Et si tout était différent

Chapitre 58

Les maraudeurs réunis

Ces quatre jours furent les plus stressants que James ait jamais vécu. Le matin de son anniversaire, il mangea sans appétit le déjeuner préparé par Glorfi. Il avait réfléchi à la meilleure manière de se montrer à ses meilleurs amis. Tel un automate, il déjeuna, s'habilla tout en repassant sans cesse son plan. Une fois prêt, il se regarda dans le miroir de la salle de bain. Vêtu d'un pantalon baggy noir, d'un tee-shirt bleu marine et d'une casquette noire, il avait l'air d'un parfait moldu. Il enfonça la casquette sur sa tête pour faire en sorte que ses yeux ne soient plus visibles.

Il se téléporta à Londres et entra dans le parc. Il marcha avec une idée fixe en tête. Il longea le lac, stressé. Un peu plus loin, assit sur un banc, Remus regardait discrètement autour de lui pour être sûr de ne pas louper son meilleur ami. À ses pieds, un gros chien noir bougeait la queue à toute vitesse et semblait être aux aguets. James avait deviné juste. Adolescents, c'était sur ce banc qu'ils s'arrêtaient pour pique-niquer. Face au lac et à Buckingham Palace, ils ne regardaient pas la vue mais cherchaient James. Il sourit en les voyants. Ils étaient venus. Il prit son courage à deux mains, trop tard pour renoncer.

Il s'assit en face d'eux sur un banc. Seul le chemin les séparait. Il fixa l'animal. L'instinct animalier prit le dessus et Sirius leva la tête vers l'étranger face à lui. Leurs regards se croisèrent. James fixa ce regard qu'il connaissait par cœur. D'un geste du pouce, il leva légèrement sa casquette afin d'être sûr que son regard caché derrière ses lunettes soit bien visible. Il esquissa un sourire en coin quand il vit les yeux de Sirius s'agrandirent sous le choc.

Il m'a reconnu !

Il garda ses noisettes plantées dans le regarde du canidé. Il se leva. À peine James eut-il tourné le dos que Sirius aboya. James tourna la tête vers lui et lui sourit d'un sourire qu'il n'avait plus arboré depuis 14 ans. Son cœur sauta de joie dans sa poitrine. Il entendait Patmol aboyer derrière lui. Il cligna des paupières pour faire partir les perles salées qui voulaient venir rouler sur ses joues. Il devina facilement Patmol tirant sur sa laisse en entendant Remus le réprimander.

-Patmol, calme-toi ! Arrête d'aboyer !

La fin de la phrase fut dite dans un murmure. James se retourna pour voir le chien vouloir le suivre en relevant la tête, il croisa le regard de Remus qui ouvrit la bouche en un O et ne finit pas sa phrase.

-Patmol, tais-toi. On va aller ailleurs, tu déranges tout le monde avec tes aboiements !

James rigola tout seul. Il les imaginait parfaitement, Remus tirant sur une laisse et essayant de calmer un Sirius qui n'en faisait qu'à sa tête. Il retournait dans son adolescence. Il jeta un regard en biais au lac et à Buckingham Palace. Il quitta le chemin pour marcher dans l'herbe. James s'enfila dans l'ouverture arrière d'une petite chapelle. Il n'eut pas besoin d'attendre longtemps. Un gros chien entra. Avant qu'il n'ait eu le temps de réaliser quoique ce soit, il sentit deux bras l'étreindre avec force. Sans pouvoir les retenir, les larmes se déversèrent. Il s'agrippa à Sirius comme si la vie allait à nouveau le lui arracher. Ils se détachèrent l'un de l'autre. Sirius le repoussa légèrement. Il le poussa par les épaules. Leurs regards délavés se rencontrèrent.

-James, c'est vraiment toi ?

-Ouais.

Pour preuve, il leva sa main gauche et brandit son auriculaire pour montrer la vieille cicatrice. À sa grande surprise, Sirius leva la sienne et, de la même manière qu'ils le faisaient enfant, la plaça en face de celle de James.

-Amis pour la vie, dirent-ils à l'unisson comme il l'avait fait temps de fois par le passé.

-Et même à travers la mort, ajouta Remus dont les yeux brillaient.

James se tourna vers le loup-garou en souriant. Ils se prirent dans les bras. Dans un silence étonnant, ils se regardèrent et laissèrent les larmes de joie rouler le long de leurs joues. Soudain, Sirius éclata de rire. James se sentit revivre. Le son de ce rire ressemblant à un aboiement lui avait tant manqué.

-On est ridicule !

James échangea un regard avec Remus pour essayer de comprendre. Ce dernier ne put l'aider.

