Notes : Merci infiniment, Myriam, de m'accompagner de tes commentaires drôles et encourageants. Sans toi, ce récit ne serait pas publier sur ce site. Je remercie aussi les lectrices et lecteurs invisibles qui suivent fidèlement cette aventure. J'espère que ce nouveau chapitre saura vous plaire. France
Temple Celtique
Lundi : 13h.06 P.M.
Lié par l'amour qu'il lui vouait, Paul fut le premier à entendre son chant. D'abord, il le perçut par le chakra du cœur. Ensuite, son esprit capta sa douce musique. Exhalant un soupir de bien-être, il ferma les yeux et se laissa imprégner par la beauté de sa voix.
Son cœur battant très fort, Keven aperçut la silhouette de Sarah qui venait vers lui en souriant. Un peu plus loin, Dana apparut à son tour. Elle bailla et s'étira avant de constater que Mulder lui faisait signe. Lentement, elle se dirigea vers lui et le rejoignit.
Alors que Sindy chantait pour Cathy près de la source chaude, Sarah et Keven s'approchèrent l'un de l'autre et se regardèrent avec intensité. Plongeant ses yeux noisettes dans les yeux bleus de Keven, Sarah lut du désir dans son regard. Son cœur battit plus vite et sa respiration s'accéléra. Son époux s'avança vers elle, l'enlaça et la dévora de baisers brûlants. Elle répondit à sa fougue avec la même ardeur et se plaqua contre lui pendant qu'il la serrait fortement contre son torse.
- Je vais faire ma toilette, ma douce, murmura-t-il à son oreille et je te reviens en moins de deux.
Il caressa sa joue tendre, sa gorge chaude et effleura le doux renflement de ses seins. Tremblante, Sarah soupira.
- D'accord, mon amour, luichuchota-t-elle gravement. Mais dépêche-toi. Mon corps se meurt, là!
Ému, Keven déglutit avec difficulté et contempla amoureusement son épouse en lui offrant son plus large sourire.
- Tant pis pour la toilette, la taquina-t-il d'un ton enjoué. Cela peut attendre. Moi, j'ai envie de passer au dessert tout de suite. Allez! Suis-moi, ma déesse.
Riant à gorge déployée, Keven entraîna son épouse dans un coin intime. Puis, doucement, langoureusement, ils se laissèrent aller aux joies de l'amour. Leur passion les balaya comme une lame de fond et les deux amants s'y s'abandonnèrent, oubliant pour un temps la terreur qui les habitaient depuis le début de cette folle aventure. Corps liquide, déchaîné, sensible en son centre. Feu exquis, irrésistible. Des poussières d'étoiles, la folie, la vie!
En écho, la voix mélodieuse de Sindy chantait ce magnifique poème de la chanteuse québécoise, Marie-Claire Séguin :
La nuit est belle
La terre est grande.
On voit dans le ciel
La lune blanche.
La nuit est belle
Son silence
Est doux à l'oreille
De qui peut l'entendre.
Oh! J'ai marché longtemps
Si longtemps sur cette terre,
Cette même terre
Où tous les pèlerins
Depuis l'âge de pierre
Ont guidé mes pas
Dans ce désert.
Ce soir, unie à la nuit,
Ce soir, l'humanité
Est pour moi un pays.
La nuit est belle,
La terre est grande.
On voit dans le ciel
La lune blanche.
La nuit est belle
Sa présence me souffle à l'oreille
Ce qui nous rassemble.
Comme un ancien langage
Un passage entre l'infini
Et le plus petit,
Je sens, oui je sens,
La vie me traverse
Et je vois des ponts entre tous ces mondes
L'arbre à l'astre à ma vie,
Du rire aux gestes à la pluie,
Des ponts, des ponts à l'infini.
La nuit est belle,
La terre est grande.
On voit dans le ciel
La lune blanche.
La nuit appelle
Au cœur des songes,
Le mien en éveil
Reçoit l'offrande.
Mon cœur en éveil
Reçoit l'offrande.
Forêt Navajo
Lundi : 16 h.05 P.M.
Le club des Tigres avait quitté la caverne pour se revitaliser en eau potable et étudier le terrain avant la nuit. Un vent froid venu du nord fouettait leurs visages, les empêchant d'avancer rapidement dans la végétation dense et humide. Diffuse, la lumière du jour qui déclinait de plus en plus leur donnait l'impression qu'il était bien plus tard dans la soirée.
