Tout d'abord, je tiens à remercier ma cousine préférée, Myriam, pour son dernier commentaire toujours rempli d'esprit et d'humour et merci aussi à vous tous, lectrices ou lecteurs invisibles. J'espère que cet interlude de chapitre vous plaira. Au plaisir de vous lire aussi.

France-Éna

Montagne de l'Aigle,

Lundi : 7h.12 A.M.

Victoria Stéphanos qui s'inquiétait de plus en plus pour ses parents et leurs amis s'approcha d'Ellie et tira la manche de son chandail en la dévisageant de ses candides yeux bleus.

- Pourquoi sont-ils si longs, tante Ellie? J'ai peur que les méchants leur fassent du mal.

- Je sais, ma chérie. Mais comme Sindy te l'a dit plus tôt, accroche-toi et garde ta foi bien vivante. C'est comme ça que tu pourras les aider. Je te promet que tout se passera bien, ma puce.

Elle prit doucement la main de l'enfant et déposa sa petite paume sur l'amulette offerte par Sindy. Maintenant, prions ensemble, mon trésor.

Fermant les yeux, elles joignirent leurs prières à celle du peuple Navajo.

Au campement, le feu gagnait rapidement du terrain. Affolée et à moitié paralysée par la drogue, Cathy butait à chaque pas. Paul et Sarah devaient la porter à moitié tout en courant à perdre haleine. Ainsi à découvert, ils se retrouvaient beaucoup plus vulnérables, ils le savaient.

Les boules de feu poursuivaient leur attaque tandis que le ciel lançait des éclairs destructeurs vers le campement.

Soudain, une puissante intuition laissa Paul pantois. Il contempla Sindy. Celle-ci se battait toujours contre les flammes. Pourtant, leurs yeux se croisèrent et il entendit clairement sa voix dans l'oreille de son esprit :

« - Paul! Enfuyez-vous jusqu'à l'étang. Éclair vous rejoindra. »

« - D'accord, Cinnie, songea-t-il. Mais je t'en prie, ma chérie, sois prudente. »

« - C'est promis, je le serai. »

Alors, Paul serra les mains de Sarah et Cathy et les entraîna en direction de l'étang. Les yeux irrités par la fumée, tous les trois coururent en zigzag pour éviter le bombardement des boules de feu qui les attaquaient. Enfin, ils atteignirent l'étang mais Cathy trébucha et entraîna Sarah et Paul dans sa chute…

De son côté, dès qu'elle eut terminé son échange télépathique avec Paul, Sindy se concentra sur son cheval.

« - Éclair! Lui ordonna-t-elle. Cours tout de suite vers l'étang chercher Cathy, Paul et Sarah. Ils ont besoin de toi. Ensuite, conduis-les dans un lieu où ils seront protégés des attaques. Je sais que tu sauras le faire. »

Saisissant immédiatement la requête de sa maîtresse, le brave animal secoua la tête en soufflant par les naseaux, puis il hennit, se retourna et galopa en direction de l'étang.

Allongée sur le sol entre Paul et Sarah, Cathy fut la première à voir Éclair galoper dans leur direction. Elle tira la manche de Sarah pour attirer son attention et pointa un buisson en flamme.

Les trois fuyards eurent juste le temps de voir le cheval bondir au-dessus des flammes et se diriger vers eux. Un rayon orange vif déchira le ciel et s'abattit dans l'herbe tout près de Cathy.

Instinctivement, Paul et Sarah protégèrent l'enfant de leurs corps.

Le sol trembla et la foudre frappa une seconde fois, creusant un immense trou dans l'herbe et dans la terre.

- Oh, mon Dieu! cria Sarah.

Une autre explosion déchira le ciel. De grosses pierres commencèrent à dégringoler d'une pente située non loin d'eux et des arbres en flamme se déracinèrent, tombant avec un fracas épouvantable sur le sol.

- Monte, Sarah! Vite! hurla Paul.

Sans attendre de réponse, il souleva Sarah et l'enfant, les installa en hâte sur la croupe de l'étalon et monta à son tour.

Éclair saisit tout de suite l'idée de son cavalier. Il prit son élan et sauta au-dessus des flammes. Rapide comme le vent, le puissant animal galopa dans la nuit.

La terre trembla une fois de plus et Cathy poussa un cri de terreur. Sarah et Paul baissèrent la tête. Ils entourèrent l'enfant tout en s'agrippant à la crinière d'Éclair. Une autre boule de feu explosa juste derrière eux, provocant une avalanche de terre, de pierres et d'arbustes. Le brave cheval allongea sa foulée et accéléra en bifurquant vers la gauche.

