N.B . : Cœurs sensibles, s'abstenir...
En premier lieu, je tiens à souhaiter à toutes les lectrices et lecteurs de cette fic, une très bonne et belle année 2013. Que celle-ci réponde à tous vos souhaits. Merci également à tous les membres de ce site qui prennent le temps de suivre ce récit et de me partager leurs commentaires. Et un merci spécial à ma courageuse cousine, Miriamme, qui m'encourage régulièrement de ses commentaires remplis d'humour ainsi qu'à Anonyme et Frenchnuts... France :0)
Site du Manoir de Georges Stanek
Dimanche : 19h.51 P.M.
De puissantes vagues se fracassaient contre une falaise abrupte. Semblable à un troupeau de mastodontes fuyant les éléments déchaînés, le rugissement de l'océan se répercuta sur des lieues à la ronde. Ballotté par le remous des vagues, un goéland battit des ailes et s'envola vers la falaise pour s'élever vers l'immensité des cieux.
Perché sur le toit en pente d'un manoir du dix-septième siècle, un corbeau poussa un coassement de rage en apercevant un goéland voler au sommet de la falaise, violant sans le savoir son territoire. Inconscient du danger, le goéland se laissa porter par le vent qui le conduisait vers une mort certaine.
L'ombre du vieux manoir en pierre ressemblait à une menace. Juché sur une falaise qui se jetait dans la mer, l'ancien bâtiment donnait une impression de désolation et d'une solitude à hurler. À quelques mètres du manoir, une petite chapelle se dressait timidement. Elle était faite de bois et de pierre et semblait prête à s'écrouler au moindre coup de vent.
Un corbeau s'envola en criant rageusement et alla se jucher sur ce qui avait été jadis un clocher. Un autre corbeau le suivit et se posa également sur le toit. Soudain un immense nuage de ces noirs volatiles envahit le ciel. Tels des rapaces prêts à dévorer une charogne, ils couvrirent le toits du manoir et celui de la chapelle en observant de leurs petits yeux reptiliens une forme orangée qui s'allongeait silencieusement dans le firmament. Des éclairs rouge foncé déchirèrent l'obscurité et une secousse brutale fendit plusieurs pierres tombales à l'abandon qui tombaient presque en ruine non loin de la chapelle.
À l'intérieur du manoir, une flamme dansa au bout d'une bougie, projetant des ombres mystérieuses contre le mur. Des claquements de talons sur un plancher de marbre se firent entendre de plus en plus fort, puis une large silhouette se dirigea vers une porte en bois de chêne. Un cadenas argenté bloquait la serrure. Puis, le tintement d'une clé résonna dans le couloir. L'ombre, vêtue d'une cape de velours dissimulait son visage derrière une cagoule sombre. Sa main gantée ouvrit une porte qui grinça de protestation. D'un pas ferme, la silhouette descendit l'escalier de pierre qui menait à la cave. Un jeune lynx trottait silencieusement derrière cet étrange personnage et deux pitbulls, dociles comme des caniches, fermaient la marche.
La silhouette pénétra dans une espèce d'oubliette qui se trouvait au pied du grand escalier. L'obscurité et l'humidité qui régnaient en ce lieu contrastaient avec la splendeur impeccable des autres pièces de la maison. L'ombre appuya sur l'interrupteur d'une petite lampe qui éclaira suffisamment ce décor médiéval. Des rangées de cages s'étalaient contre un mur cimenté parsemé de moisissures.
La mystérieuse silhouette fit signe aux animaux de la suivre. Des prisonniers mutilés mais toujours vivants occupaient les cellules de cette prison. Il y avait quelques animaux, mais la plupart d'entre eux étaient des êtres humains. Ces malheureux qui se languissaient avaient tous subi d'horribles tortures.
Des plaies ouvertes suppuraient, des jambes saillaient, formant des angles peu naturels. Ces prisonniers, attachés comme des crucifiés à de vieilles planches de bois se retrouvaient dans l'impossibilité de bouger tandis que des aiguilles et des tubes fixés par leurs tortionnaires étaient plantés dans leurs bras décharnés. Chacun de ces individus, ceux que Vickie surnommait « les hurleurs », était devenus une banque de sang humain.
