Et si tout était différent
Chapitre 48
La fin de l'enfance
Dans son vieux pardessus râpé
Il s'en allait l'hiver, l'été
Dans le petit matin frileux
Mon vieux.
Y avait qu'un dimanche par semaine
Les autres jours, c'était la graine
Qu'il allait gagner comme on peut
Mon vieux.
L'été, on allait voir la mer
Tu vois c'était pas la misère
C'était pas non plus l'paradis
Hé oui tant pis.
Dans son vieux pardessus râpé
Il a pris pendant des années
L'même autobus de banlieue
Mon vieux.
L'soir en rentrant du boulot
Il s'asseyait sans dire un mot
Il était du genre silencieux
Mon vieux.
Les dimanches étaient monotones
On n'recevait jamais personne
Ça n'le rendait pas malheureux
Je crois, mon vieux.
Dans son vieux pardessus râpé
Les jours de paye quand il rentrait
On l'entendait gueuler un peu
Mon vieux.
Nous, on connaissait la chanson
Tout y passait, bourgeois, patrons,
La gauche, la droite, même le bon Dieu
Avec mon vieux
Chez nous y avait pas la télé
C'est dehors que j'allais chercher
Pendant quelques heures l'évasion
Tu sais, c'est con!
Dire que j'ai passé des années
A côté de lui sans le r'garder
On a à peine ouvert les yeux
Nous deux.
J'aurais pu c'était pas malin
Faire avec lui un bout d'chemin
Ça l'aurait p't'-êt' rendu heureux
Mon vieux.
Mais quand on a juste quinze ans
On n'a pas le cœur assez grand
Pour y loger tout's ces chos's-là
Tu vois.
Maintenant qu'il est loin d'ici
En pensant à tout ça, j'me dis
"J'aim'rais bien qu'il soit près de moi"
PAPA... (1)
Droit, James tenta d'offrir un maigre sourire de remerciement à toutes ses personnes connues et inconnues qui venaient lui présenter ses condoléances. Dernier membre de la famille Potter, il avait tenu à tout préparer lui-même. Les fleurs, les versets, les chansons… Malgré les éclats en sanglots, les coups de blues, il y était parvenu. Sirius, Remus, Lily et Glorfi l'avaient grandement aidé. Il écoutait vaguement les paroles qui lui étaient adressées. Dans ses yeux délavés se reflétaient l'écriture dorée couchée sur le marbre rouge. Les lettres scintillantes se gravaient dans sa tête :
William Potter 03.10.1932 – 24.12.1977
20. Voici, Dieu ne méprisera pas l'homme parfait et ne soutiendra pas les mains des méchants. 21 Tandis qu'ilremplira ta bouche de rire et tes lèvres de chants de joie, 22, Ceux qui te haïssent seront revêtus de honte et la tente des méchants ne sera plus… Job (8 20-22)
Il continua de fixer la pierre et laissa le cimetière se vider. Lorsque la dernière personne, qu'il ne connaissait pas comme tant d'autres, se retira, il lâcha la douce main féminine qui était emprisonné dans la sienne. Il s'assit par terre sous le regard interrogateur de sa petite amie et de Remus. Sirius, comme s'il avait deviné que James réagirait ainsi, prit place à ses côtés. Les deux autres les imitèrent. Ses noisettes passaient d'une tombe à l'autre. Sa main gauche était ouverte, paume contre le ciel tandis que la droite, libre de ses mouvements, s'empara à nouveau de celle la jeune femme. Il ferma les yeux et pensa à ses trois derniers jours.
En rentrant dans la cuisine le 24 décembre, Ravenna s'arrêta net à l'entrée. Son filleul était en larmes, plongé dans une chevelure rousse. La détresse peinte sur le visage de l'elfe, les pleurs de désespoir de James et le regard triste de la jeune fille recueillit par William ne pouvait signifier qu'une seule chose : le chef des aurors était partit retrouver sa femme dans l'au-delà.