-Ça doit être le fait d'avoir été pendant douze ans à Azkaban, rigola Remus dans un haussement d'épaule. Il perd la tête.

Mais aussitôt, il regretta ses paroles en voyant la tristesse et la culpabilité se peindre sur le visage de James.

-On est trois mecs en train de chialer dans un vieux local abandonné d'une chapelle dans un parc moldu ! On est lamentable, expliqua Sirius entre deux éclats de rire sans remarquer l'échange partagé entre ses deux amis. Toi ! s'écria-t-il soudainement en reprenant son sérieux en pointant James du doigt. Comment t'as ressuscité ?

-Je ne suis jamais mort.

-J'étais pourtant à ton enterrement, rappela Remus.

-Moi je serais bien venu mais j'étais déjà enfermé.

-Sirius, je… commença James.

-Ne dis rien ! ordonna Sirius. Tu dis un seul « je suis désolé, tout est ma faute » imita-t-il, que je t'en colle une !

-Colle-moi s'en une. Je le mérite ! Tu n'aurais jamais dû passer douze ans enfermé !

-Tu t'es déjà assez puni en 14 ans. Je te connais James ! Tu as dû culpabiliser pendant toutes ces années et je te connais assez pour savoir que tu vas continuer. Je t'ai pardonné, il y a longtemps. Par contre, j'avoue James, que j'aimerais bien savoir où tu étais durant toutes ces années.

-Ce n'est sûrement pas de ton plein gré que tu t'es fait passé pour mort, ajouta Remus.

-C'est une longue histoire.

-On adore les longues histoires, s'écria Sirius. Surtout autour d'une bonne bièreaubeurre !

-Siri, tu es recherché, rappela le loup-garou.

-Officiellement, tu es recherché mais dans les faits, Tellerino t'aurait déjà capturé s'il te cherchait réellement, contredit James avec un petit sourire en coin.

-S'il me cherchait réellement ? Il ne me cherche pas ? répéta Sirius sans comprendre.

-S'il voulait vraiment te capturer, il n'aurait pas laissé Harry et sa copine te libérer en haut de la tour et partir sur le dos d'un hippogriffe.

Sirius regarda James avec des yeux ronds.

-Tu es… ?

-Tellerino, ouais. Le mieux serait que je vous explique depuis le début.

-C'est toi qui est venu chez moi m'interroger sur l'évasion de Sirius, réalisa alors Remus.

-Ouais. C'était moi. Je voulais te le dire mais je n'ai pas osé. On serait peut-être plus à l'aise au manoir qu'ici pour discuter. De plus, Glorfi se réjouit de vous revoir.

-Transplanons là-bas ! accepta Sirius.

-Il y a des moyens plus agréables pour se déplacer, déclara James.

Sous les interrogations muettes, il se téléporta tous les trois sous le perron du manoir Potter. Dans un clignement de paupière, les trois maraudeurs avaient quittés leur cachette. Réalisant peu à peu qu'ils se trouvaient à nouveau dans la vieille demeure qui avait abrité leurs vacances estivales lors de leur adolescence, Sirius et Remus assimilaient que leur meilleur ami était vraiment vivant, que tout cela n'était pas un rêve.

-Maître Sirius ! Maître Remus, s'écria une petite voix.

Avant d'avoir pu identifier le propriétaire de ces cris, ils sentirent deux petits bras les étreindre avec force. Ils baissèrent le regard et virent deux yeux globuleux qui brillaient dans leur direction. L'émotion de la petite créature était attendrissante.

-Maître Sirius et Maître Remus ont beaucoup manqué à Glorfi, renifla-t-il.

-Toi aussi Glorfi, tu nous as manqué, répondit Remus.

-Surtout la mousse au chocolat de Glorfi, ajouta Sirius alors que de la salive s'écoulait lentement de sa bouche entr'ouverte tandis qu'il rêvassait de ce dessert chocolaté.

-Glorfi en a préparé pour Maître Sirius.

-Je t'adore Glorfi ! Pourquoi Kreattur n'est-il pas comme ça ?

Remus soupira de désespoir. Les petites mains de Glorfi les tirèrent sur la terrasse sous l'œil amusé de James. Ils se retrouvèrent assis tous les trois sous l'ombre d'un parasol rouge. Le soleil frappait fort au-dessus de leur tête. Un air chaud soufflait autour d'eux. Un sourire carnassier se dessina sur le visage de Sirius quand Glorfi leur apporta une immense coupe de mousse au chocolat.

-C'est le paradis ici, s'émerveilla Sirius après avoir pris une cuillère chocolatée. J'ai l'impression d'avoir quinze ans.

-Tu en as juste vingt de plus, rappela moqueusement James.