Affaiblis, les prisonniers n'avaient plus la force de bouger ou lutter contre leur bourreau. Pourtant, un ou deux des plus jeunes prisonniers insultèrent celui qui semblait être le propriétaire des lieux.
Il retira sa cagoule. D'après son visage basané qui se ridait légèrement, il devait être âgé dans les soixante ans. Mais cela n'enlevait rien à sa séduction latino-américaine. Son charme viril et son magnétisme puissant dont il était très fier lui avait valu de partager sa couche avec de nombreuses conquêtes connues dans le monde politique et le monde des médias. Cet homme était reconnu comme l'un des personnages les plus riches et puissants de la planète. Il se nommait Georges Stanek.
Au moment où il passa devant ses victimes, il entendit la voix rauque des deux récalcitrants qui le défièrent en faisant grincer les barreaux de leur prison avec leurs pieds. Aussitôt, le lynx et les pittbulls se jetèrent contre les cages et mordirent ces pauvres malheureux. Stanek ne prêta aucune attention à cette agitation. Un sourire machiavélique se sculpta sur son visage austère et il poursuivit sa besogne qui consistait à vérifier chacune des bouteilles de sang avec soin, donnant un petit coup par-ci par-là pour tester les donneurs et juger de leur état. Sans l'ombre d'un remords, il ignora les suppliques, les insultes et les appels à la pitié. Il ne les entendait pas. La plupart de ses victimes, trop mal en point pour gémir, lui jetait des regards tourmentés, suivant chacun de ses mouvements pendant qu'il passait devant la rangée de cellules.
Terrifiés, les prisonniers savaient que parfois le maître des lieux ouvrait une porte au hasard et tranchait la gorge d'un malchanceux qui ne donnait plus rien. Tremblant de peur, ils priaient pour que l'on abrégeât leur agonie.
Déambulant toujours dans la cave, Stanek, satisfait de sa ronde, savait maintenant qu'il y aurait suffisamment de sang humain pour combler ses adeptes lors de la prochaine cérémonie. Il ne restait plus qu'à dénicher et choisir les futurs sacrifiés.
À 21 heures pile, un carambolage mortel eut lieu sur l'autoroute conduisant à Bakersfield. Les policiers du California Halway Patrol qui étaient en fonction démarrèrent leur sirène et partirent en trombe vers le lieu de l'accident pour porter secours aux malheureuses victimes.
À 21 h. 06, un violent tremblement de terre secoua les entrailles de la ville de Los Angeles. Des autoroutes et des ponts s'effondrèrent dans un brouillard de béton opaque, entraînant des camions lourds, des remorques, des voitures et des motocyclettes dans un gouffre sans fond.
À 21 h. 12, un rayon vert lumineux transperça le ciel dans un petit village situé près du désert du Nevada. Hurlant et gémissant à fendre l'âme, des femmes et des fillettes se plièrent en deux sous l'effet de la souffrance. Au grand désespoir de leurs proches terrifiés et impuissants, certaines s'effondrèrent sans vie. D'autres, plus chanceuses, réussirent à résister. Mais toutes avaient du sang qui coulait de leurs narines.
Dans les cavernes de la Montagne de l'Aigle, Ellie et ses alliés priaient sans relâche tout en resserrant le cercle protecteur autour de Vickie et Kim. Couvert de poussière et d'égratignures, monsieur Wong qui était arrivé depuis peu se joignit à Ellie et son peuple pour prier. Puis, chacun concentra ses énergies et les propulsa vers Sindy, Dana et leurs amis. D'ici peu, ils en auraient désespérément besoin.
Forêt Navajo
Dimanche : 20h.09 P.M.
Un choc violent frappa la jeep et la souleva de terre. Dans sa remorque, Éclair poussa un hennissement de terreur. Effrayé et surpris, le groupe hurla à l'unisson, sauf Sindy. Les dents serrés sous l'effet de la tension et de l'adrénaline, elle réagit du tac au tac en accélérant et fit une habile manœuvre pour ramener le véhicule sur la terre ferme en criant :
- Accrochez-vous! Ça va barder!
Réagissant aussitôt, Scully et Mulder couchèrent leur tête sur leurs genoux comme on le leur avaient enseigné à Quantico afin de se protéger des chocs éventuels.