À la lueur des flammes, Paul qui venait de lever la tête crut remarquer une ouverture en pierre cachée dans la végétation. Éclair fonça droit devant. Paul et Sarah se recroquevillèrent mais sans lâcher Cathy.

Guidé par une force inconnue, le cheval franchit l'ouverture, évitant de justesse une nouvelle explosion. Puis, il entra dans une grande salle en pierre qui ressemblait à un ancien temple celtique. L'étalon marcha au pas plusieurs mètres avant de s'immobiliser près d'un mur rocailleux couvert de hiéroglyphes.

Émerveillés, incapables de parler, Paul et Sarah regardèrent autour d'eux en retenant leur souffle.

- Paul… Sarah… j'ai mal, geignit soudain une petite voix fluette.

Surpris, les deux amis s'écartèrent de l'enfant et la dévisagèrent avec attention. Ses beaux yeux noirs pétillaient d'un éclat inhabituel.

« Dieu, merci! Les médicaments agissaient enfin. Le problème de langage de Cathy semblait résolu. »

Mais… s'inquiéta Paul légèrement désapointé, la banque de données n'apparaissait pas s'être totalement effacée de la mémoire de la fillette puisqu'elle se souvenait de leurs prénoms. Le traitement qu'ils avaient administré à Cathy ne lui semblait qu'une réussite partielle.

Au même moment, à des milliers de kilomètres dans le cosmos, une dernière boule de feu fonça vers le campement encerclé de flammes. Guidée par le signal faiblissant de la banque de données, elle traversa les galaxies jusqu'à venir s'enfoncer dans la lourde et épaisse atmosphère, perça la ionosphère et continua sa course folle à moins de cent kilomètres du sol. Puis, des lames de feu s'abattirent une dernière fois sur le campement et se dispersèrent près de la caverne où se dissimulaient Paul, Sarah et Cathy, provoquant une multitude d'incendies.

- Nous sommes perdus, haleta Sarah en blottissant l'enfant contre elle.

Silencieux, Paul entoura de ses bras les épaules de Sarah et Cathy. Peureusement, ils se blottirent les uns contre les autre, se préparant pour la fin.

Au campement, Fox, Dana, Sindy et Keven luttaient toujours contre les flammes, puis ils se retrouvèrent cernés par les incendies qui faisaient rage.

Sindy savait qu'aucune fuite n'était possible car le feu se propageait à une vitesse inimaginable. Pour se consoler, elle songea à Paul, Sarah et Cathy qui s'en sortiraient sûrement grâce à Éclair.

Continuant à combattre les incendies avec l'aide de ses camarades, la jeune femme se rappela soudain de cette curieuse mise en garde:

« Son œil est le soleil. Prends garde à Bel et à sa brûlante colère. »

Cette troublante révélation s'effaça brusquement de son esprit sous le chant d'Ellie qui lui prêtait mains fortes.

« - Invoque ta déesse, Cynthia, lui intima-t-elle. Que sa puissance se joigne à la puissance de mon peuple et les larmes du ciel inonderont la terre. »

Chancelant sous le choc, Sindy tomba à genou, ferma les yeux et tendit les bras, ses paumes levées vers le ciel. Étonnés, Mulder, Dana et Keven, l'entendirent implorer d'une voix méconnaissable :

- Pardon, Grande Mère, si je vous ai offensée. Cela n'a jamais été mon intention. Mon ignorance fut ma pire faute. Puis, dans un murmure inaudible, elle ajouta : Mon aimé! Toi qui m'a attendue si longtemps. Ne m'en tiens pas rigueur. Bientôt, tu comprendras pourquoi je n'ai pu te rejoindre.

Alors qu'elle fondait en larmes, un violent orage déchira le ciel et éclata, éteignant peu à peu les flammes sous cette pluie diluvienne.

Trempée jusqu'aux os, ses cheveux roux collés contre ses joues, Dana courut vers Sindy, s'accroupit près d'elle et la prit dans ses bras. Mulder et Keven les rejoignirent et étreignirent les deux jeunes femmes. Grelottant et claquant des dents, ils frissonnèrent de peur et de froid.

Durant plusieurs minutes, le quatuor demeura immobile. Ils ne remarquèrent pas tout de suite les yeux de Sindy qui s'écarquillaient, reflétant une terreur absolue. Elle poussa un cri déchirant. Ses compagnons sursautèrent en percevant l'angoisse et le désespoir qui se dissimulaient dans son hurlement.

