Et si tout était différent

Chapitre 64

Kingsley comprend

À peine eut-il posé un pied dans l'atrium du ministère que James se sentit assailli de toutes parts. Des questions surgissaient de nul part. Surpris de voir déjà tant de journalistes, il les abandonna malgré leurs cris de désespoir. Il se rendit au bureau du ministre. Celui-ci s'effondra quasiment dans les bras de l'auror. Perdu, James regarda son patron geindre contre lui.

-C'est une catastrophe…

-Que s'est-il passé exactement ? demanda abruptement James en se tournant vers les deux aurors et se détachant par la même occasion du faible corps accroché à lui.

-Grâce à l'alarme placée autour de la prison d'Azkaban nous avons su qu'un problème avait lieu. Nous nous y sommes rendus mais un inconnu y était déjà. Il avait placé une barrière magique empêchant les dernières mangemorts de s'enfuir. Les mangemorts en liberté ont réussi à s'enfuir de justesse.

-Et cet inconnu… ?

-On ignore tout de lui, avoua un des deux aurors. Il s'est volatilisé avant qu'on ait pu dire quoi que ce soit.

-C'est horrible, gémit Fudge. C'est la faute de Sirius Black, j'en suis convaincu !

Sirius Black ! Le nom de son frère de cœur fut comme une douche froide pour James. On ne pouvait pas lui demander d'accuser son meilleur ami. Il avait passé assez de temps à fausser les pistes pour ne pas devoir recommencer à le rechercher.

-Et si Dumbledore ne mentait pas ? Si Vous-Savez-Qui était vraiment de retour ? fit remarquer Dawlich.

Merci ! Ecoute-le et comprend que Sirius n'a rien à voir ça.

-C'est Black j'en suis convaincu ! De plus, parler de Vous-Savez-Qui mettrait la population magique dans un climat de peur et notre monde deviendrait une pure anarchie. Cette histoire n'a aucun sens, c'est la faute de Black.

-Si Vous-Savez-Qui est de retour, Black est avec lui…

Quoi ?

-Et il a pu expliquer comment s'échapper étant donner qu'il l'a fait lui-même.

- Non et non, personne ne parlera de Vous-Savez-Qui. Black est le responsable. D'ailleurs, je crois que je me dois d'aller rassurer les sorciers de Grande-Bretagne.

Aller mentir, ouais !

-Vous m'accompagnez Vincenzo ? Vous pourrez toujours rajouter quelques petits détails pour calmer cette histoire. Après tout, les gens n'ont pas besoin de savoir ce qui se passe réellement…

Il y a des jours où je me demande comment je fais pour te supporter et ne pas t'envoyer valser contre le mur d'en face !

-Bien sûr, je vous suis.

James jeta un dernier regard vers les deux aurors et Percy Weasley qui se mit à les suivre, comme aimanté au ministre. Quand ils apparurent devant la foule, ils furent ensevelis sous les questions.

-S'il vous plaît, un peu de silence, le ministre doit vous parler, s'écria Percy.

-Mesdames et messieurs, la rumeur circule déjà, malgré l'heure matinale que de nombreux prisonniers se seraient échappés de la prison d'Azkaban. J'ai le grand malheur de confirmer ses propos. Un des meilleurs éléments du ministère qui préfère garder son anonymat a réussi à en minimiser le désastre. Un tiers des détenus sont encore emprisonnés. Une seule personne n'a jamais réussi à s'évader de cet endroit. Sirius Black, en plus de s'être lui-même échappé, a aidé ses amis mangemorts. Je conseille donc à la communauté magique de faire très attention et vous rassure, le ministère a les choses bien en mains…

Ah bon ?

