N.B. Merci, chère cousine Mimi de mon coeur, pour ton précédent commentaire sur le chapitre : « Sarah ». J'ai adoré ton bel humour. Et pour Sarah… Hum… Demande à dame cigogne ce qu'elle en pense… Et maintenant, pour en revenir à nos moutons, merci aussi de me suivre fidèlement dans mes délires paranoïaques X Filien, de m'encourager et de me motiver comme tu le fais sans relâche. Je t'aime, belle cousine adorée. Je remercie aussi mes deux petits nouveaux, Misaki 17 et Moris Risu. Vous me redonnez la motivation de poursuivre cette fanfiction X Files. Et pour les lectrices de la série « Mentaliste », « Le défi de Lisbon ». Ne désespérez pas, vous devriez avoir une suite bientôt! France

Manoir de Georges Stanek

Mardi : 13h.19 P.M.

Peu à peu, Dana Scully revint à elle.

Sa tête lui faisait mal et son bras blessé refusait de se mouvoir. Grelottant de tous ses membres, elle se redressa péniblement. La tête lui tourna et elle eut un haut le cœur. Elle se retint de vomir et regarda autour d'elle. Tout d'abord, elle devait analyser la situation et savoir où elle était. Péniblement, Dana bougea son bras blessé et gémit de douleur en serrant les dents. Des gouttes de sueurs perlèrent sur son visage. Ce fumier de Crowford l'avait salement amochée. Mais selon toute apparence, son bras n'était pas fracturé puisqu'elle parvenait à le bouger légèrement. Elle inspira profondément et examina son environnement en s'efforçant de garder son sang froid. Mais cela lui était difficile. Il se dégageait de cette prison sombre et humide une odeur de pourriture et de cruauté sauvage. Prisonnière de cet horrible cachot, Scully avait l'impression d'être séquestrée en enfer.

« Ah! Si Mulder et Sindy étaient près d'elle!songea la jeune femme. Ils sauraient s'entraider. Malheureusement, les forces maléfiques avaient réussi à les séparer pour les affaiblir et leur faire subir dieu sait quoi. »

Des bruits de pas résonnant en écho sur un sol rocailleux la tira brusquement de ses réflexions morbides. Les pas approchaient rapidement et se dirigeaient vers elle.

Terrifiée, Dana replia ses jambes contre sa poitrine. Son cœur battait si fort qu'il lui martelait les tympans. Sa gorge se serra douloureusement et le rythme de sa respiration s'accéléra. Les poils de sa nuque et de ses bras se redressèrent tandis qu'une vague de chaleur et de froid la secouait toute entière. C'est alors qu'elle le ressentit brusquement au plus profond de ses cellules.

Il était là. Il revenait la chercher : LE FÉTICHISTE!

Manoir de Georges Stanek

Mardi : 13h.22 P.M.

Secoué d'un accès de rage contre Diana et sa bande d'adeptes, Mulder éclata :

- Je vous ai suivi dans votre stupide manoir. Maintenant, je veux savoir où est Scully. Dites-le moi! ordonna-t-il en jetant un regard furibond vers ses geôliers.

Ces salopards l'avait piégé. Personne ne le conduirait à Scully tant que cette bande de tarés n'aurait pas l'autorisation de leur grand patron. Pour la seconde fois de sa vie, Mulder se retrouvait prisonnier de ces monstres.

Le jour où il avait participé au sauvetage de Vickie, Mulder avait eu la chance de s'évader avec ses amis.

« Mais aujourd'hui, réussirait-il à sortir vivant de ce piège? Et qu'advenait-il de Scully, prisonnière de ces sadiques à l'esprit tordu? »

Mulder soupira bruyamment sans se soucier des bousculades de Diana et de ses adeptes qui l'entraînaient dans une crypte noire et humide.

Forêt Navajo

Mardi : 13h.26 P.M.

Une violente douleur à la tête et à l'abdomen la ralentit dans sa course. Le cœur battant, elle se recroquevilla en hoquetant. Un goût de sang lui monta à la gorge. Des larmes coulèrent sur ses joues mais Sindy n'y prêta aucune attention.

