Ca'ssandre: Merci pour ta review. Il est vrai que l'enlèvement d'Harry par James pourrait être rigolo mais ça ne sera pas le cas...! Pour la surprise, il est vrai qu'Harry aura une surprise à son anniversaire. Mais ce n'est pas à ce sujet que parle la lettre que reçoit James. J'en ai parlé il y a quelques chapitres mais tu auras la réponse au chapitre 82. Bonne lecture et bonne semaine!

A tous: Je m'excuse de ce retard, j'essaie depuis dimanche 18h de publier ce chapitre mais la seule chose que je ne peux PAS faire sur ce site c'est rajouter un chapitre... -_-! Je vais essayer de le mettre le plus vite possible. Mille excuses!


Et si tout était différent

Chapitre 78

Etrange

Il observa son père lui parler avec animation, enregistrant chacun de ses mouvements, chacune de ses paroles. Le vestige gestuel dû au séjour italien de James faisait encore plus rire Harry. À chacun de ses mouvements, il pouvait voir la fine cicatrice sur sa main gauche. Son cerveau mémorisait tous les traits de son visage, même ceux pourtant identiques à son propre visage. Ce besoin de garder tous les détails de la voix, des mimiques venait de cette peur de prendre tout ce qu'il avait toujours voulu. Il fixa son père sans écouter un mot de ce qu'il disait. Pourtant, il entendait sa voix. Il voulut se concentrer sur les paroles mais qu'elle ne fut sa surprise quand il se retrouva heurté au problème de la langue. Pourquoi James lui parlait-il en italien ?

Il sursauta en entendant son parrain arriver. Sa voix tonitruante coupa l'adolescent dans ses pensées. Il regarda les deux amis discuter tout en l'ignorant. Leur attitude décontractée si propre à eux reflétait le rire qui résonnait dans le domaine du manoir Potter. Il les observa. C'était sa famille. Son cœur sautait allégrement dans sa poitrine. Les regards complices échangés entre les deux maraudeurs le touchaient. C'était l'amitié qu'il s'était toujours imaginé. Le lien unique qui les unissait était troublant. Étrangement, ses émeraudes se baissèrent tandis qu'une gêne l'enlaçait. Son corps se figea. Les mains aux cicatrices du passé étaient serrées l'une dans l'autre. Il était de trop, lui dictait sa conscience.

-Harry !

La voix moqueuse et froide de son parrain le coupa. Ses réflexions se bloquèrent, surpris par ce ton inattendu. En relevant les yeux, il fut surpris de constater l'écart de distance si minime entre les deux amis. Une teinte rouge se dessina sur ses joues à la vision de la seconde main de son parrain posée sur la cuisse de son père. Une grimace transforma son visage. Il voulut parler. Mais la voix de Sirius le coupa.

-Tu es né pour déranger. Tu es toujours là où il ne faut pas… Tu n'as pas vu qu'on était occupé ?

Sa voix resta bloquée dans sa gorge. Leur corps était trop serré pour que ce soit réel. Il aurait voulu hurler. Son cœur se serra. Dans son estomac, des nœuds se créèrent. Avec horreur, il vit la main de James se poser et remonter le long du torse musclé et nu de Sirius. Nu ? Depuis quand le tee-shirt de son parrain avait-il disparu ? La distance entre leur visage se raccourcissait et leur corps se rapprochait trop pour le bien de Harry. Dans sa poitrine, son coeur s'accélérait. Son visage était rouge. À quelques centimètres de la bouche de son parrain, son père s'arrêta.

-T'occupes pas de lui, Siri, murmura-t-il sensuellement.

Avec horreur, il vit son propre père mordiller la lèvre inférieure et embrasser langoureusement Sirius. Il aurait voulu crier, fermer les yeux, partir mais sa voix, ses paupières, son corps étaient cloués. Incapable de faire quoique ce soit, il vit le baiser le plus bestiale qu'il ait jamais vu. Horrifié, il ignorait comment réagir.