Dès qu'il put James s'échappa de cette agitation plus que matinale. Il n'échappa cependant pas à quelques flashs. Cette histoire ne lui plaisait pas du tout et devoir faire la une des journaux encore moins. À peine fut-il entré dans l'enceinte réservée aux aurors qu'il se sentit bombardé de part et d'autre. Il leur donna une vague réponse et leur ordonna de reprendre le boulot. Néanmoins, il dut, au moins pour son image, demander à quelqu'un de rechercher les criminels en liberté. Afin d'assurer une légère protection pour son meilleur ami, il choisit les deux aurors les moins à même de donner de véritables informations concernant sa localisation. Sur le visage de Tonks se lut de l'étonnement de se voir confier une mission si importante tandis que Kingsley ne sembla guère surpris. James eut la nette impression que son ancien formateur savait qu'il allait lui confier la mission.

Il fut heureux de constater que les deux aurors ne vinrent lui donner quasiment aucune nouvelle. Le rapport fait par Kingsley n'était un tissu de mensonges. Il approuva. La sécurité de son meilleur ami confiée aux rares personnes de confiance du ministère, il put essayer de retrouver tous ses mangemorts en liberté. Mais les retrouver semblaient plus difficile que de retrouver une aiguille dans une botte de foin.

En rentrant ce soir-là, James était toujours passablement énervé de n'avoir pas pu empêcher plus de mangemorts de prendre la fuite et de n'avoir rien trouvé. Cette colère était plus tournée vers lui-même. Ce fut avec soulagement qu'il entendit ses amis venir lui apporter les dernières nouvelles de l'Ordre. Il tenta de masquer ses émotions mais en vain. Cependant, Sirius et Remus ne firent aucun commentaire, devinant ce qui devait se passer dans sa tête.

-Tonks t'est grandement reconnaissante de la mission importante que tu lui as donné, avoua Remus.

-Mission dont je ne veux pas de résultats réels ? Je ne veux recevoir qu'un tas de mensonge concernant l'endroit où se trouve Sirius, et retrouver Voldemort et sa clique, j'essaie depuis des mois.

-Aux yeux du ministère, du monde sorcier c'est la mission du moment !

-Vu comme ça, c'est vrai. Mais c'était aussi les deux seuls aurors dont je savais que je pouvais faire confiance et qui étaient un minimum compétent.

-Maugrey l'a tellement mal pris, rigola Sirius. Il t'a insulté pendant une dizaine de minutes.

-À ce point ?

-Tu es « un petit con prétentieux sans gêne incapable de réfléchir, macho arrogant, sans cervelle, attardé, tu aurais dû rester dans ton pays de pâtes et ne pas venir nous emmerder de ta présence. » Qu'est-ce qu'il a dit d'autre encore ?

-Je crois que j'ai compris ! C'est très constructif vos conversations au sein de l'Ordre, j'avais un souvenir que c'était légèrement plus sérieux avant non ?

-Dumbledore n'allait pas interrompre son cher et tendre amant, expliqua Sirius avec une grimace de dégoût pour le dernier mot.

-C'est Kingsley qui l'a stoppé.

-Je dirais même plus, il t'a défendu.

-Il m'a défendu ?

-Ouais. Il a à nouveau déclaré que tu étais l'inconnu. Les notes que tu lui aurais refilées concernant Sirius sont d'une précision trop nette pour être réelles et inefficaces en même temps.

-Il pense, et il a raison, que tu sais que je n'ai pas quitté le pays mais que tu as menti pour me protéger.

-Juste en ayant lu le dossier concernant Sirius, il a su que je mentais ?

-Il pensait que tu étais l'inconnu depuis longtemps, bien avant Noël. Quand il en a parlé à l'Ordre en début janvier, il était convaincu que tu étais l'inconnu, expliqua Remus.

-Mais bon si Kingsley devait comprendre la vérité, ça ne poserait pas vraiment de problème, non ?

-Je ne pense pas. Après tout qui excepté nous trois, était au courant des doutes que mon père avait à propos de Dumbledore ? Mais il ne peut pas comprendre plus loin que le fait que l'inconnu et Tellerino ne font qu'un. Il ne peut deviner de lui-même que je suis James Potter et que je suis encore en vie.

