Et si tout était différent

Chapitre 65

L'inquiétude d'un père

James aurait juré que Kingsley avait fait exprès de lui dire cette ultime phrase. Chaque fois qu'il croisait son regard, il avait l'impression d'être sondé. Il était convaincu que Kingsley n'avait pas compris la vérité. Peut-être avait-il fait un lien avec sa réelle identité mais il ne s'agissait que d'un lien et non pas d'une découverte ou d'une révélation. L'auror avait fait remarquer que ni lui, ni Tonks ne cherchaient réellement Sirius et avait proposé à James de l'aider à chercher ce que manigançait Voldemort et où il se cachait. Après avoir tenté de garder l'avis du ministère, son ancien mentor lui avait promit que l'Ordre ne saurait rien de cet arrangement et encore moins le ministre. Après tout un coup de main ne pouvait pas lui faire de mal, James avait alors accepté.

Remus passait de plus en plus de temps avec Tonks, laissant le père et le parrain s'inquiéter pour le futur de Harry. Il était hors de questions qu'il retourne chez les Dursley. Tous deux les détestaient. Sirius avait essayé de s'opposer à Dumbledore mais rien à faire. James ne pouvait utiliser son haut poste au ministère. Il n'y aurait aucun sens à ce qu'un membre du ministère demande que Harry Potter aille passer l'été ailleurs.

L'été arrivait à grands pas. Une année que Voldemort était de retour et aucun signe réel de vie. Une année que Sirius et Remus connaissait la vérité sur leur meilleur ami. Une année que l'inconnu avait été créé comme personnage. Pourtant, il semblait à James qu'il n'avait jamais vécu autant de choses que cette dernière année.

Ce soir-là, il étudiait, s'entraînait. Il savait que ses meilleurs amis n'allaient pas venir avant quelques heures. Il pouvait profiter de son asociabilité et de sa solitude italienne. Il était caché au dernier étage de la maison quand soudain la voix paniquée de Neve Nere résonna dans sa tête.

James ? Réponds-moi !

Quoi ? Qu'est-ce qui t'arrive ?

J'ignore où est Harry ! Je l'ai cherché partout !

J'arrive, je viens voir la carte. Il n'y a personne dans son dortoir ?

Personne. Viens !

Ni une ni deux, James se retrouva devant un animal tremblant d'inquiétude. Surpris, il prit la carte cachée sous l'oreiller de Harry.

-Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises !

La carte de Poudlard se déroula nostalgiquement entre les doigts de James caché sous sa tenue de l'inconnu. Harry n'apparaissait pas.

Il n'est pas venu manger. Je ne pense pas qu'il soit dans la salle sur demande et…

Neve Nere, je peux me téléporter à ses côtés. Je vais y aller, où qu'il soit je le retrouverai. Promis. Tu as fait du super travail depuis une année. Si Harry a échappé à ta surveillance, je ne t'en voudrais pas.

Retrouve-le James. C'est mon petit maître.

James lui adressa un ultime sourire. Il se concentra sur Harry pour se téléporter vers lui. Il se retrouva au département des mystères. Autour de lui les membres de l'Ordre et les mangemorts se battaient. Il vit rapidement Harry être éloigné de l'affrontement par Remus tandis que Sirius combattait Lucius Malefoy. Alors qu'il allait s'approcher, il remarqua avec effroi la folle cousine de Sirius brandir sa baguette dans la direction de ce dernier. D'un simple regard, il créa un bouclier autour de son meilleur ami. La lumière verte ricocha sur la barrière magique. Il sentit son cœur se serrer. À quelques secondes près, il perdait son meilleur ami. Il vit le soupir de soulagement de son frère de cœur et entendit le cri rageur de Bellatrix. Il envoya Sirius valser loin du voile de la mort. Il se téléporta à ses côtés et proposa une main salvatrice à son meilleur ami étalé au sol.

-Ne meurs pas, Siri.

-T'inquiète, il faut plus qu'une cousine attardée pour m'envoyer dans l'au-delà, répliqua Sirius en souriant.

-Un petit frère maudit peut.

-Tais-toi, James. Je ne mourrais pas ! Va t'occuper de ton fils !

-Fais attention Siri.

-Oui, papa, se moqua-t-il.

