Notes : Une fois de plus, je tiens à remercier mes deux fidèles commentatrices, Miriamme et Frenchnuts pour vos derniers commentaires sur le chapitre 31 (Hammed). Merci mes chères amies de me nourrir de vos mots et surtout de votre présence. Je vous souhaite une bonne lecture à vous deux ainsi qu'aux lectrices et lecteurs invisibles que je n'ai pas encore la chance de connaître. Au plaisir de vous retrouver bientôt… France

Montagne de L'Aigle

Dimanche : 17h.18 P.M.

Victoria Stéphanos hurla de terreur et courut se réfugier dans les bras d'Ellie qui s'empressa de la blottir contre elle, sachant que la fillette devait aller jusqu'au bout de sa vision.

« Des serpents de feu couraient dans le ciel et cherchaient à faire du mal à ses parents et leurs amis. Sindy, tante Dana, Sarah et une fillette inconnue luttaient ferme contre la douleur qui leur brûlait les entrailles et déchirait leur cerveau. Puis l'enfant comprit que son papa ainsi qu'oncle Fox et Keven craignaient pour la vie de leurs compagnes.

Les trois femmes et la petite fille que Vickie ne connaissait pas se tenaient pliées en deux, pleurant de souffrance. Ensuite, comme une gamine s'amusant à changer de chaîne, Vickie vit en esprit son oncle Fox qui conduisait une jeep dans un endroit sans chemin. Mais soudain, fendant le ciel, une énorme boule de feu tomba brutalement devant la voiture d'oncle Fox, creusant un trou de plusieurs diamètres dans la terre. Puis, des profondeurs de cet abîme fumant, un brasier s'éleva telles des tentacules sanglantes et fonça sur eux.

Le visage luisant de sueur, les mâchoires serrées, son oncle Fox parvint à éviter les obstacles de justesse. Sa voiture bondit, plana quelques secondes dans le vide et retomba brutalement sur ses roues. Des branches fouettèrent le pare-brise et une fumée dense provenant de plusieurs maisons et boisées en feu obscurcirent la vue de Mulder et de ses passagers. D'un mouvement habile, oncle Fox tourna le volant de sa voiture et la ramena sur un chemin de terre conduisant vers la maison de son papa ».

La scène cauchemardesque qui défilait dans l'esprit de Vickie s'embrouilla soudain pour finalement se dissiper. En revanche, elle eut le temps d'apercevoir au loin une grande silhouette vêtue de noir qui s'avançait lentement vers elle. Le visage dissimulé par un capuchon, le monstre tendit ses bras dans sa direction, criant quelque chose dans une langue inconnue. Une fraction de secondes plus tard, Vickie entendit le grondement du tonnerre claquer comme l'écho d'un coup de feu se répercutant dans la montagne et des éclairs zébrèrent le ciel, dessinant d'étranges formes géométriques. Cette bizarrerie la terrifia à un point tel que la fillette ne put calmer les battements précipités de son cœur.

Le géant noir se tourna vers elle. Il avait retiré sa capuche. Devant ce visage démoniaque, Vickie se retint de hurler. Le méchant monstre l'avait retrouvée et elle le sentait s'approcher inexorablement. Folle de terreur, la fillette parvint enfin à crier tout en s'accrochant désespérément à Ellie.

- Je veux mon papa et Sindy! sanglota-t-elle d'un ton effrayé.

Comprenant que l'enfant était menacée par une entité démoniaque, Ellie leva les yeux vers le grand chef et le conseil des anciens qui lui firent signe d'amener Vickie et son fidèle berger allemand dans leur cercle. La chaman s'exécuta et se joignit à eux.

Afin d'éloigner l'entité qui cherchait à pénétrer l'esprit de Vickie, elle choisit pour exécuter sa magie, un sac d'herbes très rares qu'elle avait cueilli elle-même dans les hautes terres Navajo. Par la suite, elle s'empara d'une poudre couleur safran qu'elle jeta sur le feu de cérémonie qui brûlait en permanence. Une légère explosion se produisit et les flammes s'élevèrent vers le plafond de la caverne en projetant une lueur pourpre sur les visages des personnes qui les contemplaient. Au rythme des tambours, Ellie et son peuple se concentrèrent et commencèrent à psalmodier les chants sacrés de protection.

