non. C'est sans doute pour ça que personne n'aime se retrouver seul avec soi-même, quand viennent la nuit et le silence. Pour ça que tout vaut mieux que d'affronter la page blanche et le curseur qui clignote, moqueur, chaque fois qu'on pose un point final.

Je sais que je possède moi aussi ma propre détermination, même si elle ne me semble jamais aussi admirable que celle de mes lumières. Je ne me mets jamais en avant, je ne parle jamais de moi dans les conversations courantes, ou si peu. Parfois, je me demande ce que je dirais, si j'étais plus loquace. Alors je m'inspire des gens qui m'entourent. Je n'exprime pas grand-chose, mais je ressens beaucoup. Il m'arrive d'oublier que les émotions n'ont rien d'évident pour autrui quand on les garde pour soi. Je sais juste que j'ai envie d'essayer. Que ce qui m'animait à l'époque du lycée est toujours vivant en moi. Parce que c'est le genre de flamme qu'on porte toute sa vie, qui vacille parfois mais jamais vraiment ne s'éteint. Même quand on a l'impression de stagner et que l'énergie s'étiole, encore et encore, on avance, on continue à vivre et à s'accomplir chaque jour qui passe. Mais parfois je m'inquiète et tout me semble vain. Je me dis que je pourrais tout aussi bien rentrer dans les ombres et personne ne se souviendrait de moi. Parce que, finalement qu'ai-je à apporter au monde ? Peut-être pas grand-chose. Peut-être qu'au final, je ne fais aucune différence. Quand on a ce genre de pensée, c'est difficile de les repousser, pas vrai ? Car on ne trouve pas d'argument solide pour les contrer. Mais demain matin je me lèverai et je les combattrai une nouvelle fois, à ma façon.

Il enregistre son document et ferme l'ordinateur. Dans la pièce d'à côté, il entend de la musique en sourdine. Aomine ne semble pas dormir non jette un coup de l'œil à l'heure, bâille, s'étire… hésite. Finalement il se lève, et va frapper à la porte de son colocataire. Une voix étouffée lui répond d'entrer, et il trouve Aomine étalé dans son lit, sa lampe de chevet allumée, à fixer le plafond. Il va s'asseoir au bord du lit.

« Ça va, Aomine-kun ?

— Ouais… Et toi ? T'arrives pas à dormir ?

— Non. Avoir une nouvelle personne à l'appartement, c'est presque comme dormir chez quelqu'un d'autre, tu ne trouves pas ? Les repères sont un peu bouleversés.

— C'est vrai… répond Aomine au bout de quelques instants. Et puis ça fait longtemps que t'as pas vu T-… Kagami.

— Et pourtant, tu as l'air plus perturbé que moi. »

Aomine ouvre la bouche pour répondre, et pendant un instant, Kuroko a l'impression qu'il va tout déballer. Mais il finit par hausser les épaules, sans rien ajouter.

« T'écris toujours tes mémoires ? demande finalement la panthère.

— Oui.

— Qu'est-ce que tu racontes dedans ?

— Toutes sortes de choses. Je parle aussi de toi. Et de Kagami-kun.

— Pourquoi ?!

— On ne pourrait pas écrire des mémoires sans raconter au moins un peu l'histoire des gens qu'il y a dans notre vie, pas vrai ?

— Hm… Sans doute pas, reconnaît Aomine. Mais tu les publies pas hein ? Ou alors je veux un droit de regard et des royalties !

— Tu ne perds pas le nord, c'est bien.

— C'est pas comme si on pouvait se contenter de vivre sa vie naïvement, hein ? La vie c'est pas si facile.

— Qu'est-ce qui te fait dire ça ? demande Kuroko, un peu intrigué.

— Je sais pas… Rien en particulier, j'imagine. C'est juste un truc que je me dis.

— Et tu as raison. Mais si ça devient un peu plus que 'pas facile', on peut toujours en parler. »

Ce n'était qu'une simple invitation amicale, mais à ces mots, Aomine pose un regard sur lui un peu étrange, très sérieux, et presque accusateur. Et dit finalement :

« Tu le ferais, toi ? »

Kuroko prend la peine d'y réfléchir, parce qu'il déteste mentir et au-delà de ça, cherche toujours la réponse la plus honnête possible quand on lui pose une question aussi directe.

« Je ne l'aurais pas fait auparavant. Mais… Je crois que je veux essayer de changer ça. »

La panthère a un léger sourire en coin, apparemment satisfaite de cette réponse.

« T'as toujours été là pour moi, Tetsu. Ça me dérange de pas pouvoir faire la même chose. »

Kuroko considère cette réponse avec une authentique surprise. Il ne s'est jamais dit que son silence pouvait déplaire à Aomine. Et il ne s'est pas tu parce qu'il ne lui faisait pas assez confiance pour lui parler, juste parce que… Ce n'était pas naturel pour lui. Ça ne lui semblait pas si important que ça. Il s'est toujours senti à l'aise dans son rôle de confident, et passer de l'autre côté de la barrière le met un peu mal à l'aise.