Dana qui tenait toujours Sindy contre elle la sentit trembler. Fermement, elle lui saisit le poignet et prit son pouls. Ses sourcils se froncèrent devant la détresse de son amie. Sous les yeux inquiets de Mulder et Keven, elle regarda la jeune voyante droit dans les yeux.

- Cinnie, la rassura-t-elle avec douceur. N'aie pas peur. Mulder, Keven et moi sommes près de toi et il n'y a plus d'incendies. Nous allons enfin pouvoir retrouver Paul, Sarah et Cathy.

- Dana a raison, lâcha Mulder optimiste. Et quand nous les aurons retrouvés, nous prendrons une pause bien méritée avant de continuer notre route vers la montagne.

Fox se tut un instant et observa sa cousine. Une intuition lui soufflait qu'elle revenait sans doute d'un autre temps, d'une autre époque. Son esprit lui lançait sans doute des signaux importants. Puis, il remarqua que les cris de la jeune fille laissaient place aux sanglots. Curieusement, ce changement apaisa ses craintes. Son regard noisette croisa celui de Dana. Soulagés, les deux agents constatèrent que Sindy commençaient à se détendre et reprenait son calme.

Intriguée, Scully étudia le visage de Sindy plusieurs secondes, tentant de lire dans son âme.

- Qu'est-ce qui s'est passé, Sindy? s'enquit-elle avec douceur. Dis-moi ce qui t'a effrayée à ce point?

Le regard indéchiffrable, la jeune fille leva lentement ses yeux vers Scully.

- J'ai mérité le courroux de la « Grande Mère », déglutit-elle. Et le moment est venu pour moi d'en payer le prix.

Un bref instant, elle se détourna pour reprendre contenance, puis se redressa et tendit l'oreille.

Intrigués, les trois autres écoutèrent à leur tour.

La terre et les herbes noircies par les flammes fumaient encore mais plus aucun incendie ne les menaçaient. La pluie continuait de tomber mais devenait intermittente.

- Cathy est libérée maintenant, annonça subitement la jeune voyante. Mais pas totalement.

Une minute s'écoula. Anxieux, les quatre amis entendirent des branches craquer, le souffle bruyant d'un cheval et des bruits de pas qui avançaient vers eux.

Tous retenaient leur souffle sans bouger d'un cil.

Enfin, un sourire se dessina sur les lèvres de Sindy qui accourut en direction des bois.

- Non, Sindy! s'alarmèrent ses camarades. Reviens! C'est peut-être dangereux!

Sindy ne se soucia aucunement de leur mise en garde et entra dans la forêt.

De plus en plus angoissés, Mulder, Scully et Keven la perdirent de vue. Leurs cœurs battaient la chamade. Après tout, ils savaient que l'horrible créature qui les avaient attaqués la veille errait toujours dans la forêt. Mais pour une fois, ils s'alarmaient pour rien.

Cinq minutes plus tard, Sindy sortit des broussailles, tenant par la bride son cheval qui transportait Sarah, Cathy et Paul.

Les trois rescapés furent accueillis par des cris de joie.

Keven s'élança le premier vers Éclair. Il s'était tellement inquiété pour Sarah durant l'attaque. Il tendit ses bras vers son épouse. Le visage lumineux, celle-ci se laissa glisser contre lui pendant qu'il l'aidait à descendre de cheval. Riant et pleurant à la fois, ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre et s'embrassèrent goulûment.

- Mon amour, sanglota Keven. J'étais si inquiet pour toi. Un affreux moment... j'ai bien cru que je t'avais perdue à jamais.

Tremblante, Sarah posa ses mains sur les joues de son amoureux. Ils étaient couverts de suie et de poussière mais cela leur était égal tant qu'ils se retrouvaient ensemble.

- Moi aussi, chéri. J'ai tellement eu peur de te perdre, lâcha Sarah les joues ruisselant de larmes. Sans toi et Kim, ma vie serait si fade.

Elle éclata de nouveau en sanglots.

Sous les regards émus de leurs compagnons, ils échangèrent un nouveau baiser profond et passionné, savourant ce précieux moment de retrouvailles.

Soudain, un petit rire enfantin résonna comme une douce musique dans l'air parfumé de la nuit.

Les yeux étincelants, Sindy, suivit de Mulder et Scully, contourna son cheval et s'avança vers Paul et Cathy. Plongeant ses yeux bleu-vert dans celui de l'enfant, elle lui sourit affectueusement. La fillette le lui rendit avec une spontanéité touchante. Ce sourire enfantin, incroyablement doux et tendre lui chavira le cœur.

