Akan: Dans le livre, c'est Dumbledore qui donne la cape...


Et si tout était différent

Chapitre 54

Auror Tellerino

-James, descend ou tu vas être en retard ! cria la voix sévère de Ravenna.

-Roh, ça va, je ne suis pas à deux minutes près, grogna une fois à l'étage au-dessus.

Quelques instants plus tard, un jeune homme se présenta devant elle. Elle le détailla de la tête en pied. Sa chevelure foncée et bien coiffée contrastait avec la chevelure indisciplinée de James. Une dizaine de centimètre de plus les différenciait également.

-Tu ne veux pas arriver en retard pour ton premier jour, n'est-ce pas ?

-Je ne vois même pas pourquoi je dois faire cette formation !

-L'idée est que tu te fasses une place importante dans le département des aurors en Italie et que quand tu seras prêt, tu postules en Angleterre. Vu que tu ne peux pas te présenter pour un job sous le nom de James Potter, tu dois recommencer la formation sous un pseudonyme. Ne m'oblige pas à te le répéter une énième fois ! menaça-t-elle.

-J'ai compris, c'est juste que c'est étrange de devoir recommencer une formation que je devrais avoir terminé. De plus, je fais quoi si je ne comprends pas les ordres qu'on me donne ? Je comprends à peu près l'italien, mais...

-Tu t'en sortiras. Comme ça, tu ne répondras pas à toutes les questions.

-J'ai une tête à être le premier de classe ? s'offusqua le jeune homme.

-Ne réagis pas en James Potter. Tu dois créer un nouveau personnage.

-Facile à dire !

-Maintenant vas-y, sinon tu vas être en retard. Tu ne vas pas te perdre ? Tu veux que je t'accompagne ?

-Je n'ai plus dix ans, soupira James. Je peux aller tout seul ! On a été à Rome plusieurs fois ces deux dernières semaines pour que je puisse m'y retrouver un minimum.

-Tu te souviens de l'adresse ?

-Via del Corso 56, répliqua-t-il, blasé. À ce soir.

Sur ce, James quitta la maison et transplana dans les rues romaines. Stressé, il avança d'un pas rapide. Il longea la rue, jetant de temps à autre un regard noir aux vespas et aux voitures polluantes. En arrivant devant l'entrée du bureau des aurors, il prit son courage à deux mains et passa la porte. Il essaya de ne pas repenser à son premier jour de formation il y a quatre ans. À l'époque, il n'était pas seul, Sirius l'accompagnait. Un maigre sourire se dessina sur ses lèvres quand il reconnut une ambiance similaire à celle qu'il avait connu. Il s'approcha de la secrétaire. Il dut simuler un toussotement pour qu'elle daigne lever la tête vers lui.

-Oui ?

Son ton sec et réprobateur le surprit légèrement. Ses grosses lunettes lui donnaient un air imposant et sévère. Il retint en sourire nostalgique lorsqu'il songea que son chignon lui rappelait celui du professeur McGonagall.

-Vincenzo Tellerino, je viens pour commencer ma formation d'auror, expliqua-t-il.

Elle vit son regard bleu le juger, un sourcil relevé. Il tenta de retenir un sourire mais malgré ses lèvres pincées, il échoua. Il transforma son envie de rire en un sourire crispé.

-Salle de conférence 3b, au troisième étage, expliqua-t-elle froidement.

-Merci.

Il essaya de s'y retrouver dans ce monde inconnu. Complètement perdu, il ne voulait qu'une seule chose, c'était d'éclater de rire.

Je sens qu'elle et moi, on ne va pas être ami. En James Potter, c'est plus facile de faire le lèche cul, je sais la tête que j'ai. Je sens que je vais détester le corps de Tellerino. Je dois avoir une tête d'abruti quand je souris. Aïe, s'énerva James lorsqu'il s'encoubla au milieu des marches.

Il jeta un regard autour de lui et soupira, rassuré d'être seul.