Bien emmitouflée dans des vêtements chauds, Cathy, fièrement assise sur le dos d'Éclair, dévorait le paysage de ses yeux avides.
Tenant son cheval par la bride, Sindy le faisait marcher au pas.
Main dans la main, Sarah et Keven surveillaient Cathy afin de s'assurer qu'elle restât bien en équilibre sur sa monture. Après toutes les épreuves que la fillette venait de traverser, ils ne voulaient pas qu'elle se blesse en tombant de cheval.
Une centaine de mètres plus loin, Mulder et Scully observaient l'orée des bois, à l'affût de la moindre menace. Comme Sindy, ils portaient leur arme sur eux, n'ayant pas envie que leur groupe serve de dîner à une espèce de créature affamée de chair humaine qui risquait de leur bondir dessus à tout moment.
Longeant la falaise qui surmontait un impressionnant canyon, Paul examinait ce panorama sauvage et magnifique en cherchant des yeux l'itinéraire le plus sûr pour atteindre le point d'eau. Il se souvenait que Sindy lui avait déjà raconté que cinq rivières issues d'un immense glacier se jetaient dans ce canyon. Et même les plus mordus de rafting n'auraient osé défier cette puissante force de la nature.
Remarquant que le territoire était très accidenté, Paul fit signe à Sindy de le rejoindre. D'un geste de la main, elle lui signifia qu'elle avait saisi et qu'elle le retrouverait dans quelques minutes. Mais auparavant, elle souhaitait s'entretenir avec Keven et Sarah car Éclair lui semblait étrangement nerveux.
- Puis-je vous confier Éclair et Cathy pour un moment? S'enquit la jeune fille en se tournant vers ses compagnons. Je crois que Paul a besoin de précisions sur la géographie du terrain.
- Pas de problème, acquiesça Keven en lui lançant un clin d'œil amical. Tu peux rejoindre Paul. Sarah et moi, on s'occupera d'eux avec plaisir.
- Merci , lâcha Sindy avec candeur. Cela me rassure.
Elle vérifia que l'arme qu'elle portait à sa ceinture était bien en ordre et prit congé de ses deux amis.
Cherchant Mulder et Scully du regard, Sindy plissa les paupières. Ne pouvant voir où ils se tenaient, elle sortit ses jumelles de son sac à dos. Enfin, elle localisa les deux agents et exhala un soupir de soulagement.
Mandatés pour tenir le rôle d'éclaireurs, Mulder et Scully avaient pris une certaine avance sur le groupe.
Inquiète, Sindy s'empara de sa radio et contacta les deux agents.
- Fox… Dana… Me recevez-vous? À vous…
Personne ne lui répondit sauf un silence angoissant interrompue par quelques parasites. Son cœur bondit dans sa poitrine lui donnant envie de hurler. Mais elle se retint en serrant les poings. Enfin, la voix claire de Dana lui rétorqua:
- Nous te recevons cinq sur cinq, Sindy. Qu'est-ce qui se passe?
- Dana! l'avertit la jeune fille. Vous êtes trop loin. Ne bougez plus. Nous vous rattraperons.
- D'accord, la môme, blagua Mulder qui venait de se joindre à Scully.
Une fois de plus, Sindy entendit des crépitements provenant de la radio et Dana reprit :
- OK, Sindy. Nous demeurerons sur place en attendant que vous nous rejoigniez.
- Parfait. conclut l'interlocutrice en rangeant sa radio d'un geste vif. À tout à l'heure.
D'un léger mouvement d'épaule, elle endossa son sac à dos et jeta un bref regard vers Keven et Sarah.
Celui-ci venait de saisir la bride d'Éclair tandis que Sarah marchait à sa hauteur tout en veillant sur Cathy.
Rassurée, Sindy se dirigea vers Paul qui la suivait des yeux lorsqu'un étrange pressentiment la poussa à s'accroupir près du sol. Avec précaution, elle déposa sa main comme si elle s'apprêtait à prendre le pouls de la terre. Les sourcils froncés, elle détourna sa jolie tête vers Keven et Sarah.
- Faites descendre Cathy de cheval, ordonna-t-elle d'un ton sans réplique. Il va se passer quelque chose, je le sens.