- Bienvenue dans ton nouveau monde, Cathy, l'accueillit Sindy d'une voix tremblante d'émotion. Tu es libre d'être toi-même maintenant et de te laisser aimer comme tu es.

Rougissante, l'enfant les dévisagea tous de ses magnifiques yeux noirs, puis revint vers Sindy.

- Merci, murmura-t-elle doucement.

Attendri, Paul caressa les cheveux châtain clair de la fillette et descendit de cheval. Ensuite, il la prit dans ses bras pour la déposer sur le sol.

Dana, Mulder et Sindy s'empressèrent d'entourer l'enfant et la cajolèrent. C'était plus fort qu'eux.

Une expression grave sur son visage, Paul lança un regard insistant vers Sindy.

Mulder et Scully captèrent tout de suite son message mais gardèrent un silence discret.

Sindy qui avait également saisi son appel embrassa Cathy sur la joue avant de la laisser entre les mains de Dana et Fox. Puis, elle se dirigea vers Paul qui l'entraîna un peu en retrait, à l'orée des bois.

- Ma chérie, chuchota-t-il. j'imagine que tu t'en doute, mais nous ne devons pas nous éterniser ici. C'est pourquoi, Sarah, Cathy et moi sommes venus vous chercher. Il est urgent que nous levions le camp et que nous partions en vitesse.

- Je sais, approuva Sindy en hochant vigoureusement la tête. Alors, conduisez-nous vite à ce temple. Nous tenterons de nous reposer quelques heures avant de continuer notre voyage jusqu'à la montagne de l'Aigle.

Paul ne put s'empêcher de frissonner. Parfois, le don de clairvoyance de Sindy lui foutait les jetons. La jeune femme s'en aperçut et le prit dans ses bras. À son contact, il se détendit et se laissa aller contre son épaule avant de lui souffler d'une voix basse :

- La libération de Cathy n'est pas totale. Tu l'as compris… N'est-ce pas, Cinnie?… Comme tu as sans doute compris ce qui est arrivé aux parents de la petite?…

Ce fut au tour de Sindy de frissonner tandis que des larmes glissaient sur ses joues noircies par la fumée, faisant ressortir les reflets turquoise de ses yeux.

- Les parents de Cathy ne sont malheureusement plus de ce monde, Paul, l'informa-t-elle. Ces salopards d'hommes en noir ont incendié leur maison et seule Cathy a pu leur échapper. Maintenant, l'endroit le plus sûr pour la protéger de l'œil de Bel serait dans les hautes terres navajos.

Malgré son immense fatigue, Paul réussit à sourire.

- Et bien! concéda-t-il avec philosophie. Il ne nous reste plus qu'à conduire cette mignonne petite fille là-bas.

Touchée par le courage et la détermination de son compagnon, Sindy sentit une grande vague de tendresse l'envahir.

- Je t'aime ! lui souffla-t-elle le cœur battant.

- Moi aussi je t'aime, renchérit Paul d'une voix rauque en la contemplant amoureusement. Et bien plus que je ne saurais le dire.

Le désir assombrissant son regard, le jeune homme lui effleura la joue avec douceur.

Au contact de sa main, le corps de Sindy trembla. Son souffle devint court et ses jambes fléchirent. Elle chancela. Ému, Paul la tint solidement contre lui, se pencha vers elle et plongea ses yeux dans les siens, attendant patiemment qu'elle ose tendre son visage vers lui. Tout d'abord, elle effleura ses lèvres d'un doux baiser. Puis, elle pressa délicatement sa bouche contre la sienne. Avide, Paul lui rendit son baiser et poussa l'audace de glisser sa langue dans la bouche légèrement entrouverte de sa compagne, la taquinant langoureusement. Leurs langues se rencontrèrent, caresse chaude et liquide qui fit s'accélérer leur respiration. Mais soudain effrayée, Sindy se figea car elle prenait subitement conscience qu'une évolution se produisait dans la nature de leur relation. En plus de leur attirance d'âmes et de cœurs, quelque chose de viscéral se développait entre eux mais elle n'était pas sûre d'y être tout à fait préparée. Pourtant…

« - L'heure est maintenant venue de payer, Cynthia! », déclara brutalement une voix outre-tombe.

Secouée d'un long frisson, Sindy sursauta et détacha ses lèvres de celles de Paul. La respiration saccadée, elle enfouit son visage contre sa poitrine.

- Je m'excuse… chéri… se désola-t-elle en se tordant les mains nerveusement. J'ai pris peur. Je crois que je ne suis pas totalement prête.

- Je comprends, Cinnie, s'attendrit le jeune homme. Pour ma part, je trouve que tu chemines très bien. De toute manière, ce qui compte, c'est que nous soyons ensemble.