Un sentiment de culpabilité l'envahie lorsqu'elle réalisa que sa première pensée ne fut pas faite de compassion envers tant de souffrance mais de soulagement. Heureuse car enfin elle avait la voie libre pour apprendre à James sa destinée. Son père avait toujours voulu le protéger et suivre les dernières volontés de Lisa concernant leur fils unique. Les choses changeaient aujourd'hui. Il ne restait aucun membre de sa famille, elle était la dernière personne au courant de son destin, la dernière personne à qui sa charge revenait. Perdue dans ses réflexions, elle n'entendit pas Sirius entrer derrière elle dans la cuisine. Elle le regarda s'avancer vers le futur couple.
Sirius releva son meilleur ami. Il plongea son regard de braise dans ses noisettes. Il passa un bras autour de ses épaules et l'attira vers lui. De son autre main, il lui releva la tête. Il rencontra deux yeux noyés dans des larmes. Front contre front, ils se regardèrent sans rien dire. Une unique larme coula le long de la joue de Sirius tandis que sur la peau pâle de James, c'était l'inondation.
-Tu n'es pas tout seul dans cette épreuve, Fratellino. Je suis là, Lily est là, ajouta-t-il en jetant un coup d'œil à leur main enlacée. On sait tous les deux que ça va être dur, qu'il va nous manquer mais il ne voudrait qu'une seule chose : c'est qu'on ne s'arrête pas là-dessus. Il ne voudrait pas te voir te laisser abattre. William voudrait te voir retrouver le sourire, rire et te rappeler que des bons souvenirs.
-Je ne peux pas…
-Bien sûr que tu le pourras ! Aujourd'hui, demain, après-demain et le restant de la semaine, tu vas encore en verser des larmes mais après, quand tu auras écoulé tout ton stock d'eau salée, on reprendra notre routine.
-Je n'y arriverai pas.
-Bien sûr que tu y arriveras. Tu vivras ta vie et pas dans tes souvenirs. Tu vivras de manière que de là où il est, il sera fier de toi. Il…
-Sera toujours là, termina Lily surprenant les personnes dans les pièces qui tournèrent leur regard vers elle. Il sera toujours là pour toi, dans ton cœur. Les gens qui nous aiment ne nous quittent jamais. Ils restent gravés en nous. Où qu'il soit, il t'aimera toujours car l'amour est éternel, murmura-t-elle en fixant sans James sans le voir réellement, répétant les paroles prononcées par le jeune homme quelques mois auparavant.
-Lily a raison, approuva Sirius, heureux d'avoir enfin du soutien d'une des deux femmes présentes.
-Je sais toutes ces choses-là. Le problème n'est pas là. C'est les appliquer. Je sais qu'il ne voudrait pas me voir plongé dans une tristesse sans fin. Je m'étais pourtant préparé à devenir orphelin depuis quatre ans. Je…
-Vai riposarti, coupa soudainement Ravenna. Sei stanco dopo una novella così horribile. Comprendo che è qualcosa di difficile. Sono qui per aiutarti. (Vas te reposer. Tu es fatigué après une nouvelle si terrible. Je comprends que c'est quelque chose de difficile. Je suis là pour t'aider).
Les trois adolescents se tournèrent vers elle, surpris de la trouver ici. Lily fronça les sourcils, cherchant à comprendre ce qu'elle venait de dire. Son regard reflétait de la peine, certes, mais aussi autre chose que la Gryffondor n'aurait pas voulu déchiffrer, comme de la joie... Elle lui jeta un regard tueur et enserra de ses deux mains la main chaude de James.
Sirius ne la regarda même pas mais retint un soupir. Il n'en pouvait plus. Ses yeux le brûlaient. Les larmes étaient aux portes oculaires. Il avait besoin d'aide pour soutenir son meilleur ami. Il n'avait pas eu besoin de temps pour comprendre qu'il n'aurait pas la force de rester de marbre. Pour cette raison, il avait couru pour demander à Remus de venir dès que Kingsley avait passé le pas de porte. Lui aussi avait besoin d'une épaule pour pleurer son père de cœur qui l'avait accepté comme un fils. Il pria le ciel que Ravenna ne fasse rien qui puisse faire dégénérer la situation. Son ventre se noua le faisant craindre le futur échange entre la marraine et son filleul.