-Je pensais à quelque chose durant la séance de l'Ordre, James. Il y a un détail qui pourra nous déranger par la suite.

-Un détail ?

-Comment tu feras quand Tellerino sera appelé à combattre Voldemort ? L'inconnu disparaîtra ?

James fronça les sourcils. Remus appuyait sur un point auquel il n'avait jamais songé. Il ne pouvait se dédoubler ou quelque chose du même genre, il en perdrait trop de puissance magique inutilement. Un sourire étira ses lèvres quand il trouva alors la solution.

-Glorfi ?

-Oui maître James ? demanda l'elfe qui venait d'arriver dans un pop.

-Je vais avoir besoin de toi dans le futur, déclara James surprenant les deux maraudeurs et l'elfe de maison.

Il claqua des doigts provoquant la disparition de l'elfe et l'apparition de Tellerino. À l'endroit où se tenait Glorfi quelques instants auparavant se tenait un homme grand et musclé.

-Voilà mon sosie et remplaçant.

-Quoi ? s'écria l'elfe dans un couinement.

-Tellerino ne dirait pas un « quoi » si aigu, fit remarquer Sirius.

-Sérieusement James, tu veux faire passer Glorfi pour Tellerino quand toi tu devras être l'inconnu ?

-J'ai songé à Sirius. C'est moi qui change l'apparence et comme ça c'est un sorcier qui m'aurait remplacé.

-Pourquoi ne pas demander à Maître Sirius de le faire alors ?

-Parce que suivant le problème Sirius ira sur le terrain. Tu n'as peut-être pas le droit de sortir mais si Harry devait être sur le lieu de l'attaque…

-Les règles de Dumby vont voir ailleurs si j'y suis et je fonce.

-Ça te dérangerait Glorfi ?

-Bien sûr que non maître James.

-Merci. Je trouverai une meilleure solution.

Jamie, crée une nouvelle pièce d'argent. Un nouveau membre vient d'entrer dans l'Armée de Poudlard, dit Neve Nere.

D'accord. Je vais le faire dans la soirée.

Les mois passaient et les solutions ne trouvaient grâce aux yeux de James. Voldemort restait silencieux. Rien ne témoignait de sa présence ou d'un plan quelconque. Il voulait la prophétie, la réédition de Trelawney. Mais ce petit détail n'aidait pas James. L'évasion des mangemorts était gentiment passé sous silence dans la presse. Kingsley et Tonks lui fournissaient de magnifiques pistes apocryphes concernant Sirius. Il sentit le regard perçant de son adjoint pendant qu'il lisait ces nouvelles informations aussi imaginatives les unes que les autres. Il arrivait à manipuler tout le monde sauf lui. Dumbledore devait être vraiment aveugle pour ne rien remarquer.

Il discutait avec Kingsley de cette évasion et de la cachette plausible de tant de mangemorts quand il reçut une missive d'Ombrage parlant du renvoi de Harry qui aurait comploté contre le ministère. La femme crapaud lui ordonnait de venir pour régler ce problème. Accompagné de Kingsley qui pourrait certainement le retenir au cas où James aurait l'envie soudaine de régler son compte à Ombrage pour avoir lever la main sur son fils, ils se rendirent à Poudlard. C'est dans un parfait silence qu'ils longèrent les couloirs. James ne prit pas la peine de toquer et entra. Les visages se tournèrent vers eux. Ombrage esquissa un sourire malsain en voyant les deux aurors arriver. Le directeur lança son regard le plus meurtrier à l'auror honnis. Le regard perçant du phoenix accrocha celui de James. La puissance magique de Poudlard émanait de cet oiseau mythique. Il ne put s'empêcher de lancer un discret sourire à son fils.

-Alors Dolorès, quelles sont ces histoires de complots au sein de Poudlard ? demanda-t-il moqueusement.

Il croisa le regard de Harry dont le regard pétillait. Ces émeraudes si brillantes réchauffèrent le cœur de James. Il se tourna vers le crapaud rose qui lui tendit une liste de nom. Il haussa les sourcils d'incompréhension.