-On est libre de faire ce qu'on veut maintenant, remarqua James en descendant sa main. La morale ne nous retient plus étant donné que Harry a tué sa maman, finit-il d'une voix froide en plongeant un regard glacial dans les émeraudes de son fils.

Les dernières paroles furent comme une douche froide pour l'adolescent qui se sentit défaillir. Son sang se paralysa. Il aurait voulu mourir. Il voulait crier « Pourquoi ?». Il était comme dans un étau, incapable de faire le moindre geste.

-Tu parles, Jamie chou, à cause de lui j'ai dû attendre quinze ans avant de pouvoir te faire toutes ces choses charnelles. C'est Azkaban que tu mériterais, sale gamin et pas les vacances au paradis Potter. Tu pourrais apprendre ce que c'est l'enfer, là-bas.

Harry sentit l'adrénaline monter. Il refusait d'entendre le moindre souvenir de son parrain concernant ce séjour si douloureux.

-C'est quand même à cause de lui si pendant douze ans, j'ai vu et revu tous ces fantasmes sans pouvoir les vivre, finit-il en se tournant vers James à la surprise de Harry.

-Te plains pas. J'étais séquestré chez l'autre folle. À cause de mon propre fils.

Le ton accusateur, froid, était comme un couteau tranchant que James plantait dans la chair de son abdomen. Harry sentit les larmes ruisseler sur ses joues. Il passa sa main sur sa joue pour effacer la trace de ces sillons humides. Sur le dos de sa main, il découvrit avec horreur du sang. Son visage était couvert de ce liquide rougeâtre. Il pleurait les larmes de son cœur. Il refusait de croire que son père puisse lui parler avec tant de méchanceté. Lorsqu'il croisa le regard habituellement noisette de James, il rencontra deux yeux rouges. Il entendit sa propre voix hurler provoquant un rictus méprisant sur le visage de son père.

Une lumière verte l'aveugla. Il ferma les yeux, priant pour que tout s'arrête. Lorsqu'il les rouvrit, il espéra retrouver son vrai père. Mais il sentit ses jambes tremblant en voyant la paroi froide du ministère. Le manoir avait disparu. Les étendus verts étaient devenus du béton. Le chant des oiseaux détruit par le silence pesant. Il tourna la tête et ses émeraudes se posèrent sur une porte qu'il connaissait. C'était la porte la porte dont il avait rêvé tant de fois. La porte du département des mystères. Derrière ce métal, son parrain avait failli mourir par sa faute. Ses meilleurs amis l'avaient suivit dans un dangereux périple inutile.

-Tu peux entrer.

Il sursauta. Derrière lui était adossé Tellerino. Il ne sut s'il devait sourire ou pleurer. Tout son corps tremblait. Il était mal. Des sueurs froides le saisissaient.

-Je suis l'auror le plus réputé d'Italie, se vanta-t-il. Tu peux entrer.

-Je sais. Papa ?

-Vous êtes sûr que ça va, Potter ? Je suis Tellerino, l'auror. Votre père est mort. Quand vous étiez un bébé.

-Je sais, répondit précipitamment l'adolescent. Je vais y aller.

Mal à l'aise, il posa sa main sur la poignée. Peu rassuré, il voulut partir mais le regard encourageant de Tellerino l'incita à tourner la partie métallique. Il poussa la porte. Son pied se posa sur de l'herbe.

-Mais je ne peux plus vous protéger, Potter. C'est Maugrey le chef des aurors. Je suis rentré chez moi.

Harry se retourna précipitamment mais la porte avait disparut. Le ministère avait disparu. Des frissons lui parcoururent l'échine. Son cœur s'accéléra. Tremblante, ses lèvres murmurèrent des « oh non » répétitifs. Sous ces pieds, de l'herbe. En face de lui, une tombe. Tombe qu'hélas il reconnaissait. Celle de Tom Jedusor. Un hoquet d'horreur s'échappa de ses lèvres. Une main se posa sur son épaule. Un hurlement s'enfuit de sa gorge. Il recula.

-Harry, c'est moi, Cédric.