À plusieurs kilomètres de la montagne de l'Aigle, Sindy comprit le message. Vickie avait besoin de son amour maternel, de sa présence et de ses mots. Sans attendre, elle communiqua avec l'enfant et lui insuffla par la voix du cœur :

- Concentre-toi sur ton amulette, ma chérie. Elle te protégera. Et jusqu'à nouvel ordre, ne quitte jamais le cercle conçu par tante Ellie et son peuple. Cette énergie est là pour te protéger. Kim et tes quatre oncles doivent aussi vous rejoindre dans ce pentacle humain.

Au son de cette voix, Vickie leva la tête et aperçut Sindy qui s'avançait vers elle. Soulagée, la fillette accourut vers la jeune femme et se jeta dans ses bras en la serrant fort.

Émue, Sindy lui rendit son étreinte en caressant tendrement la chevelure dorée de l'enfant et l'embrassa sur la joue avant d'ajouter :

« Ma chérie... Le temps est enfin venu de nous retrouver à la montagne de l'Aigle. Sois confiante. Bientôt, nous serons réunies. En attendant, continue d'être forte et courageuse. Je suis toujours près de toi. Et souviens-toi que ton papa et moi, nous t'aimons », lâcha la jeune femme en s'accroupissant à la hauteur de Victoria qui noua ses bras autour de son cou tandis qu'elle lui massait le dos d'un geste rassurant.

Enfin, la confiance revint illuminer le regard de la fillette. Son papa, Sindy, oncle Fox, tante Dana, Ellie et tous les autres ne les abandonneraient pas, elle et Kim. Retenant les larmes qui gonflaient ses yeux bleus, Vickie murmura :

- Moi aussi, je vous aime, Sindy, et j'ai drôlement hâte de vous revoir toi et papa.

- C'est réciproque, ma puce, rétorqua Sindy en serrant l'enfant contre son cœur, et je te promets que bientôt nous serons ensemble. Pour se faire, garde confiance, ne retire jamais ton amulette et si tu as toujours peur, dépose ta main sur ton médaillon et appelle-moi. Ainsi, tu sentiras ma présence et tu sauras que tu es protégée. D'accord?

- D'accord, Sindy, acquiesça Vickie, ses joues rebondies encore baignées de larmes. Je te promets de suivre tous tes conseils et j'écouterai tante Ellie.

- Bravo, ma chérie, sourit Sindy. Tu es très courageuse. Je dois partir maintenant, mais souviens-toi… Rien ne peut nous séparer puisque nos âmes sont jumelles.

- Je sais, Cinnie, lui souffla doucement Vickie.

Puis, d'une voix étrangement mature, la fillette ajouta, ses yeux saphir perdus dans le vague :

« Merci de me protéger, noble Gardienne ».

Laissant la prêtresse qui l'habitait prendre les devants, Sindy arrima son regard dans celui de l'enfant et renchérit d'un ton posé :

- C'est un honneur pour moi de veiller sur toi et de protéger la nouvelle conscience que tu incarnes, douce messagère.

Et Pour la seconde fois, la jeune fille et l'enfant s'étreignirent. Puis, quelques secondes plus tard, Sindy réintégra son corps.

Ellie qui avait surveillé le déroulement de la rencontre dans l'astral poussa un soupir de soulagement. Dieu merci! La magie blanche de son peuple avait exercé son œuvre sur l'enfant. Et Sindy, malgré l'attaque qu'elle subissait, avait répondu à son message. Fière de son élève, la chaman voulut la féliciter lorsqu'elle fut interrompue par une petite voix qui lui murmura doucement :

- Tu sais, tante Ellie, dans mon rêve, Sindy était avec nous. Elle m'a dit que Kim et mes quatre oncles devaient nous rejoindre dans le cercle et elle m'a demandé de ne pas en sortir. Ensuite, elle m'a signalé que le cercle était un réceptacle énergétique fabriqué par toi, ton peuple et nos alliés. Puis, elle a ajouté que le moment était presque venu que les autres nous rejoignent ici car c'est important que nous nous retrouvions tous ensemble.

- Sindy a raison, ma chérie, approuva Ellie en souriant.