James lui lança un dernier regard. Il en profita pour stupéfixier quelques mangemorts lorsqu'il traversa la pièce pour retrouver Harry. Il eut un bref échange visuel avec Remus quand il quitta la pièce. Il longea les couloirs qu'il connaissait à présent comme sa poche. Un nœud lui serra l'estomac. Il jeta un sort rapide aux deux mangemorts qu'il croisa. Il se figea à l'entrée de l'atrium. Derrière l'immense fontaine, son fils gisait au sol. Dumbledore s'agenouilla vers lui. L'émeraude de Harry avait disparu pour un rouge sanguinaire. Retenus les uns à côtés des autres, le regard des adolescents étaient terrifiés.

-Tu veux me tuer, vieux fou, tu devras tuer le gamin aussi !

La voix sifflante de Voldemort s'éleva de l'héritier de Gryffondor glaçant le sang de James. Ce qu'il redoutait depuis des mois avait lieu, son fils venait d'être possédé par le Seigneur des Ténèbres. Le regard peu discret que lança Dumbledore en direction des adolescents fut comme une douche froide pour James. Il retrouva ses esprits en voyant la lueur démente dans le bleu des yeux du vieux sorcier. Son bras tenant sa baguette s'éleva de quelques millimètres. Soudain, il fut propulsé par un père protecteur.

-N'y pense même pas, vieux fou, murmura-t-il de rage.

Il s'avança vers Harry, ignorant les interrogations visuels des cinq adolescents et de leur directeur. Il plongea ses noisettes dans le regard souffrant de Harry. Dans sa poitrine, son cœur battait la chamade.

-Sors de son corps, Tom ou je t'expulse moi-même, menaça-t-il.

-Pourquoi sortirai-je ? Sentir la douleur du gamin me procure un bien fou. J'aime sentir la douleur couler dans ses veines. D'ailleurs, j'aimerais bien voir comment tu vas t'y prendre pour m'expulser de là.

La colère se faufila à travers les veines de James. Il sentait sa magie bouillonner en lui. Il jeta un ultime coup d'œil à Dumbledore qui le fixait, vexé. Son regard se posa à nouveau sur le corps meurtri et sanglant de Harry. Il retint avec justesse une larme. Des débris en béton jonchaient le sol autour de l'adolescent. Il s'agenouilla. La main tendu au-dessus de sa poitrine, il commença à murmurer en latin. Tremblant, il vit avec soulagement une lumière bleue apparaître. Tout le corps scintilla de bleu. Eblouissante, elle expulsa l'esprit parasitaire. James vit avec horreur une roche qui se trouvait plantée dans l'abdomen de Harry quitter la chair en même que le Seigneur des Ténèbres. Un hoquet de douleur de la part de son fils l'inquiéta d'autant plus. La large blessure semblait profonde, du sang coulait. Il pouvait sentir les regards des deux grands sorciers de l'époque dans son dos. Il les ignora. Il entendit vaguement la voix du ministère de la magie.

-Impossible !

Il sentit le transplanage de Voldemort. Ignorant les questions muettes, il plaça sa main au dessus de la plaie béante. Une chaleur se propagea de sa main à la chair déchirée. Une lumière scintillante sortit de sa paume. La magie arrêta le sang de couler. Néanmoins, la douleur restait présente. Il s'empêcha de fixer le liquide rouge, sentant l'inquiétude prendre le dessus. Ses noisettes se posèrent sur le visage de Harry. Avec un certain soulagement, il vit ses traits crispés se détendre. En voyant les paupières de l'adolescent se fermer, James lui prit la main et lui murmura à l'oreille.

-Harry, tu ne dois surtout pas t'endormir, d'accord ? Tu restes avec moi, réveillé, expliqua-t-il en tentant de garder une voix ferme qui ne trahirait pas son inquiétude.

Il plongea son regard dans celui douloureux de Harry. L'adolescent affirma d'un signe de tête. Il serra fermement la main frêle de son fils. Malgré la peur de le perdre, il sentait vibrer en lui son instinct paternel qui lui dictait de rassurer l'adolescent. Il ignora les personnes qui l'entouraient. Il n'y avait plus que lui et Harry. Pour la première fois, il se sentait à découvert. Sa force visuelle, son regard protecteur rassurait Harry.

-Qu'est-ce-que…?

Il se retourna légèrement et vit que Dumbledore avait essayé de se rapprocher. Il esquissa un sourire en voyant que son bouclier l'avait empêché d'avancer malgré le fait que toute sa concentration était liée à Harry. Il vit le regard inquiet des étudiants, ceux perdus de membres du ministère. Il retint un sourire en voyant Tellerino. Une reconnaissance infinie pour son elfe de maison l'étreignit. Il devina sous son regard impassible une lueur anxieuse. Le directeur de Poudlard le regardait choqué. Il les ignora tous. Seul Harry comptait.

