La franchise et l'univers de Fire Emblem ne m'appartiennent pas. Ils ont été créés par Shouzou Kaga, et développés par Intelligent Systems.

Il s'agit ici d'une Fanfiction
Modern AU - Horreur

Zakuro Ruby Kagame
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Valse entre Morts et Vivants

Simple. Facile. Tels ont été les mots de mon père lorsqu'il me parla de cette opportunité que, d'après lui, je ne pouvais refuser. Un job tranquille - bien que je n'imagine pas du tout comment l'enseignement peut être ainsi qualifié - dans une université tranquille toutefois prestigieuse. Vu la somme pour y étudier, les élèves ont plutôt intérêt à ne pas faire de vague, la tolérance zéro est strictement appliquée. Enfin bref, ce gars a de sacrées relation pour m'avoir trouvé un poste de professeur. Le salaire était intéressant et je n'avais pas peur de remettre à leur place des fils et filles de bourges, de fait, j'ai accepté. Grossière erreur vu la situation dans laquelle je me trouve désormais. Ha, j'entends geindre ou craquer, j'ignore si ça vient du couloir ou bien de la pièce d'à côté. Ca ne fait qu'une semaine à peine que je suis professeure, et je suis déjà dans un sacré merdier. Un merdier que personne n'oserait nommer. Putain, je ne suis même pas certaine de m'en sortir.

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Jour 1 - 19:38 - Lorsqu'il n'y aura plus de place en Enfer...

La galère, j'ignorais que cette école de riches organisait chaque année un voyage scolaire, comme ils le disent, pour mieux s'intégrer ou je ne sais quelle autre connerie du même genre. Evidemment, je n'ai pas pu refuser quand ils m'ont demandé de prendre la tête d'un groupe d'élèves pour cette excursion qui a mes yeux n'a absolument aucune utilité. Ces gosses se connaissent déjà tous les uns les autres, pour la plupart du moins. Pourquoi j'ai pas dis non ? Ha, parce qu'on ne refuse rien à Rhea, l'Archevêque et responsable de l'académie Saint Seiros, bon, et aussi car le gros rustre qui me sert de paternel a insisté. A lui non plus, je n'aime rien refuser, et que ne faut-il pas faire pour faire plaisir à Papa. Il n'a pas eu une vie facile et j'ai toujours refusé d'être un poids pour lui, après tout ce qu'il a fait pour moi, je lui devais au moins cela.

Le nuage chimique formé dans l'explosion des usines Riegan continue sa progression et survolera bientôt la ville. Cela fait une semaine depuis la tragédie qui a coûté la vie de plusieurs dizaines de personnes présentes sur les lieux. Les causes de l'accident ne sont toujours pas clairement établies mais des experts étudient l'hypothèse d'une déflagration interne au réacteur de synthèse.

Une semaine déjà depuis la catastrophe ? Ouais, peut-être, je ne m'en rends plus vraiment compte puisqu'on en entend parler tous les jours. Les scientifiques s'attendent au pire maintenant que les averses ont provoqué la chute des substances toxiques. Pas assez pour l'arrêter dans sa progression mais suffisamment pour contaminer l'air et les sols. Et plus encore. Il parait que les hôpitaux commencent à saturer. De toute façon, le nuage a déjà traversé la moitié du pays alors... C'était vraiment pas le moment de partir en excursion scolaire, et je ne dis pas seulement cela car je n'en peux plus d'entendre l'une de mes élèves chantonner depuis des heures.

—Monte le son ! j'entends soudain derrière moi.

—Tu pourrais peut-être me le demander plus poliment ?

—Oh, allez, on va tout louper !

Ce qui arrangerait mes affaires mais la chanteuses improvisée - ou non puisqu'elle fait partie d'une compagnie d'Opéra avec laquelle elle se produit sur son temps libre - tourne le bouton du volume de la radio. Matériel archaïque, vu les moyens de l'établissement, ils auraient au moins pu me donner une caisse un peu plus récente, avec un lecteur CD. Enfin je dis cela mais elle a plus de gueule que tous les modèles qui sortent maintenant et qui paraissent débarquer d'une autre planète, bien que les sièges fassent un tantinet plus mal au cul, surtout après plusieurs heures sans faire de pause et des suspensions très rudes.

Le ministre de la santé prendra la parole dans la soirée pour annoncer les mesures sanitaires nécessaires pour assurer la sécurité de tous mais invite tout le monde à rester prudent et à limiter au maximum les sorties en dehors du domicile.

—Et il fait quoi pour ceux qui veulent faire des barbecue sur leur terrasse, faut une dérogation pour ça ?

—Il s'agit de recommandations, Caspar.

—Des recommandations, mon œil, ça commence comme ça, et ça finit en confinement général.

—Dieu merci, je suis certaine que nous n'en arriverons pas là. Quelle serait l'utilité de me produire sur scène s'il n'y avait aucun public pour m'acclamer ?