Elle serra affectueusement Vickie dans ses bras lorsque tout à coup une prémonition la frappa de plein fouet.

Bientôt, une autre enfant aurait besoin de sa protection. Le rideau de l'Univers était sur le point de se lever et chacun des membres de leur clan devrait jouer sa vie devant les forces cosmiques.

Depuis la nuit des temps, les âmes d'Ellie, de monsieur Wong, de Dana et de Sindy le savaient : « Le chemin de l'illumination s'avérait toujours pénible pour ceux et celles qui le cherchait mais cela en valait la peine. »

Ellie exhala un faible soupir et fit signe à Martin, Dan, Peter et Steve de la rejoindre et d'amener Kim dans le cercle. Déjà, elle prévoyait qu'au moment de la grande réunion, une cérémonie secrète d'une importance vitale devrait être célébrée dans les catacombes de la montagne de l'Aigle. Mais pour l'instant, on n'en était pas encore là.

« Une chose à la fois », se répéta-t-elle inlassablement. « Dana… Sindy… Continuez d'être fortes! leur souffla-t-elle avec amour. Et souvenez-vous des leçons que vos nombreuses vies vous ont enseignées car vous en aurez besoin pour sauver votre vie et celle de vos amis. »

Puis Ellie revint à la réalité et tendit les bras vers Kim qui marchait en avant de son oncle Dan. La fillette lui prit la main et leva candidement ses yeux verts vers elle.

- Je peux aller jouer avec Vickie, tante Ellie?

- Bien sûr, ma puce. Mais avant, je veux que tu boives ce breuvage au chocolat, l'encouragea-t-elle en lui tendant une tasse tiède dégageant un arôme délicieux.

C'était une boisson protectrice qu'elle avait concoctée pour les deux fillettes afin qu'elles restent dans le cercle protecteur. Puis, Ellie fit signe à Vickie de s'approcher tout en attirant Dan, Peter, Martin et Steve vers elle. Les quatre hommes acceptèrent son invitation et lancèrent un clin d'œil taquin aux fillettes pour les rassurer.

« Maintenant, ajouta Ellie d'une voix enthousiasme, à mon signal, vous allez faire le concours de celle qui boit le plus vite. Et quand vous aurez terminé votre breuvage, vos oncles et moi allons vous chanter quelques chansons. Ça vous va?

- Ouais! Cool! crièrent les fillettes qui s'empressèrent de boire leur mixture chocolatée.

Soulagés, Ellie, Peter, Dan, Steve et Martin échangèrent un sourire. Et comme promis, la jeune femme et ses quatre compagnons commencèrent à chanter des airs joyeux sous le rythme des tambours navajos.

Route secondaire en banlieue de Los Angeles

Heure : Idem au groupe de la montagne de l'Aigle

Le choc et la souffrance furent les premières sensations qu'elle ressentit lorsqu'elle réintégra son corps. Subissant de fortes secousses à cause du terrain accidenté, Sindy savait que Mulder faisait des pieds et des mains pour leur sauver la vie à elle et ses compagnes.

Son cousin évitait de son mieux les boules de feu qui tombaient autour d'eux et les arbres qui se déracinaient et se fracassaient brutalement sur le sol. Mais comble de malheur, à une dizaine de mètres de la voiture, la rivière du Castor blanc déborda de son lit. Divers débris et obstacles se propulsèrent sur la route, obligeant Mulder à changer de voie et à saccager quelques propriétés avoisinantes.

Luttant toujours contre l'attaque, Sindy tenta de prendre une profonde inspiration mais n'y parvint pas. Agrippant Paul d'une main, elle gémit de douleur tandis que celui-ci, le visage durci par l'inquiétude caressait ses cheveux pour la réconforter.

- Tiens bon, mon ange, lui souffla-t-il avec compassion. Laisse ton corps accepter l'instant. Courage! Je suis là et je ne te lâcherai pas.