-Ils complotent contre le ministère. Il doit être renvoyé. C'est lui le chef, débita-t-elle en désignant Harry. Elle l'a dit.

Pour la première fois depuis son arrivée, James remarqua une jeune fille derrière Harry. L'asiatique semblait mal à l'aise. Une colère l'habita quand il réalisa que le groupe combattif venait d'être vendu par une des leurs. Son regard était glacial.

-D'accord, Potter a formé un groupe, mais qu'est-ce qui prouve qu'il complotait contre le ministère ? Potter, aviez-vous l'intention de venir attaquer le ministère de la magie avec vos petits camarades ? demanda-t-il dans la ferme attention de se changer les idées.

-Non. On ne faisait pas ça pour aller attaquer le ministère mais pour être prêt si Voldemort attaque. On se moque de ce que prépare le ministère.

-L'armée de Poudlard, Vincenzo. Ces élèves créaient une armée, répéta Ombrage.

-Ils sont trop jeunes, Dolores, pour avoir envie de s'intéresser à ce que fait le ministère. Par contre, peut-être qu'il leur a été demandé de former un groupe prêt à se battre... commença-t-il en tournant légèrement le regard vers Dumbledore.

Si quelqu'un doit être renvoyé faisons en sorte que ce soit Dumbledore !

-Insinuez-vous, Vincenzo, que j'aurais demandé à ces élèves de former une armée pour attaquer le ministère de la magie ? coupa Dumbledore.

-C'est vous qui le dites. Si vous comprenez les choses ainsi, c'est peut-être qu'il y a une part de réalité. Après, c'est vous qui voyez, Dumbledore. Vous avez un étudiant qui peut être renvoyé par la grande inquisitrice s'il est accusé de complot contre le Ministère de la Magie. Ou alors vous pouvez avouer que c'est vous qui mettez de telles idées dans l'esprit d'adolescents, lui évitant ainsi de se retrouver hors de cette école et donc sans la possibilité de finir ses études ce qui lui fermerait toutes les portes pour son avenir... et le laisser retourner dans sa famille moldue. Vous êtes tellement sûr que Voldemort est de retour et qu'il veut tuer Harry Potter... Mais si vous laissez un adolescent endosser la responsabilité de vos pensées, c'est son avenir que vous détruisez. Si vous dites vrai pour Voldemort et que ce jeune homme n'a plus d'enseignements magiques, vous laissez mourir l'élu même de toute une communauté magique. C'est ça que vous voulez, Dumbledore ? La chute de la communauté sorcière et le règne de Voldemort, s'il est vraiment de retour ?

-Vous ne croyez pas en la vérité Vincenzo, pourquoi ferais-je comme si vous y croyez ?

-Parce que vous, vous croyez à son retour, argumenta James espérant que tout se passe bien.

-Dans tous les cas, Potter doit être renvoyé, cingla le crapaud rose.

-Vous voulez renvoyer un gamin juste parce qu'il a été obligé de manière plus ou moins implicite d'obéir à l'investigateur de toute cette mascarade ? Le plus logique serait de renvoyer de ce poste un homme qui manipule les étudiants, contredit James.

Je dois tout faire dans cette société ou quoi ?

-Harry n'a rien à voir avec ça, déclara finalement Dumbledore. C'est moi qui le lui ai demandé.

James retint un petit sourire victorieux.

-Vous complotez contre le ministre, vous l'avouez !

-Je sauve la mise à un étudiant, rappela le directeur en plongeant son regard dans celui de l'auror. Mais je dois dire que je ne me laisserais pas amener gentiment.

-L'idée venait de moi ! s'écria Harry en bon Gryffondor qui assume ses actes.

-Harry n'a rien voir avec ça. Je lui ai demandé de former un groupe.

