Ecrit pour Ploum sur le thème "Réconciliation". Spoilers sur tout le comics.


Ballister soupira, tenta de s'étirer une fois de plus. La toile d'araignée géante qui le retenait captif était très solide.

Si seulement il avait compris sa situation plus tôt, il aurait pu incliner son bras mécanique de façon à pouvoir la détruire, mais il était possible qu'il ait paniqué pendant les premières secondes. La toile avait été très invisible, et très imprévisible dans une forêt qui, en théorie, n'aurait rien dû nourrir de plus dangereux qu'un ou deux blaireaux.

Voilà qui lui apprendrait à aller cueillir du gui tout seul (pour des raisons de biochimie et certainement pas pour le Nouvel An, que personne ne rie).

Maintenant, il ne lui restait plus qu'à attendre, poussant un cri de temps en temps, espérant qu'Ambrosius viendrait le chercher, ou que la toile se désagrègerait avant que la propriétaire revienne.

Un écureuil s'approcha de lui.

"Hey, petite chose, ne t'approche pas," souffla-t-il. "Tu vois la toile dans laquelle je suis pris ? Elle est dangereuse et collante."

L'écureuil l'ignora et s'approcha. Ballister soupira. On lui avait proposé, depuis le changement de régime, de devenir professeur, mais il doutait que ce soit la voie pour lui.

"Ouste !" cria-t-il, pour être plus clair.

L'écureuil le regarda d'un air de défi, et commença à ronger la toile.

A la grande surprise de Ballister, il réussit à la détruire, et ne se retrouva pas collé par la bouche.

"Nimona ?" demanda-t-il.

Il n'était pas certain. Tous les écureuils avaient cette couleur rousse, après tout. Mais depuis cette infirmière, dès qu'il voyait quelque chose de mystérieux, il préférait prendre le risque d'être ridicule plutôt que de risquer de ne pas lui parler une fois de plus. Il avait même demandé une fois à sa machine à café si elle était Nimona, sans se rappeler qu'elle ne pouvait devenir que des êtres vivants. Il est vrai qu'il n'avait pas encore eu de café à ce moment.

"Nimona ?" appela-t-il une seconde fois, un peu plus fort.

L'écureuil tourna la tête vers lui, pencha la tête sur le côté, puis décida de lui sauter sur le cou pour manger plus de toile d'araignée.

"Surprise !"

A sa propre surprise, Ballister réalisa qu'avoir l'écureuil se transformer en requin dans son cou était une surprise, à lui faire avoir une crise cardiaque, et le fait qu'il l'ait appelée Nimona plus tôt n'y changeait absolument rien. Il faillit crier, mais toussa à la place, pour se donner une contenance.

"Ah ah, on a toujours besoin de moi pour se sauver des situations dangereuses, ex-boss ?"

Ballister hocha la tête doucement, pour ne pas la faire fuir. Il se demanda si elle avait aussi été l'araignée géante.

"Je suis désolé." dit-il.

"Evidemment ! J'ai été très déçue ! Au fait, tu avais deviné que j'étais aussi l'araignée géante ? Ha ha, j'aurais pu te manger tout cru."

"Nimona, je sais que rien de ce que je dirai ne pourra réparer ma trahison, mais ton amitié était précieuse pour moi. Dis-moi ce que je devrais faire, et..."

"C'est bon, c'est bon," interrompit Nimona. "C'est... pas tout à fait pardonné, mais en chemin. Non, ce qui me dérange, c'est que depuis que je suis partie, tu n'as absolument rien fait de maléfique."

"Quoi ?"

"Je regarde les journaux, et tout le monde dit que tu es devenu un héros, bleaurgh..."

Ballister aurait pu expliquer qu'il faisait exactement la même chose qu'avant - ou du moins, presque la même chose. C'était juste présenté par les média comme héroïque parce qu'eux avait changé de camp.

Mais il doutait que Nimona se contente de cette explication, surtout quand les journaux l'avaient présentée comme un monstre, avant comme après.

"Et c'est là que tu interviens, je suppose ?"

"Oui ! Je voulais te rappeler ce que tu es vraiment, vérifier que ce chevalier ne t'a pas hypnotisé avec ses cheveux ou sa braguette en métal ou quelque chose..."

Ballister ne rougit pas. Il avait appris à ne pas réagir à de telles insinuations.

"Alors tu as intérêt à inventer un plan démoniaque là maintenant tout de suite, ex-boss ! Et je vais même aider !"

Ballister réfléchit, rempli d'espoir à l'idée qu'il pourrait parler avec Nimona, que ce serait le début de quelque chose. Bien sûr, il était un peu du côté de gouvernement, ces temps-ci. Cela ne voulait pas dire qu'il obtenait tout ce qu'il voulait...

"Est-ce que tu as entendu parler de cette fabrique d'armes ?" demanda-t-il, après avoir sorti de sa poche un plan du pays qu'il avait toujours sur lui. Il avait échoué à la faire fermer - trop de personnes avaient un intérêt dans le projet. "Personne n'y travaille ce soir. Je pense que ce serait une bonne idée de la faire exploser."

Nimona eut un sourire d'enfant qui vient de recevoir son premier cadeau de Noël, qui remplit le coeur de Ballister de nostalgie et de joie en même temps.

"Mais bien sûr, je ne peux pas le faire sous ma vraie identité," murmura-t-il comme si on pouvait les entendre. "Je rentre à la maison chercher un masque et un autre costume." Et aussi expliquer à Ambrosius qu'il avait quelque chose d'urgent à faire, mais il ne mentionna pas cette partie. "Et pour toi, il faut que tu trouves une forme qu'on ne soupçonnera pas d'être toi. Rendez-vous dans trois heures, sous le poteau électrique derrière l'usine. Nous commencerons par là."

"Je savais que tu pouvais encore être récupéré, boss !" dit-elle.

Moi, je n'aurais pas deviné, pensa Ballister, mais il ne dit rien, et se contenta de faire un signe de bouche close de la main, pour lui intimer encore une fois le plus grand secret.

Bien entendu, elle était encore en train de rire de ses manières de vieux quand il était déjà trop loin pour la voir.