Mal à l'aise devant l'expression grave de la jeune fille, Keven et Sarah s'exécutèrent. Quelque chose était sur le point de se produire et cela n'augurait rien de bon.
L'esprit en alerte, Sindy entendit soudain un grondement assourdissant qui ressemblait à un énorme troupeau de bisons se déplaçant en vitesse dans les vastes plaines. Le sol se déroba sous ses pieds.
- Tremblement de terre! hurla-t-elle d'une voix pressante. Vite, couchez-vous!
La gorge nouée, elle remarqua que Paul se trouvait très près du précipice surplombant les cinq rivières. Affolée, la jeune femme s'élança vers lui, trébucha et se releva avec peine. Sous ses pieds, la terre trembla violemment. Puis, de longues fissures déchirèrent le sol qui se lamenta comme un animal à l'agonie. Luttant pour garder son équilibre, Sindy fonça au pas de course et sauta par dessus une crevasse qui se formait. En atterrissant de l'autre côté, elle tomba brutalement sur ses genoux qui se mirent à saigner. Ne se souciant guère de la douleur, elle se releva, prit son élan et bondit sur Paul. Entrelacés, ils tombèrent et roulèrent sur le sol rocailleux. Une autre secousse entrouvrit la terre, les aspirant dans le vide.
Une centaine de mètres plus loin, Mulder et Scully s'apprêtaient à faire demi-tour pour rejoindre leurs compagnons lorsque Dana perdit l'équilibre.
- Décidément, Mulder, haleta-t-elle en rejetant nerveusement sa chevelure rousse vers l'arrière, je crois que cette excursion m'a fatiguée. J'ai les genoux qui tremblent. Non!… Attends!… Ce ne sont pas mes genoux! poursuivit-elle surprise. C'est le sol!
Anxieux, Mulder remarqua que la terre ondulait sous ses pieds tandis que les arbres en lisière de la forêt se balançaient dangereusement. Ensuite, des vibrations parcoururent l'arrière de son crâne, suivit presque immédiatement d'un grondement sourd qui s'intensifia en crescendo. Le sol secoué d'un violent soubresaut déséquilibra les deux agents. De lourdes pierres dégringolèrent de la falaise et une rangée d'arbres située non loin d'un plateau rocheux tomba d'un coup, découvrant de profondes racines qui ressemblaient à des pieuvres couvertes de terre.
Une façade rocheuse à demi effondrée s'écroula et de grosses pierres roulèrent sur le flanc de la montagne, soulevant une poussière dense.
À l'orée de la forêt, le sol se fractura. Une fissure apparut et des gaz venus des profondeurs de la terre s'échappèrent en volutes épaisses.
Les lèvres desséchées par la poussière et la peur qui se transformait peu à peu en terreur, Mulder aida Scully à se relever et la retint par la taille.
- Fichons le camp d'ici avant que ces pierres nous tombent dessus, Dana! hurla-t-il.
Le sol agité de vagues et de soubresauts agressait les pauvres arbres qui se défendaient en grondant et gémissant.
Tentant difficilement de garder leur équilibre, Mulder et Scully pouvaient voir de grands séquoias ondulés comme des gratte-ciel un jour de tempête.
- Accroche-toi, ça va secouer! Grimaça Fox en saisissant Dana par les épaules.
Le tremblement de terre s'intensifia.
Instinctivement, Dana baissa la tête, plissa les yeux et se couvrit la bouche pour se protéger des débris et de l'air toxique qui se propageaient autour d'eux. Conscient du danger, Mulder plongea sur Scully et la plaqua au sol comme au football.
Autour d'eux, des arbres dansaient et s'abattaient sur le sol. Un grondement s'éleva et d'autres pierres se détachèrent des pentes abruptes et roulèrent pour chuter violemment dans la rivière bouillonnante.
Le visage contre terre, Scully pouvait voir des volutes de fumée nauséabondes s'élever non loin d'eux.
Toujours couché sur Scully, Mulder S'enquit d'une voix inquiète :
- Tu es blessée, Dana?
- Non, ça va. Merci, le rassura-t-elle essoufflée.
Se relevant à moitié, elle ressentit de nouvelles vibrations et le sol ondula sous ses pieds.
- Agrippe-toi à moi, Dana! lui cria Mulder en la tenant fermement contre lui.