-Bien, en que sous secrétaire d'État, je vous demande, Tellerino et vous Kingsley, d'arrêter cet homme qui complote contre le ministère ! s'écria Ombrage affolée.

Il vit Harry ouvrir la bouche et lui lança discrètement un sort de mutisme empêchant l'adolescent de rappeler sa présence. Il lança un sort au directeur qui le contra trop facilement.

Evidemment, que peut faire ma baguette contre la baguette du Sureau ?

Dumbledore recula. Proche du phoenix, ils disparurent dans un brasier ardent. Son visage se ferma de contrariété.

-Merda ! murmura-t-il.

-Potter, vous êtes renvoyé ! s'exclama soudainement Ombrage.

-Oh, ça va, Dolores ! s'énerva James. Dumbledore a avoué que c'était lui qui était à la base de ce complot. Potter n'a rien fait contre le ministère. Il a désobéi aux règles, c'est vrai. Vous lui mettez une retenue et c'est réglé.

-Une retenue, Potter. En plus de celle que j'ai donné à vos camarades et que vous allez effectuer avec eux, reprit-elle contrarié. Sortez de ce bureau, qui est maintenant mon bureau.

L'adolescent ne se le fit pas dire deux fois. James le suivit du regard, soulagé de ne pas le savoir renvoyé. Il retint une grimace de dégoût en entendant Ombrage féliciter la traîtresse qui lui échappa et se faufila dans les escaliers dès qu'elle le put. La nouvelle directrice tempêta encore quelques instants profitant d'avoir deux paires d'oreilles à son écoute. Ne pouvant plus écouter ses remarques déplacées, James la coupa et décréta qu'ils devaient retourner au ministère, leurs recherches sur Sirius Black ne pouvant attendre. À peine eut-il dit cette simple phrase qu'elle les chassa quasiment de son bureau leur recommandant à quel point il était important de le retrouver. Les deux aurors en profitèrent pour fuir.

-Vous m'étonnez Vincenzo, avoua Kingsley tandis que la porte se refermait et qu'ils se trouvaient dans les couloirs.

-Pourquoi ? s'inquiéta James.

-Vous avez poussé Dumbledore à s'accuser lui-même pour que Harry Potter n'ait pas de problème.

-Je lui ai fait gagner une retenue de plus ! répliqua-t-il.

-Il doit sûrement préférer une retenue supplémentaire plutôt qu'un renvoi. Et vous n'avez pas nié avoir poussé Dumbledore à prendre toutes les responsabilités, remarqua l'auror.

-Pourquoi le nierais-je si je le pense ? avoua James. Il sait de quel côté je suis alors pourquoi ne pas profiter pour être le plus possible moi-même.

-Dumbledore ne semblait pas être au courant de ce groupe d'étudiant…

-Peut-être n'était-il pas au courant. Je l'avoue. Mais entre nous, vous êtes un sorcier intelligent, Kingsley, alors ne me faites pas croire que Dumbledore vous dit tout lors des séances de l'Ordre du Phénix. Il se garde bien de tout vous dire.

-Qu'est-ce qui vous fait croire que je fais partie de l'Ordre ? Je n'en faisais pas partie lors de la Première Guerre, déclara un Kingsley plus que surpris.

-Lors de la formation de l'Ordre, la première fois, il ne vous a même pas été proposé d'en faire partie. Puis, d'après ce que j'ai entendu dire, on vous l'a proposé quand votre mentor est mort mais vous avez refusé.

-Qu'en savez-vous ? Vous n'étiez qu'un gamin vivant en Italie, argumenta l'auror de plus en plus étonné et mal à l'aise de voir sa vie ainsi révélée.

-Il n'est pas très dur de le savoir, tout comme de savoir pourquoi cette fois vous avez accepté l'offre, ajouta James en souriant.

-Pourquoi aurais-je accepté de faire partie de l'Ordre du Phénix ?