- Tu as raison, Paul, balbutia Sindy soulagée. C'est ce qui importe avant tout. Et malgré notre situation difficile, ta présence continue tout de même de m'inspirer de charmantes mélodies. Étrange, n'est-ce pas?

- Hé! Hé! Pas tant que ça, la taquina Paul en lui donnant un baiser sur le bout du nez. Et maintenant, belle diva, si on rejoignait les autres avant qu'ils ne s'inquiètent?

- D'accord, acquiesça Sindy en rougissant malgré elle. Allons-y avant qu'ils ne se tapent tous une crise de nerfs.

Paul esquissa un sourire forcé. Puis, d'un geste protecteur, il entoura les épaules de Sindy et l'entraîna vers le groupe, assaillit par un mauvais pressentiment.

Mulder remarqua tout de suite l'expression de son ami et devint soucieux. Jouant inconsciemment les gardes du corps, il s'approcha tout près de Dana.

Manoir de Georges Stanek

Lundi : 10 h.05 A.M.

Furieux, Dave Collins n'attendit pas l'annonce du domestique l'invitant à entrer dans le bureau du patron. D'un pas vif, il passa devant le serviteur qui venait de lui ouvrir la porte et ne s'arrêta même pas pour retirer son manteau. Une fois dans la pièce, il surprit Georges assit devant une table ronde.

Sans le regarder, celui-ci porta sa tasse de café et y trempa les lèvres.

- Georges! intima Collins d'un ton péremptoire. J'exige que nous parlions immédiatement.

Contrarié par l'intrusion impromptue de son collègue, Stanek dissimula mal son irritation.

Grands, forts et musclés, Dave et Georges se côtoyaient depuis des années. Doués d'un charme magnétique, les deux hommes n'hésitaient jamais à utiliser leur pouvoir pour parvenir à leur fin. Fervents admirateurs d'Adolf Hitler, ils regrettaient que cette époque soit révolue. Mais en ce moment, leurs préoccupations étaient tout autre.

Le visage neutre, Georges signifia à Dave de s'asseoir.

Celui-ci, d'un léger mouvement d'épaule se débarrassa de son manteau et s'étala dans un fauteuil Louis XV.

- Qu'est-ce que tu veux exactement, Dave? S'enquit Stanek d'un ton froid?

- Rien de plus simple, Georges, le défia son interlocuteur en lui lançant un sourire mauvais. Aide-moi seulement à neutraliser les deux agents du FBI ainsi que cette connasse de gardienne et sa bande avant qu'ils ne réussissent leur mission. Je veux également que nous retrouvions leurs enfants et je veux que tu préviennes les autres adeptes qu'un sacrifice rituel aura lieu bientôt.

Devant l'insolence de son disciple, Stanek sentit le sang battre ses tempes. La fureur que lui inspirait le comportement abusif de Dave n'était rien à côté de celle qu'il éprouvait d'avoir été battu à son propre jeu.

- Et quand veux-tu que nous procédions à ce… sacrifice rituel? interrogea-t-il d'une voix tendue, ne trouvant aucune raison valable de repousser la requête.

- À la pleine lune, c'est-à-dire après demain. Cela serait parfait, prononça Dave avec jouissance, une lueur malsaine sur son visage.

Georges dévisagea son complice sans démontrer la colère qui le rongeait.

- Je vais y réfléchir, répondit-il d'une voix neutre. Je me prépare déjà à la grande cérémonie mais je vais songer à ta demande. Maintenant, tu peux prendre congé. J'ai beaucoup de travail.

Les lèvres serrées, Collins récupéra son manteau et quitta les lieux tandis que Georges fulminait de rage. Il détestait que ce petit minable conteste son autorité. L'importance que Collins se donnait devant le conseil des adeptes lui montait à la tête. Il fallait que lui, Georges, puisse leur présenter les choses à son avantage. Pour ce faire, il devait attirer la « gardienne » et ses amis dans ses filets. Demain serait le jour idéal pour mettre son plan à exécution. Un sourire de rapace se dessina sur son visage sombre.

Temple Celtique

Lundi : 11h.20 A.M.

Peu de temps après leur arrivée dans la caverne, Dana, Sarah et Sindy découvrirent avec joie une source chaude aussi large et profonde qu'une piscine. Elles informèrent leurs compagnons qui se réjouirent avec elles.

- Allez-y, les filles. Nous vous suivrons après, les encouragea Mulder avec gentillesse. Nous serons plus à l'aise pour nous reposer ensuite.