En guise de réponse, Sindy agrippa fortement sa main en haletant et plongea un regard suppliant dans celui de son compagnon. À cet instant précis, une idée folle traversa l'esprit du médecin…

Sur le siège arrière, Sarah, pliée en deux, poussa un cri de souffrance et s'accrocha désespérément à Keven qui essayait de la réconforter. Impuissant, il remarqua qu'elle saignait du nez. Terrifié, Keven fit écran de son corps pour protéger son amoureuse des sondes meurtrières qui l'attaquait, ne se souciant guère de ses ongles qui pénétraient douloureusement sa chair.

- Lâche pas, Sarah! l'implora-t-il, s'efforçant de retenir sa panique. Tiens le coup, ma puce.

- Aide-moi, Keven, balbutia la jeune femme d'une voix à peine audible. J'ai mal… Ne... me laisse pas.

- Jamais, mon cœur, la rassura-t-il en levant la tête vers Fox pour lui crier avec désespoir : Je t'en prie… Grouille-toi, Mulder!

- Tu ne vois pas que c'est exactement ce que je fais, vieux, grommela l'agent entre ses dents.

Malgré la sueur qui coulait dans ses yeux, le regard de Mulder demeurait concentré et implacable. Pourtant, il s'inquiétait pour les filles, mais particulièrement pour Scully qui était assise sur le siège avant, à ses côtés.

Recroquevillée sur elle-même, Dana se tenait l'abdomen en pleurant tout en combattant la puissante douleur qui lui terrassait le crâne. Puis, une sensation étrange de brûlure gonfla l'iris de ses yeux. Paniquée, elle remarqua grâce au reflet du pare-brise des rayons de lumière qui tournoyaient dans ses prunelles. Les mains tremblantes, elle les leva et cacha son visage qui devenait brûlant. Un haut le cœur la saisit et elle comprit qu'elle allait bientôt vomir.

- Oh, Seigneur! sanglota-t-elle en essayant de se redresser. Libère-moi de cette torture. Je n'en peux plus! Et comme dans un rêve, elle chuchota :

« J'ai peur, Mulder. »

Puis elle vomit sur le tapis de la voiture, des larmes de souffrance coulant sur ses joues en feu.

Les mâchoires crispées par la colère, Mulder aurait donné cher pour lâcher ce maudit volant. Frustré de ne pas être en mesure de réconforter et libérer Scully de ces attaques de merde qui tentaient de détruire son cerveau, il ne pouvait que conduire tout en lui criant des mots d'encouragement afin de lui donner la force de se battre.

- Tiens le coup, Dana! lui répétait-il comme un mantra, et rappelle-toi notre devise: "Céder pour vaincre." Et s'il le faut, cesse de résister et demande à ton corps d'accepter l'instant.

Ne pouvant faire autrement, Dana, ainsi que Sarah et Sindy cédèrent en laissant le puissant courant les traverser et courageusement, elles se préparèrent à affronter le moment le plus difficile. Mais, quelle ne fut pas leur surprise lorsque leur souffrance s'arrêta brusquement. Enfin, elles purent souffler. Intriguées, elles se redressèrent avec précaution.

Agrippant toujours le bras de Paul, Sindy leva lentement la tête vers lui et lui souffla à l'oreille :

- Merci

- Il n'y a pas de quoi, mon ange, lui répondit-il en effleurant tendrement sa joue.

Cinq minutes plus tôt, Paul avait eu l'idée d'injecter à Cathy le produit de la dernière seringue qu'il avait réservé pour Sindy l'autre nuit, juste au cas où…

Cathy inconsciente, avait-il pensé avec logique, les sondes ne pourraient plus l'atteindre. Par contre, les effets temporaires de la drogue allaient s'amoindrir, ne laissant qu'une faible marge de manœuvre à Dana et Paul pour modifier la chimie du cerveau de Cathy avec les psychotropes qui leur serviraient à détruire la banque de données implantée en elle.

De son côté, les mains encore cramponnées au volant de son véhicule, Mulder relâcha ses muscles et jeta un coup d'œil soulagé dans son miroir pour s'assurer que tout le monde allait bien. Dehors, la nature se calmait peu à peu. Fox poussa un long soupir lorsqu'il aperçut la route qui conduisait à la demeure de Paul. Il regarda Scully et constata avec joie qu'elle semblait se remettre.

- Ça va, Dana? lui demanda-t-il affectueusement.

Scully déglutit.