-Je dirai que vous suivez vos idées et vous les acceptez. Vous n'accordez pas votre confiance à Dumbledore, voilà pourquoi vous avez refusé de faire partie de l'Ordre la première fois. Vous savez qu'il y a quelque chose de louche. On vous l'a dit mais vous ignorez ce qui cloche, vous ignorez à qui demander de vous éclairer, supposa James tout essayant de maîtriser sa voix lorsqu'il fait référence à son père.

-Alors pourquoi ai-je accepté d'entrer dans l'ordre cette fois-ci si je ne lui fais pas confiance ?

-Peut-être parce que vous avez changé d'avis. Mais je pencherai plutôt sur le fait que vous avez fait le choix de vous battre contre Voldemort et vous voulez éviter ou gagner la guerre si elle a lieu. Vous refusez de laisser les Forces du Mal gagner, quitte à, durant quelques temps, accepter d'obéir. Seul l'Ordre se bat réellement contre Voldemort. Vous ne pouviez rester sans rien faire sachant que quelque chose se passe.

-Comment savez-vous tout ça ? interrogea le plus âgé après un temps de silence révélateur.

-Je sais où avoir les renseignements. Bon, j'avoue que c'était un peu au hasard que j'ai développé sur le fait que vous ayez accepté de faire parti de l'Ordre cette fois-ci.

-Alors comment avez-vous fait pour dire des choses exactes ?

-Je me suis renseigné sur mes employés, avoua James mal à l'aise. Je me souviens de l'homme qui m'a formé, l'homme qui utilisait l'enseignement donné par mon père. Vous l'avez vous-même fait avec moi, il me semble.

-Qui vous a dit que je ne faisais pas confiance à Dumbledore mais que j'ignore ces manigances ?

-Un de mes prédécesseurs qui a aussi été votre formateur ne faisait pas confiance à ce vieux fou. Il n'a pas eu le temps de vous expliquer en détail les raisons de sa méfiance et n'a jamais osé donner le nom de la personne qui pourrait vous éclairer.

Kingsley s'arrêta brusquement au milieu du parc surprenant James.

-À qui dois-je m'adresser alors pour que je puisse avec les explications tant attendues ?

-Pardon ? Comment pourrais-je le savoir ?

-Vous semblez avoir très bien fouiné…

-Je n'ai pas fouiné, je me renseigne, c'est tout.

-Si dans vos renseignements vous pensez avoir trouvé la personne qui détient la clé, faites le moi savoir. Je serai ravi de l'apprendre, même si je dois dire que l'identité de cette personne est certainement morte en même temps que William Potter.

La fin de sa phrase fut prononcée dans l'atrium du ministère. Dans un drôle de silence, ils longèrent les couloirs. Il ne fut guère surpris en constatant que son adjoint et ancien formateur le suivait dans son bureau. Kingsley s'assit en face de James sans lui laisser le choix de sa présence. Son regard sérieux rappela les années où il n'était qu'un débutant.

-Qu'est-ce que vous savez de Dumbledore ?

-Qu'est-ce que je… répéta bêtement James. C'est le directeur de Poudlard, c'est un grand sorcier qui a vaincu Grindelwald…

-Sérieusement, coupa Kingsley. Ne me prenez pas pour un imbécile.

Je n'oserais jamais faire ça.

-Je ne vous prends pour un imbécile. Vous êtes l'auror le plus doué de ce département, vous raconter n'importe quoi n'aurait aucun sens, vous le sauriez.

-Pourquoi avoir fait pendant toutes ces années ces fausses recherches sur Sirius Black ? Vous savez qu'il est en Angleterre. C'est pour ça que vous nous avez demandé à Tonks et moi de nous en chargez car vous savez qu'on n'allait pas le rechercher réellement vu qu'il est membre de l'Ordre. Oui, je suis en train de vous donnez plein d'informations et votre air surpris n'est pas dû à ses révélations mais au fait que je les fasse.

-Pourquoi n'avez-vous jamais été chef des aurors ?

-On me l'a proposé, vous vous êtes mal renseigné.

-Vous avez refusé ?

-Ouais.