- Merci, Mulder, lâcha gaiement Scully. Elle posa un regard tendre vers Cathy. Nous amènerons la petite avec nous. Un bon bain lui fera du bien et nous tenterons de lui trouver des vêtements plus appropriés. Elle se retourna vers Sindy et Sarah. À nous trois, nous devrions sûrement lui dénicher des vêtements, hein, les filles!

- J'en suis certaine, rétorqua Sindy en souriant.

- Alors, on y va, s'écria Sarah les yeux pétillant d'humour. Et vous, les gars, ne profitez pas de notre nudité pour vous rincer l'œil.

Mulder et Paul qui buvaient de l'eau à même leur gourde s'étouffèrent bruyamment tandis que Dana et Sindy devenaient rouge écarlate.

Espiègles, Keven et Sarah échangèrent un clin d'œil complice.

- Jamais je n'oserais lever le regard sur vous, mes déesses, répliqua Fox avec un sourire en coin, reprenant rapidement ses esprits. J'aurais trop peur que Scully me casse les deux jambes avec ses prises de karaté. Je tiens à ma santé, moi!

- Il vaut mieux si tu ne veux pas chanter soprano pour le restant de tes jours, Mulder. Déclara Scully pince sans rire.

- D'accord, Scully. C'est comme tu veux, concéda l'agent d'un ton faussement soumis.

Tout le monde éclata de rire sauf Paul qui observait Sindy à la dérobée.

Mulder le remarqua tout de suite et lui pressa gentiment l'épaule. Il comprenait la lutte que son ami menait.

Les jeunes femmes s'éloignèrent avec la fillette et les trois hommes se retrouvèrent seuls.

- Ça va, Paul? demanda Mulder avec compassion.

- Je ne sais pas. Je sens que quelque chose ne tourne pas rond et cela m'inquiète. Une menace plane sur nous et ça m'horripile de ne pas savoir où, quand et comment elle nous tombera dessus.

- Console-toi, vieux, intervint Keven. J'éprouve la même chose que toi. Moi aussi je me fais du soucis. Surtout pour ma femme et mon enfant. En même temps, je me sens impuissant et cela me frustre.

- Je vous comprends, les gars, les rassura Mulder. Moi aussi je m'inquiète. Entre autre pour Scully. Voyez-vous, c'est moi qui l'ait entraînée dans cette enquête. Donc, nous devons tenir le coup pour Vickie, Kim, Cathy et tous les autres qui comptent sur nous pour accomplir cette mission.

- D'accord, soupira Paul le visage sombre. Mais ça ne sera pas une mince affaire d'arriver à la Montagne de l'Aigle sans nous faire tuer. Rappelle-toi, Mulder! Sindy nous l'a bien spécifié cette nuit : « Ils approchent! »… Et j'avoue que cet avertissement est loin de me rassurer. Alors, nous devons vite échafauder un plan, une stratégie pour contourner cette menace… Est-ce que tu as une idée?

- Peut-être, avança l'agent énigmatique. Mais il faut que notre cercle soit bien formé et sans faille. En attendant, la meilleure tactique c'est d'éviter de rester trop longtemps au même endroit et faire confiance au processus.

- Et en parlant de processus, poursuivit gravement Keven. Comment ça se passe entre toi et Sindy, Paul?

Le médecin dévisagea Keven et Mulder en silence, puis répondit tranquillement :

- Elle s'éveille mais je ne la sens pas encore prête à se souvenir. Elle a peur.

- Et toi, mon frère? s'enquit Mulder en appuyant bien sa phrase. Comment ça se passe pour Toi?

- Bien… insinua mystérieusement le jeune homme, imitant le ton de Mulder. Ce n'est pas plus facile pour moi que ça ne l'est pour Toi… mon frère,

Troublé, Fox détourna les yeux.

Il ne voulait plus penser à cela. Il refusait de laisser son passé avec Diana Fowley le rattraper et le hanter à nouveau. Cinq ans auparavant, lui et Diana avaient été amants. Ensemble, ils avaient créé le département des X Files, puis l'ambition et la cupidité de Fowley avaient détruit leur relation. Mulder en avait beaucoup souffert et encore aujourd'hui, il savait que cette femme séduisante pouvait exercer une forte emprise sur lui s'il baissait sa garde. C'est pourquoi l'amitié et l'affection sincère que Mulder ressentait pour Scully lui était si précieuse. Elle était son phare dans la nuit, son équilibre, son guide. Sa présence, sa force tranquille, sa loyauté, son honnêteté et leur confiance mutuelle le protégeait tel un bouclier contre les énergies malsaines. Et Fox savait qu'il en était de même pour Dana. D'une certaine façon, ils se complétaient psychiquement et émotionnellement. Grâce à son approche scientifique et sa forte personnalité, Scully lui donnait de la crédibilité. Elle devenait sa conscience et sa raison d'exister, de continuer à se battre dans sa quête obsédante de la vérité. Et lui, par son approche psychologique, sa personnalité humaniste et sa foi, il aidait Dana à élargir ses horizons et dépasser sa peur de croire à l'incroyable.