Il voulut leur cracher qu'il serait temps d'appeler un médicomage mais des bruits de pas l'arrêtèrent. Il garda son regard posé sur son fils. Son cœur battait à toute vitesse. Des frissons lui parcouraient le dos malgré la chaleur éprouvée par le stress. Il ne voulait pas le perdre. Il ne pouvait pas le perdre.

-Black ! s'écria la voix du ministre.

Black ! Ce nom résonna dans la tête de James. Ministère, Sirius, Prison ! Son cœur fit un bond en sentant une nouvelle vague de terreur l'envahir. Sans prendre le temps de réfléchir à quoi que ce soit, il lâcha la main de Harry pour faire disparaître son meilleur ami d'un mouvement de la main.

Rassuré, il put reporter son attention sur le corps allongé à ses côtés. La main de Harry tremblait. Tout son corps était parcouru de spasmes douloureux. Au dessus de la plaie, sa paume frémissante scintillait encore. Il vit le regard vitreux s'éteindre peu à peu pour sombrer dans l'inconscience.

-Ne t'endors pas, s'il te plaît, supplia James. Ne baisse pas les bras Harry. Tu es un garçon courageux. Tu as vécu des choses bien plus atroces que cette petite blessure. Tu es un battant, mon bébé. Je te promets que je ne t'abandonnerai plus mais tu dois tenir bon. Je reste près de toi mon fils. Je t'en supplie Harry, reste avec moi…

Les larmes coulaient le long de ses joues. Il refusait de perdre le dernier membre de sa famille. Il avait accepté d'être loin de lui afin de ne pas le perdre. Les émeraudes de Harry étaient plongées dans ses noisettes délavées. Il tenait fermement cette petite main qu'il n'avait plus serrée depuis si longtemps. C'était comme si le temps s'était arrêté et qu'ils étaient ailleurs, loin de tous ces regards.

-Quelqu'un a appelé un médicomage ?

Il entendit vaguement la question posée par Kingsley et ne fut guère surpris en réalisant qu'il était le seul à avoir gardé la tête froide. Il continua à parler à Harry. Il n'y avait que son fils qui comptait. Leur échange visuel était humide. Il remarqua avec soulagement l'arrivée d'un médicomage. Il cessa de murmurer à l'oreille de Harry mais la main de James continua à enserrer la sienne. Il laissa le docteur jeter un sort de diagnostic. Il devina sans peine le regard inquisiteur posé sur l'enchantement.

-Pourriez-vous m'accompagnez jusqu'à Ste-Mangouste tout en continuant le sort que vous faites ?

-Bien sûr.

Sans un autre regard, sans un mot de plus, James se téléporta avec Harry. Avant de quitter le ministère, il prit son fils dans ses bras. En arrivant, il fut assailli par des infirmières qui lui amenèrent un lit où le poser. Avec délicatesse, il l'allongea. Sa main resta suspendue au-dessus de la large blessure. Le regard de Harry resta planté dans le sien. Il essaya d'oublier tous les médicomages et infirmiers qui tournaient autour du corps affaibli. L'agitation ne le toucha pas. Il continua à stopper l'hémorragie tandis que le médicomage soignait, nettoyait, recousait la plaie. Quand ils n'eurent plus besoin de lui, James put sortir.

Lorsqu'il quitta la salle blanche, il vit son meilleur ami, main dans la main avec Tonks ainsi que Kingsley et les amis de Harry. Il devinait sans trop de mal le regard inquiet de Remus. Il effaça tout ce qui l'entourait pour s'asseoir à même le sol. Il remonta ses genoux contre sa poitrine et laissa sa tête s'appuyer dessus. Priant le ciel pour que Harry puisse s'en sortir sans trop de cicatrices, il sentit son corps fondre sous le soulagement de le savoir entre des mains expertes qui lui avaient évité la mort.

-Les médicomages finissent de soigner Harry. Il est hors de danger, désormais.

Sa magie contenue durant tout ce temps vibrait dans son corps. Enervé contre lui-même, inquiet, il la sentait prête à exploser. Il se concentra pour faire sortir son flux magique dans sa main, évitant ainsi de se voir perdre le contrôle de lui-même. Scintillante de rouge et d'or, la sphère attira son regard. Inlassablement, il priait pour que Harry aille bien. Il refusait de voir une nouvelle pierre tombale avec le nom de Potter gravé dessus. Une boule lui bloquait la gorge.

