Hello !
Et voici la suite, en espérant qu'elle vous fera passer un bon moment !
Enjoy !
Shadow : Ahah mais semer le mystère fait partie du plaisir, pour l'auteur comme pour les lecteurs je crois, et ça risque de continuer, niark niark ! Du moins pour ce chapitre )
Ju : Merci beaucoup pour ta review ! Je suis contente que tu aies cette impression de sincérité sur les écrits de Kuroko, car c'est bien l'objectif recherché, rester simple et honnête. Je pense que beaucoup de personnes peuvent s'identifier à Kuroko et donc… tant mieux si ses pensées font écho pour toi :) J'espère que la suite te plaira !
Kuroko se réveille tôt le lendemain matin, malgré la soirée qui s'est prolongée jusqu'au petit matin. Il a hâte de visiter le restaurant de Kagami et de préparer la soirée. En plus, une délicieuse odeur s'est répandue dans l'appartement et fait grogner son estomac. Arrivé dans la cuisine, il n'est guère surpris d'y trouver Kagami en train de préparer le petit-déjeuner. Il s'approche sans être remarqué et se penche sur la poêle où de belles tranches de bacon rissolent en grésillant de manière appétissante. Alors qu'il hume le délicieux parfum de viande grillée, la main qui tenait la spatule a un brusque mouvement de recul, passant à un cheveu de flanquer ladite spatule dans le visage innocent de Kuroko. Ce dernier se recule prudemment et dévisage Kagami d'un air neutre, mais qu'il sait subtilement accusateur.
« Shit, sorry Kuroko ! » s'exclame Kagami.
Kuroko s'amuse de voir le tigre authentiquement contrit, et remarque :
« Ça a l'air bon. »
Kagami sourit, embarrassé.
« Thanks. J'ai été étonné de trouver du bacon au frigo, ajoute-t-il en se rappelant de parler japonais.
— Oui, Aomine-kun et moi on s'est dit que tu aimerais ça. Et puis, nous aussi.
— Yeah… Ça fait plaisir. Ça rend la transition un peu moins brusque. J'ai presque fini. Les pancakes sont au chaud, je vais faire des œufs brouillés. »
Kuroko en salive d'avance, mais n'en montre rien. À la place, il aide son ami en sortant les assiettes et en préparant le café et des verres de jus d'orange. Ils vont avoir droit à un vrai festin. Avec Aomine, ils ne prennent pas vraiment le temps de cuisiner. Ils font au plus simple et ont des cartes de fidélité dans tous les restaurants de la rue, mais il doit bien reconnaître que ça le réjouit d'avoir un petit-déjeuner savoureux, qui en plus aura un petit goût d'exotisme.
Une fois les préparatifs terminés, il s'installe au salon avec Kagami et le repas commence silencieusement, chacun absorbé par son assiette. Kuroko aime bien ce calme. Avec Kagami, ils n'ont jamais été de grands bavards, mais il a toujours apprécié passer du temps avec lui, avec ou sans discussions. Ça lui avait manqué et il est content de retrouver ces moments précieux.
Alors qu'ils font la vaisselle, débattant du caractère opportun ou non de réveiller Aomine, celui-ci fait son entrée en bâillant. Il est levé tôt pour un jour de vacances… Mais Kuroko n'est pas vraiment étonné. Il a sans doute aussi secrètement hâte de visiter le resto dont Kagami veut faire l'acquisition. Et la panthère ne grogne même pas beaucoup au réveil, quand elle aperçoit les délices qu'on lui a laissés, et le café encore chaud qui ne demande qu'à être bu. Après un bref salut, le fauve s'empare de sa pitance et se retire au calme dans le salon pour manger. Kagami et Kuroko ne le dérangent pas, ils connaissent tous les deux son caractère belliqueux au réveil.