Le visage terrifié de Dana lui apparut subitement et la jeune voyante comprit que son amie courait un grave danger.

Un hoquet d'effroi s'échappa de ses lèvres.

« Une longue seringue jetant des éclairs argentés s'enfonça dans le bras de Scully et l'aiguille piqua sa veine. À l'intérieur d'un tube transparent, un liquide rouge circula et plusieurs fioles rangées côte à côte se remplirent.

Le fétichiste, Donnie Foster, tendit la main du côté opposé à Scully et souleva lentement une paire de ciseau.

Sindy distingua nettement l'expression d'horreur sur le visage de son amie qui tenta de hurler. La jeune femme entendit faiblement son cri étouffé sous le bâillon collé sur sa bouche. Un sourire de satisfaction se dessina sur le visage du fétichiste lorsqu'il coupa une mèche des cheveux roux de Scully. La jeune femme se débattit mais son corps refusa de bouger.»

Mais subitement, sans crier gare, Scully se libéra de son enveloppe terrestre et se retrouva dans une forêt près de Sindy. Perdue et abasourdie, elle jeta un regard circulaire autour d'elle.

- Mais qu'est-ce qui s'est passé? s'écria l'agente, effrayée. Où sommes-nous, Sindy?

- C'est moi qui t'ai demandé de venir, Dana, expliqua doucement Sindy en plongeant son regard dans celui de son amie. Désormais, nous sommes liées l'une à l'autre. J'ignore combien de temps nous resterons dans cette forêt car ils me cherchent aussi. Mais en ce moment, nous sommes protégées. Donnie Foster ne peut t'atteindre… Tu as sans doute deviné qu'il est l'un des leurs, n'est-ce pas?

Scully hocha la tête et laissa échapper un soupir tremblant de ses lèvres.

- Je croyais en avoir fini avec cette histoire de fétichiste, s'étrangla-t-elle au bord des larmes.

Émue par la détresse de son amie, Sindy lui pressa doucement le bras.

- Nous sommes pratiquement dans l'antre du diable, Dana. Ces salopards essaient de nous affaiblir en confrontant notre esprit à nos angoisses cachées car ce sont celles-là qui nous rendent vulnérables.

- Mais que pouvons-nous faire? s'enquit Dana qui tremblait comme une feuille.

Aussi désemparée que son amie, Sindy se passa nerveusement la langue sur les lèvres.

« - Approche, petite! Montre-toi à l'oncle Dave et tu oublieras tout ce que tu as vu… »

« - Non! Jamais! » avait songé la fillette en serrant ses petits poings. « Vous ne m'aurez pas! Même si j'ignore ce que c'est, vous ne me ferez pas subir le sort de mon amie! »

- Sindy?… s'inquiéta Dana en dévisageant sa camarade. Elle venait de remarquer l'expression terrifiée sur son visage. Qu'est-ce qu'il y a? Tu es toute pâle! Est-ce que tu te sens bien?

- Ça… Ça va… bégaya Sindy. Un fragment de souvenir… Je ne sais plus s'il est réel ou non. Elle avala sa salive avec difficulté. Mais… ça me fout une trouille bleue.

Désireuse de rassurer son amie, Dana ouvrit la bouche mais quelque chose l'en empêcha. Elle leva les yeux au ciel et tendit l'oreille, non pas son oreille physique mais un autre sens qu'elle ignorait posséder.

Au delà de la forêt, l'écho d'un sifflement lointain l'intrigua… Un grondement sourd… Puis…

« J'entends le souffle d'une force inconnue, songea Scully qui ne s'expliquait pas cette pensée subite. Une chose étrange va bientôt se produire… Et lorsque cela arrivera, j'attraperai le mot qui me permettra de comprendre le sens de… »

Une exaltation euphorique, terrifiante, monta en elle comme un remous puissant. De violents spasmes secoua son corps. Prise d'intenses frissons, elle trembla de tout son être. Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait.