Ses pieds s'éloignèrent. Se heurtant à une tombe, il s'étala. Sa main s'appuya sur un rosier. Il sentit les ronces s'enfoncer dans sa chair. Il ancra son regard dans le sang qui commençait à s'écouler doucement.

-Harry !

Au son de la voix de Cédric, il se força à lever la tête vers lui. Une montée de bile dans sa gorge le brûla. Fixant cette main tendue vers lui, il ne pouvait se résoudre à la toucher. Pâle, elle était incrustée de vers. De toutes petites bêtes lui dévoraient la peau. Des pustules recouvraient son corps. Il releva la tête et rencontra les yeux vitreux et morts de son ancien ami. Son ventre était retourné. Ce corps mort mais debout devant lui le dégoûtait. Ce corps blanc le fixait. Il voulait reculer en le voyant approcher dangereusement.

-C'est moi, Cédric, ton ami. Harry. Retournons à Poudlard, ensemble.

Alors que sa main allait se poser sur joue, Harry se releva sur le côté dans un bond et partit en courant. Son cerveau ne lui dictait qu'une chose, quitter cet endroit, fuir ce zombie. Il s'interdit de tourner la tête, préférant courir entre ces tombes. Son regard se posa sur le marbre. Un hoquet de dégoût et de tristesse sortit de sa bouche alors qu'il reconnaissait les noms inscrits Ron, Hermione, James, Sirius, Remus, Neville, Luna…

-Harry !

Il se retourna et vit Cédric qui avançait d'un pas boiteux dans sa direction. Ses jambes reprirent leur course, ignorant les larmes qui voulaient couler en découvrant les noms des êtres chers sur ces pierres tombales. Son cerveau était incapable de réfléchir correctement, à cause de la peur qui sécrète des produits chimiques qui limitent la réflexion. Il se heurta à un corps. Ses fesses rencontrèrent l'herbe. Il se releva dans un bond.

-Pettigrow, grogna de dégoût Harry.

-Harry, quel plaisir de te voir !

-Ce n'est pas réciproque, répliqua l'adolescent en se retournant pour être sûr que Cédric ne le suivait plus.

-Tu as tellement grandi ! Je me souviens quand tu n'étais qu'un petit bébé…

-Ne parlez pas de ça !

-Le Seigneur des Ténèbres t'attend. Il ne veut que toi, murmura l'homme en sortant sa baguette qu'il dirigea dans la direction de l'adolescent.

Il enfouit sa main dans sa poche à la recherche de sa baguette. Dans un geste de survie, il ne réfléchit pas et voulut utiliser son seul moyen de défense. Mais ses doigts ne rencontrèrent pas le bois de sa baguette. Sous sa peau, il rencontra un froid métal. Il tira sur la garde métallique. Il découvrit avec étonnement l'épée de son aïeul. Apparaissant lentement, l'arme de Gryffondor sortit de sa poche comme par magie. Il voulut la tendre pour menacer le traître mais il avait disparu.

Surpris, il tourna la tête de tous côtés pour essayer de comprendre. Mais le cimetière de ses cauchemars avaient heureusement disparu. Il garda son épée tendue tout en restant sur le qui-vive. L'herbe fut remplacée par un sol de pierre froid et humide. Une haute statue se dressait devant lui celle de Salazar Serpentard. L'atmosphère angoissante ne le rassura pas. Les jointures de sa main blanchirent à force de serrer la garde de l'épée. Il se retourna en faisant de petits pas, convaincu que Voldemort pouvait apparaître à tout moment. Son regard se baissa et il fut attiré par un reflet rouge au sol. Il reconnut la longue chevelure rousse si propre à la famille Weasley.

-Ginny !

