Joyeuses Pâques à tous et désolée pour le jour de retard!


Et si tout était différent

Chapitre 80

Un nouveau ministre

L'air frais à l'intérieur de la maison contrastait avec l'air pesant de l'extérieur. James pénétra dans la demeure. Il emprunta l'escalier sans un regard pour le salon qui abritait le souvenir de ses premières heures d'entraînement. Il monta l'escalier en colimaçon qu'il connaissait par cœur. Arrivé dans le couloir sombre, aucune fenêtre offrant la lumière du soleil n'était présente. Il se dirigea fermement vers le fond du couloir, mais ses pas en décidèrent autrement. Il se retrouva face à une porte en bois. Sa main se posa toute seule sur la poignée. Dans un déclic, il fut dans la chambre qu'il avait habité durant dix ans. Comme il s'y attendait, les volets étaient refermés, refusant l'accès à la chaleur des rayons solaires. Ses noisettes parcoururent visuellement chaque centimètre qu'il connaissait pourtant par cœur. Le lit était fait. Le bureau semblait n'avait jamais été utilisé.

C'est comme si je n'avais jamais vécu ici, songea-t-il.

Il quitta la pièce, refusant de retrouver les pensées qui l'habitaient autrefois dans cette pièce. Il referma à jamais la porte de ces souvenirs. Inspirant un grand coup pour prendre courage, il toqua contre la porte. Sans surprise, il entendit le cliquetis de la serrure qui s'entrebâillât. Résigné, il l'a poussa. Assise à son bureau, Ravenna le regarda entrer. La vieille sorcière ne semblait pas étonnée par la venue de son filleul. Il s'appuya contre le bord du bureau et regarda le mur de pierre en face de lui. Le silence fut présent durant quelques minutes.

-Je suis désolé, je n'aurais pas dû dire cela.

-Malheureusement, tu as raison. Je ne serai plus là. Je dois mourir. Je le sais.

James ne répondit rien. Qu'y a-t-il à répondre lorsque notre interlocuteur parle de sa mort imminente ?

-C'est une sensation étrange de savoir que la mort est proche et en même temps loin. Tant que je ne vais pas là où se trouve Voldemort, je ne peux mourir. Excepté de vieillesse, ajouta-t-elle avec un petit sourire. Même la vieillesse, je ne suis pas sûr qu'elle puisse m'achever. On ne peut rien faire contre une prophétie. Es-tu prêt ?

-Depuis longtemps. Pendant quatorze ans, je n'avais que ça à faire, qu'à m'entraîner.

-Et maintenant que tu devrais être au plus haut niveau, tu as retrouvé de la diversion.

-Ce n'est pas une diversion que j'ai retrouvé mais j'ai retrouvé la raison pour laquelle je me bats. J'ai accepté de rester ici pendant dix ans, en abandonnant mon fils et en laissant croupir mon meilleur ami en prison pour pouvoir un jour leur offrir un monde meilleur, un monde sans guerre et sans haine un monde utopique. Je sais que toutes ces années m'ont servi. J'ai sauvé la vie de mon fils et celle de Sirius en juin dernier.

-Ce n'est pas parce qu'ils ont déjà été la « cible » de la prophétie qu'ils ne leur arriveront plus rien.

-Je sais, murmura James après quelques secondes de silence.

Ravenna observa le visage de son filleul. Son regard restait braqué sur le mur, feignant l'impassibilité. Pourtant, elle aurait juré voir un éclat tourmenté dans ses noisettes. Evidemment, James devait penser à ce qui pouvait arriver à son fils et ses meilleurs amis encore aujourd'hui. Il pouvait essayer de paraître calme mais elle voyait bien son inquiétude à l'idée qu'il leur arrive quelque chose qu'il ne puisse empêcher.

-Je suis prêt à me battre, avoua James. Pour le dernier combat, murmura-t-il.

Elle hocha la tête, incapable de répondre à cette phrase donc la signification intrinsèque impliquait autre chose pour elle.

-On m'a dit un jour que le pire n'est pas de savoir que l'on va mourir mais de savoir que la mort est proche, raconta Ravenna qui remarqua le léger froncement de sourcil de James lorsque celui-ci comprit qui avait pu voir les choses ainsi. Je sais que je dois mourir. La mort me nargue.

-Tu as le choix. Si tu ne te retrouves pas face à Voldemort, tu ne mourras pas.

-Si je ne meurs pas, d'autres personnes mourront. Je préfèrerais presque qu'on se dise, là, maintenant sur un coup de tête, « partons en Angleterre », je laisse Voldemort me tuer et toi, tu peux en finir.

-J'ignore où est Voldemort.

-Quelle est cette fausse excuse, James ? Il suffit de le provoquer pour qu'il débarque. Tu doutes ? réalisa-t-elle soudainement.