De leur côté, Sarah et Keven, les mains toujours jointes, firent écran de leur corps pour protéger Cathy de toutes blessures.
Tant qu'à Paul, il s'accrocha aux rebords de son siège et retint son souffle.
Un nouveau choc frappa le pare-brise. Un mélange de sang et de plumes s'étendit sur la vitre avant. Sindy jura entre ses dents. Elle n'y voyait plus rien.
- Merde! lâcha-t-elle dégoûtée.
Elle n'avait pas le temps de se perdre en conjoncture et actionna le nettoyeur. Un jet d'eau lava partiellement le pare-brise. L'eau devint rose foncé et Sindy lutta contre un haut le cœur. Le pare-brise sale à faire peur, la jeune femme voyait mal les obstacles à éviter et devait se fier à son instinct.
- Attention! cria Paul subitement.
Terrifiés, Sindy et ses compagnons sentirent le véhicule zigzaguer et tanguer dangereusement vers la droite, retenu seulement par ses deux roues latérales. Les dents serrées par l'effort, la sueur lui coulant sur les tempes, la jeune femme inspira un grand coup et réussit péniblement, malgré le poids de la remorque, à ramener la jeep sur le chemin de terre.
Tout à coup, un puissant vacarme semblable au roulement d'un rocher dévalant une pente assourdirent les tympans des six amis.
Paul, Sarah, Mulder et Scully ne purent s'empêcher de lever les yeux vers le plafond du véhicule. Ils hoquetèrent de terreur en voyant le toit se déformer. Quelque chose de lourd marchait sur la surface et tentait de défoncer le toit en s'appuyant dessus violemment.
« Les monstres existent », songèrent aussitôt Sindy, Mulder et Scully avec effroi.
" N'avaient-ils pas vu cette mystérieuse phrase gravée dans la terre du parc, à l'endroit même où la petite Angela Anderson avait été retrouvée morte près d'une semaine plus tôt? "
- Fais gaffe, Sindy! cria tout à coup Dana qui venait de lever la tête.
« Seigneur! Quoi que cela puisse être, il ne fallait surtout pas qu'il réussisse à passer au travers le toit », pensa Scully avec angoisse.
« - Dana! Murmura soudain une voix dans son esprit. Sache que je fais tout pour cela.
Soulagée, Scully reconnut la voix de Sindy :
" Je t'en prie, implora cette même voix. Ne m'abandonne pas. J'ai besoin de ta force… Vite! Sers-toi de ta croix".
Sans réfléchir, Scully attrapa sa croix qui brillait de mille feux sur sa poitrine. La croix même que sa mère lui avait offerte un soir de Noël. Elle la brandit contre le plafond de la voiture qui se déformait de plus en plus. Effrayés, Mulder, Sarah et Keven suivirent son geste avec anxiété.
Pendant ce temps, les pensées de Sindy défilaient à toute allure. Elle n'avait pas le choix de tenter une manœuvre très risquée et fonça directement vers les bois en zigzaguant pour déstabiliser la « chose ». Puis, elle se dirigea vers un endroit où des branches basses s'étendaient à la hauteur du véhicule. Elle devait absolument se débarrasser de cette « chose » et trouver le moyen de la déséquilibrer. Ressentant le besoin d'une assistance, elle pria ses alliés célestes et terrestres de les secourir.
Soudain, elle remarqua une grande butte. À toute vitesse, elle se dirigea droit dessus et s'en servit comme d'un tremplin.
« - Mon Dieu, aidez-nous! » pria-t-elle avec ferveur.
D'un mouvement brusque, elle appuya sur l'accélérateur, calculant qu'elle devait tenir compte du poids de la remorque et de son cheval.
« Heureusement que Paul avait bien attaché l'animal », pensa-t-elle très vite.
Puis, avant qu'elle ne réalise ce qui se passait, la voiture et la remorque planèrent dans le vide sidéral de la nuit. Un calme étrange envahit la jeune fille, lui donnant l'impression de flotter en dehors du temps et de l'espace. Mais un raclement grinçant comme une lourde chaîne frottant le toit métallique de la voiture la ramena à la réalité. Des yeux de braise se détachant comme des tisons sur un visage sombre croisèrent brièvement son regard. Terrifiée, Sindy sursauta et avala le cri qui voulait franchir ses lèvres. Le cœur battant, elle fouilla les ténèbres en plissant des paupières. Rapide comme l'éclair, la silhouette s'enfuit et disparut dans la forêt.