Le sol fut de nouveau secoué comme par une main de géant. Puis la terre gémit, laissant échapper un cri d'agonie. Une longue fissure apparut. Et sous leurs yeux horrifiés, des fumerolles montèrent des entrailles de la terre, suivies de jets de vapeurs.
- Scully!… la pressa Mulder une seconde fois. Fichons le camp d'ici. Vite!
La soutenant toujours, Fox aida la jeune femme à se relever. Puis, les deux agents titubèrent lorsque le sol tressaillit sous leurs pieds. Une nouvelle rangée d'arbres s'abattit à l'orée de la forêt. Quelqu'un hurla de terreur. Peut-être s'agissait-il de Keven, Sarah ou Cathy mais Fox et Dana n'en étaient pas sûrs.
Écoutant son instinct, Mulder prit Scully par la main. Trébuchant et se relevant avec peine, ils coururent vers la rivière comme s'ils avaient le diable à leur trousse.
Quelques minutes plus tôt, Sarah et Keven avaient entendu l'avertissement de Sindy.
Sans réfléchir, les deux jeunes gens plongèrent sur le sol en se protégeant la tête de leurs mains et couvrirent Cathy de leur corps. Terrifiée, la fillette éclata en sanglots. Éclair rua et hennit de frayeur mais resta près du petit groupe.
À la grande surprise de Keven et Sarah, le cheval se coucha près d'eux, les protégeant de sa masse.
La terre ondula comme une mer en furie, puis un grondement assourdissant leur transperça les tympans. Un arbre se déracina et s'écroula. Des masses de pierres s'entrechoquèrent avec violence et le ciel se noircit de poussière, voilant la lumière diffuse du soleil. Un puissant vent se leva et souffla en rafales, empêchant Sarah, Keven et Cathy de se lever pour fuir les éléments déchaînés. Sous leurs yeux horrifiés, le sol se déchira à quelques mètres d'eux dans un craquement sonore.
Couchée sur le ventre, Cathy entrevit un liquide rouge et épais qui jaillissait des entrailles de la terre comme si elle saignait. Une silhouette noire et grotesque en sortit et disparut dans la forêt obscure. La petite fille trembla et serra les mains de ses protecteurs.
- J'ai peur, Sarah, souffla-t-elle.
- Je sais, ma puce. Nous avons tous peur, déglutit Sarah en étreignant l'enfant.
Sur le point d'atteindre son paroxysme, le tremblement de terre s'arrêta brusquement. Le grondement assourdissant se transforma en un bruit vague. Puis, un orage éclata, trempant le trio jusqu'aux os.
De leur côté, courant à grandes enjambées vers le canyon qui accueillait les cinq rivières, Mulder et Scully trébuchèrent et perdirent l'équilibre quand le sol retrouva sa stabilité. Sous la pluie battante, ils dévalèrent la pente sur plusieurs mètres, puis réussirent à freiner leur chute en s'agrippant à une souche d'arbre couverte d'herbes et de mousse.
Soufflant comme un phoque, Mulder tourna son visage ruisselant vers une Dana dégoulinante de pluie, d'herbes et de boue.
- Ça va, Scully. Tu es entière? s'enquit-il pour se rassurer.
- Oui, Mulder, grommela-t-elle d'une voix morne. Je vais bien, Et dire qu'il y a quelques heures, je me prélassais dans une source chaude. La vie est vraiment pleine de rebondissements en ce bas monde. Elle leva son regard bleuté vers son collègue. Et toi, ça va ? Rien de casser ?
Mulder se tâta avec précaution. À part quelques égratignures et éraflures, il s'en sortait à bon compte. Une certaine sensibilité à la cheville droite le gênait mais il savait que cela n'était pas grave. Une fois de plus, Scully et lui bénéficiaient d'une sacrée chance mais ils s'inquiétaient pour leurs amis.
- Ça va, Scully, opina-t-il en fixant des yeux la rivière bouillonnante qui débordait de son lit. Rassure-toi. J'ai tous mes morceaux. Il frissonna avant de poursuivre rapidement. Essayons de trouver les autres. D'accord?
La jeune femme hocha la tête. Un mauvais pressentiment l'envahissait. Une peur viscérale lui noua la gorge et des sueurs froides parcoururent son corps. Une fois de plus, le temps leur était compté.