-Pourquoi ?

-Répondez à mes questions et je répondrais aux vôtres.

Ils se regardèrent dans les yeux durant quelques minutes jusqu'à ce que James tourne le regard. Il pouvait sentir le rayon visuel de Kingsley le scanner. Il savait qu'il pouvait lui faire confiance. Alors qu'il réfléchissait à ce qu'il allait pouvoir répondre sans trop dévoiler et sans mentir.

-J'ai refusé car je me voyais mal être chef des aurors après William Potter. Je ne me voyais pas non plus diriger un département en sachant qu'il m'est impossible d'arrêter Voldemort, avoua Kingsley.

James leva un regard surpris. Avant qu'il n'ait eut le temps de dire quoi que ce soit, l'auror était hors de son bureau.

-Quoi ?

Il resta figé en fixant la porte que venait de passer Kingsley. Il pouvait encore comprendre qu'il ait refusé pour son premier argument mais que signifiait le deuxième ? Son père savait que seul James pouvait vaincre Voldemort. Avait-il sous-entendu quelque chose à Kingsley ? Il n'y avait pas d'autres explications à cela.

-Mais pourquoi m'avoir dit ça ?

James passa son après-midi hanté par ces simples mots. Quelque chose lui échappait et il détestait ça. Il ne pouvait croire que son père lui ait expliqué la prophétie. Au manoir Potter le soir même, il essayait de comprendre ce que Kingsley avait pu comprendre. Son regard était plongé dans le feu crépitant. Le front légèrement plissé par la concentration, il peinait à croire que Kingsley ait pu faire le lien entre Tellerino, l'inconnu et James Potter.

-T'as de la chance mon pote ! Je t'aurais massacré sinon ! s'écria Sirius qui venait d'entrer dans le salon.

James jeta un regard interrogateur à Remus.

-Molly a invité Dumbledore à vivre au QG de l'Ordre vu qu'il est aussi recherché.

-Ce qui signifie la fin de la liberté, des sorties et d'un monde heureux !

-Il a refusé, coupa le loup-garou.

-C'est pour ça que tu as de la chance.

-Il m'a de nouveau insulté ?

-Ouais. Cependant, il n'a rien dit de spécial à ton sujet. Il a juste redemandé aux trois aurors de t'avoir à l'œil et de trouver ce que tu caches, expliqua Sirius.

-Qu'a dit Kinsgley ?

-Rien. Etrangement, d'ailleurs. J'ai juste trouvé bizarre comment il te fixait Sirius.

-Quoi ? Pourquoi m'aurait-il fixé ?

-Il m'a demandé ce que je savais sur Dumbledore cet après-midi, coupa James. Je lui ai répondu par une question. Il m'a dit alors avoir refusé le poste de chef des aurors quand mon père est décédé. Il se voyait mal être chef après Le Grand William Potter et parce qu'il savait qu'il lui était impossible de vaincre Voldemort.

-Comment peut-il savoir que toi seul peut le vaincre ?

-Il est sorti avant que j'ai pu réalisé ce qu'il m'avait dit !

-Il ne peut pas avoir compris que tu es vivant, rassura Remus. En tout cas, il n'a rien dit durant la séance.

-Non, il ne dira rien. Il agit de la même manière que vous deux. Il vient pour avoir les infos mais ne donne pas les siennes.

-L'Ordre n'est plus ce qu'elle était, soupira le lycanthrope. Dumbledore dit ce qu'il veut et écoute, Kingsley écoute et donne les informations qui l'arrange et nous, on écoute pour venir te dire tout ce qu'on a entendu.

Ils continuèrent à méditer sur leur nouveau problème. Un détail leur échappait. L'armée de Poudlard venait d'être dissout, Dumbledore préparait ses plans machiavéliques, Kingsley savait trop de choses. Malgré le fait qu'ils étaient trois, ils leur semblaient que des éléments leur manquaient pour tout comprendre. Seul le crépitement du feu brisait le silence.