Tremblant de tous leurs membres, Sindy et ses compagnons perçurent l'écho lointain d'un hurlement de rage qui n'avait rien d'humain. Après quelques secondes qui leur parurent des siècles, le temps reprit son cours normal. La jeep et la remorque retombèrent sur la terre ferme, secouant brutalement le groupe à l'intérieur du véhicule.
Tentant le tout pour le tout, Sindy stabilisa la voiture et la ramena vers un petit chemin forestier. Par la suite, elle ralentit en jetant un coup d'œil rapide aux alentours et fouilla les ténèbres. Selon elle, ils devaient être près de la frontière des terres navajos. Cet endroit, bien qu'inconnu, lui disait quelque chose. De toute façon, pour atteindre la montagne de l'Aigle, leur petit groupe devrait faire avec, et marcher en suivant d'abord leur intuition. Sindy conduisit quelques mètres encore, puis finalement s'arrêta dans un semblant de clairière et poussa un long soupir de soulagement. Son cœur se mit à battre la breloque. Elle frissonna et appuya son front sur le volant quelques secondes. Ensuite, elle se tourna vers Paul et les autres pour voir s'ils allaient bien. Encore blêmes de peur, les « Tigres » se dévisagèrent en silence lorsque soudain Scully déclara d'un ton presque calme :
- Dis donc, Cinnie… Ta cascade était au poil, mais j'en ai manqué un bout. Tu ne voudrais pas la refaire?
Trouvant cette remarque de Scully délicieusement comique, Sindy et Mulder, encore sous l'effet du choc, renversèrent la tête en arrière et éclatèrent d'un grand rire qui n'en finissait plus. Des larmes coulaient de leurs yeux et se mêlaient à la sueur qui luisait sur leurs joues. Pliés en deux, les deux jeunes gens s'esclaffaient. Puis, Scully et Paul pouffèrent à leur tour, administrant à leurs deux amis des coups de coudre afin de les ramener à la réalité.
L'expression de surprise sur les visages de Mulder et Sindy s'avéra si tordante que leur hilarité s'étendit jusqu'à Keven et Sarah. Cette séance de fou rire dura une dizaine de minutes.
Suite à cela, Sindy regarda ses amis et ajouta d'un ton rassuré :
- Dieu, merci! Je vois que tout le monde va bien. Puis examinant Sarah et Keven, elle s'enquit : Ça va pour Cathy?
- Oui, la petite va bien. Ne t'inquiète pas, lui répondit Sarah. D'ailleurs, nous allons tous bien. N'est-ce pas, la gagne?
Les cinq amis répondirent par l'affirmative. Au moins, ils étaient ensemble et cela s'avérait important dans la poursuite du processus qui les aidaient à construire leur force.
- Bon. D'accord… lâcha Sindy. Maintenant, si nous montions notre campement près de ce petit plan d'eau, au bas de la colline? Comme ça, nous serions camouflés par la forêt en plus d'avoir une bonne vue dans les quatre directions. Qu'en pensez-vous? demanda la jeune fille en regardant ses amis attentivement.
- C'est une bonne idée, Sindy, approuva Mulder en la dévisageant affectueusement. Mais maintenant que tu as fais ton boulot, va voir Éclair. Je sais que tu en meurs d'envie.
Le visage mutin de la jeune fille s'éclaira.
- Merci, Fox! s'écria-t-elle en l'embrassant sur la joue avant de s'élancer à toute vitesse vers la remorque.
Amusés, Mulder et Scully échangèrent un large sourire devant la spontanéité de la jeune fille.
- Y a pas de quoi, grenouille, la remercia Mulder attendri.
Paul qui ressentait le besoin de bouger interpella Sindy :
- Attends-moi, ma chérie. Je t'accompagne.
De manière plus posée que la jeune fille, il sortit du véhicule et la rejoignit tranquillement pour l'aider à calmer Éclair qui piaffait d'impatience dans la remorque.