Perchés sur une paroi rocheuse, Paul et Sindy savaient qu'ils étaient dans une position précaire puisqu'une partie de la falaise s'était écroulée. Plus bas, à une cinquantaine de mètres, une vision en plongée leur permettait de voir le point de rencontre des cinq rivières qui se jetaient dans le grand canyon. Angoissés, les deux jeunes gens respiraient rapidement.
- Tu vas bien, Paul? interrogea Sindy en s'efforçant de ne pas laisser transparaître son angoisse.
Des mèches de cheveux humides et cuivrées lui tombaient dans les yeux et cachaient la moitié de son visage.
Constatant sa jeunesse et vulnérabilité, Paul comprit que son rôle était aussi de la protéger s'il voulait que leur mission réussisse. Après tout, c'était elle la « gardienne » de Vickie. N'avait-elle pas été choisie pour cela?
Prudemment, il tendit sa main vers Sindy, sachant qu'aux moindres mouvements, la paroi rocheuse risquait de se détacher et de les entraîner dans la rivière glacée, les tuant presque à coup sûr.
- Disons que je me sentirais beaucoup mieux sur la terre ferme, ma chérie, soupira-t-il attristé.
La jeune fille se passa nerveusement la langue sur les lèvres. Le plateau rocheux sous ses pieds se balança dangereusement. Son rythme cardiaque s'accéléra, lui coupant le souffle. Elle savait qu'au moindre choc, le plateau où elle et Paul se tenaient basculerait dans le vide, avec eux, évidemment.
- Chéri? scanda-t-elle d'une voix étranglée par la peur et la fatigue, en admettant que nous sortions vivants de cette aventure, ça serait chouette de prendre de longues vacances. Qu'est-ce que tu en dis?
- J'en dis que nous les aurons bien mérité ces foutues vacances, approuva-t-il en s'efforçant de sourire.
Son sourire forcé se métamorphosa en grimace lorsqu'une nouvelle secousse le déséquilibra. Vive comme l'éclair, Sindy s'accrocha à une souche d'arbre coincée entre deux rochers et attrapa sa main au vol. Suspendu dans le vide, Paul s'aida d'un mouvement de bassin et se propulsa vers l'avant. Tâtonnant comme un aveugle, il chercha une dénivellation dans le roc pour s'y agripper. Les dents serrées, il respira plusieurs fois par la bouche. Les rochers trempés de pluie rendaient la paroi trop glissante pour qu'il puisse l'escalader jusqu'à la corniche où se tenait Sindy.
- Tiens bon, Paul! Agrippe-toi à ma main! Haleta-t-elle terrifiée à l'idée de perdre prise sur son compagnon.
Les joues en feu, elle banda ses muscles et le tira de toutes ses forces vers elle. Son pied gauche dérapa dans le vide mais elle se rattrapa juste à temps. Malheureusement, une douleur fulgurante traversa l'épaule qu'elle s'était démise quelques jours plus tôt, lui arrachant un gémissement de souffrance. Elle passa outre et hoqueta d'horreur lorsqu'elle comprit ce que son amoureux s'apprêtait à faire.
- Non, Paul! sanglota-t-elle folle de panique. Ne fais pas ça!
Sa voix brisée par l'émotion vacilla et s'éteignit comme une flamme privée d'oxygène. Plus que jamais déterminée à sauver son compagnon, Sindy lui agrippa solidement la main.
Paul se savait trop lourd pour Sindy. Le plateau rocheux où elle se tenait ne tiendrait plus longtemps. S'il continuait de s'accrocher à elle, tous deux seraient entraînés dans le vide et écrasés par la chute des pierres. Alors que s'il plongeait seul, peut-être que…
Rivés l'un à l'autre, leurs yeux se croisèrent avec force. Et au travers le rugissement des rivières, Paul lui cria :
- Je t'aime, ma chérie! Ne l'oublie jamais!
Puis, il lâcha sa main, ferma les yeux et se laissa tomber dans le vide, le noir, le froid…
Frappée de stupeur, Sindy répéta d'une voix étouffée de larmes :
- Non, Paul!... Je t'en prie!... Pas ça !
Si un cœur pouvait se briser, le sien s'émietta en mille morceaux à ce moment là.
- « DEUX AVENIRS!… DEUX VIES!… » insurgea une voix d'outre-tombe.
Les yeux brouillés de larmes, Sindy gémit et quitta son corps.