- Ça peut aller, Mulder, lâcha-t-elle en jetant un regard morne à ses pieds. Mais j'ai fait un beau gâchis sur le tapis de la voiture et je ne suis pas certaine que la compagnie de location va apprécier.

Malgré leur fatigue, Mulder et ses compagnons ne purent s'empêcher de rire.

- Qu'elle aille se faire voir, la compagnie! protesta Fox avec conviction. Cette mixture, c'est ni plus ni moins que de la sauce FBI et la compagnie devrait nous donner un bonus pour ça.

Keven, Sarah, Paul et Sindy échangèrent un sourire complice. Mulder était vraiment un adorable délinquant!

Reprenant son sérieux, Fox s'engagea sur le pavé qui conduisait à la résidence de Sindy et Paul, mit son clignotant, tourna à droite et se stationna face à la porte principale.

Conscients qu'ils devaient se hâter, les Tigres sortirent de la jeep et entrèrent dans la maison, sauf Sarah qui se porta volontaire pour veiller sur Cathy. Une fois à l'intérieur, Paul, Mulder et Scully descendirent à la clinique chercher les psychotropes tandis que Sindy et Keven ramassaient des sacs de couchage, des tentes, de l'eau, de la nourriture et de l'argent; bref, tout ce qu'ils jugeaient nécessaire pour entreprendre une longue et difficile excursion en montagne.

Amusé, Keven remarqua que Sindy était montée à l'étage chercher le violon de Scully et sa petite flûte amérindienne. Taquin malgré le stress qu'il éprouvait, il lui lança en blaguant :

- Même dans une situation aussi dramatique, tu ne peux te passer de musique, hein grenouille?

- Jamais, confirma Sindy, un sourire fatigué flottant sur ses lèvres. La musique, mon vieux, c'est la vie. Et si je le pouvais, je traînerais ma guitare, mon piano etc.

- Ouais! En effet, cela ne me surprendrais pas de ta part, admit Keven d'un ton innocent. Mais au moins, dis-toi, Cinnie que tu as toujours ta merveilleuse voix pour te consoler, se lamenta le jeune homme. Tandis que moi, je ne peux même pas apporter ma batterie.

Les deux nostalgiques se dévisagèrent d'un air moqueur, éclatèrent d'un rire nerveux, puis s'empressèrent de charger la voiture.

Mais malgré la combinaison de leurs efforts, Sindy sentait le temps passer à une vitesse folle. Cela l'angoissait car avant de s'aventurer vers la montagne de l'Aigle, leur groupe devait se rendre au ranch de John Baker chercher Éclair et le charger dans la vieille remorque appartenant à son ami. Ensuite, leur bande se débrouillerait pour rouler jusqu'à la réserve Navajo à la condition de ne pas être freinée sur leur passage par une autre série de catastrophes naturelles. Et si par miracle ils arrivaient sains et sauves à la réserve, le reste du trajet vers les hautes terres de la montagne de l'Aigle ne pourrait se faire qu'à cheval ou à pied.

Délaissant là ses pénibles réflexions, la jeune fille préféra porter son attention vers Dana et Paul qui se dirigeaient vers elle en transportant les psychotropes et du matériel médical.

- Nous n'avons pas le choix d'attendre à demain avant de d'administrer ce traitement à Cathy, expliqua Dana navrée. Sinon, nous risquons de la tuer d'une overdose.

- Je sais, soupira Paul. J'espère seulement que nous survivrons jusque là.

Personne n'osa répondre.

Remarquant soudain les traits tirés de son cousin, Sindy estima qu'il devait se reposer. Mulder avait beaucoup conduit et peu dormi ces derniers jours. Comme elle connaissait bien la région grâce à ses nombreuses patrouilles, elle décida de le relayer.

- Je prends le volant cette fois, Fox, lui lança-t-elle en joignant le geste à la parole. Tu l'as bien mérité. De plus, je connais le territoire comme le fond de ma poche.

Et pour le dégueulis de Scully, qu'est-ce qu'on fait? taquina Mulder en fixant sa jolie partenaire.

Un demi sourire aux lèvres, il admira sa chevelure flamboyante et ses taches de rousseur qui s'éparpillaient sur son front et ses joues rougies par le soleil californien.