Encore effrayé, l'étalon avait quand même su garder une certaine maîtrise. Il accueillit sa maîtresse en la taquinant avec son long museau. Puis, il mordilla sa queue de cheval tandis que Paul le détachait. Content, le brave cheval sortit enfin à l'extérieur.
Paul constata alors que Mulder, Scully et Keven s'activaient déjà à monter le campement pendant que Sarah veillait sur Cathy.
Durant ce temps, Sindy examinait minutieusement son cheval, vérifiant qu'il n'avait aucune blessure. Lorsqu'elle fut rassurée, elle caressa Éclair et enfouit son visage dans sa crinière pour réfléchir.
Elle s'inquiétait pour Paul et n'aimait pas l'expression hantée dans son regard. Ses traits tirés par l'épuisement lui donnait l'impression d'un homme sur le point de sombrer dans la folie. Pourtant, il demeurait stoïque et semblait toujours prêt à se battre. Elle l'en aima que plus et estima qu'il méritait de retrouver une certaine paix. D'un geste de la main, elle lui fit signe de s'approcher. Il était temps qu'elle lui confie quelque chose au sujet de sa première épouse.
- Paul?… L'interpella-t-elle le cœur battant. Avant de rejoindre nos amis au campement, je souhaite t'entretenir d'un sujet important.
Intrigué, Paul s'approcha de la jeune fille.
- De quoi s'agit-il, mon ange?
- Tu sais… hésita-t-elle. Hier… lorsque tu étais avec Ellie et Vickie, j'ai affronté une entité sur le plan astral.
- Oui, je me souviens de cela, lui lança lentement son compagnon d'une voix rauque. Et que s'est-il passé au juste, Cynthia?
Le regard du médecin s'assombrit d'inquiétude tandis que Sindy poussait un soupir tremblant.
- Je l'ai vue, Paul, lui avoua-t-elle en se raclant la gorge, quelque peu embarrassée de le confronter à son passé. J'ai vu Véronica. Du moins, son corps astral. Elle m'a sauvé la vie et c'est grâce à elle si j'ai pu éliminer la sorcière noire. Je crois qu'elle est venue pour se venger des satanistes qui l'ont sauvagement assassinée et qui ont enlevé Vickie par la suite.
Bouleversé, le visage de Paul se durcit et ses lèvres se serrèrent.
Il se détourna en poussant un long soupir, puis d'une voix basse et tremblante, il murmura ce qu'il n'osait s'avouer depuis des années :
- Tu sais, Sindy, je me doute de ce qui a pu se passer à l'époque… Un membre de cette secte diabolique a certainement été mandaté par son chef afin de séduire Véronica. Ainsi, il pouvait facilement atteindre Vickie. N'est-ce pas?... Ensuite, quand le chef et ses adeptes ont eu Vickie, Véronica ne leur était plus d'aucune utilité et ils l'ont assassinée comme des lâches. Et moi, pendant que mon couple se désintégrait, j'étais trop occupé pour me rendre compte de ce qui aurait dû me sauter aux yeux. Quel merdier! explosa-t-il en donnant un coup de pied rageur sur le sol rocailleux.
La force de l'impact souleva un tourbillon de poussière dans l'air frais de ce début d'automne.
Bien que touchée par sa souffrance, Sindy ne broncha pas. Son instinct lui disait que le temps était venu pour Paul d'évacuer cette culpabilité qui le rongeait depuis trop longtemps. Elle inspira profondément.
- Paul?… lui ordonna-t-elle d'un ton ferme. Regarde-moi…
Le jeune homme ne réagit pas. Sindy se fit plus insistante.
« Écoute-moi, Paul. Ce que j'ai à te dire est très important. Alors, regarde-moi! lui intima-t-elle en glissant son index sous son menton, le forçant à la dévisager. Quoi que tu penses, Véronica n'a jamais cessé de t'aimer. Elle t'a aimé jusqu'à la toute fin, j'en suis sûre.
- Mais alors, s'énerva-t-il. Pourquoi m'a-t-elle quitté ce soir là? Pourquoi a-t-elle refusé que nous discutions?