James tourna ses yeux délavés vers elle. Il ne l'avait pas entendu arriver. Depuis quand était-elle dans la cuisine, il l'ignorait. Son regard devint noir lorsqu'il ne vit aucune trace de larmes sur ses joues, aucun mouvement musculaire de la mâchoire qui montrerait qu'elle retenait ses sanglots, sa douleur. Les émeraudes de Lily étaient humides de tristesse, les onyx de Sirius retenaient avec difficulté la rivière salée qui voulait s'écouler... Il voyait très bien que derrière leur air réconfortant Lily et Sirius souffrant. Leur présence, leur force le maintenait, lui rappelait les paroles encourageantes de William…
-Non.
Sa réponse abrupte surprit. Respirant difficilement, il répéta sa réponse négative mais ne développa pas la raison.
- Sirius ha ragione, non sei solo. Lasciaci aiutarti. Preparei tutto. (Sirius a raison, tu n'es pas seul. Laisse-nous t'aider. Je vais tout préparer).
-Non. Je veux le faire, moi. C'est à moi de choisir les fleurs, la musique, les versets, … la pierre tombale. C'est moi qui le ferai.
-James, non sai che cosa dici. Hai molto emozioni. Hai altre cose a fare. (James, tu ne sais pas ce que tu dis. Tu as plein d'émotions. Tu as autre chose à faire).
-Autre chose à faire ? s'énerva soudainement James.
Toute l'émotion qui était en lui explosa. Sa tristesse devint un accès de colère. C'était la goutte qui fit déborder le vase.
-Qu'est-ce que j'aurais à faire d'autre ? Fêter Noël ? Excuse-moi si je suis incapable d'aller m'asseoir derrière une buche et savourer un bon dessert. Je ne peux pas fêter la naissance du Christ alors que je viens d'être orphelin. Qu'est-ce que je pourrais avoir à faire d'autre ? s'époumona James sous le regard médusé de Lily qui ne l'avait jamais vu piquer une telle colère.
Les lèvres pincées de Sirius emprisonnaient un léger sourire, même si ses yeux restèrent humides. Voir son petit frère se rebeller face à cette femme le rassura. L'italienne était aussi surprise que la seconde jeune femme présente. Jamais son filleul n'avait osé parler ainsi. Un mauvais pressentiment l'envahit, comme si l'amener en Italie pour l'entraîner ne risquait pas de bien passer.
-Mes devoirs pour les cours ? Je suis le pire des élèves à ce niveau-là, Ravenna. Je fais le minimum alors mes profs ont l'habitude que je ne rende pas toujours mes devoirs. Si ça peut te rassurer la moitié est déjà fait. Mais je crois surtout que les professeurs de Poudlard seront au courant qu'un de leur élève est devenu orphelin la veille de Noël et qu'il n'a pas fait ses devoirs pour raison personnelle !
-Non hai bisogno di ritornare a Poudlard. Puoi venire come me a Roma. Ti insegnerei tutto che so. (Tu n'as pas besoin de retourner à Poudlard. Tu peux venir avec moi à Rome. Je t'enseignerai tout ce que je sais).
-Venir à Rome ? Mais pourquoi est-ce que j'irai à Rome ?
-Poudlard non potrà mai insegnarti tutto che devi sapere, James. (Poudlard ne pourra jamais t'apprendre tout ce que tu dois savoir, James).
-Je me contrefiche de tes histoires de destin, de malédiction et tout le reste de ton charabia ! s'écria-t-il. Je resterai à Poudlard. J'irai ensuite à l'école d'aurors. Je me battrai contre Voldemort et…
-E perdrai la vita. (Et tu perdras la vie).
-Je préfère perdre la vie plutôt que de quitter mes amis et fuir lâchement.
-Non è fuggire ma… (Ce n'est pas fuir mais…)
-Arrête avec ton italien. Je suis en Angleterre. On ne parle pas la langue de Dante, ici. Laisse-moi tranquille, Ravenna. Tu ignores tout de ce qu'est un sentiment. Si tu voulais un jour me convaincre de partir avec toi en Italie, il aurait d'abord fallut m'apporter autre chose. L'amour d'une marraine, par exemple. Tu ne penses qu'à toi. Toi et ton petit bonheur personnel. Egoïste au point de ne verser aucune larme alors que tu apprends la mort du mari de ta meilleure amie, d'être incapable de venir voir son filleul pour son anniversaire ou Noël... Tu n'étais pas là ni pour mes dix-sept ans, ni pour mes seize ans. Pour mes quinze ans, tu as accepté de revenir alors que je ne t'avais pas vu depuis Noël 1973.