Une heure plus tard, tout le monde est fin prêt, et ils sortent de l'appartement pour aller voir ce fameux resto. La journée est agréable et une brise tiède vient disperser les nuages blancs qui parsèment le ciel. Ils s'enfoncent dans les ruelles et arrivent finalement devant une petite cour envahie d'herbes folles, mais qui bénéficie d'une assez bonne lumière, et au fond de laquelle s'ouvre une vitrine défraîchie. Une vieille enseigne indique en lettres encore visibles malgré l'érosion de la pluie : Aoi Haru. Le printemps bleu. Kuroko a un léger sourire.
« Un nom plutôt poétique. Et qui rappelle quelqu'un. »
Kagami rougit mais ne répond rien et trifouille ses poches à la recherche des clés confiées par le propriétaire. Aomine, lui, ne bronche pas, observant pensivement l'intérieur à travers les vitres sales. Ils entrent dans une salle de dimensions assez réduites et à la décoration vieillotte. Au fond trône un large comptoir qui devait aussi servir de bar, et derrière s'ouvrent les cuisines. Kagami se dirige directement vers celles-ci, et Kuroko voit son visage s'illuminer tandis qu'il découvre un équipement ancien mais en bon état. Kagami fait le tour des lieux, mettant la tête dans tous les placards, fours et frigos, effleurant les plans de travail, plaques de cuisson, barbecue, et finalement se tourne vers ses amis et explose :
« C'est génial ! »
Aomine le regarde en clignant des yeux, de toute évidence sceptique devant tant d'enthousiasme pour ce qui n'est pour lui qu'une cuisine comme il en existe tant d'autres.
« Il y a du ménage à faire, mais sinon tout a l'air fonctionnel, note Kuroko.
— Ouais, c'est ce que m'a dit le proprio, le plus gros du travail, ce sera refaire la déco de la salle. Mais j'ai déjà quelques bons plans pour ça.
— Je vois que tu es arrivé préparé.
— Tu sais que j'aime pas trop laisser les choses au hasard. »
Kuroko se retourne vers le bar et le désigne du menton :
« Tu comptes utiliser ça aussi ? »
À ces mots, Kagami s'illumine d'un sourire un peu mystérieux :
« Yeah. J'ai déjà trouvé un serveur. Du genre qui va me ramener du monde. » Les deux autres le dévisagent avec curiosité, et il ajoute : « Kise va me donner un coup de main.
— Oh, c'est une bonne nouvelle. Il me disait justement qu'il s'ennuyait à son travail. »
C'est définitivement une bonne nouvelle. Ça l'affirme un peu plus dans sa volonté de venir travailler ici. Il ne manquerait plus que de nommer Murasakibara chef pâtissier, tiens. Peut-être même que Kagami y a déjà pensé… Cependant, Kuroko ne lui parle pas tout de suite de ses projets. Il veut encore s'imprégner de l'atmosphère de l'endroit, s'y projeter.
Aomine commence à fureter dans la cuisine, sans doute pour essayer de se rendre compte par lui-même de ce qu'elle a de si extraordinaire. Amusé, Kuroko le regarde faire, comme Kagami, fourrant sa tête et ses mains partout. À la fin de l'inspection vient le verdict :
« On dirait que tu peux préparer plein de trucs là-dedans. »
Kagami rigole :
« Ouais, c'est l'idée. Une fois que j'aurai tout organisé à ma manière, ça sera parfait. »
Ils retournent dans la salle et commentent avec des idées de déco, Aomine affichant une moue déçue lorsque sa proposition de borne d'arcade est rejetée. Puis il s'illumine de nouveau en disant :
« Il y a une cour : on pourrait en faire un terrain de basket !
— Hm… Je pensais plutôt à une terrasse. Pour les beaux jours. »
Aomine grimace, mais n'ajoute rien.
« Cela dit, il y a aussi une arrière-cour, ajoute Kagami. C'est vraiment petit, mais… Y a la place d'y mettre un panier. »
Il sourit et entraîne ses amis derrière le bâtiment. Une cour encombrée de vieux matériel apparaît, avec une allée menant à une autre rue.