-Qu'est-ce que c'est que cette sphère rouge et jaune ? demanda Hermione.

-Mon flux magique, répondit-il doucement sans relever la tête.

-À quoi est-ce que ça sert ? ajouta-t-elle.

-À canaliser ma magie pour éviter qu'elle n'explose, pour la maîtriser, expliqua-t-il en essayant de maîtrisant sa voix et cachant les sanglots qui n'attendaient que de pouvoir sortir.

-Les sphères représentant la magie ne sont-elles pas en général plus petite ? coupa la voix grave de Kingsley.

-Ça varie selon la puissance magique, avoua James acceptant d'être lui-même face à son ancien mentor.

-Qui êtes-vous ? demanda abruptement Ron.

-L'inconnu, répliqua James dans un rire nerveux.

Ce pseudonyme n'était qu'un jeu. Il devait être l'inconnu en ce moment et pas le père inquiet. Depuis quatorze ans, il n'était plus que l'ombre de lui-même, un étranger dans son propre corps. Harry lui rappelait qui était réellement l'inconnu qu'il était devenu. James rigola nerveusement. Pris d'un rire incontrôlable, il fit disparaître la sphère magique. Il reconnut l'ambre inquiète de Remus qui le fixait.

Il se tut immédiatement en voyant sortir Harry. Il se leva dans un bond et s'approcha du brancard. Son regard se posa sur le visage endormi et calme de son fils. La souffrance avait quitté ses traits, le rassurant. Sa main rencontra celle de Harry. Il la serra. Soulagé, un soupir s'échappa de ses lèvres et une larme unique roula le long de sa joue. À contrecœur, il le lâcha. Il quitta le couloir froid et blanc de l'hôpital sans dire un mot de plus.

Il se retrouva dans la chambre de son meilleur ami au 12 Square Grimmaurd. D'un geste machinal, il enleva la capuche, mettant à nu son visage. Réalisant que Sirius était sans doute avec les autres membres de l'Ordre à attendre des nouvelles de Harry, il écrivit rapidement un mot à son attention.

« Sirius,
Harry est hors de danger. Remus pourra sûrement te donner plus d'informations. Je vais aller reprendre ma place en tant que Tellerino.

À ce soir, sûrement !

Tuo fratellino »

Il reprit son apparence italienne et se téléporta dans le bureau du chef des aurors. Assis sur le fauteuil, son sosie le fixait, perdu. James esquissa un sourire auquel Glorfi répondit sincèrement.

-Comment se porte maître Harry ? demanda la voix inquiète de Tellerino.

-Il est toujours inconscient mais hors de danger. Remus pourra sûrement nous apporter plus de nouvelles. Merci pour ce que tu as fait, Glorfi, remercia James en redonnant sa véritable apparence à l'elfe.

-Si Glorfi a pu aider Maître James, Glorfi est heureux. Par contre, Glorfi doit avouer à maître James qu'il n'est sûr d'avoir agi correctement face aux membres du ministère, avoua la petite créature en baissant la tête.

-Pourquoi ? Que s'est-il passé après que je sois parti ?

-Fudge a commencé à bégayer des excuses mais il a été coupé par Dumbledore qui refusait de parler dans le hall d'entrée du ministère. Alors, Dumbledore, Maugrey, Fudge, le rouquin…

-Percy Weasley.

-Oui, c'était lui. Et Glorfi, nous sommes allés dans le bureau du ministre. Fudge s'est à nouveau excusé auprès de Dumbledore, lui promettant de l'écouter maintenant. Dumbledore lui a dit d'aller raconter la vérité aux médias. Glorfi n'a pas pu s'empêcher de demander ce qui allait se passer pour Harry.

-Et ?

-Glorfi a essayé d'être le plus sûr de soi possible et…

-Glorfi. Pour Harry.

-Dumbledore a dit vouloir qu'il retourne chez les Dursley pour sa sécurité. Mais là encore Glorfi a eu un réflexe d'elfe de maison en voulant protéger son maître, Glorfi s'y est donc opposé. Glorfi a proposé de se charger de sa sécurité, avoua l'elfe d'une toute petite voix sans relever la tête vers son maître.

-Te ou plutôt me charger de sa sécurité ? répète James. C'est parfait, murmura-t-il.