-L'Ingleterra è la morta per me... (L'Angleterre est la mort pour moi...)
-Bien sûr ! Je croyais que c'était moi qui apportait la mort si je me base sur une phrase que tu n'as jamais niée. Tu crois peut-être qu'en Italie, personne ne meurt ? C'est quoi ton problème, tu as peur de Voldemort ? Ou c'est parce que ta meilleure amie, ta petite sœur sont mortes ici ? Tu crois que si ma mère avait accouché de moi à Rome, je ne l'aurais pas tuée ? vociféra James, ne lui laissant pas le temps de répondre. Tu vois, je préfère rester ici où l'Angleterre et moi, on est si maudit. Peut-être que dans dix ans, je me serais habitué à la mort. Peut-être qu'après mon propre père, je vais perdre mes meilleurs amis, la fille que j'aime… Je t'offre la vie si je reste ici. Je n'amène pas ma malédiction en Italie.
-C'est moi qui t'offre la vie, James, dit-elle, abandonnant l'italien. Tant que je serai vivante, ton ultime combat n'aura pas lieu. Tant que je suis vivante, ni toi, ni Voldemort ne mourrez.
-C'est quoi ces histoires encore ?
-J'avais promis à ta mère de t'expliquer ton destin le jour de ton dix-huitième anniversaire mais je suis prête à toute t'expliquer maintenant.
Une lueur d'hésitation apparut dans les yeux de James. Le souvenir de sa mère lui procura un doute. Pourtant, il refusa de connaître cette histoire. Il ne voulait que pouvoir pleurer son père.
-Je ne veux pas connaître ces histoires, murmura-t-il calmement.
-Tu ne peux pas dire ça, James.
-Si. D'ailleurs, je le répète : je me fiche de tes histoires.
-Tu me trouves égoïste mais ton attitude l'est bien plus ! Tu ne penses qu'à ton petit plaisir. Tu préfères rester ici avec tes amis alors que tu le sais toi-même, des évènements tragiques se passent autour de toi. Je me répète, des évènements tragiques et non pas la mort. Tu préfères rester ici avec ta petite amie ? Alors reste ici mais soit prêt à voir souffrir les gens que tu aimes sans pouvoir rien faire. Tu veux suivre les traces de ton père et devenir auror, fais-le. Je vais encore garder espoir durant quelques années que tu changeras d'avis et que tu accompliras ta destinée. Sinon, je crois que je n'aurais pas d'autre choix que d'accepter que Voldemort nous tue et plonge le monde dans les ténèbres. Tu as raison, si j'avais un peu de compassion, si je ne pensais pas qu'à moi ou à ta destinée et ces conséquences, je resterai avec toi dans cette épreuve mais je ne vois pas pourquoi je me forcerai à pleurer des larmes qui n'existent pas. S'attacher aux gens dans ce monde entre lumière et ténèbres ne sert à rien, de toute façon, ils nous quittent. Si tu veux un monde de lumière, je te dirai quoi faire comme promis à ta mère à tes dix-huit ans. D'ici là, bonne chance James, termina Ravenna dont la voix trembla pour la première fois en murmura son prénom.
Elle salua Sirius d'un signe de tête avant de quitter la pièce. James fixa l'endroit où, quelques instants auparavant, se tenait encore sa marraine. Aucun des adolescents, ni l'elfe de maison ni même Neve Nere n'osa émettre le moindre bruit. Comme un zombie, James quitta la cuisine, se détachant de la main féminine de Lily. Dans un saut athlétique, Neve Nere suivit son maître. À peine l'animal eut-il rejoint le vestibule que Glorfi repris ses tâches ménagères, recherchant un moyen de combler sa peine. Sirius regarda Lily, perdue dans ses pensées. Un peu d'aide ne l'aurait pas dérangé. Cependant la jeune fille avait oubliée où elle se trouvait. Elle ne pensait plus qu'aux paroles de Ravenna. « Tu préfères rester ici avec ta petite amie ». Elle se sentit rougir lorsqu'elle se demanda si elle était considérée comme sa petite amie. Elle entendit sans écouter Sirius lui dire qu'il montait voir James.