- Vois-tu le mot qui nous permettra de comprendre, Cinnie? s'informa Dana en essayant de maîtriser les battements effrénés de son cœur.

- Oui, souffla Sindy, son regard saphir semblant ailleurs comme si elle volait d'étoiles en étoiles. Je le vois. Et toi?

- Oui… Je crois…

Oubliant leur terreur, les deux jeunes femmes échangèrent un sourire complice et lâchèrent prise afin de déchiffrer le mystérieux message qui s'imprégnait peu à peu dans leur esprit.. La tête renversée en arrière, elles contemplèrent le firmament et dérivèrent vers le ciel… Non. S'élevèrent. Puis, elles perçurent des voix qui semblaient venir de partout et nulle part… comme…

« Nous flottons tous, là… en bas… Nous volons dans le néant, le vide… Une plume poussée par la brise, des croassements lointains et… Uranus? Saturne? Ou… »

- Dana? S'enquit soudain Sindy les sortant toutes deux de leur étrange rêverie. Parviens-tu à déchiffrer le message?

Elle serra la main de son amie, distinguant à peine dans le brouillard les traits de son visage et sa silhouette floue.

- Oui, je croischuchota Dana en retenant un soupir tremblant. Et j'ai l'impression que le mot ou le message prend forme peu à peu.

- Alors, puisque qu'il en est ainsi, souffla Sindy, je pense que nous pouvons y aller. Tu te sens prête?

- Tout à fait, affirma Scully, d'un ton qu'elle voulait assuré. Mais prenons-nous par la main, Sindy… Est-ce que tu peux attraper ma main?

- Oui. Mais ne t'inquiète pas. Nous sommes liées l'une à l'autre... Pour un temps du moins.

Sindy tendit sa main vers Dana et sentit les doigts de la jeune femme se refermer sur son poignet. C'était un bon contact pour toutes les deux. Leurs forces se combinaient en une seule. C'était rassurant de trouver la consolation dans cet échange humain et chaleureux.

Les deux amies penchèrent leurs têtes vers l'arrière, le regard rivé vers le ciel qui s'étendait à perte de vue. Puis, elles s'élevèrent et planèrent à une vitesse vertigineuse, à des kilomètres de hauteur. Un ciel vénusien, couvert de nuages roses et mauves, se confondait avec l'immensité de l'infini.

Ça y était!

Aussi légères que les plumes argentées d'une blanche colombe, les deux jeunes femmes flottèrent dans le vide infini de l'espace.

Tournant lentement la tête vers Scully, Sindy l'encouragea à serrer son poignet plus fort.

- Si tu es prête pour le grand saut, Dana… Alors, allons-y!

Les deux jeunes femmes s'élevèrent rapidement et s'enfoncèrent dans un brouillard inconnu qui les aspira dans un étrange vortex de lumière glauque. Puis, le temps d'un souffle, elles se retrouvèrent au milieu d'une immense forêt tropicale.

Le crépuscule tombait. Le feuillage des arbres qui les entouraient était luxuriant, profond et sauvagement parfumé. Il y poussait des plantes qu'elles n'avaient jamais vues. Réalisant que ce qu'elles avaient pris pour des arbres étaient en fait des fougères géantes, elles se dévisagèrent, les yeux écarquillés de surprise.

- Tu entends ce que j'entends, Dana? s'écria Sindy pour couvrir le chant strident des oiseaux et le grondement puissant d'une rivière.

- Ouii! lâcha Scully sur le même ton. On dirait le rugissement du Colorado s'ouvrant un chemin dans le Grand Canyon.

Leurs visages luisants de fines gouttelettes de transpiration, les deux amies réalisèrent qu'il se dégageait de ce monde inconnu une chaleur torride et inhabituelle. Certes, il pouvait faire chaud en Californie pendant l'été; mais jamais elles n'avaient ressenti une telle impression de chaleur et d'humidité.