« Je pourrai me faire livrer par ici. Et éventuellement mettre quelques paniers quand les clients me soûleront.
— Ouais ! Bonne idée, s'enthousiasme Aomine.
— Content que tu valides ! » rigole Kagami.
Après un dernier tour du restaurant, ils décident de rentrer, les deux fauves bavardant avec animation. Il ne semble rien rester de la gêne de la veille quand ils se sont retrouvés. Kuroko reste un peu en arrière, songeur. La visite du restaurant lui a donné matière à réflexion. Il est impatient d'avoir un petit moment à lui pour se poser devant son ordinateur et écrire, parce que ça l'aide à réfléchir, et il semble que ces temps-ci, il ait beaucoup de choses auxquelles penser. Envisager son avenir le ramène inévitablement au passé, et pour lui qui se montre critique en toute chose, il lui paraît important de faire le bilan, trier ses pensées. Lui qui est toujours dans l'ombre, il lui semble parfois que cette obscurité brouille aussi sa vision, de lui-même, de sa propre vie. Et une nouvelle fois, il éprouve ce besoin de mieux se connaître, de ne pas laisser passer la vie sans savoir la savourer, sans connaître sa chance. Formuler les choses prend du temps, c'est un travail sans cesse à renouveler. La tâche d'écrire ressemble finalement à celle de Sisyphe, condamné à transporter son lourd rocher jusqu'en haut de la montagne, pour le voir rouler en bas de la pente et devoir recommencer le même labeur harassant chaque jour.
Quand ils arrivent à l'appartement, Kuroko laisse les deux fauves vaquer à leurs occupations, et il s'enferme dans sa chambre, avec une certaine appréhension lovée dans sa gorge. Il se demande si ce sera toujours aussi intimidant de commencer à écrire, et il a l'intuition que oui. Il s'assoit sur son lit avec son fidèle ordinateur portable, et rouvre son document de la veille. C'est comme au basket. Il ne faut pas trop réfléchir, et juste se lancer. On s'adapte ensuite au fur et à mesure, mais tout d'abord, il faut accepter de livrer le match, sans se donner d'excuses, sans rester passif. Déterminé à agir.
C'est le premier jour de la nouvelle vie de Kagami au Japon. J'ai un peu l'impression que c'est le premier jour de la mienne aussi. J'ai souvent eu l'impression de franchir des tournants décisifs, et souvent, je me trompais. C'est probablement parce que les véritables ruptures dans une vie sont rares. Ou plutôt, elles ne sont généralement pas rattachées à un événement en particulier. Je veux dire que l'esprit et le cœur ont toujours un temps de retard sur le présent. On vit, et ensuite, on change, parfois peu à peu, parfois sans même s'en rendre compte. Je crois que c'est parce que j'ai peur de changer irrémédiablement sans le savoir que j'écris tout ça. Pour me rappeler qui je suis, et aussi qui j'étais. Et peut-être trouver une forme de continuité.
Quoi qu'il en soit, j'aime le nouveau restaurant de Kagami. En le visitant, j'imaginais le tintement des casseroles, la grande silhouette de Kagami affairée devant les fourneaux, son visage concentré alors qu'il crée ses plats, et le bruit confus de la salle tandis que les convives profitent d'un délicieux repas. Et cette image m'a plu. Je crois que je me sentirais bien là-bas. Je ferais un parfait commis. Ce serait un bon moyen pour moi de travailler dans l'ombre, tout en aidant mon ami comme autrefois. Et d'apprendre quelque chose de nouveau. Je n'ai jamais vraiment aimé faire les choses « pour moi ». J'aime faire quelque chose qui a un sens pour autrui. Et je pense que c'est aussi ce qui me manque aujourd'hui : le manque de sens. Travailler pour travailler ne suffit pas. Juste pour avoir une place dans la société et avoir de quoi vivre. Qui voudrait vivre comme ça ? Pas moi, en tout cas.