Alors que Mulder se plongeait peu à peu dans ses réflexions, un silence lourd s'était installé entre les trois hommes, donnant l'impression que la nature elle-même se figeait dans le roc. Une lueur de compréhension éclaira soudain le regard de Keven lorsqu'il croisa celui de Mulder. Cet échange silencieux le poussa à laisser Fox seul devant ses pensées. De toute façon, il aurait l'occasion de discuter avec lui plus tard.

Il soupira, puis un étrange sentiment de déjà vécu le saisit.

Retenant un frisson, il se tourna vers Paul et lâcha gravement :

- Est-ce possible, vieux, que ton désir pour Sindy augmente au fur et à mesure que nous approchons de la Montagne de l'Aigle ?

- Je… Oui… C'est possible, sursauta Paul, surpris de la clairvoyance de Keven. Et je crains, confia-t-il à voix basse, de perdre la maîtrise de moi-même avant qu'elle ne soit prête à…

- À quoi, Paul?… coupa innocemment Mulder qui venait de sortir de sa rêverie.

Exaspéré des sous-entendus puériles échangés entre ses camarades, Keven les ramena immédiatement à l'ordre.

- Écoutez, les gars, les gronda-t-il. Cessons de jouer au chat et à la souris et soyons francs entre nous. C'est tout ce qui nous reste. Primo, nous savons que le temps nous est compté et j'ai la conviction que c'est le moment ou jamais d'être vraiment honnêtes. Maintenant que Cathy est libérée, je vous le dis franchement, j'ai envie de faire l'amour avec ma femme. Je désire lui montrer à quel point je l'aime parce que demain ou même dans quelques heures, il sera peut-être trop tard. Alors, puisque cette caverne s'avère immense, ne vous étonnez pas de me voir partir avec Sarah lorsqu'elle reviendra. Et toi, Mulder! N'essaie pas de nous faire croire que tu es insensible au charme de Dana parce que tu sais très bien que c'est faux. Tout comme Paul et Sindy, Dana et toi êtes liés malgré vous. Votre amitié qui est déjà très forte s'approfondira de plus en plus. Vous devez donc accepter que c'est comme ça. L'amour, l'amitié, l'honnêteté, la confiance et le respect sont nos armes ultimes pour fermer notre cercle, j'en suis certain. Alors, je vous le dis, les gars, c'est maintenant à nous de jouer cartes sur table, conclut le jeune homme d'un ton assuré.

- Je suis d'accord avec toi, Keven, acquiesça Paul songeur. Mais il ne faut pas oublier l'ingrédient du désir et de la passion. Avec l'amour, ils représentent la force de vie, sinon notre monde n'aurait aucun combustible pour évoluer; et l'individu, aucune énergie pour se dépasser.

Mulder, les yeux écarquillés, ne put s'empêcher de pousser un long soupir en dévisageant ses compagnons d'aventure.

- Wow! Sacré tirade, les gars! les félicita-t-il en souriant. Mais je vous avoue tout de même que cette enquête est une des plus ésotériques de ma carrière. De plus, j'ai l'étrange sensation de redevenir môme et de revivre le premier mystère qui a soudé notre club autrefois.

- Alors, Mulder le martien! le taquina Keven. Je te souhaite un joyeux retour dans notre super vieux club des Tigres.

Silencieux, les trois hommes s'observèrent mutuellement puis éclatèrent de rire.

Au même moment, à la source chaude, Dana, Sindy et Sarah vêtues de leurs maillots de bain entreprirent de laver Cathy de la tête aux pieds. Au début, Cathy qui avait peur de l'eau résista et tenta de s'enfuir. Les jeunes femmes réussirent à la distraire en jouant avec elle. Finalement, l'enfant se retrouva propre comme un sous neuf. Libérée de sa crasse, Cathy était méconnaissable. Ses cheveux châtain clair aux reflets cuivrés descendaient jusqu'au milieu de son dos et encadraient son visage ovale qui avait repris des couleurs. Sous ses traits fins et harmonieux, ses magnifiques yeux noirs pétillaient d'une vie nouvelle.