« Merci de m'avoir dit ça, Aomine-kun. Je ne savais pas.

— Alors tu sais pas tout ! Ça me rassure ! Des fois je me pose sérieusement la question !

— Tu recommences à dire des bêtises, Aomine-kun.

— C'est toi qui es dans ma chambre, là ! Si y a un endroit où je peux dire des conneries, c'est bien dans ma chambre !

— Tu ne te prives pas d'en dire ailleurs.

— Ouais mais là t'as pas le droit de t'en formaliser.

— Oh, je vois. Tu devrais épingler un règlement intérieur à ta porte, histoire que tout soit plus clair.

— Fuck off, Tetsu !

— En voilà, une expression bien américaine. On sent déjà l'influence de Kagami-kun. »

Il a à peine le temps de terminer sa phrase qu'il se reçoit un oreiller lancé avec une violence peu commune, manquant de le renverser. Si Aomine veut jouer à ça… Il ramasse l'oreiller, se lève pour avoir plus de force, et le renvoie façon boulet de canon, atteignant son ami en pleine poitrine alors qu'il se redressait pour tenter de parer l'attaque. Aomine se retrouve littéralement cloué à la tête de lit, le souffle coupé quelques secondes, puis marmonne « Enfoiré ! » avant d'empoigner deux oreillers d'un air menaçant. Kuroko songe bien à lui dire qu'ils risquent de réveiller Kagami, mais celui-ci doit être trop fatigué pour ça, et puis, c'est trop amusant. Il essaie d'esquiver les projectiles tandis qu'Aomine rassemble déjà d'autres munitions – c'est fou le nombre d'oreillers qu'il peut avoir – et Kuroko tâche de contre-attaquer. L'un de ses boulets de canon atteint sa cible en pleine tête, mais Aomine s'ébroue à la façon d'un ivrogne en pleine rixe de bar avant de poursuivre l'assaut de plus belle. S'ensuivent quelques minutes confuses de combat quasi silencieux où l'on entend que les halètements d'effort des combattants et le choc assourdi des oreillers moelleux s'écrasant sur une tête, un torse ou une jambe. Puis, d'un commun accord, ils cessent les hostilités, essoufflés. Et éclatent de rire en même temps, toujours en sourdine. Ils ne disent rien pendant quelques instants, puis Aomine, qui a retrouvé son sérieux, murmure finalement :

« L'été dernier… »

Kuroko relève la tête, soudain très intéressé, mais la phrase du brun tourne court tandis qu'ils entendent un léger tapotement à la porte. Ils se figent tous les deux, et Aomine s'éclaircit la gorge :

« Ouais ? »

La porte s'ouvre et Kagami fait son apparition, les cheveux en bataille et les traits tirés.

« Pardon, nous t'avons réveillé, Kagami-kun ? demande Kuroko.

— Non… Le jet-lag me décale complètement mais je me demandais ce que vous foutiez. »

Puis, son regard tombe sur le bazar pas seulement inhérent à la chambre d'Aomine, mais semé par leur bataille d'oreillers.

« Mais qu'est-ce qui s'est passé ici ?!

— Tetsu a été chiant comme d'habitude, j'ai été obligé d'employer les grands moyens, marmonne le brun.

— Les grands moyens ?...

— Bataille d'oreillers… » maugrée Aomine en détournant le regard.

Kagami les regarde tour à tour, la mine perplexe. Il observe les oreillers dispersés aux quatre coins de la pièce et commence machinalement à les ramasser.

« Si personne n'arrive à dormir, je devrais peut-être faire du chocolat chaud * , remarque Kuroko.

— Ouais, bonne idée », approuve Aomine.

Et c'est ainsi qu'ils se retrouvent à faire une sorte de soirée pyjama, où les pyjamas seraient remplacés par de simples boxers pour Aomine et Kagami, tous les trois calés parmi la montagne d'oreillers de la panthère, sur son grand lit qui surnage au milieu du chaos de la pièce. Et ils discutent de tout et de rien à la faveur de la nuit, avec l'impression soudaine et délicieuse qu'ils ne se sont jamais quittés, et qu'ils n'ont pas grandi du tout.

C'est bien plus tard dans la nuit que chacun retourne à sa chambre, et cette fois, le sommeil ne fait à défaut à personne, tandis qu'une douce paix retrouvée règne sur l'appartement silencieux, plongé dans les ténèbres.


* Parce qu'il paraît que c'est la boisson la plus apaisante, n'est-ce pas Bouh ? 😉