-Parfait ? Le maître n'est pas fâché d'avoir …

-… Fait en sorte que Harry soit en sécurité ? Non ! Comment pourrais-je être plus rassuré pour la sécurité de mon fils qu'en étant moi-même chargé de le surveiller ?

-Maître Harry va donc apprendre toute la vérité ?

-Je crois que je n'aurais plus trop le choix. C'est mieux ainsi, Glorfi. Ça m'obligera à tout lui dire, à repousser cette peur. Ensuite, qu'a dit Dumbledore ?

-Il a d'abord refusé mais Fudge a fait remarqué que Glorfi était, ou plutôt Tellerino était, le chef des aurors et donc la meilleure personne pour protéger quelqu'un. De plus, les mangmorts ne te connaissent pas. Ils ignorent tout de ta manière d'agir. Ils ont ensuite été parlés à la presse. Glorfi a dit que qu'il allait attendre le retour de Kingsley. Glorfi s'est échappé dès qu'il a pu. Glorfi a demandé un conseil d'auror aux premières heures demain matin et demandé à ce que soit organisé un tour de garde pour surveiller maître Harry durant son séjour à l'hôpital.

-C'est parfait, Glorfi. Tu peux rentrer à la maison. Sirius et Remus vont peut-être arriver avant moi. Je vais attendre Kingsley.

-Bien maître James. Au revoir.

Dans un plop, Glorfi disparut. James ne réalisait toujours pas les évènements qui venaient de se dérouler. Il avait été si proche de Harry en restant lui-même et avait été si proche de le perdre... Il espéra discrètement que le visage de Tellerino ne portait pas les marques des perles salées qui avaient dégoulinés le long des joues de James. Il songea à la possibilité qui s'ouvrait à lui d'apprendre à se faire connaître à Harry et surtout de se faire pardonner pour son absence. Des coups à la porte l'interrompirent dans ses pensées.

-Entrez !

Son adjoint entra.

-Fudge a reconnu le retour de Voldemort ?

-Il était bel et bien obligé. Il a été parlé à la presse avec Dumbledore. Comment va le petit Potter ?

-L'inconnu lui a sauvé la vie, avoua-t-il avec un regard suspicieux guettant la moindre réaction dans le visage impassible de Tellerino. Son estomac a été perforé et il a perdu beaucoup de sang mais les médicomages ont pu le soigner. Sa vie n'est plus en danger désormais. Williamson m'a informé de la réunion de demain matin et du tour de garde. La sécurité de Harry est devenue une mission importante, j'imagine. Que va-t-il se passer durant ces vacances ?

-Il sera sous ma responsabilité.

-Parfait. J'imagine que vous n'avez plus besoin de moi et que je peux aller apprendre les nouvelles du côté de l'Ordre ?

-Allez-y, accepta James avec un léger sourire. À demain.

Il soupira avant de rentrer. À peine eut-il posé un pied dans le manoir qu'il sentit une odeur de parfum et de produit de nettoyage lui gratter le nez. Un coup d'œil rapide lui confirma sa pensée Glorfi déstressait grâce à des coups de chiffons minutieux. James s'appuya sur l'embrassure de la porte, observant l'elfe si dévoué à sa famille.

-Ça t'arrive souvent de mater ton elfe de maison en plein nettoyage inutile ? se moqua une voix derrière lui.

Avec un petit sourire, James se retourna vers ses deux meilleurs amis où étaient gravés sur leurs visages des rides d'inquiétudes. Il esquissa un pâle sourire, heureux de les retrouver mais incapable de sourire réellement après les évènements de la journée. Il accepta l'accolade de Sirius, partageant leur angoisse et leur soulagement.

-Comment va-t-il ? demanda James en se tournant vers le loup-garou.

-Mieux. Il a repris connaissance tout à l'heure.

-Et ? s'inquiéta-t-il soudainement en réalisant que Harry avait peut-être entendu et retenu ses paroles et avait donc compris la vérité.

-Il n'a rien dit mais je pense qu'il se doute de quelque chose.

-Dire quoi ? les coupa Sirius.

-James a parlé à Harry lorsqu'il était au ministère.

-J'essayais de l'empêcher de sombrer.

-Tu lui as révélé être son père. J'entendais tes paroles, je suis un loup-garou avec une ouïe très développée.

-C'est pour ça que tu as raconté que l'inconnu parlait dans une langue inconnue à Dumbledore tout à l'heure ?

-Ouais. Je n'allais pas lui dire que James était vivant !