Il laissa la jeune fille perdue dans ses réflexions personnelles et ouvrit la porte de la chambre de son petit frère sans toquer. Sa première impression fut qu'une tornade avait ravagé la pièce. Assis à même le sol, les larmes ruisselantes, James était caché dans cette amas de photos, d'objets souvenirs et autres. Dans un silence pesant, Sirius prit place à ses côtés, s'appuyant contre le bord du lit. Les heures passèrent. James ne disait presque rien, expliquant quelques fois la photo qu'il regardait.
Ils sursautèrent en entendant quelqu'un toquer à leur porte. Ils virent avec plaisir la tête de Lily passer la porte.
-On peut entrer ?
Ils hochèrent la tête en signe d'affirmation et Lily entra suivit de Remus. Un sourire amusé se dessina sur ses lèvres en voyant l'état de la chambre et entendant la chanson fétiche de James qui passait en boucle. Néanmoins dans ses yeux, se lisait une profonde tristesse. Pour la première fois de la journée, un sourire franc et sincère apparut sur les lèvres de James.
-Merci d'être venu, Mumus.
-Je suis venu dès que j'ai reçu la lettre de Sirius. Lily m'a aussi expliqué pour ce qui s'est passé avec Ravenna. Je suis désolé, James.
-Tu n'y es pour rien. C'est la vie. On ne la comprend pas parfois mais on ne peut qu'accepter les choses.
Personne ne lui répondit. Mutuellement, James et Sirius s'étaient rappelé les paroles de vie que William leur avait apprises. Acceptant leurs larmes, leur tristesse, ils s'étaient encouragés dans cette épreuve. Lily et Remus regardèrent à leur tour les photos souvenirs de James. Seule la musique brisait le silence, silence non pas pesant mais bienfaiteur car ils n'avaient besoin d'aucun mot pour se comprendre et s'épauler, tous les quatre.
The first good joy that Mary had
It was the joy of one.
The first rejoice that Mary had
Was to see her new born son.
To see her new born son good man,
And blessed may he be.
Sing Father, Son and Holy Ghost,
To all eternity.
The next good joy that Mary had
It was the joy of two.
To see her son Jesus,
Make the lame to go.
The next rejoice that Mary had,
It was the joy of three.
To see her own son Jesus,
To make the blind to see.
To make the blind to see good man,
And blessed may he be.
Sing Father, Son and Holy Ghost,
To all eternity.
The next good joy our lady had,
It was the joy of four.
It was the rejoice of her dear son,
When he read the bible o'er.
The next good joy that Mary had,
It was the joy of five.
To see her own son Jesus,
To make the dead alive.
To make the dead alive good man,
And blessed may he be.
Sing Father, Son and Holy Ghost,
To all eternity.
The next rejoice our lady had,
It was the rejoice of six.
To see her own son Jesus,
To bear the crucifix.
The next good joy that Mary had,
It was the joy of seven.
To see her own son Jesus,
To wear the crown of heaven.
To wear the crown of heaven good man,
And blessed may he be.
Sing Father, Son and Holy Ghost,
To all eternity.
And glory may he be,
And blessed now be she.
And those who sing the seven long verses,
In honour of our lady.(2)
Le soir, Neve Nere revint de sa chasse féline dans la chambre de son maître. Il se frotta contre ses jambes.
Glorfi a fini de préparer le souper. Il vous attend mais je ne suis pas sûr qu'il ose monter pour ne pas te déranger.
-Le souper est prêt, déclara soudainement James surprenant Lily tandis que Sirius et Remus comprirent qui l'avait avertit.