Il s'accroupit et retourna le corps priant qu'elle soit encore vivante. Il ne voyait que son dos. Sa joue embrassait la pierre froide. Son bras gauche était plié à côté de sa tête tandis que l'autre était étendu à côté de son corps. Il la prit dans ses bras, tournant son corps pour voir son visage. Ce qu'il découvrit le paralysa. Ce n'est pas les traits de la benjamine Weasley qui se révéla sous ses yeux mais celui de sa mère. Il sentit son sang se glacer. Dans ses bras, Lily était étendue morte. Ses yeux émeraude, pareils aux siens, étaient vides. Sa bouche entrouverte laissait passer un filet de sang. Sa peau était blanche. Ses veines ressortaient presque de ce visage cadavérique. Son corps était raide.

-Maman… murmura-t-il alors qu'une unique larme tomba.

La goutte éclata sur la joue pâle. Réalisant ce qu'il tenait entre ses bras, Harry se releva dans un bond et voulut reculer. Mais son dos se heurta. Sans pouvoir quitter le corps froid de sa mère, il se retourna. Ses yeux ne s'étaient pas encore détachés de l'image de Lily que Harry sentit une douleur fulgurante lui traverser l'abdomen. Un hoquet de douleur s'échappa de ses lèvres. Il croisa le regard rouge de Voldemort qui le fixait un air triomphant sur le visage. Ses genoux heurtèrent le sol pierreux. Face à lui, il vit la lame qui l'avait transpercé. Au lieu de porter des rubis comme celles de Gryffondor, celle de Serpentard était incrustée d'émeraude.

-Harry ! Harry…

Il entendait son nom mais ne parvenait pas à discerner d'où la voix venait. Il lui semblait la reconnaître. La douleur l'empêchait de réfléchir. La peur paralysait son corps.

-Harry…

-Papa, murmura-t-il en serrant les dents.

Il sentit une pression sur main et vit un long serpent passer sur sa peau pâle. Il retira vivement sa main. Dans son mouvement brusque, il se repoussa et tomba sur les fesses hoquetant de douleurs sous l'œil satisfait de Voldemort. Le choc fit brutal. Il ouvrit grand les yeux. Surpris, il se releva. Il se retrouva face à James qui le regardait, étonné. Il ne comprit pas tout de suite où il était. Son cerveau était perdu dans une brume étrange.

-À quelques centimètres prêts et tu me mettais un coup de boule, rigola James. Ça va ?

-Oui, je vais bien, répondit Harry tentant de se convaincre lui-même.

Son regard se plissa et il tenta de distinguer où il se trouvait. Une faible lumière traversait sa chambre et révélait le visage inquiet de James. Avec soulagement, il reconnut sa chambre. Inconsciemment, il baissa la tête et releva son haut de pyjama, recherchant une quelconque blessure causée par l'épée qui aurait appartenu à Serpentard. Il ne vit que la cicatrice de son dernier affrontement avec Voldemort. La faible lumière éclaira sa peau pâle.

-Tu as mal ?

La voix de James le ramena à la réalité. Il sursauta et lâcha le bout de tissu. En relevant la tête, il vit le visage marqué par l'inquiétude de son père qui fixait son abdomen.

-Non. C'était… Juste un cauchemar.

-Voldemort ? tenta James.

-Non… Oui, se reprit Harry. Mais pas comme les autres fois. C'était différent, murmura-t-il.

-Tu veux en parler ?

L'adolescent ouvrit la bouche pour accepter de se confier à son père. Mais la vision de son père embrassant son parrain lui cloua le bec. Mal à l'aise de raconter cela, il haussa les épaules tout en baissant le regard.

-C'est assez embarrassant, ajouta-t-il devant le regard surpris de James.

-Tu as fait un rêve embarrassant où Voldemort était présent ? répéta l'élu.

-Ce n'est pas la présence de Voldemort. C'était compliqué. Ça n'avait aucun sens.

-D'accord, concéda James en restant assis sur le bord du lit de son fils.

-Tu embrassais Sirius.

-Quoi ?

-Vous vous rouliez le patin du siècle !

-Je me passerais des détails, grimaça-t-il. Tu es perturbé de savoir qu'il dort dans ma chambre ?