- Parce qu'on vous a manipulé tous les deux, Paul. Ces adeptes sont rusés. Ils ont choisi de servir le mal. Et parmi eux, il y a des oracles et des magiciens de haut niveau qui les aident à parvenir à leur fin. Tu le sais bien, n'est-ce pas? Toi, Véronica et Vickie n'auriez rien pu changer à cela. Pas plus que nous d'ailleurs, puisque nos forces et la leur sont opposées et se confrontent. Tu comprends?
Le jeune homme exhala un soupir tremblant. Il désirait tellement la croire.
- Oui... Je comprends ce que tu essaies de me dire, Sindy. Mais je m'en veux d'avoir pris l'amour de Véronica pour acquis et de l'avoir négligée. Si je m'étais montré plus présent dans notre couple, elle aurait peut-être eu la force de leur résister.
- Peut-être bien, Paul. Mais cela n'est pas sûr. Comme je te l'ai dit tout à l'heure, cette secte est non seulement puissante et dangereuse mais aussi très organisée. Ces satanistes veulent toujours s'emparer de Vickie pour exploiter son don et faire de la terre un enfer. Heureusement, nous avons réussi à la récupérer avant qu'ils ne détruisent son âme. Mais l'échéance de leur plan B approche et leur chef risque de se montrer plus rusé, cruel et dangereux. C'est pourquoi, pour le salue de Vickie et le nôtre, il est nécessaire que nous nous libérions de nos sentiments négatifs.
Agité, Paul serra les mâchoires et marcha de long en large.
- Voilà un défi de taille, Cynthia, s'insurgea-t-il d'un ton désabusé. Tu en es consciente? Nous sommes six, ici… Sept, en comptant Cathy. Tous… nous portons nos drames, nos peurs, nos culpabilités, etc. Et le paradoxe dans tout ça, c'est que certains de nos démons intérieurs sont enfouis si profondément en nous que nous ignorons même qu'ils nous font souffrir.
- Je sais, Paul, approuva Sindy. Mais je tiens à te partager ceci. Lorsque j'ai combattu sur l'autre plan, hier, Véronica m'a communiqué un message important. Même si je ne le saisis pas en entier, elle m'a cité ceci avant de disparaître :
« Sa mère d'âme, c'est toi. L'âme complémentaire à la tienne, c'est lui. Et cela, depuis que le monde est monde ».
Silencieux, le jeune couple se dévisagea, méditant ces trois phrases qui contenaient sans doute la clé d'un mystère.
« - Rejoins-moi dans les catacombes cette nuit, mon aimée, chuchota une étrange voix dans l'esprit de Paul. Je t'attendrai. »
Mais hélas, celle que le jeune homme attendait impatiemment dans les catacombes obscurs n'était jamais venue.
« C'était la veille de sa dernière épreuve pour succéder à son père, le grand pharaon ».
Étonné, Paul se secoua mentalement.
« Mais qu'est-ce que tout cela signifiait? songea-t-il intrigué et n'y comprenant plus rien. Et qui donc n'était jamais venu? »
- Ça va, Paul? s'enquit Sindy, interrompant le cours de ses réflexions et l'observant avec compassion.
Ce sentiment qu'il lisait dans ses yeux le remua et l'incita à lui jeter un sourire rassurant.
- Oui. Ça va, Cinnie. Je te remercie pour ta franchise au sujet de Véronica. Comme tout le monde, j'ai fait des erreurs mais j'ai appris de celles-ci. Maintenant, tu es entrée dans ma vie et c'est ce qui pouvait m'arriver de mieux.
- C'est réciproque, Paul, lâcha-t-elle le regard lumineux. Nous avons de la chance. Toi et moi sommes bénis des dieux.
Ému, Paul la serra tendrement contre lui et l'embrassa sur les lèvres. Puis d'un commun accord, le jeune couple retourna vers le campement.
Près de la rivière, Scully et Mulder levèrent la tête simultanément. Ils venaient de terminer de monter les tentes lorsqu'ils aperçurent Paul et Sindy qui se dirigeaient vers eux. Celle-ci tenait Éclair par la bride. Docile, l'étalon la suivait en marchant au pas.