Des lambeaux d'une brume épaisse et fumeuse stagnaient dans les dépressions du relief et s'enroulaient autour de leurs jambes. Bizarrement, cette brume avait l'odeur âcre du bois vert qui brûle.

Sindy et Dana se dirigèrent en silence vers le grondement de l'eau, s'ouvrant un chemin dans l'étrange végétation. Des lianes comme des cordes pendaient entre certains arbres semblables à des hamacs de toile d'araignée. Les deux jeunes femmes sursautèrent lorsqu'elles perçurent un bruit sec de branches écrasées dans les buissons évoquant un animal plus gros qu'un daim.

Elles s'arrêtèrent, le temps de regarder autour d'elles et de faire un tour d'horizon. L'écho feutré de battements d'ailes au-dessus de leur tête les intrigua. Effrayées, Sindy et Dana se tapirent au passage d'une escadrille de chauves-souris.

Jamais Dana n'en avait vu d'aussi gigantesques. Encore plus terrifiée que la nuit où elle avait vu son père transformé en vampire, la jeune femme retint un hoquet de terreur.

La tranquillité et la totale étrangeté de ce paysage équatorial s'avéraient terrifiantes mais son étrange familiarité avait quelque chose de pire encore.

« - Pas besoin de paniquer, Dana, se gronda-t-elle en silence. Ce n'est qu'un rêve, une vision ou quelque chose comme ça. En réalité, Sindy et moi, sommes toujours dans la forêt à escalader cette foutue montagne qui nous conduira vers Ellie et son peuple de même que vers les petites et les autres membres du club des Tigres. Puis bientôt, Mulder et Paul seront pris d'une telle frousse qu'ils vont nous tirer de là en nous réveillant brusquement. »

« - Pourquoi refuses-tu de croire, Dana? » chuchota la voix de Sindy dans son esprit.

« - Parce que je suis morte de trouille, voilà pourquoi », songea Scully en guise de réponse.

N'empêche! Observa la rouquine en son for intérieur: l'une des chauves-souris avait une aile en lambeaux au point qu'elle voyait des rayons de soleil briller à travers. Et quand elle et Sindy passèrent en dessous d'une fougères géantes, elles aperçurent une chenille jaune bien grasse qui arpentait une large feuille verte, laissant son ombre derrière elle. Des bestioles minuscules grouillaient sur le corps de la chenille. Si cela n'était qu'un rêve, pensa Scully, jamais elle n'en avait fait d'aussi clair.

- Ne lâche surtout pas ma main, Dana! cria brusquement Sindy. Viens! Suis-moi!

Les deux femmes continuèrent courageusement d'avancer en direction du rugissement de l'eau. Le tapis de brume qui recouvrait le terrain jusqu'à la hauteur de leurs genoux était si dense qu'elles ignoraient si leurs pieds touchaient ou non le sol.

Scully n'en croyait pas ses yeux. Cette expérience absolument délirante lui donnait le vertige.

Le torrent de la rivière dévalait en bouillonnant une passe étroite ouverte dans un immense rocher friable. Sur l'autre rive, elle et Sindy, les yeux agrandis de stupéfaction, contemplaient les strates de pierres érodées qui marquaient l'enfoncement du lit, rouge, orange, rouge encore.

- Pas question de traverser ce tumulte sur ces rochers! hurla Sindy pour se faire entendre au travers le rugissement de la rivière. Ça serait du pur suicide!

- Tu as raison! répliqua Scully en jetant un regard circulaire autour d'elle. Pour traverser cela, il nous faudrait un pont suspendu. Et si nous tombons, nous serons entraînées par le courant ou écrabouillées. Les éléments sont trop puissants!

Le grondement de l'eau dénotait une rage folle et amère. Tandis que Sindy et Dana qui se soutenaient mutuellement contemplaient bouche bée ce spectacle à la fois grandiose et terrifiant, un poisson rose argenté bondit, faisant un saut d'une hauteur incroyable pour engloutir les insectes qui tourbillonnaient en nuage au-dessus de l'eau. Jamais les deux jeunes femmes n'avaient vu de poissons semblables de leur vie, même pas dans un livre ou dans des encyclopédies virtuelles.