Enveloppée d'un voile de lumière, la grande dame qui s'avançait vers elle la dominait de toute sa hauteur. Elle leva la main et examina la jeune prêtresse avec autorité. Vêtue d'une robe de gloire inconnue des mortels, elle était magnifique et féroce comme toutes les déesses de cet univers étrange.
- Prêtresse d'Isis, ordonna-t-elle en la dévisageant d'un œil sévère. Lève-toi et écoute-moi!
Soumise, la jeune fille adopta l'attitude des prêtresses, les mains levées devant elle, puis courba l'échine pour démontrer respect et humilité. Tremblant de toute son âme devant cette Mère Éternelle, une triste vérité lui apparut soudain et elle comprit que son ignorance l'avait amenée à gravement pécher.
- Prêtresse! tonna la déesse imperturbable. Je te le dis. On peut pécher en pensée aussi bien qu'en acte. L'autre soir, tu as accepté de donner à Kâlem ce que tu m'avais promis, soit l'exclusivité de ton cœur. Je ne puis permettre que tu te moques ainsi de moi!
Devant un juge humain, la jeune prêtresse, Tia-Atet-Râ, aurait pu se défendre car elle croyait encore au fond d'elle-même pouvoir se justifier. Son amour pour Kâlem de même que pour sa déesse était profond et sincère. Mais hélas, face à la Grande Mère, aucune justification n'était possible.
- Tu as profané mon amulette en la touchant de tes mains dans l'espoir d'une réponse ne t'appartenant pas, continua la Grande Mère, et cela sans mon autorisation.
« - Sur ma vie, Grande Mère, je n'ai jamais eu une telle intention! » voulut crier Tia-Atet-Râ. Résignée, elle courba l'échine face à son terrifiant courroux. Sa position de prêtresse lui interdisait un comportement si déshonorant.
La Grande Mère qui connaissait les affres de son cœur tempéra quelque peu sa colère.
- Je vais quand même te donner une chance de te racheter, l'encouragea-t-elle légèrement radoucie, car c'est CELUI qui t'a conduit à cette folie qui a commis la plus grande faute. Malgré ton péché, Tia-Atet-Râ, il y a de la pureté et de la bonté dans ton cœur. Le dieu de la justice ne pèse pas de la même façon les péchés des êtres chaleureux de ceux des êtres sans pitié… Moi non plus!... Il y a un défaut dans la conception des mortels dont nous devons tenir compte ici; le libre arbitre que nous leur avons donné lors de la création. Ce fut notre seule erreur.
D'un geste théâtral, la Grande Mère leva la main. Obéissant à sa volonté, les cieux se déchirèrent comme si quelqu'un avait tiré un voile, emportant avec lui les étoiles, les planètes, les galaxies et tout ce qu'il y avait au delà…
- Deux avenirs! objecta la déesse, renvoyant ces mots prononcés dans les couloirs du temps.
La jeune voyante comprit alors pourquoi elle avait choisi de ne pas rejoindre son bien-aimé cette nuit là. Nul ne pouvait défier les dieux.
Dans le premier avenir, elle sut qu'en acceptant de rejoindre Kâlem et de se donner à lui comme il le lui avait demandé, il échouerait l'épreuve de l'Abîme et mourrait. Un cupide pharaon prendrait sa place et mènerait l'empire à sa perte, semant violence, famine et désolation…
Dans le deuxième avenir, sa vision lui montra le déroulement de la vie de son bien-aimé. Il réussissait l'épreuve de l'Abîme et devenait le nouveau pharaon. Au cours d'un règne long et fructueux, il connaissait le bonheur de voir naître cinq enfants, fils et filles, qu'il aimait profondément. À ses côtés, une reine bonne et aimante mettait de l'ordre dans sa maison et de la joie dans son âme.
Le cœur de la jeune prêtresse étouffa d'angoisse quand elle vit une autre prendre la place qu'elle avait tant rêver d'occuper. Puis, ses visions s'estompèrent dans un dernier miroitement. La prêtresse, Tia-Atet-Râ, se retrouva face à l'abîme de l'éternité tandis que la déesse constellait de nouveau le firmament devant ses yeux aveuglés de larmes.
- Maintenant, choisis! ordonna la Grande Mère, imperturbable.
La mort dans l'âme, Tia-Atet-Râ se résigna à choisir.