Ils quittèrent la chambre si triste. Le repas de la veille de Noël se passa dans une profonde tristesse. La Douce Nuit ne parvenait pas à faire revenir une certaine joie. Ils mangèrent sans réellement le faire. Leur esprit ne savourait pas ce que leur ventre engloutissait. Ils restèrent auprès de Glorfi durant toute la soirée. Une perle salée coulait de temps à autre sur leur joue. Peu avant minuit, James se leva et s'habilla chaudement. Sirius l'imita mais Remus et Lily les interrogèrent du regard.
-Si vous voulez tant que ça savoir où on va, venez. Vous ne risquerez rien, sauf vous endormir, ajouta-t-il en échangeant un maigre sourire avec son meilleur ami.
Emmitouflé, ils quittèrent la chaleur de la maison et traversèrent le village. La neige tombait doucement. Un tapis blanc les guidait. James s'arrêta devant la petite église du village et y entra. Lily regarda les deux autres maraudeurs pénétrer à l'intérieur et se surprit elle-même à les suivre. Elle retrouva les trois garçons qui l'attendaient. Remus s'assit le premier au centre du banc, suivit de Sirius puis de James et pour finir Lily ferma le groupe. Un grand sapin trônait à l'avant à l'abside. Elle écouta les paroles sans y prêta attention. Son esprit était occupé à s'interroger sur la soudaine maturité des trois maraudeurs qui calmement écoutaient, vivaient le culte de Noël. Elle se rappela les paroles dans la langue des anges de James, son attitude à l'enterrement de ses parents, jamais elle n'aurait cru que sous sa carapace de prétentieux comme l'avait cru si longtemps, il avait un véritable cœur. En sortant, elle sourit en voyant plusieurs personnes venir saluer James et Sirius. Elle fut déçue lorsqu'il ne la présenta pas comme sa petite amie mais gênée en réalisant sa déception. Une pointe de tristesse l'empara à nouveau quand elle l'entendit répondre que son père avait eu un accident le matin. Parfois, Sirius répondait à sa place, sentant que les larmes de James revenaient.
De retour au manoir, ils burent un chocolat au salon. Le silence régnait. Dans l'âtre, le feu pétillait. Etalés sur le canapé, les adolescents ne réalisaient pas vraiment ce qui leur était arrivé. Le ronronnement de Neve Nere accompagnait le crépitement flamboyant. Allongé sur le ventre de Sirius qui le caressait distraitement, il fixait son maître de son regard jaune.
Arrête d'essayer de lire dans mes pensées, pensa James.
Dis-moi alors à quoi tu penses.
Je pensais au fait que j'ai perdu mon père aujourd'hui mais qu'en plus, ma propre marraine, dernière personne liée à ma famille, qui a connu ma maman, n'est plus là non plus.
Peut-être que son histoire aurait été intéressante à écouter.
Peut-être, je l'avoue. Mais ce n'est pas aujourd'hui que je voulais entendre parler de ces histoires. Je voulais juste un peu de compassion.
-James ?
La voix de Remus le fit sursauter. Il réalisa qu'ils s'étaient tous relevé sauf lui.
-Oui ? demanda-t-il en se levant.
-On pensait monter dormir.
-D'accord.
-Désolé d'avoir interrompu votre conversation, ajouta-t-il tout bas.
-C'est que J'me-là-pète, répliqua James qui sentit les griffes du félin dans son épaule.
Te vexe pas pour si peu !
Sirius et Remus montèrent les escaliers. Fatigués, ils ne virent pas la jeune fille retenir leur meilleur ami à l'entrée du salon. James regarda sans comprendre Lily qui venait de lui attraper le bras. Elle lui sourit avec tendresse.
-Je voulais te dire, James, … commença-t-elle la tête baissée.
-Oui, l'encouragea-t-il.
-Si tu as besoin de quoi que ce soit tu peux compter sur moi. Tu as été une des personnes, voire la personne qui m'a le plus aidé l'été passé. Je veux te rendre la pareille.
-Tu n'as rien à me rendre, Lily. Je l'ai fait de bon cœur.
-Tu sais, James, les choses ont beaucoup changés entre nous ces derniers mois, susurra-t-elle en passant sa main sur son torse.