- Désolé, mon cher Mulder, riposta Dana à brûle-pourpoint. Déformation professionnelle… Je viens de tout nettoyer.

Ne trouvant rien à dire aux propos de Scully, Mulder haussa les épaules et invita tout le monde à s'engouffrer dans la voiture pour faire face à cette enquête démente.

Dès que le groupe fut installé, Sindy mit le contact, embraya et quitta rapidement le stationnement de sa résidence.

Pendant que les ombres de la nuit allongeaient leurs ailes, le groupe des Tigres s'éloigna vers les écuries de John Baker et Sindy décida de prendre un raccourci dans les montagnes pour gagner du temps. Dissimulant sa frayeur, elle sentit son cœur battre de plus en plus vite.

Dans les bois, à une centaine de mètres de la jeep, une chauve-souris rasa le sol et attrapa un mulot. Le rongeur se débattit en couinant de terreur. Malheureusement, s'en était fait de lui.

Plus loin dans la forêt, un silence lourd s'abattit comme une menace. Une branche s'écarta lentement. Un craquement sec, puis des feuilles tombèrent sur la terre noircie d'humidité et se décomposèrent. Ensuite, l'écho d'une respiration bestiale, caverneuse, monta en crescendo dans les ténèbres. Les arbres bercés par le vent se figèrent comme des statuts de sel et les animaux se turent. Dans l'ombre, une silhouette trapue se dressa en fixant de ses yeux jaunes et cruels la jeep qui disparaissait dans la nuit et poussa un grognement bas, guttural, inhumain, semblant provenir des abîmes de l'enfer. Elle n'avait pas mangé depuis des siècles et ce soir, elle était affamée. Tirant dans les bois sa proie qui se débattait en hurlant, elle ne porta aucune attention au tremblement de terre qui secouait le quartier. Puis, derrière l'étrange créature, quatre longues fissures se dessinèrent sur le sol rocailleux et des lames de feu s'élevèrent contre le vent en formant une croix inversée.

Près des résidences de Paul et Sindy ainsi que de Keven et Sarah, des pas feutrés s'approchèrent de leur jardin. Une ombre aux épaules voûtées se dissimula derrière un rocher, alluma une cigarette et souffla un nuage de fumée qui s'étira en flottant paresseusement dans l'air campagnard. Durant plusieurs minutes, l'homme resta immobile à observer les deux demeures. Puis, il termina de fumer sa cigarette, jeta son mégot par terre et tendit l'oreille vers les bois avant de tourner tranquillement les talons pour disparaître dans la nuit. La créature s'était enfin échappée. Comprenant cela, un sourire peu avenant se dessina sur ses lèvres minces.

Dans la forêt, la créature tirait toujours sa proie qui avait cessé de hurler. Se dirigeant vers une rivière, elle s'enfonça dans l'eau qui inexplicablement devint écarlate. Un bout de papier détrempé poussé par une brise légère roula sur le sol tandis qu'un vent fripon éparpillait quelques feuilles séchées du feuillet déchiré. Une carte de la bibliothèque de Los Angeles inscrite au nom de Penny Anderson apparut.

Au même moment, Dana, Ellie, Sindy et Vickie sentirent les poils de leurs bras et de leur nuque se dresser. Saisies d'une peur innommable, un violent frisson les secouèrent toutes les quatre.

Conduisant prudemment sur la petite route de montagne, le visage de Sindy se durcit. Elle accéléra. Une menace approchait. Et cette fois, cela n'avait aucun lien avec Cathy. Une course contre la montre s'enclenchait et quelque chose d'inconnue s'apprêtait à les pourchasser. Leur groupe devait s'enfuir au plus vite.

Attentive, Scully qui était assise non loin de Sindy remarqua l'expression de son amie et sut tout de suite que ça n'allait pas. Son cœur se mit à tambouriner dans sa poitrine.

« Seigneur! Mais cette terrifiante enquête ne se terminerait donc jamais! » Songea-t-elle de plus en plus angoissée.