-Non ! J'ignore pourquoi j'ai rêvé que vous… vous étiez ensemble, finit-il. En fait, vous m'accusiez d'être la cause de l'emprisonnement de Sirius, de ton séjour en Italie et donc l'impossibilité durant toutes ces années de faire ces choses… sexuelles. Rigole pas ! C'était horrible. Surtout que tu m'accusais d'avoir tué maman. Et tu disais que maintenant qu'elle était plus là, vous pouviez être ensemble sans choquer la morale. Après je me suis retrouvé dans le cimetière où Voldemort est revenu. Cédric était là. Mais il ressemblait à un zombie. Un peu comme dans les films d'horreur moldus, continua Harry en voyant James prendre place à ses côtés sur son lit tout en l'écoutant attentivement. Puis j'ai couru pour lui échapper. J'ai heurté Pettigrow et il disait que Voldemort me recherchait. Quand j'ai voulu sortir ma baguette, je me suis retrouvé armé de l'épée de Gryffondor et là j'étais dans la chambre des secrets. Quand j'ai pris dans mes bras le corps de Ginny, j'ai vu qu'en fait c'était le cadavre de maman. Voldemort était là. Il m'a enfoncé une épée qui avait des diamants verts dans le ventre. Là, je me suis réveillée. Ça veut dire quelque chose ?

-Je l'ignore. Je… Ce n'est pas mon domaine, le rêve divinatoire. D'ailleurs tout ce qui touche à la divination, ce n'est pas mon truc.

-Pourtant, on dit que les rêves signifient quelque chose. Du moins, chez les moldus certains croient que les rêves ont une signification. Chez les sorciers aussi ?

-Oui. Pour ceux qui y croient. Mais avec ce que tu m'as dit, ajouta-t-il en voyant le regard perturbé de son fils, je pense que c'est simplement des évènements qui t'ont touché. Le fait de voir ton condisciple mourir a laissé des traces en toi, ce qui s'est passé dans la chambre des secrets aussi et le fait que ta mère ne soit plus là également. Pour la relation avec Sirius, c'est que tu es peut-être plus ébranlé par le fait de savoir qu'on dort ensemble que ce tu veux bien croire.

-Vous pourriez même être ensemble que ça me dérangerait pas. C'était comme si vous me détestiez !

-Sirius est comme mon frère, on dort peut-être ensemble mais ca n'ira pas plus loin, rectifia James. J'ignore ce que signifient les rêves. On fait tous des rêves étranges.

-Je devrais avoir l'habitude, murmura Harry.

-Quoi ?

L'adolescent se tourna vers l'adulte et tenta un petit sourire rassuré.

-Petit, je rêvais d'une lumière verte, avoua Harry. J'ignorais ce qu'elle signifiait.

-Et maintenant tu le sais ?

-J'ai cessé de rêver de cette lumière le jour où Hagrid m'a dit comment mes p… comment maman était morte, se reprit-il avec un sourire d'excuse en direction de son père qui garda un masque impassible face aux lapsus. Jusqu'à mes onze ans, je croyais que mes parents étaient morts dans un accident de voiture. Puis quand j'ai su que c'était un sorcier, je savais d'où venait cette lumière. Inconsciemment je savais d'où elle venait. Hagrid ne m'a pas dit le nom du sort que Voldemort a utilisé. J'ai compris en quatrième année quand le faux Maugrey nous avait parlé des sortilèges impardonnables. Il avait tué une araignée. J'avais vu cette lumière verte et là, j'ai compris, murmura Harry.

Il sentit le bras de son père passer autour de ses épaules et le serrer contre lui. Avec joie, il accepta l'étreinte. Il appuya sa tête sur l'épaule de James. Aucun mot n'était utile. Harry profitait de l'étreinte paternelle. Une faible lumière pénétrait dans la chambre. L'adolescent garda sa tête posée, les yeux baisés, priant que ces moments en famille ne lui soient jamais enlevés. Il ne remarqua pas le regard attendri que James posait sur lui. Observant discrètement son fils, un sourire se dessina sur ses lèvres. Le temps semblait s'être arrêté.