De leur côté, Keven et Sarah avait allumé un feu. Le repas, constitué d'une soupe, de poissons séchés et de légumes chauffait allègrement. Une odeur délicieuse flottait dans l'air de la nuit. Bien enveloppée dans un sac de couchage, Cathy dormait toujours près de Keven et Sarah.
Mais avant de rejoindre la bande, Sindy donna de l'eau et de l'avoine à son cheval. Puis, elle le bichonna et lui fit les sabots.
- Tu dois être en pleine forme, demain, lui dit-elle en le caressant affectueusement. Car c'est toi qui transportera Cathy et Sarah, en plus de notre précieux matériel, Tu sauras faire cela?… N'est-ce pas, mon beau?
De sa grande tête, Éclair lui fit signe que oui. La jeune fille éclata d'un rire si joyeux, si naturel que Mulder et Scully ne purent s'empêcher de lever les yeux vers elle. Souriants, ils se dévisagèrent.
- Ta cousine est vraiment mignonne, Mulder, déclara Scully, les yeux rieurs. Elle ressemble à une bouffée d'air frais dans la canicule. De plus, elle n'a pas la langue dans sa poche quand elle interroge un suspect. Son petit air de gamine innocente est sa meilleure arme dans ce genre de situation et elle sait très bien utiliser cet atout. Je saisis mieux ce que tu voulais dire avant notre enquête lorsque tu m'as décris Sindy comme un être spécial.
Une expression taquine se dessina sur le visage de Mulder.
- Ah! que veux-tu, Scully? clama-t-il en la dévisageant avec insolence. Être spécial, brillant, attendrissant et beau mec dans mon cas, cela fait parti de notre génétique familiale!
Les yeux écarquillés de stupeur, Dana voulut répliquer quelque chose mais avala sa gorgée de soupe de travers et s'étouffa. Sans façon, Mulder la tapa dans le dos à plusieurs reprises jusqu'à ce qu'elle cesse de tousser.
- Sacré Mulder! se moqua-t-elle les yeux encore larmoyants. S'il y avait des cadres de portes autour de nous, ta tête ne passerait plus au travers.
Mulder sourit mais reprit vite son sérieux. Il ne se sentait pas tranquille, isolé dans ces bois. D'autant plus depuis qu'ils avaient été attaqués par une créature hostile qui courait toujours dans la forêt.
« Les surveillaient-elles présentement », songea-t-il en réprimant un frisson. "Attendait-elle le bon moment pour… "
Il préféra interrompre le cours de ses pensées et chuchota à l'oreille de sa partenaire:
- Écoute, Scully… Je suggère qu'à tour de rôle, une équipe de deux personnes montent la garde cette nuit. Qu'en penses-tu?
Dana regarda Mulder droit dans les yeux.
- J'en pense que je pensais justement la même chose, murmura-t-elle, soucieuse de ne pas effrayer ses compagnons. Et je crois que nous ne sommes pas les seuls à penser cela, conclut-elle en pointant Sindy du menton.
Celle-ci, occupée à nettoyer son 9 mm. le chargea d'un geste rapide et mit le cran de sécurité qui résonna faiblement dans la nuit. Par la suite, elle s'approcha de Mulder et Scully, bientôt suivit de Paul et d'Éclair. Sarah et Keven les rejoignirent et installèrent Cathy près d'eux. Instinctivement, les six amis se resserrèrent autour du feu, évitant de rester à l'écart.
- Est-ce qu'il y a quelqu'un qui a de la guimauve et de la saucisse? blagua nerveusement Keven.
- Pas de saucisse pour moi, sourit Sindy. Je suis végétarienne.
- Ce n'est nullement mon cas, intervint Sarah d'un air plein de sous-entendus en lorgnant effrontément les trois hommes.
- Sarah! s'exclama Mulder en riant. Tu es incorrigible!
- Il le faut bien, Fox, répliqua celle-ci en frissonnant. Avec toute cette histoire de cinglé, l'humour est ma soupape.
- Pareil pour moi, renchérit Keven en se blottissant contre Sarah.