Brusquement, des oiseaux pullullèrent dans le ciel en poussant des cris rauques, non pas par douzaines mais par myriades, au point qu'à un moment, leur nuage noir cacha le soleil. Ensuite, quelque chose d'autre se produisit. Un bruit d'écrasement dans les buissons, un bruit qui se prolongea sur plusieurs minutes.

Le cœur battant à tout rompre, Sindy et Dana tentèrent vivement un demi-tour et observèrent un animal ressemblant à une antilope courir comme l'éclair vers le sud-est. Les yeux toujours agrandis, Sindy plongea son regard dans celui de Scully et cria à son oreille :

- Nous devons rester lier l'une à l'autre, Dana. Quoi qu'il arrive, ne lâche surtout pas ma main. Je sens qu'il va se produire quelque chose. Les animaux le pressentent.

Scully démontra d'un signe de tête qu'elle avait compris. De toute façon, elle n'avait aucune intention de lâcher le poignet de Sindy et elle ressentait qu'il en était de même pour son amie. Oh, non! Pas question.

Des oiseaux passèrent au-dessus de leur tête pour se poser en masse plus loin au sud. D'autres bêtes bondirent bruyamment près d'elles. Puis, un silence troublé uniquement par le grondement régulier de la rivière leur parut lourd de menace.

Mal à l'aise, Dana n'aimait pas cette ambiance du tout. Sindy non plus d'ailleurs, constata la jeune femme en observant le visage fermé de son amie.

Ses cheveux se hérissèrent soudain sur sa nuque. La peur lui vrillant le ventre, Scully chercha de nouveau la main de Sindy, la pressant plus fort. Sa camarade l'imita avec verve.

- Quel est cet endroit, Sindy? cria Scully. Elle s'interrompit quelques secondes pour réfléchir et murmura : Au fait… As-tu trouvé le mot?

- Seigneur, oui! jubila Sindy, ses yeux aux nuances de saphir brillant d'excitation. Je viens enfin de le trouver ce foutu mot! Nous sommes « autrefois », Dana... Autrefois!

Dana acquiesça. Elle venait elle aussi d'attraper le mot et d'en comprendre le sens.

« Oui, autrefois comme dans : il était une fois, il y a très longtemps, quand tous les humains vivaient dans la forêt et que personne n'habitait ailleurs. »

Dana sut alors, sans l'ombre d'un doute, qu'elle et Sindy se trouvaient dans une forêt vieille de millions d'années; dans quelque inimaginable passé, bien avant l'époque glaciaire quand l'Amérique du Nord connaissait un climat aussi tropical que l'Amazonie d'aujourd'hui… si aujourd'hui existait toujours.

Une fois de plus, Dana et Sindy étudièrent anxieusement leur environnement, s'attendant à voir un brontosaure redresser son cou immense contre le ciel et baisser son regard de reptile dans leur direction, la gueule pleine de boue et de plantes déracinées. À moins qu'un tigre à dents de sabre bondissent sur elles, pauvres proies faciles, pour les dévorer en guise de petit déjeuner.

- Nous sommes « autrefois », Dana, répéta Sindy d'une voix tremblante. Il y a dix millions d'années ou peut-être plus. Mais nous y sommes bien et quelque chose va se produire. J'ignore de quoi il s'agit mais ce quelque chose s'approche de nous, Dana!… J'ai la trouille! Je veux que ça finisse! Je veux que nous revenions d'où nous sommes parties! Oh! Paul!… Mulder!… Je vous en prie, tirez-nous de là! C'est comme si nous étions tombées dans une image. Je vous en supplie, aidez-nous! »

Tremblant de tous ses membres, Sindy sentit la main de Dana se raidir contre la sienne. Puis, le silence lourd qui régnait dans la forêt se rompit. Une vibration grave et régulière triturait la peau tendue de leurs tympans et croissait lentement. Sans âge, cette vibration dépouillée de toute tonalité était simplement là.