Comme s'il venait de lire dans ses pensées, Mulder captura son regard et lui pressa tendrement la main pour lui signifier sa présence à ses côtés. Mais dieu qu'il avait la chienne! Et la terreur qui le rongeait de l'intérieur ressemblait exactement à ce qu'il avait éprouvé lors de cet été terrifiant. C'était ce sentiment criant d'horreur et d'impuissance qui à l'époque, l'avait poussé à créer le club des Tigres pour ne pas faire face aux monstres qui assassinait les enfants tout seul.

Écurie de John Baker

Dimanche : 19 h.04 P.M.

Sindy sortit Éclair de son boxe et glissa discrètement une enveloppe entre deux planches à l'intention de son ami, John Baker. Par la suite, elle tira son cheval par la bride. Docile, son fidèle étalon la suivit en lui donnant de petits coups de tête affectueux. Elle éclata de rire et lui caressa le museau.

- Tout doux, mon beau, le rassura-t-elle d'une voix calme en se dirigeant vers Paul et Dana qui l'attendaient près de la remorque. Tu vas faire une belle promenade avec nous.

Dana qui adorait les chevaux s'émerveilla de la grâce et de la prestance de l'animal. Émue, elle caressa sa robe d'ébène quand il arriva à sa hauteur. Confiant, l'étalon lui répondit par un petit hennissement amical.

Touchés par cette amitié naissante entre Scully et Éclair, Sindy et Paul échangèrent un sourire tout en poussant avec douceur le quadrupède qui entra d'un pas nonchalant dans la remorque.

- Éclair t'aime bien, Dana, lança Sindy d'un air taquin. Habituellement, il ne se laisse pas caresser ainsi. Même Mulder a du mal à l'approcher.

- Hé! Hé! C'est sûrement parce que je suis un gars, plaisanta Mulder qui avait l'oreille fine. À mon avis, ce quadrupède est un cheval à femme. N'est-ce pas, Paul?

- Hum!… lâcha ce dernier. Je préfère ne pas me prononcer là-dessus, Mulder. Mais une chose est certaine. Quand je câline et embrasse ma bien-aimée comme ceci, fit-il en joignant le geste à la parole, je m'organise pour qu'Éclair ne me voit pas, de peur qu'il me botte le derrière.

- Paul! s'exclama Sindy en rougissant comme une pivoine suite à son baiser surprise. Franchement! Tu es incorrigible.

Pour toute réponse, Paul cligna de l'œil en souriant d'un air ravageur, attira sa timide compagne dans ses bras et la plaqua doucement contre son torse en lui caressant le dos. L'humour et la taquinerie l'aidait à se libérer de ses tensions. De plus, il adorait quand Sindy rougissait. Il la trouvait si adorable. Mais ce soir, il sentait autre chose. Une crainte qu'il ne s'expliquait pas. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il éprouvait le besoin désespéré de sentir la présence de son amoureuse près de lui et percevait qu'il en était de même pour elle. Et lorsqu'il observa ses cinq amis, il lut dans leurs yeux qu'eux aussi partageaient son sentiment.

Alors que les Tigres se préparaient à quitter le ranch, à environ dix kilomètres des écuries, un faible rayon de lune éclaira l'eau miroitante d'un grand lac. Une forme indéfinie glissa lentement sur la surface de l'onde liquide provoquant de violents remous qui se soulevèrent en tourbillonnant malgré l'absence de vent. Une mystérieuse lueur tirant sur le verdâtre parcourut le lac. Puis, comme si elle prenait subitement vie, l'eau bouillonna et cracha une vapeur nauséabonde qui s'étendit sur toute la surface du lac. Une centaine de cadavres de poissons commença à flotter, exposant leur ventre blanc sous la lumière lunaire.

Au ranch, Scully qui s'apprêtait à monter dans la jeep, s'immobilisa brusquement et ne put s'empêcher d'observer le comportement de Sindy qui d'un mouvement souple se dressait de toute sa taille en humant l'air comme une gazelle flairant la menace d'une meute de lions approchant lentement de leurs proies aux aguets.

- Ça vient… N'est-ce pas, Sindy? s'enquit Dana d'une voix blanche.

Très pâle, Sindy hocha la tête en se blottissant contre Paul pour puiser en lui force et réconfort. Comprenant son désarroi, Paul entoura ses épaules de ses bras et la pressa contre lui.