Saleté de grands pieds. Je ne voulais pas des grands pieds, juste dix centimètres de plus en hauteur. Mes petits pieds me plaisaient. Mais paraît-il que si on mesure un mètre quatre-vingt-trois, il est impossible de faire du 38. Elle fait tout pour me pourrir la vie…

Il arriva au troisième étage et trouva rapidement la salle où il était attendu. Lorsqu'il entra, il sentit plusieurs regards se tourner vers lui. Par chance, son patron n'était pas encore là. Il prit place au fond de la salle. Il grogna en voyant une jeune femme s'avancer vers lui. Elle prit place à ses côtés. Avec un sourire étincelant, elle se rapprocha un peu plus. Sa longue chevelure blonde décolorée lui tombait dans le dos. Vêtu d'un short minuscule et d'un tee-shirt moulant, elle n'avait pas l'air d'une sorcière qualifiée pour ce genre de travail. Il croisa son regard brun et son instinct lui dit de fuir.

-Salut, je m'appelle Laura, minauda-t-elle.

-Vincenzo, répondit-il.

Ne me drague pas ! Ne me regarde pas avec ce sourire niais, on dirait une poufsouffle ! T'as vu ma tête ou quoi ? J'ai toujours ma tête de Tellerino !

Instinctivement, il passa sa main dans ses cheveux mais arrêta immédiatement son geste en sentant la chevelure bien coiffée de son nouveau corps.

-Tu fais quelque chose après le boulot ?

Il se figea en entendant sa question. Il lui jeta un coup d'œil surpris, espérant s'être trompé. Son regard de prédatrice le dissuada.

-Ma famille m'attend, répondit-il en songeant que le terme famille n'était peut-être pas très bien approprié pour parler de Ravenna.

-Tu vis encore chez tes parents ? J'ai un appart' en ville si tu veux, on peut le partager.

-Je ne suis pas intéressé.

-Pardon ?

-Je ne veux pas sortir avec toi. L'invitation après le boulot, partager un appart', ton regard quand tu bats des cils, je ne suis pas né de la dernière pluie, je sais reconnaître de la drague.

-Tu dis ça pour l'instant, que tu n'es pas intéressé... On verra dans quelques temps. Tu as quelqu'un dans ta vie ?

Son regard dévia sur sa main gauche. Il aurait voulu y découvrir à nouveau son alliance. Mais Tellerino ne s'était jamais marié, il ne pouvait donc plus la porter. Sans le dire à Ravenna, il avait décidé de la garder sur lui, autour du cou, en pendentif. Avec son alliance, il serait toujours lié à sa Lily. Maintenant, c'était comme si il ne lui appartenait plus.

-Non, mais j'ai encore des sentiments pour ma dernière copine.

Et j'en aurais certainement toute ma vie.

Avec soulagement, il vit son nouveau chef entrer. Il claqua la porte, faisant sursauter les nouveaux étudiants. Son regard les scruta un à un. Appuyé contre le dossier de sa chaise dans une attitude nonchalante, il soutint son regard. Il se souvint comme si c'était hier lorsque Kingsley leur avait conseillé de ne pas baisser le regard qui pourrait montrer un signe de soumission. Un petit sourire se dessina sur les lèvres de l'auror quand il croisa le regard soutenu du jeune homme.

Quand il commença à parler d'une voix grave, James se figea. Il s'était attendu à pouvoir rencontrer des difficultés avec une nouvelle langue qu'il devait prétendre maîtriser mais là ses craintes prirent formes. L'auror Cantoni parlait avec un accent du sud très prononcé. James jeta un coup d'œil autour de lui pour voir si ses nouveaux collègues laissaient entrevoir un léger malaise. Il pesta contre Ravenna qui avait eu une idée si horrible.

Quand il commença à comprendre ce qui leur était expliqué, il réalisa que son discours ressemblait vaguement à celui de Maugrey. James balaya la pièce du regard. Il esquissa un sourire en voyant un jeune homme un rondouillet qui prenait des notes et fixait l'auror d'un sourire admirateur. Il grimaça lorsqu'il réalisa qui il lui rappelait. Le souvenir de Peter était de loin celui qu'il voulait oublier. Il sut qu'il ne pourra qu'avec difficulté accepter une entente avec le sosie de Peter. La plupart des personnes écoutait, attendant le moment de pouvoir aller en mission avec impatience. James finit son tour de salle sur sa voisine qui lui jetait des regards peu discrets. Il leva les yeux au ciel, désespéré.

James eut envie de pleurer lorsqu'on leur présenta leur nouveau bureau où une pile de dossiers les attendait. Il s'assit à son nouveau poste. Il essaya de masquer sa déception de devoir tout recommencer à zéro. Sentant à nouveau la tristesse l'enlacer, il commença à remplir sa paperasse. Il avait envie de tout balancer, rire avec son meilleur ami et coéquipier. Il salua vaguement ses collègues qui vinrent le saluer.