« Au commencement était le verbe.Au commencement le mot, le monde… le…? »

Un son sans âme

Se serrant la main plus fort, Dana et Sindy tâtonnèrent de leur autre main l'arbre sur lequel elles s'agrippaient désespérément. Une expression de pure terreur se peignit sur leur visage lorsqu'elles déposèrent leurs paumes sur l'arrondi de l'écorce et ressentirent une vibration brûlante à l'intérieur du tronc. Bouches bées, elles réalisèrent que cette vibration atteignait la plante de leurs pieds sous la forme d'un picotement régulier qui montait le long de leurs chevilles, de leurs mollets, de leurs genoux et transformait leurs tendons en diapasons excités. Sindy et Dana ne faisaient plus qu'une avec cette étrange vibration qui augmentait, augmentait. Elle venait du ciel, de la terre, de partout.

Hypnotisées, fascinées, les deux femmes levèrent la tête.

Le soleil ressemblait à une pièce fondue, un cercle de feu dans les brumes basses entouré d'un halo d'humidité. En dessous, la luxuriante et verdoyante forêt gardait un silence absolu.

Sindy et Dana comprirent alors ce que signifiait leur vision. Dans cet « Autrefois », toutes deux allaient bientôt assister à l'arrivée de « l'enfer » sur terre.

La vibration se dota soudain d'une voix, d'un grondement sourd qui monta en crescendo jusqu'à devenir insupportable.

Dana et Sindy se bouchèrent les oreilles, criant sans entendre leur cri. Un mince filet de sang coula de leurs narines mais les jeunes femmes n'y prêtèrent aucune attention.

À l'ouest, les nuages n'étaient plus qu'un rougeoiement d'incendies, un ruisseau de flammes qui devint rivière, puis se métamorphosa en un fleuve pourpre. Un objet de feu rompit dans sa chute la couche des nuages enflammés et un vent s'éleva. Un vent brûlant, desséchant, âcre de fumée et suffocant. La forme gigantesque s'étendit dans le ciel et dessina une tête de chalumeau trop éclatante pour être regardée. Des arcs électriques en jaillissaient comme des coups de fouet au sillage de tonnerre.

« - Un vaisseau spatial! haleta Sindy qui tomba à genoux en se cachant les yeux. Oh, mon Dieu! C'est un vaisseau spatial! »

Cependant, Sindy croyait qu'il ne s'agissait peut-être pas d'un vaisseau spatial même s'il se déplaçait à travers l'espace. Et quelle que fût cette chose tombée du ciel, elle était venue d'un lieu bien plus loin qu'une autre étoile ou une autre galaxie. L'appellation « vaisseau spatial » était ce qui avait surgi de son esprit parce qu'elle n'avait pas d'autre moyen de catégoriser ce que ses yeux voyaient.

Une dizaine de minutes plus tard, Dana et Sindy sursautèrent. Une violente explosion suivit d'un rugissement prolongé et d'une secousse sismique les jetèrent sur le sol brûlant.

À tâtons, Sindy chercha la main de Dana.

Une deuxième explosion retentit, sourde, fracassante.

Les yeux écarquillés par la terreur, Sindy et Dana se blottirent l'une contre l'autre. Au-dessus de leur tête, une boule flamboyante surmontée d'une colonne de fumée se perdit dans le ciel.

Submergées par l'horreur, les deux jeunes femmes s'appuyèrent l'une sur l'autre pour se remettre debout. Le souffle court, elles s'enfuirent le long de la rivière sans se soucier à quel point elles frôlait le bord escarpé du ravin.

Scully trébucha, perdit l'équilibre, glissa sur la terre agitée de tremblements et se pela le tibia; Sindy tomba à son tour et déchira son pantalon.