Dans le rétroviseur qui tient par miracle au plafond de la caisse, je vois le jeune gamin aux cheveux bleus comme les cieux croiser les bras sur sa poitrine avant de s'enfoncer dans son siège. C'est une vrai tête brûlée, je n'ai pas eu besoin de longtemps pour le constater. Quand à la cantatrice, Dorothea qu'elle se nomme, et bien... J'hésite encore quoi penser d'elle.

—Vous pourriez parler moins fort s'il vous plait ? Vous perturbez mon sommeil...

C'est cela, oui. Vachement perturbé le sommeil puisque la marmotte salive de nouveau sur ma vitre. Enfin, sur la vitre de Rhea, du coup, puisque tout ce qui appartient à l'académie lui appartient aussi alors... Je me demande comment je vais bien pouvoir nettoyer cette épaisse couche de bave sédimentée, la galère...

On s'arrête enfin après encore une heure ou deux. De toute manière, cela fait un bon moment qu'on a perdu le bus scolaire des yeux alors autant y aller à notre rythme et j'avoue qu'il n'y avait pas que Caspar qui avait besoin d'aller soulager sa vessie. J'espère qu'il ne s'est pas cassé quelque chose en tombant dans un buisson, je suis partie après lui mais déjà de retour au véhicule. Ha, Linhardt aussi a du avoir une envie pressante car il n'y a plus aucune trace de lui mis à part les quelques centimètres que j'imagine bientôt devoir gratter sur la porte. C'est écœurant.

—Savez-vous combien de temps il reste pour arriver à destination, Professeure ?

J'entends la portière claquer lorsque la fille aux boucles boisées sort du véhicule pour s'adresser à moi. Pourquoi elle pose la question ? Ses prunelles malachites et son petit regard malin m'indiquent qu'elle sait déjà ce que je vais lui répondre. J'ignore si c'est car elle est un peu plus âgée que les autres mais elle passe son temps à me taquiner ou bien à essayer de me charmer. Et si je dis essayer c'est car je ne suis définitivement pas assez bête pour m'éprendre d'une élève. Et si je dis une et non un c'est car... Erk, rien qu'y penser, j'en frémis de dégoût.

—Bien trop de temps, Dorothea, je réponds laconiquement, surtout si vous continuer de pousser la chansonnette chaque fois qu'un tube passe à la radio, je rajoute ensuite.

—Un tube ? elle répète presque moqueuse. Vous savez, on ne dit plus cela aujourd'hui !

On se couvre un peu plus la poitrine également mais vu le décolleté plongeant qu'elle prend presque plaisir à exposer devant mes grands yeux bleus, elle n'en a que faire. Je soupire, désespérée plus qu'autre chose avant de reprendre place derrière mon volant de cuir. Enfin, devant le volant de Rhea, encore une fois ! Je jette un coup d'œil au rétroviseur après m'être installée à l'intérieur, comme par réflexe, avant de le repositionner correctement. Avec les culs de poule sur la route, ce truc n'arrête pas de vibrer. Ha, la banquette arrière n'est pas tout à fait vide, et une de mes élèves n'a pas bougé d'un pouce en plus de ne pas avoir une seule fois ouvert la bouche. Ma foi, je ne vais pas le lui reprocher, j'apprécie le silence et loin de moi l'envie de la déranger dans ce qui semble être une très profonde introspection.

Les médecins et infirmiers sont débordés.. Agressivité accrue, perte de lucidité, les spécialistes sont totalement désarmés devant les étranges symptômes que présentent les malades. Écoutons maintenant le témoignage d'un médecin lui-même blessé par un patient en crise.

Cette fois, c'est moi qui monte le volume. Putain, il fait chier le toubib, il peut pas parler avec des termes plus compréhensibles ? J'ai pas fait bac+5 en médecine moi et mes quelques notions d'immunologie remontent à ma troisième année. Il sait que les quatre-vingt-dix-huit pour-cents de la population à l'écouter entravent probablement rien ?

Ha, on dirait que ce petit bulletin d'informations intéresse la muette à l'arrière puisque ses yeux ne fixent plus la vitre avec absence mais maintenant le vieux poste de radio qui grésille. Je crois qu'on perd le signal. Et merde ! Bon, de toute manière, dans moins d'une heure, tout sera déjà sur Facebook ou sur Twitter, peut-être même que c'est déjà le cas donc je verrais bien en arrivant. Et puis les deux garçons reviennent enfin. Le temps que Dorothea replace ses jumeaux avant d'attacher sa ceinture, on est déjà parti.

Le soleil décline à vitesse incroyable et dans l'obscurité naissante plusieurs véhicules de secours, sirènes allumées, nous ont dépassés encore plus rapidement. Quand le premier est passé tel un éclair j'ai d'abord penser à un grave accident, puis il y en a eu un second, et encore un troisième. Depuis... Plus rien, hormis le silence installé par l'atmosphère anxiogène et la radio qui grésille que Dorothea tente d'allumer régulièrement. En une heure, à peine, le monde semble s'être figé. Même les ronflements de Linhardt se sont tus.