-Pourquoi penses-tu que Harry a compris s'il ne t'a rien dit ?

-Dumbledore lui a demandé ce qu'il te disait. Il a répondu ne rien se souvenir. Pourtant avant de répondre, c'est vers moi qu'il s'est tourné. Comme s'il attendait une autorisation de ma part pour parler, expliqua Remus tandis que les trois amis prenaient place au salon.

Ils échangèrent les dernières informations afin d'être au même niveau de la connaissance des évènements récents. Tard dans la nuit, James et Sirius décidèrent d'aller en douce voir Harry, se rassurer de son état tandis que Remus leur avouait qu'il allait retrouver Tonks. Les deux maraudeurs prirent place autour du lit de l'adolescent endormi. Rassuré devant son visage serein, ils ne disaient un mot et profitaient de la vision apaisante qui s'offrait à eux.

-Merci de m'avoir sauvé la mise deux fois en une seule journée, murmura Sirius tout en gardant son regard braqué sur son filleul.

-C'était la moindre des choses. Je n'allais pas rester là à rien faire. T'es mon frangin. T'aurais fait la même chose pour moi, non ? s'étonna faussement James.

-Je ferai tout pour toi Jamie mais dans les deux cas, j'aurais été incapable de faire ce que Superman a fait aujourd'hui, alors merci. Tu m'as sauvé la vie deux fois et tu as sauvé celle de Harry. La prophétie te fait vivre des évènements tragiques mais maintenant tu as les capacités pour les éviter. J'ignore pourquoi j'essaie encore de faire rentrer tout ça dans ta petite tête, tu continueras à culpabiliser jusqu'à ce que ton fils te fasse comprendre qu'il te pardonne ton absence.

-J'aimerais tant lui parler sans avoir un masque sur le visage, lui dire la vérité. J'étais moi, réellement moi durant ces évènements.

-Tu pourras lui expliquer cet été. Moi aussi, j'aimerais lui parler mais je suis confiné à la maison, ordre du citronné. À moins de venir au milieu de la nuit, ce qu'on fait maintenant, je vais devoir attendre que tu aies tout avoué à Harry pour lui reparler.

-Tu n'as qu'à revenir demain soir pour lui parler, pas à 2h du mat' comme maintenant mais dans la soirée.

-Et tu pourrais venir avec moi et parler à Harry.

-Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. Après tout ce qui vient de se passer...

-James, Glorfi s'est engagé en ton nom de prendre en charge Harry, tu vas devoir lui dire la vérité.

-Je lui raconterais tout au manoir. J'aurais mes marques là-bas, tenta de s'expliquer James.

-Comme avec Lily ? À Poudlard, tu étais le roi des abrutis et au manoir, tu as cartonné, il suffit de regarder le résultat, expliqua-t-il devant le froncement de sourcils de James. Faudra que tu m'amènes, je ne peux pas transplaner.

-Aucun problème. De la même manière que je t'ai fait disparaître au ministère.

-Tu ne m'en voudras pas trop si je laisse glisser quelques informations sur l'inconnu ?

-Il sera heureux de te voir.

-James ! Je ne suis que son parrain. Tu es son père.

-Justement, tu es son parrain ce qui fait que tu es la personne à qui il va confier ses espoirs, non ?

-Tu confiais tes espoirs à Ravenna ? répliqua Sirius. Je viendrais rendre visite à mon filleul demain car je préfère le voir réveiller qu'endormi. Il est plus bavard dans ce cas-là. Il faut que tu viennes avec moi James sinon comment je saurais quand tu vas me ramener ? argumenta Sirius.

-À minuit, par exemple !

-Et j'oublierai ma chaussure de verre. D'accord, ma chaussure noire, corrigea-t-il en baissant en suivant le regard perplexe de James.

-T'es fatigué ?

-Pourquoi ?

-Tu te compares à Cendrillon.

-Le contrecoup des évènements de la journée. Comment tu vas faire pour te lever demain ?

-J'arrive à faire en sorte que Tellerino n'ait pas une tête de Zombie. Mais il serait plus raisonnable de rentrer vu l'heure.

James posa son regard une ultime fois sur le visage endormi de son fils. Il balaya du bout des doigts les mèches rebelles qui lui barraient le front. À contre cœur, il quitta la pièce. L'image de la douleur de son fils souffrant était gravée dans sa tête. Il se concentra sur l'apaisement qu'il dégageait en dormant. James s'endormit avec pour seule pensée, son fils et l'espoir de sa venue au manoir.