Avec habilité, Sarah épointa les cheveux de l'enfant et la coiffa de deux jolies nattes.

Pour calmer la fillette qui avait du mal à tenir en place, Sindy sortit de son étui sa flûte amérindienne et joua la mélodie de l'arc en ciel. Cette douce mélodie puisée dans les hautes sphères apaisa Cathy qui s'immobilisa en tendant l'oreille.

Intriguée, Dana observa attentivement Sindy et la fillette. Puis, en écoutant les notes s'envoler, elle sut sans l'ombre d'un doute qu'un étrange lien les reliaient tous à la même source.

De son côté, inspirée par la mélodie qu'elle venait de jouer, Sindy se mit à chanter en navajo le chant de la lune, laissant sa voix claire s'élever dans le cosmos.

Montagne de l'Aigle

Lundi : Au même moment

Dissimulées dans une grotte, les esprits de Vickie, Ellie et Kim perçurent le chant de Sindy. Sa voix à la fois douce et puissante vola vers elles aussi légère que la plume d'une colombe. Au contact de cette vibration musicale, leurs cellules frémirent de plaisir et d'espoir. Puis, le peuple d'Ellie de même que monsieur Wong cessèrent de psalmodier, écoutant respectueusement la chanson d'une lune encore jeune.

Les yeux levés vers la voûte rocheuse de la caverne, Vickie inspira et sentit le parfum de Sindy près d'elle. Cela lui réchauffa le cœur.

- Tante Ellie… s'émerveilla l'enfant en souriant. Vous entendez?… C'est Sindy. Elle chante pour nous le chant de la lune, du soleil, des étoiles et de l'arc en ciel. Elle dit que nous formons une seule voix dans l'univers. Elle dit aussi de ne pas m'inquiéter pour elle et papa. Ils vont bien mais ils s'ennuient de moi; tout comme le papa et la maman de Kim qui lui disent qu'ils l'aiment très fort. Sindy me dit aussi que leur groupe pense à nous et qu'ils vont bientôt nous amener une nouvelle amie. C'est chouette, hein!

- Oui, ma puce, c'est super chouette, l'encouragea Ellie avec douceur.

Émus, les cinq protecteurs entourèrent les fillette et les serrèrent fortement contre eux.

Cinq minutes plus tard, Dan s'approcha d'Ellie et lui chuchota d'un ton inquiet.

- Quand le reste de la bande nous rejoindra, croyez-vous que Sindy, Paul, Dana et Fox seront prêts pour la cérémonie initiatique?

La chamane inspira profondément avant de se prononcer.

- Seul l'univers le sait, Dan, l'informa-t-elle avec philosophie. Pour le reste, c'est une question de foi et de confiance. Et moi, sourit-elle, j'ai une foi totale en mon élève et ses alliés.

Le regard serein, Ellie lui adressa un clin d'œil joyeux, puis les deux voyageurs s'empressèrent de rejoindre les fillettes qui les réclamaient pour jouer avec elles.

Manoir de Georges Stanek

Lundi : 13h.03 P.M.

Assis devant son luxueux bureau, Georges perçut subitement la vibration des chants navajos. Il pâlit tandis que ses lèvres minces commençaient à trembler. Cette fréquence vibratoire chantée par la « gardienne » s'avérait une énergie puissante qu'il connaissait mal. Certain qu'elle échafaudait déjà ses boucliers sur le plan terrestre et astral, Georges essaya de la localiser mais échoua. Impatient, il grommela et poussa un soupir de dépit. Leur groupe prenait de la force et construisait son aire de défense. Furieux, le maître du manoir serra les poings.

« Enfant, elle lui avait échappé à deux reprises. La première fois, à l'âge de cinq ans et la seconde fois, de sept ans. À cette époque, le jeune Fox Mulder venait de fonder le club des Tigres. Pressentant un danger, l'adolescent et ses amis avaient intégré la fillette dans leur groupe pour leur protection mutuelle. »

Secouant la tête avec impatience, Georges s'obligea à sortir de ses mornes réflexions. Un sourire démoniaque assombrit son visage, ses yeux devinrent de braise et une bête hideuse apparut dans son regard.

« Tout groupe possédait son point faible, songea-t-il. Et celui-ci ne fait guère exception. Allez mes brebis! grommela-t-il ensuite en ricanant méchamment. Venez à moi. Je vous attends… et pour très bientôt... »

*** À SUIVRE ***

À votre avis, que mijote Georges Stanek? Avez-vous une petite idée?… Au plaisir de d'échanger avec vous chers lectrices et lecteurs.