Lily savoura l'espoir qu'elle lut dans ses yeux. Sa respiration accéléra quand ses doigts effleurèrent son cou. Se rapprochant de lui, elle s'arrêta à quelques millimètres de sa bouche.
-Pourtant, tu n'es pas mon ami, murmura-t-elle abruptement.
Surpris, il ne réagit pas immédiatement. Il la regarda, la bouche entrouverte. Son cœur manqua un battement. Le visage décomposé, il la suivit du regard le long des escaliers espérant une réponse. Lily s'arrêta brusquement, se retourna et plongea sur lui. Sans qu'il ne puisse comprendre ce qu'il lui arrivait, il sentit une bouche se poser sur la sienne. Deux bras entourèrent sa nuque. Il rencontra sa langue. Leur baiser fut passionné, profond. Il la serra contre lui, gravant ce moment à jamais dans son cœur. Il fondait au contact de son corps contre le sien. Une lueur de désir brillait dans ses émeraudes quand elle se détacha de lui. Satisfaite de la manière dont il la couvait d'amour visuellement, elle s'éloigna à nouveau. Elle monta les marches et se tourna vers lui en haut de l'escalier.
-Tu es bien plus qu'un ami pour moi, termina-t-elle en souriant.
Un sourire se peint sur ses lèvres lorsqu'il réalisait ce qu'il venait de se produire. Il se précipita dans sa chambre. Les deux maraudeurs l'attendaient paisiblement et furent plus que surpris de voir son visage si heureux.
-Lily m'a embrassé !
Avec grande peine, ils réussirent à le faire taire. Néanmoins, le baiser de Lily leur mit également du baume au cœur. James attendait ce moment depuis si longtemps. Au petit déjeuner le lendemain, James se laissa perdre dans ses pensées funestes, évitant de réfléchir à la manière d'agir face à elle. Il sursauta alors lorsque sous le regard attendri de Sirius, Remus, Glorfi et Neve Nere, elle passa un bras autour de son cou pour s'approcher de ses lèvres et y déposer un doux baiser.
-Salut, susurra-t-elle.
-Salut.
Sirius et Remus échangèrent un regard amusé. Leur meilleur ami, leur mini-Jamie avait enfin conquit le cœur de sa belle. Dans cette tempête ténébreuse, Lily avait allumé une lumière en acceptant de sortir avec James. Ce dernier évidemment ne la lâcha plus des yeux. Ils choisirent de fêter Noël comme l'aurait voulu William. Ils tentèrent de passer une journée des plus normales. Une bataille de boule de neige, un repas délicieux, des cadeaux cachés sous le sapin, tout ressemblait à un Noël digne des Potter.
James prépara avec tout son cœur l'enterrement de son père. Ses amis le soutinrent de leur mieux cependant les larmes ne disparurent pas. Ensemble, rien ne pouvait les séparer. Avec amour et souvenir, ils offrirent un dernier hommage ce 27 décembre à William Potter.
Vêtu de noir, James se nourrit du courage et de la force de ses amis pour rester debout ce jour-là. Il écouta vaguement les récits relatés par le pasteur. Il retint des remarques sarcastiques à l'intention de toutes ces personnes du ministère qui ne le connaissait pas, même Dumbledore était venu. Connaissant l'avis négatif de son père pour le vieux sorcier, James rassura son directeur et parvint à le convaincre qu'il pouvait retourner à Poudlard sans s'inquiéter pour lui. Il soupira de soulagement lorsque la dernière personne lui présenta ses condoléances. Il s'assit, suivit par sa petite amie, son plus beau cadeau de Noël ainsi que ses meilleurs amis. La paume ouverte, prête à recevoir, il murmura dans la langue des anges, remerciant la vie d'avoir eu un père si exceptionnel. Les larmes coulèrent à flot sur ses joues lorsqu'il prononça simplement un au revoir définitif.
Tous les quatre, assis côte à côte, dirent adieu à William Potter dans les larmes et les souvenirs qui les maintenaient dans un statut d'enfant, d'adolescent. Ils étaient aujourd'hui devenus des adultes. Les choses avaient changé.
Mon vieux, Daniel Guichard.
The Seven Rejoices of Mary, de Loreena McKennitt.