-Ce ne sont pas des doutes. Mais évidemment que j'en ai. J'ai toute la pression sur mes épaules. Mais cette fausse excuse, je l'avoue, n'est pas dû aux doutes.

-Alors pourquoi ? Ça serait comme arracher un sparadrap. Si tu l'enlèves doucement, c'est plus douloureux que de l'arracher d'un coup sec. Tu n'aurais pas le temps de stresser.

-J'aimerais que ça se passe après le 31 juillet, avoua-t-il.

-Pourquoi ? Tu aimerais avoir 36 ans lorsque le moment fatidique arrivera ?

-J'aurais dit vouloir attendre le 23 juillet, rétorqua-t-il en lui lançant un petit sourire en coin. Non, c'est juste que j'aimerais pouvoir fêter les 16 ans de mon fils.

-D'accord. Mais si par la suite, sur un coup de tête, je veux en finir, ne t'étonne pas de me voir débarquer en Angleterre. Va les retrouver. Ils doivent se demander où tu as disparu, le poussa-t-elle.

Il tourna la tête vers elle. Ravenna s'était levée. Elle posa sa main sur son bras dans un geste rassurant. Elle se sentait déjà assez inquiète et angoissée à l'idée de son suicide proche pour transmettre son état peu confiant à James qui devait garder la tête froide et le courage qu'il avait hérité de son ancêtre pour vaincre. Elle le poussa gentiment vers la sortie. Elle savait qu'il était le seul à qui elle pouvait se confier mais ils n'avaient pourtant jamais eu de conversation à cœur ouvert. Elle n'aurait voulu parler qu'à sa meilleure amie la seule qui l'aurait compris. Mais elle n'était plus là. Désormais, c'est elle qui comprenait dans quelle attente Lisa avait dû vivre les derniers mois de sa vie. Sentir la mort autour de soi mais ne rien contrôler. Elle savait que le seul moyen de ne pas vivre tout ça seul aurait été de créer de vrais liens avec James. Mais depuis la petite enfance de son filleul, elle avait refusé de s'attacher à lui. Elle refusait de vivre ce que Lisa avait vécu. Elle refusait de savoir qu'un jour, elle l'abandonnerait à son tour. Il avait pleuré assez de monde.

Il allait passer le pas de la porte lorsqu'elle lui posa une question qui le prit au dépourvu.

-Tu crois que c'est douloureux de mourir ?

Il se figea, ignorant que répondre à cela. Il se retourna lentement. Cependant, il fut incapable de se retrouver complètement face à elle.

-Je l'ignore, murmura-t-il mal à l'aise. J'imagine que c'est comme si on dormait. Je… La seule chose que je sais ou plutôt que je me souviens c'est que lorsque l'Avada Kedavra te touche, tu t'endors dans la seconde. J'ai juste le souvenir du sort puis de me réveiller ici. La mort doit être pareille sauf…

-…sauf que tu ne te réveilles jamais.

-Tu ne te réveilles pas, tu n'as donc aucun moyen conscient pour savoir si c'est douloureux ou pas. Si Voldemort choisit d'utiliser un autre sort que celui-là, un sort de magie noire par exemple, les sensations peuvent être différentes avant la mort en elle-même, ajouta-t-il en songeant à la douleur qu'il avait ressenti dans tout son corps lorsque Voldemort lui avait lancé ce sort de magie noire provoquant de multiples hémorragies. Ravenna, si tu as besoin de parler, de n'importe quoi, je suis là, tenta de la rassurer son cadet, mal à l'aise en se passant nerveusement une main dans ses cheveux.

-Ça ira, je crois. Merci. Va rejoindre ton fils et tes amis. On se reverra après le 31 juillet.

Il hocha légèrement la tête pour montrer qu'il avait entendu. Il se força à quitter la pièce et à rejoindre les autres dehors, évitant de penser au poids sur son cœur. Son regard se posa pour la dernière fois sur ces murs. Il réalisa alors qu'il quittait définitivement cette maison. Il ne reviendrait plus jamais. Ravenna et lui s'étaient avoué être prêt pour vivre leur destin. D'ici ce jour fatidique, il n'aurait plus l'occasion de revenir. Il savait qu'il était l'héritier de Ravenna, étant donné qu'elle devait lui avoir tout légué sur son testament, n'ayant aucune autre personne suspecte de mériter la vieille cachette des enfants des fondateurs. Mais il était incapable de revenir dans cette demeure de son propre grè pour son propre plaisir.

James sortit et retrouva Harry, Sirius et Remus, toujours attablés. Il leur sourit. Il vit le regard interrogateur de son meilleur ami.

-On rentre ? proposa-t-il, coupant toute question.

-D'accord, concédèrent-ils.