La dernière ville que l'on a traversé semblait... déserte. A croire que les locaux ont pris les conseils du gouvernement au pied de la lettre. Plusieurs véhicules semblaient même abandonnés, moteurs encore allumés, coffres et portières ouvertes. Nous sommes maintenant bien trop loin de notre point de départ pour rebrousser chemin alors autant continuer. La ville était sur la trajectoire du nuages chimique mais on ne l'a su qu'après. De toute manière, l'université dans laquelle on se rend est un peu plus éloignée et on ne peut plus vraiment se permettre de s'arrêter.

Une épaisse brume semble s'installer au fur et à mesure que l'on s'enfonce dans ce qui ressemble de près mais aussi de loin à un film d'horreur. Si on tombait en panne maintenant, sur cette route déserte... Ce serait le parfait moment pour qu'un tueur sorti de je ne sais où nous attaque, mais bon, on ne voit cela que dans la fiction, non ? Pour tout avouer, je suis un peu inquiète mais c'est mon rôle de professeur de ne rien montrer. Cependant, lorsque nous dépassons une première voiture retournée sur le côté et que je freine dans la précipitation devant ce tableau étrange, j'ai du mal à feindre l'impassibilité.

Plusieurs voitures vides abandonnées sur le bas côté un peu plus loin sont tel un avertissement et l'alarme naturelle qui me guide depuis que je suis née retentit dans ma tête et même dans tout mon corps. Je suis presque certaine que la trace de mes doigts est parfaitement dessinée sur le volant tant je le serre de mes deux mains. C'est quoi, ce délire ? Les véhicules sont vides, j'ai pris la bonne route ? Je commence à douter mais lorsque la vieille caisse ralenti sur la pression de mon pieds quand je commence à discerner une énorme carcasse de métal bien familière, j'écarquille les yeux.

Je prends une grande inspiration avant de couper le moteur mais laisse les phares allumés sans lesquels, on voit pas à deux mètres. Putain de routes non éclairées, sérieux, qui vit ici ? Probablement personne bien qu'au loin je distingue comme une sorte de bâtisse. Y'a que Dracula pour vivre dans un endroit pareil, non ? Ou bien ses descendants, qu'est-ce que j'en sais ? Ha... L'inquiétude commence à brouiller ma raison, je crois.

—Attendez-moi ici, j'ordonne à mes élèves.

Je sors, claque la porte derrière moi et avance un pas après l'autre dans le chemin que me trace les feux de la bagnole. J'ai l'impression de sentir mon cœur rompre dans ma poitrine, plus je m'approche, plus les battements sont bruyants. J'ai pas rêvé... Non... Cet énorme bus retourné, là, devant mes yeux bleuet grands ouverts, devant mon expression choquée, c'est bien celui de l'université.

—C'est quoi ce bordel, sérieux ?

Je me retourne sur la voix de mon élève qui aurait du attendre à l'intérieur et observe Caspar s'approcher suivi de près par Dorothea, puis enfin par Linhardt qui n'ose même pas un bâillement.

—Je vous ai dit d'attendre ! je hurle presque.

Mais aucun ne me répond et leurs regards suivent la colonne de fumée qui s'échappe du pot d'échappement encore chaud de l'autobus dans lequel mes collègues et le restant des élèves devrait se trouver. Mais en lieu et place, je ne trouve qu'un silence de mort. Même la nature semble muette.

Je me retourne de nouveau quand j'entends la porte de mon véhicule claquer. Mes yeux suivent les longueurs albâtres qui se soulèvent sur la chemise vermeille de ma dernière élève restée jusque là plutôt discrète. Très vite, mais tout aussi lentement, elle dépasse ses camarades pour me rejoindre, avant que ses yeux parme ne vrillent les miens. J'ignore si l'inquiétude déborde de son regard ou bien si c'est le reflet de la mienne, mais ni elle ni moi ne réalisons encore. Les autres encore moins.

—Professeure... elle murmure. Que se passe-t-il ?

—Je n'en ai aucune idée, Edelgard.

J'ai l'impression que le bruissement des feuilles des arbres et des buissons longeant la route répond à notre question bien que, l'instant d'après, je ne suis plus certaine que ce soit la nature qui s'adresse à nous. Je ne regarde pas beaucoup la télé, mais j'ai vu assez de films d'horreur pour avoir l'impression d'être l'actrice du plus effrayant et réaliste d'entre eux. J'ignore pourquoi, mais l'un, tout particulièrement, bien que cela me paraisse impossible à moins de perdre totalement la tête, me revient en mémoire. La brume doit vraiment brouiller mes pensées, car je repense à ce que les scientifiques disaient dans ce dernier. Encore plus quand dans les ténèbres créés par la nuit, des gémissements se font entendre et se rapprochent... Ce film disait qu'un jour viendra où il n'y aura plus assez de place en Enfer et qu'alors...

...les morts reviendront à la vie.