-Pourquoi m'avoir demandé si j'ai rêvé de Voldemort ?

-Paraît-il que ça t'arrive de temps en temps.

-Sirius parle trop, murmura Harry.

-Sirius n'est pas le seul à me parler de toi. Neve Nere, ajouta-t-il.

-C'était toi ! réalisa l'adolescent en se redressant brusquement.

-Moi ?

-Cette année quand je faisais des cauchemars c'est toi qui venais. Je me sentais mal et ce sentiment partait comme par magie.

-Neve Nere te voyait gigoter dans ton sommeil alors il m'appelait. J'avoue avoir passé pas mal de temps assis au bord de ton lit. Les rares fois où je ne suis pas venu c'est quand Mr Weasley a été attaqué. J'allais débarquer. Neve Nere m'avait appelé mais tu as réveillé tes camarades alors il a juste eu le temps de m'avertir de ne pas venir et de me dire ce que tu avais dit au réveil. Et l'autre fois où je ne suis pas venu, c'est lorsque d'anciens mangemorts se sont échappés.

-J'y crois pas. Tu étais si près de moi. J'ai rien vu.

-Je sais.

Un nouveau silence s'installa tandis que Harry se réfugia à nouveau dans les bras de son père.

-Quand vous m'avez dit que vous dormiez ensemble avec Sirius, vous avez dit que c'était pour éviter de faire des cauchemars. De… De quoi tu rêves ? se décida Harry après un temps d'hésitation.

-Toi, Sirius, Remus, Lily, mes parents, mes grands-parents… Ravenna… suivant les cauchemars, je voyais les innocents qu'en tant qu'auror, ceux que je n'avais pas sauvé.

-Tu rêvais de moi ? s'étonna Harry.

-Depuis que je suis tout petit quand je fais des cauchemars, je vois le cadavre de ta grand-mère. Elle me prend dans ses bras froids, avoua James à voix basse. Après la mort de mes grands-parents, je rêvais d'eux. J'ai vu mon grand-père s'effondrer raide mort je ne sais combien de fois dans mes cauchemars. Jusqu'à ce que je me retrouve chez Ravenna, c'était quelques cauchemars par année. On fait tous des cauchemars dans la vie, même les gens qui n'ont pas de « malédiction » sur eux. À ce moment-là je ne réalise simplement pas pourquoi je rêvais de la mort, des gens qui étaient morts autour de moi.

Harry releva légèrement la tête pour pouvoir voir le visage de son père. Malgré la pénombre, il pouvait distinguer son regard fixé sur le mur en face d'eux. Son visage semblait ailleurs parti dans ses sombres souvenirs.

-Quand je suis arrivé en Italie… Je ne sais même pas si j'ai passé une seule nuit sans cauchemars durant ces quatorze ans. J'ai dû entendre Kingsley me dire que la mission s'était mal terminée, que j'étais orphelin des millions de fois. Le corps de Lily me hantait. Je me suis vu et revu promettre à Ravenna que je t'abandonnai, que je laissais pourrir mon meilleur ami en prison. Dans ces rêves, Lily, papa, ils me rappelaient que c'est moi qui les avais tués. Parfois mes grands-parents et ma mère les rejoignaient. Je vous voyais toi, Sirius et Remus dire que vous étiez incapable de me pardonner. Je me suis vu perdre contre Voldemort. Mourir. Mais mourir qu'une fois qu'ils vous aient torturé.

La voix de James n'était plus qu'un murmure. Une boule lui bloquait la gorge. Parler de tout cela à Harry était bien plus difficile que de se confier à Sirius qui le connaissait. Ses noisettes restèrent fixées sur le mur en face.

-Quand j'avais entre huit et dix ans, Ravenna m'avait offert un livre en italien. Pour que je puisse améliorer mon italien, j'imagine. Le bouquin se passait dans le centre, voire le sud de l'Italie. Les paysages étaient faits de champs jaunes. Exactement ce que je trouvais aux alentours de chez Ravenna. Dans ce bouquin, le petit garçon joue avec ses copains mais il se retrouve seul au milieu de ces champs et il découvre un trou. Dans ce trou, un enfant de son âge, de huit ans, expliqua James.