-Chut ! Après j'ai l'impression d'être vieux. Maintenant explique-nous comment tu as ressuscité Jamie.

À ce surnom utilisé si souvent autrefois, James sentit ses entrailles bondir de joie. Entendre Sirius prononcer ce mot calma ses peurs. Il savait qu'il leur devait des explications mais être appelé ainsi lui prouvait que son meilleur ami passait outre toutes ses années de souffrance pour lui.

-Je n'ai pas ressuscité car je ne suis jamais mort comme je l'ai dit tout à l'heure. Ce n'était pas mon corps que tu as vu à « mon » enterrement, Remus. Ravenna a créé une image, un faux cadavre pour me faire passer pour mort.

-Ravenna, je n'en suis même pas étonné, commenta Sirius. Mais je suis convaincu qu'entre le moment où Voldemort était chez toi et le moment où je suis arrivé, il n'y a eu que très peu de temps. Comment Ravenna aurait-elle pu le savoir aussi tôt ?

-Il y avait souvent un aigle qui tournait autour de la maison. Je n'avais pas fait le rapprochement mais Ravenna se promenait toujours avec un aigle également. Je comprends Neve Nere comme elle, elle comprend Diego, son aigle.

-Elle est l'héritière de Serdaigle ? coupa Remus.

-Ouais.

Sirius le regarda abasourdi. D'une part, il ne s'attendait pas à ce que l'héritière de Serdaigle soit encore vivante et qu'il l'ait connu mais d'autre part, Remus avait réalisé cela trop rapidement à son goût.

-Ça n'explique pas pourquoi tu as survécu. Voldemort a dû essayer de te tuer ce soir-là, remarqua Remus.

-Tant que Ravenna sera en vie, ni Voldemort, ni moi ne pourrons mourir. J'ai bel et bien reçu le sortilège de la mort mais je ne pouvais pas mourir. C'est pour cela que j'ai également survécu lorsque Voldemort m'avait lancé ce sort de magie noir qui avait provoqué des hémorragies.

James leur raconta alors la prophétie faite il y a un millénaire, celle avant sa naissance, celle dont Dumbledore croyait qu'elle parlait de Harry. Il leur prouvait ses dires en leur montrant le serpent marqué en noir sur sa peau bronzée là où le sort l'avait frappé. Il expliqua le serment qui le retenait de venir sortir Sirius ou de voir son fils. Il parla de son entraînement, leur démontrant ses nouvelles connaissances. Ils éclatèrent de rire et peinèrent à le croire quand il leur avoua avoir passé des heures et des heures à lire de vieux livres, parfois même en latin. Glorfi dû approuver son maître pour que James soit pris au sérieux. Il les prévint de se méfier de Dumbledore en argumentant avec ce qu'il avait découvert grâce à Ravenna. Les deux membres de l'Ordre promirent de faire grandement attention face au vieux sorcier. Il relata sa nouvelle formation d'auror et la création du personnage de Tellerino. Il finit son récit par son retour en Angleterre. Après maints éclats de rire, après plusieurs trop plein émotionnel, James déballa pour la première fois tout ce qu'il avait sur le cœur. Il ne se souvenait pas avoir été aussi heureux.

-Tu ne nous as pas trouvé de meilleurs amis remplaçants en Italie ? suspecta faussement Sirius.

-Non.

-C'est normal, on est irremplaçable, Sirius. Je suis déçu que tu puisses penser que James aurait pu nous oublier, se moqua Remus.

-La première fois que j'ai accepté de sortir avec des collègues, après quatre ans que je bossais là-bas, j'ai commencé à les appeler Sirius et Remus. Vous connaissez ma résistance à l'alcool.

-Étonnamment, je ne suis même pas surpris venant de toi.

Ils continuèrent à rire comme si 14 ans ne les avaient pas séparés. Néanmoins quelque chose troubla James. Il avait besoin de savoir quelque chose. Il espéra trouver la réponse à son interrogation dans leur récit. Il les écouta avec attention, réalisant comment leur vie avait été pour tous si différente.

-Et Harry ?

La question tremblante de James ne surprit pas les deux autres maraudeurs qui se demandaient comment leur meilleur ami avait réussi à se retenir de les interroger concernant son fils. Incapable de faire une phrase correcte, James était juste parvenu à dire le nom de son unique enfant pour se faire comprendre.

-Il te ressemble. Physiquement, tu as pu le remarquer par toi-même, c'est toi à quinze ans avec les yeux de Lily, expliqua Sirius.

-Il a le même don que toi pour s'attirer les ennuis, ajouta Remus.

-Mais a un côté plus calme hérité de Lily. Nous, on contournait le règlement pour s'amuser, Harry le fait pour se comporter avec bravoure.