- Nous devons partir d'ici au plus vite, annonça Sindy d'une voix étranglée. À regret, elle se dégagea des bras de son compagnon pour entrer dans la voiture et reprendre le volant.

Sentant une menace planer au-dessus de leur tête, la bande s'empressa d'imiter la jeune fille et s'engouffra dans la jeep.

Prenant place dans le véhicule, Mulder échangea un regard discret avec Scully et serra sa main avec force comme s'il voulait s'assurer qu'elle ne lui serait enlevée par aucun monstre. Surprise, Dana le dévisagea en avalant péniblement sa salive et comprit tout de suite à son air soucieux qu'il n'avait pas envie de rire. Il semblait effrayé, comme eux tous d'ailleurs. Même Cathy qui dormait entre Keven et Sarah s'agitait en gémissant de frayeur.

De son côté, Sindy embraya en hâte et choisit de prendre un raccourci vers la réserve navajo même si elle savait cette route isolée et mal entretenue. Perdus dans leurs sombres pensées, personne n'osait souffler mot.

Assis près de Sindy, Paul humecta ses lèvres sèches et lui pressa affectueusement le genou pour la rassurer. Émue, la jeune fille inspira lentement pour ravaler ses larmes. Elle se refusait de passer pour une mauviette à ses yeux.

Adossé sur le siège arrière près de Scully, Mulder entoura ses épaules et l'attira contre lui. S'efforçant de sourire, il caressa doucement sa main et lui fit un petit clin d'œil. Le cœur battant la chamade, Dana le lui rendit lorsque tout à coup une étrange intuition l'interpella :

- Mulder?

- Oui, Scully, lui répondit-il en la dévisageant avec attention.

- Si tu as toujours de tes merveilleuses graines de tournesols, j'en mangerais bien une ration, intima-t-elle d'une voix étouffée.

- Moi aussi, mon vieux! clama brusquement Keven. J'en meurs d'envie.

- Et moi, donc! s'écria Sarah qui tenait fermement Keven par la main.

De voir ce couple ainsi, les mains jointes au-dessus de Cathy nichée entre eux donna l'impression à Dana que les deux jeunes gens formaient un écran protecteur autour de la fillette. C'était sans doute l'effet recherché, songea-t-elle en rejetant nerveusement une mèche de ses cheveux roux vers l'arrière.

- Nous aussi, plaisanta soudainement Paul en se tournant vers Mulder et en faisant sursauter Scully, nous réclamons notre part du gâteau.

- Et la part que nous te réclamons, cher cousin, objecta Sindy les yeux toujours concentrés sur la route, ce sont les graines de l'amitié.

- Ainsi que celles de l'amour… ajouta Paul, contemplant avec tendresse sa compagne de la tête aux pieds et replaçant doucement de son index une mèche rebelle qui s'était échappée de sa queue de cheval.

« Comment est-ce possible d'éprouver un sentiment si puissant pour une femme? S'interrogea-t-il en examinant le visage candide de sa bien-aimée. Cela me semble effrayant, mais en même temps si doux. Fox… Dana… Si vous saviez comme c'est magique, vous cesseriez de lutter contre vous-même. »

Puis, délaissant ses pensées pour revenir au moment présent, Paul remarqua le sourire complice que lui jetait Sindy tandis que les autres gardaient un silence respectueux afin de puiser leur force dans l'énergie bienfaisante de leur amitié.

Cinq minutes plus tard, Mulder sortit solennellement son sac de graines de tournesols. Sans réaliser l'importance de son acte, il imita la coutume des peuples amérindiens se passant le calumet de paix et donna à chacun de ses amis une généreuse portion de ces petites graines dont il raffolait depuis sa plus tendre enfance. Les uns après les autres, chacun mangea sa ration. Et Mulder qui observait attentivement les traits tendus de leur visage eut brusquement la sensation que chacun d'eux savait que le temps était venu de prendre des forces afin de se préparer à l'ultime épreuve risquant de les emporter dans un monde infernal.

*** À SUIVRE ***

Comme vous le voyez, nos héros X Files ne sont pas au bout de leur peine. Y a-t-il des volontaires prêtes à risquer leurs « plumes » pour les aider?… Si oui, n'hésitez pas!

France-Ena toujours prêtes à vous lire et à bientôt. ;)