Il se tut quelques secondes pour réfléchir, se racla la gorge, puis s'adressa à Dana et Paul :
« Dites donc vous deux? Quand croyez-vous que Cathy sera en mesure de subir son traitement? Avec cette civilisation extraterrestre ou je ne sais quoi qui la cherche, les risques d'une nouvelle attaque deviennent plus que probables. Cela me fait peur de penser à ça. Mais hélas, je ne peux m'y empêcher. »
- Je te comprends, Keven, le rassura Scully avec gentillesse. D'ailleurs, Paul et moi en avons discuté tout à l'heure. Dès l'aurore, les effets de la drogue disparaîtront. Si tout va bien, nous pourrons lui administrer le traitement, tôt demain matin, avant que les sondes ne la détectent. Mais nous devons nous montrer prudents. Nous voulons libérer la petite, pas l'achever.
- Effectivement… marmonna Sindy comme pour elle-même.
Un lourd silence s'installa. À part le souffle du vent, la forêt demeurait étrangement calme. Sindy, plongée dans une profonde réflexion leva brusquement la tête et jeta un regard impénétrable vers Mulder, attendant un signe de sa part. Un coup d'œil discret de celui-ci confirma ce qu'elle savait déjà. Le moment était venu pour Dana de passer à la prochaine étape, celle du souvenir.
Plongeant brièvement ses yeux dans ceux de Fox, Sindy se concentra. Mulder hocha la tête tandis que la jeune fille se tournait subtilement vers Dana et exerçait une légère pression dans son esprit. Elle savait que certains souvenirs d'enfance de Scully avaient surgi lors de la première attaque des forces noires, au Memorial Hospital. Elle se prépara mentalement pour soutenir son amie. Fixant les flammes qui s'élevaient, elle inspira à plusieurs reprises et exerça une nouvelle pression dans l'esprit de Dana. De vagues images défilèrent en elle puis remontèrent doucement à la surface comme la marée. Sindy expira lentement l'air entre ses lèvres. Le cœur battant, elle ouvrit son sac à dos qu'elle venait de déposer près d'elle, fouilla à l'intérieur et trouva ce qu'elle cherchait. Un petit bouquin que son père lui avait offert pour son quinzième anniversaire.
À l'époque, il lui avait dit en la dévisageant sérieusement :
« - Je te remets ce livre en héritage, ma chérie. Les poèmes qu'il contient me furent inspirés le soir où je suis tombé amoureux de ta mère. La première fois que nos regards se sont croisés, nous avons su que nous nous appartenions. Elle est ma source. Ton cœur comprendra la puissance de cette énergie quand tu vivras ton premier amour. Tu verras… Le ruisseau qui coule en toi élargira ses bras pour se fondre dans la beauté de l'immensité océane. »
D'un geste solennel, l'adolescente avait pris le livre que son père lui tendait en souriant.
« - Ces mots que tu liras sont plus que des mots, Cinnie, avait-il ajouté en effleurant sa joue avec tendresse. Ils sont le miroir de ce que nous faisons de notre vie. Pour certains, leur vie sera banale, terne et sans couleur. Pour d'autres, elle sera un acte créatif, une symphonie, une œuvre d'art. Mais souviens-toi toujours d'une chose : le véritable pouvoir existe au cœur de toi et c'est lui qui te permet de choisir ta destinée. Toutefois, cela exige de plonger et de te dépasser car c'est uniquement de cette façon que tu découvriras ton propre chemin. »
Émue, Sindy s'était jetée dans les bras de son père.
« - Je te jure, papa, de me montrer digne de ce recueil, avait-elle rétorqué en toute innocence. Je ne m'en séparerai jamais. Et un jour, cet amour qui vit au travers tes écrits me permettra d'aider quelqu'un. »
"- Je sais, ma chérie, lui avait répondu son père d'une voix douce. Je sais que tu sauras utiliser et faire bon usage de cette force quand tu le jugeras nécessaire."
En cette soirée d'automne, Sindy qui venait de se remémorer sa promesse décida de se servir de cette énergie lumineuse et de la souffler à Dana. Elle savait que la jeune femme en aurait besoin pour revivre le souvenir de sa rencontre avec l'horreur.
*** À SUIVRE ***
Selon vous, qu'est-ce qui a pu terrifier Dana lorsqu'elle était enfant? Avez-vous une idée?… Si oui, je suis impatiente de vous lire…
Merci à vous!
France-Ena :)