-Arrête de faire cette paperasse, ça ne te fera pas partir sur le terrain plus rapidement, au contraire, déclara une jeune femme en prenant place sur son bureau.

Elle lui fit un grand sourire qui semblait presque moqueur. Ses cheveux noirs étaient attachés en queue de cheval haute. Quelques mèches lui retombaient sur le visage de manière rebelle. Un tee-shirt rouge laissait deviner ses formes féminines. Ses longues jambes étaient cachées derrière un pantalon ample. Son seul accessoire était une montre discrète qui ornait son poignet. Lorsqu'elle se retourna pour scruter autour d'elle, James découvrit un tatouage tribal dessiné en bas de son dos. Lorsqu'elle se retourna, il haussa un sourcil en signe d'interrogation.

-Monica, se présenta-t-elle. Je commence ma deuxième année. Etant major de ma promotion l'année dernière, c'est à moi que revient la corvée d'aider les premières années durant la première semaine.

-Tu viens me déconseiller d'être major de ma promotion ?

-Tu penses être le meilleur ? Tu vas me dire que ces abrutis qui sont déjà tous partis boire leur café sont moins doués que toi ?

-Sûrement. Je me suis préparé pour être prêt à commencer ma formation et je ne veux pas passer mon temps à la cafétéria.

-Passe ton temps à la salle d'entraînement.

-La salle d'entraînement ?

-Ouais. Ni la cafétéria, ni remplir la paperasse demandé ne t'aidera tant que Cantoni sera le chef.

-Si j'ai des dossiers, je dois les remplir…

-Non. Tu fais ce qui est lié à tes missions, le reste c'est pour les autres, les «secrétaires ». Si tu passes ton après-midi en salle d'entraînement, tu n'auras jamais de problème. Je n'ai presque jamais rempli toutes ces feuilles. C'est juste un conseil, faisant ce que tu veux, termina-t-elle en se levant.

Il la suivit du regard, songeant à ses paroles.

-Elle est où la salle d'entraînement ? s'écria James en se levant précipitamment.

-C'est quoi ton petit nom ?

-Vincenzo Tellerino.

-Suis-moi, je vais te faire visiter les endroits intéressants. Ne fais pas cette tête, à part l'abruti d'Antonio et la blondinette qui te faisait les yeux doux, on est une bonne équipe. Faut pas déprimer.

-Je ne déprime pas.

-Ton premier jour en tant qu'auror, c'est stressant. Je me souviens l'année dernière, je flippais parce qu'en étant une femme j'avais peur d'être rabaissée. Mais je suis ici pour me battre pour les innocents, je veux aider notre société. Je pourrai avoir honte de ma trouille de première année mais il faut en rire.

-En rire ? répéta James.

-Ouais, rire. La vie est faite pour être vécue. Si je ne vis pas, comment savoir pourquoi je me bats ? D'après Coco… euh Marco, se reprit-elle, je suis un peu barjo.

Un sourire se dessina sur ses lèvres. Il enregistra le chemin fait pour aller à cette salle d'entraînement. Malgré le fait qu'elle lui changea ses tristes pensées, il s'interdit de laisser une amitié être créée. Il y avait eu assez de mort autour de lui. Il devait être solitaire. Monica lui présenta son meilleur ami, Marco, et tous deux lui apprirent quelques nouveaux sorts que James feignit d'ignorer. Sirius lui manqua. Il dût se faire violence pour ne pas penser à son meilleur ami enfermé à Azkaban. Lorsqu'en fin de journée, le chef des aurors entra dans un fracas dans la pièce et rugit son nom, il stressa. Il le suivit et entra dès son premier jour dans le bureau de son patron.

-Tellerino, je ne vous avais pas donné du boulot ? grogna-t-il.

Je suis James Potter, alors non ce n'est pas à moi que vous avez donné du boulot mais à Vincenzo Tellerino, pensa le jeune homme.

-Oui, monsieur mais…

-Qu'est-ce qui vous autorise à ne pas le faire ?