« Ô Kâlem, éternel bien-aimé! murmura-t-elle, ses yeux pairs ruisselant de larmes. Est-ce que tu m'as attendue cette nuit là? As-tu crié de désespoir? M'as-tu crue volage ou cruelle? Mon doux ami, les mortels ne peuvent se rire des dieux. Nous étions destinés à servir ou à souffrir. Et ce sont eux qui ont décidé. Du fond de ma peine, j'ai pensé parfois ( qu'Isis me pardonne si je me trompe ), que les dieux sont beaucoup moins juste que les hommes. »
Toujours agrippée à la paroi rocheuse de la falaise, Sindy réintégra son corps. Les paroles de la jeune prêtresse résonnaient encore dans son âme. Limpides comme la vérité, elle se rappelait chaque mot. Et soudain, elle sut ce qu'elle devait faire. Invoquant la protection du génie des airs et celui de la mer, elle détacha sa main de la souche d'arbre qui lui servait d'appui, se pencha et s'apprêta à sauter dans le vide.
- Non! Ne fais pas ça, Cynthia! s'écria désespérément Ellie.
Elle plongea ses yeux violets dans ceux de monsieur Wong et des membres du conseil afin qu'ils unissent leurs forces à la sienne pour la propulser dans le cœur de son élève et de ses compagnons d'infortune.
À ce moment précis, près du point de jonction des cinq rivières, Mulder et Scully accélèrent le pas et descendirent avec précaution la pente abrupte conduisant vers la berge. Une mystérieuse voix les incitait à se diriger non loin des chutes mortelles.
- Grouille-toi, Mulder! intima Scully essoufflée. Il va se passer quelque chose et nous devons être là.
En dépit de sa douleur à la cheville, Fox précipita le pas mais grimaça. Dana s'en aperçut, lui prit la main pour le soutenir et les deux agents coururent vers l'immense bassin qui accueillait les cinq rivières. Une tension étrange, presque électrique régnait dans l'air. Le cœur battant, Scully et Mulder frissonnèrent mais continuèrent d'avancer. Prêts à réagir à la moindre alerte, ils tendirent l'oreille.
Lorsque la terre cessa enfin de trembler, Sarah, Keven et Cathy se relevèrent avec difficulté et secouèrent leurs vêtements couvert de poussière.
Nerveux, Éclair piaffa impatiemment et donna un coup de museau à Keven et Sarah comme s'il désirait leur communiquer quelque chose.
Keven le caressa doucement sur les flancs, puis planta son regard vers son épouse et la fillette blottie contre elle.
- Sarah?… Cathy?… s'enquit-il d'une voix anxieuse. Ça va? Vous n'êtes pas blessées?
- Ça va, chéri, haleta Sarah en secouant la tête. Rassure-toi. Nous avons eu plus de peur que de mal mais je m'inquiète pour les autres. Elle hésita, puis observa longuement son amoureux. Et toi, tu n'as pas de mal?
- Je vais bien, ma douce, l'informa gentiment Keven en glissant son index le long de sa joue noircies de poussière.
Les deux jeunes gens se dévisagèrent encore quelques secondes, puis Keven examina Éclair, le tâtant avec douceur. À part sa nervosité et quelques égratignures sur sa croupe, le brave étalon se portait à merveille. Tournant sur lui-même, il piaffa avec impatience, donna un coup de tête sur le coude de Keven et mordilla la manche de son blouson en jeans.
- Je crois qu'il veut qu'on le suive, oncle Keven, intervint timidement Cathy.
Une lueur de panique traversa subitement le regard de Sarah.
- Cathy a raison, Keven, trancha-t-elle vivement. Aide-nous à monter Éclair. Je suis certaine qu'il nous conduira à Sindy.
- D'accord, accepta Keven sans poser de question. Allons-y! Nous n'avons plus de temps à perdre.
Le jeune homme souleva Cathy et la déposa doucement sur le dos du cheval. Ensuite, il assista Sarah, puis grimpa à son tour. Dès qu'Éclair sentit leur poids sur son dos, il partit rapidement au galop. Son instinct lui criait que sa jeune maîtresse avait besoin de lui.
À SUIVRE…
Maintenant, qu'est-ce qui attend nos héros? S'en sortiront-ils? La parole est à vous, chers ami(e)s… Au plaisir de vous lire.