Et puis, ma vie était trop calme. J'ai passé beaucoup de temps à travailler sur moi-même pour devenir ce que je pensais être un adulte accompli, « quelqu'un sur qui on peut compter ». Ça été dur. Long. Je crois que j'ai atteint mes objectifs, et maintenant j'ai cette impression bizarre d'entre-deux : et après ? Cet entre-deux est trop silencieux et vague comme un rêve dont on peine à se souvenir. Je veux me souvenir, et vivre pleinement à nouveau.
Ces mots posés sur son écran, il reste pensif, écoutant la musique qui le guide toujours plus loin dans son introspection. Il laisse les associations d'idées se faire et ses pensées s'écartent de sa propre vie pour se recentrer sur la visite du restaurant. Il songe à ce que Kagami a dit à propos de faire travailler Kise au bar, et une idée lui vient, relative à l'autre chose à la fois plus triviale et pourtant essentielle qui le préoccupe ces temps-ci. Il ouvre ses emails et commence à composer un message. Kise adore les commérages : c'est la source rêvée pour son enquête concernant les deux fauves.
Hello Kise-kun.
Comment vas-tu ? De mon côté tout va bien. Je sais qu'on va se voir ce soir, mais j'ai quelque chose à te demander en privé. Je n'ai pas abordé le sujet jusqu'à maintenant, mais il faut dire que je ne pensais pas échouer si longtemps à obtenir des informations. Est-ce qu'Aomine-kun t'aurait dit quoi que ce soit concernant ses dernières vacances aux USA ? Tu n'as pas remarqué toi aussi qu'il devient bizarre à chaque fois qu'on parle de Kagami-kun ? Si tu acceptes de me donner cette information, je te l'échangerai contre une autre. Tu ne le regretteras pas.
Il sourit, fier de son petit message, et appuie sur le bouton d'envoi. Et c'est à croire que Kise avait son portable dans la main, car la réponse arrive en un temps record.
Kurokocchi !
Attention, tu abordes un sujet dangereux ! Évidemment que j'ai remarqué que Minecchi était bizarre. Enfin, en ce qui concerne notre tigre national bien sûr, pour le reste ça fait longtemps que ça a cessé d'être bizarre pour moi. Enfin bref ! Tu penses bien que j'ai harcelé Minecchi à ce sujet. Je l'ai même fait boire ! Plusieurs fois ! Il a juste marmonné un truc mystérieux que j'ai jamais décrypté : « On l'a juste fait pour la bouffe ». Et il avait l'air mortellement sérieux. J'ai eu beau demander ce qu'ils avaient fait au juste, et pourquoi pour la bouffe, ça reste une énigme. C'est tout ce que je sais. Alors, c'est quoi ton info à toi ?!
Kuroko relit plusieurs fois le message de Kise, qui ne fait qu'augmenter sa perplexité et son désir de percer ce mystère qui s'épaissit. L'avantage, c'est qu'Aomine ne se souvient probablement pas avoir lâché ces paroles cryptiques par un soir de beuverie. Il pourra donc le surprendre et le déstabiliser en les lui rappelant, et ainsi lui mettre la pression pour forcer des confidences. Oui, c'est indéniablement un bon plan. En attendant, il estime qu'il doit bien à Kise cette information promise, et répond donc :
Merci Kise-kun. Ça me sera très utile. Comme promis, voici mon information : Kagami-kun se comporte tout aussi bizarrement envers Aomine-kun. Ne t'en fais pas, nous découvrirons très bientôt ce qu'ils ont « fait pour la bouffe ».
Satisfait, Kuroko éteint son ordinateur. Maintenant, il a une soirée à préparer. Et il est certain qu'elle se révèlera riche en révélations.