Avec le vent, leur parvenait l'odeur de la forêt qui brûlait. La fumée allait en s'épaississant. Se relevant péniblement, Sindy et Dana échangèrent un regard affolé et coururent à toutes jambes. Elles prenaient conscience qu'elles n'étaient pas les seules à s'enfuir. Des bêtes couraient aussi, fuyant la fumée, le feu et la mort dans le feu. Elles fuyaient une force maléfique apparentées aux premières portes de l'enfer. Qu'importe! Le nouvel arrivant dans le monde terrestre puait le mal!

Suffocant sous la fumée âcre, Dana toussa. Sindy en fit autant. Plus dense que jamais, la fumée oblitérait les verts, les gris et les rouges du jour. Pour la énième fois, Sindy trébucha et tomba. Terrifiée, Dana sentit qu'elle perdait la main de son amie. Fébrile, elle la chercha désespérément mais ne la trouva pas.

- Sindy! paniqua-t-elle, secouée par une violente quinte de toux. Sindy! Où es-tu? SINDY! SINDY! Mais aucune trace de Sindy. Disparue! Elle n'était nulle part. Seul, l'écho lointain et désespérée d'une voix lui répondit :

- DANA! DANA! Ne LUI MONTRE PAS QUE TU L'AS RECONN…

Puis, plus rien. Quelque chose d'innommable avait brusquement coupé la communication entre elles. Horrifiées, les deux jeunes femme réalisèrent que les forces sataniques avaient réussi à rompre leur lien, les obligeant à réintégrer leurs corps.

Dana eut à peine le temps de revenir qu'une main de fer se plaqua sur son visage. Une odeur d'éther lui serra brutalement la gorge. Étourdie, sa vue se brouilla et ses membres s'engourdirent. Elle résista mais en vain. L'effet de la drogue était trop puissant et la jeune femme perdit conscience. Aussi facilement qu'une poupée de chiffon, des bras solides la soulevèrent. Le regard froid et autoritaire, Jack Crowford qui venait de descendre dans la cave signifia à Donnie Foster de s'écarter de son chemin.

Foster pencha hypocritement la tête vers le sol.

Un cafard aussi gros que le poing d'un homme se sauva à la vitesse de l'éclair quand le vaisseau lumineux de la lampe de Jack balaya le plancher humide et poussiéreux.

- Occupe-toi de la section des prisonnières, Donnie. Tu connais la procédure à suivre avant la cérémonie, n'est-ce pas? Rien ne doit être fait au hasard.

Un sourire de carnassier écarta les lèvres de Crowford tandis qu'il contemplait d'un regard glacial le visage endormi de Scully.

- Oui, monsieur, rétorqua humblement Donnie Foster. Comptez sur moi, monsieur. Il jeta un œil sur Scully avant d'oser demander à son supérieur. Mais que ferez-vous d'elle, monsieur?

Le sourire prédateur de Jack s'élargit.

- Je vais la conduire à son petit « trou-du-cul » de Fox Mulder. Je veux que chacun ressente la souffrance de l'autre. Je veux aussi que la « gardienne» et son imbécile de fiancé participent à la fête afin que tout soit au point pour la cérémonie des sacrifices. Enfin, JE VEUX LEURS ENFANTS ainsi que l'enveloppe terrestre de la petite messagère parce que telle est la volonté de notre maître! conclut-il en éclatant d'un rire diabolique.

Sans cesser de ricaner, Jack détacha son regard sans âme du corps endormi de Scully, pivota et disparut dans les ténèbres. Il tenait enfin sa revanche. Cette petite peste de rouquine allait cruellement regretter de l'avoir repoussé, jadis. Elle lui appartenait maintenant, ainsi qu'au maître de l'enfer.

*** À SUIVRE ***

N. B. : Voulez-vous la suite? Si oui, comment Scully et Mulder pourront-ils sortir de ce piège qui se referme sur eux? Et qu'advient-il de Sindy, Paul et les autres? Sauront-ils sauver leurs compagnons ou tomberont-ils dans les griffes de Stanek et sa bande à leur tour? Chers lecteurs et lectrices, je vous laisse deviner et… Au plaisir de vous lire bientôt.