-Comme le parfait héritier de Gryffondor qu'il est, termina le loup-garou.

-Il sera tellement heureux de te rencontrer.

-Mais ne t'inquiète pas, on ne lui dira rien. C'est à toi de le faire.

-Je ne suis pas prêt à le lui avouer. J'avais déjà de la peine à vous le dire alors j'ignore quand j'aurais le courage de faire face à mon fils.

-Tu l'as pourtant rencontré il y a quatre jours, fit remarquer Sirius. Du moins, Tellerino lui a parlé.

-Lui parler en tant que Tellerino est différent. Je ne suis pas prêt à lui parler en tant que James.

-C'est aussi toi qui est intervenu lors de l'attaque des détraqueurs ? demanda Remus.

-Ouais.

-Quoi ? Sérieusement, c'était toi ? Comment tu as deviné Mumus ?

-Harry a dit avoir vu un patronus en forme de lion. La seule personne qui avait un lion pour patronus était Gryffondor lui-même…

-Selon les légendes, rappela Sirius.

-Quand on a compris que si c'était bel et bien Neve Nere qui était au QG, c'est que James devait aussi être vivant, j'ai fait le rapprochement.

-Neve Nere surveille Harry. C'est pour ça qu'il est actuellement au 12 Square Grimmaurd, réalisa Sirius.

-Exact.

James ?

Oui ?

Sirius et Remus sont avec toi ? C'est aujourd'hui que vous aviez rendez-vous n'est-ce pas ?

Oui, ils sont encore là pourquoi ?

Parce que les habitants du 12 Square Grimmaurd se demandent où ils sont ! Surtout où est Sirius vu qu'il n'est pas autorisé à sortir.

D'accord, je leur dis de rentrer.

-Neve Nere vient de m'avertir que vous êtes recherché au QG de l'Ordre, surtout toi Siri car tu es interdit de sortie.

-Un ordre de plus du citronné ! grommela Sirius.

-C'est déjà l'heure du souper. Molly doit s'impatienter ! remarqua le loup-garou.

Ils se levèrent, redoutant le moment de se séparer après avoir dû attendre tant d'années pour se retrouver. Ils se dirent un dernier au revoir sur le perron.

-Avant de partir, il faut que je te demande quelque chose, Jamie, demanda vivement Sirius à la surprise de ses deux amis.

-Je t'écoute, l'incita James redoutant la question en reconnaissant les yeux pétillants de son frère de cœur.

-Je me demandais si pendant ces 14 années où on ne s'est pas vu si tu n'avais pas pris quelques centimètres. Je ne sais pas moi, un ou deux centimètres ? demanda Sirius avec un air parfaitement sérieux sur le visage.

-De quelques millimètres peut-être, avoua l'héritier de Gryffondor en rigolant.

-Avant de partir, coupa Remus, comment tu as fait pour mettre le mot dans la chambre de Sirius ?

-Ah ouais, c'était la première question qu'on voulait te poser !

-J'ai écris le mot et je suis venu le poser sur ta table de chevet.

-On ne peut pas transplaner dans ma maison. Il y a un sort anti-transplanage.

-Je ne transplane pas. Je me téléporte.

-Comment tu as fait pour le sort de Fidélitas ? interrogea Remus.

-Je me suis téléporté juste à côté de Neve Nere. Je passe à travers les protections de cette manière ! expliqua James.

-Tu triches ! s'offusqua faussement Sirius.

-Je t'apprendrai, Sirius.

-T'as intérêt, bouda-t-il faussement.

James ! Renvoie les deux touristes au QG de l'Ordre. Ils commencent à trouver leur absence louche ! Cligne des yeux et renvoie-les !

Calme-toi, Neve Nere, on se disait au revoir !

Il vous en faut du temps pour vous dire au revoir !

-Il faut que vous rentriez, votre absence commence à se faire remarquer.

-Normal, on est indispensable ! On se dit à dans 14 ans ou on se revoit avant ?

-Je ne quitte plus le manoir, excepté pour aller travailler. La porte vous est ouverte.

-Alors dès qu'on peut, on vient te casser les pieds, mini-Jamie !

Après un dernier au revoir, James les renvoya au 12 Square Grimmaurd dans un clignement de paupière. Il fixa l'endroit où quelques instants auparavant ses amis se trouvaient encore. Il peinait à croire qu'il avait enfin retrouvé Sirius et Remus et que ces derniers lui pardonnaient son absence si facilement. Il repassa en boucle cette merveilleuse journée dans sa tête. Un sourire aux lèvres, il reprit son entraînement quotidien. Il avait retrouvé ce pour quoi il se battait.