Son fils l'écouta avec attention, attendant le lien avec les cauchemars de son père. Touché, il but ses paroles, apprenant à connaître le passé de James.

-Le petit garçon qui se trouve dans le trou n'a quasiment rien à manger, il est tout sale. Quand le héro du livre, Michele, descend dans le trou, le petit est mort de trouille, la lumière du soleil lui fait mal aux yeux. J'ai passé dix ans à côté d'un paysage typique de ce livre (1). J'arrivais parfaitement à imaginer ce trou. Il m'est même arrivé de sortir, même au milieu de la nuit pour être sûr qu'aucun trou pareil ne pouvait exister réellement dans la région. Ça me hantait parce que ce n'est pas le petit garçon que j'imaginais dans le trou. C'était toi que je voyais dans le trou.

-Moi ? répéta Harry.

-Je pouvais t'imaginer, agonisant dans ce trou, n'ayant rien à manger, de vieux habits…

-Je n'avais rien, j'étais chez les Dursley.

-Justement. Je n'ai rencontré Pétunia qu'une seule fois. Le jour de l'enterrement de tes grands-parents, précisa-t-il. Même si on enlève tout ce que ta mère m'a raconté, cette simple rencontre m'a suffit pour me faire comprendre à quel point cette femme est un monstre, en plus de ressembler à un cheval, murmura-t-il, provoquant un rire chez l'adolescent. Je l'imaginais très bien te laisser mourir de faim dans un trou. Tu me diras un trou, un placard, quelle différence ?

-Je voyais la lumière du jour quand même, le rassura Harry.

Un grincement fit sursauté l'adolescent qui remarqua avec étonnement sa porte se refermer. Il la fixa sans comprendre.

-Ma porte s'est fermée toute seule, non ?

-Non. Glorfi l'a fermée.

-Comment pouvait-il savoir qu'elle était ouverte ? Pourquoi la fermer ?

-Par soucie du détail j'imagine. Il doit être 6h30. C'est l'heure à laquelle il se lève.

-Il est déjà 6h30 !

-Il fait de plus en plus jour depuis que je suis là, rappela James.

-J'avais pas fait attention, avoua l'adolescent. Comment tu as su que je faisais un cauchemar ? réalisa Harry.

-L'instinct paternel. D'accord, j'étais debout pour aller m'entraîner, avoua James devant l'air sceptique de son fils. Et je suis juste venu voir si tu dormais bien et tu grimaçais dans son sommeil.

-Tu viens souvent voir si je dors bien ?

-Non. Je suis juste venu une ou deux fois, concéda-t-il. Peut-être trois, ajouta-t-il sous le rire de son fils.

-J'ai empêché un entraînement ?

-Un de plus ou un de moins, ce n'est pas la fin du monde !

-Ça, on verra quand tu seras face à Voldemort, ricana Harry. Tu vas devoir bientôt partir travailler ?

-Ouais, grogna James.

-Pendant que moi je pourrais me rendormir encore un peu, nargua l'adolescent.

-Je vais te laisser te rendormir alors, se motiva James en s'extrayant des couvertures. Je vais aller réveiller Sirius pour qu'il ne retourne pas au QG trop tard. Pourquoi tu rigoles ? s'étonna-t-il en se retournant, la main sur la poignée.

-Vous ressemblez vraiment à un petit couple. Je crois que je comprends pourquoi je fais des rêves pareils de vous deux. « Je vais aller réveiller Sirius », imita Harry. « Je le connais mieux que lui-même », « on dort ensemble pour ne pas faire de cauchemars »…

-Bonne nuit Harry, répliqua James.

Ils échangèrent un dernier sourire avant que la porte ne se referme. Harry retrouva ses couvertures et se rendormit malgré les premiers rayons du soleil dans sa chambre.

(1) : Io non ho paura (je n'ai pas peur). Nicolò Ammaniti.