-La soif d'apprendre, l'envie d'être prêt pour aller sur le terrain, monsieur. Si vous me permettez, je ne me suis pas inscrit ici pour remplir votre paperasse, on engage des secrétaires pour ça, soit dit au passage. Je suis là pour venir en aide à mes concitoyen.

Il soutint le contact visuel. Un petit air insolent était peint sur son visage.

-Si je vous dis que je ne veux plus que ce genre d'attitude ait lieu à nouveau, vous allez m'obéir ?

-Non. Je ferai le minimum mais je pense qu'il est plus utile de m'entraîner.

-Réussissez votre première mission, Tellerino, sinon je crois que ça sera la paperasse ou le renvoi. Clair ?

-Absolument monsieur.

-Vous pouvez sortir. Vous pourrez remercier Zimmini d'avoir accepté de faire votre boulot.

Il sourit en guise de réponse mais ignorait qui était Zimmini. C'est avec soulagement qu'il finit sa première journée. Il quitta Rome pour retourner chez Ravenna qui l'attendait avec impatience. Il retint un sourire en la voyant l'assaillir de questions. À peine ses pieds eurent-ils touché le sol de Camerata Nuova qu'il reprit son apparence naturelle dans un soupir de soulagement.

-J'ai failli me faire virer…

-Pardon ? Tu as quoi ?

-J'ai failli me faire licencier. On m'a conseillé d'aller plutôt m'entraîner que de remplir toutes ces feuilles. J'ai fait assez de paperasse pour toute ma vie durant mes premiers mois chez les aurors. Je n'allais pas recommencer à faire que ça. Mon patron m'a menacé de me faire faire que de la bureaucratique ou de me licencier si j'échouais à ma première mission.

-Arrête de me faire de telles frayeurs !

-Je peux échouer.

-Ça m'étonnerait. Tu n'as surtout pas intérêt.

-Tu m'excuse mais là, je n'ai pas le temps de discuter, j'ai un niveau magique à améliorer si je veux accomplir mon destin, déclara James avant de monter illico à sa chambre pour mettre des vêtements à sa taille.

Prêt pour son entraînement quotidien, il ignora sa fatigue de sa première journée et entama son quotidien. À l'arrière de la maison, sous un olivier, il se mit en tailleur et se concentra sur sa magie. Coulant dans ses veines, elle bouillonnait. Il ouvrit légèrement les yeux et d'un mouvement du poignet arrosa le potager un peu plus loin. Il grogna en ne voyant que quelques gouttes tomber. Il recommença jusqu'à ça que l'eau coule à flot. Pour cela, il dût s'entraîner plusieurs jours de suite.

Au département des aurors, Vincenzo fut rapidement envoyé en mission, au grand plaisir de James qui s'ennuyait ferme à rester derrière un bureau. Sans la moindre difficulté, il exécuta la mission ordonnée. Les jours passèrent, les semaines se suivirent et les mois s'emboîtèrent. Dans une routine sans faille, James surveillait les rues romaines. Il feignait être le première année qu'il n'était plus depuis quatre ans. Conscient de la prophétie qui planait au-dessus de lui, il se refusa de se lier d'amitié avec quiconque.

Chaque jour, il tentait de repousser Laura qui ne s'avouait pas vaincu. Il avait envie d'être méchant pour qu'elle comprenne que tout ce qu'elle faisait ne servait à rien. Cependant, il n'y arrivait pas. Ses refus étaient toujours trop gentils. Il se souvint avec mélancolie du temps où Lily repoussait ses propres avances. Il avait tenu bon et des années après, ils s'étaient mariés et avaient eu un adorable bébé. Il avait chassé ses pensées afin de ne pas se laisser déprimer. Le souvenir de sa défunte épouse et de son fils qu'il avait abandonné le consumait.

Lorsqu'il rentrait, ce n'était pas Ravenna qu'il voulait retrouver, c'était sa famille. Même une année après, la douleur ne s'était pas atténuée. Il avait apprit à l'accepter. Les pensées de James Potter ne devaient interférer dans celle de Vincenzo Tellerino mais quand il se retrouvait avec lui-même, il abandonnait sa carapace.

L'héritier de Gryffondor grandissait jour après jour. Son entraînement quotidien montrait peu à peu des résultats convaincants. Il apprenait à dépasser ses limites. Sous l'œil et l'admiration de son fidèle compagnon Neve Nere, l'élu de la prophétie apparaissait enfin.