Ils se retrouvèrent à nouveau dans le manoir des Potter. Harry fut heureux de retrouver la température anglaise. La chaleur de l'Italie était étouffante. Avec plaisir, il imita les maraudeurs et se laissa tomber sur une des chaises longues. Il remarqua un échange visuel entre son père et son parrain malgré leurs paires de lunettes de soleil.

-C'était une étrange discussion, décréta James, comme s'il répondait à une question silencieuse.

-Une étrange discussion ? répéta Harry, complètement perdu.

-On était en désaccord pour un petit truc et je lui ai rappelé qu'elle allait de toute façon bientôt mourir, expliqua-t-il, prenant conscience que son fils ne pouvait pas avoir compris cette partie de la conversation. C'est pour ça qu'elle est partie précipitamment. Quand je suis monté pour m'excuser, on a discuté de la mort, du fait de mourir…

Son regard se perdit dans les flots de la piscine. Il avait toujours su que Ravenna mourrait avant lui de la main de Voldemort, mais cette conversation l'avait tout de même ébranlé. Il avait passé dix ans dans la même maison qu'elle. Il tourna légèrement la tête en direction de son meilleur ami qui fit le mouvement identique au même moment. Leurs regards se croisèrent. Aucun mot n'était utile pour qu'ils se comprennent. James eut un sourire en coin qui se voulait rassurant mais que Sirius reconnaissait comme crispé.

-On ne va pas parler ou penser à ça toute la journée, non ? coupa James en remarquant l'air sérieux et songeur de son fils et de Remus.

-Bien sûr que non, répliqua Sirius.

Il fixa James comme s'il voulait lui faire comprendre quelque chose. Exaspéré du manque de réaction de son presque frère, sa main tenta d'être une aide gestuelle. Mais un haussement d'épaule d'incompréhension de James prouva le manque de compréhension à travers ce langage de sourd muet.

-Vous pensez réussir à communiquer sans parler ? se moqua Harry.

-On a déjà fait ça tellement de fois.

-Ah bon ? s'étonna Remus. Ça fonctionnait vraiment ?

-Ça fonctionne, répliqua Sirius, vexé.

Il arracha ses propres lunettes de soleil et tendit la main vers le visage de James pour piquer les verres teintées. Surprit, James se recula légèrement mais se laissa voler la paire de lunettes. Il fixa Sirius, un peu perdu. Harry réalisa alors que sans les lunettes, leur visage se ressemblait moins. Les noisettes de James ressortaient plus et le contraste avec ceux verts de Harry étaient plus visibles. Il observa les deux adultes, étonné. Remus était incapable de regarder ses meilleurs amis sans exploser de rire. Le regard fixé dans celui de James, Sirius essayait vainement de lui transmettre son message.

-Rassure-moi, James, tu as compris ce que j'essaie de te dire ? On a réussi des centaines de fois à faire ça.

-Sirius, tu es flou. Je devine avec peine où sont tes yeux, rigola James, provoquant un éclat de rire incontrôlable chez Remus et Harry. Tu m'as enlevé mes lunettes de vue teintée.

-Les lentilles, tu ne connais pas ? ronchonna Sirius en lui redonnant les verres.

-Je te vois mieux, dis-moi tout.

Ils recommencèrent à se fixer, bougeant les sourcils ou penchant légèrement la tête sous le regard peu confiant de Harry et de Remus qui doutaient fortement du résultat positif de leur échange.

-D'accord, déclara soudainement James, provoquant un sourire d'adolescent mauvais sur le visage de Sirius.

-Tu n'as rien compris, décréta Remus. Il vous est peut-être arrivé de vous comprendre comme ça quand vous aviez quinze ans mais maintenant, ça ne marche plus, vous avez grandi.

-Oui, mais ça lui fait plaisir de penser que j'ai compris, répliqua James.

-Hey ! s'offusqua Sirius.

James, pour le rassurer, lui sourit. Tout en souriant, une vague d'eau chlorée s'abattit sur Harry et Remus sous l'éclat de rire de Sirius.

-Vous voyez, on se comprend d'un seul regard, se moqua-t-il.

-Vous vous comprenez pour faire des choses de gamins, grogna Remus.

-Râle pas mon petit Mumus, tu devrais avoir l'habitude avec nous.

-Je l'avais perdu, l'habitude, répliqua le lycanthrope.

-Elle t'avait manqué, hein ? rétorqua Sirius qui ne remarqua pas l'échange entre le père et le fils qui ne dirent mot durant leur échange. Avoue-le Remus, ça t'avait manqué, continua-t-il.

-Bien sûr que vos bêtises m'avaient manquées, avoua-t-il. Vous êtes mes gamins préférés, la vie était bien triste sans vos âneries.

Il éclata de rire, étonné de voir une seconde vague d'eau tremper Sirius, qui resta figé, la bouche entrouverte. Il se retourna vers James pour comprendre ce revirement de situation qu'il n'avait pas vu venir.

-Je sais aussi communiquer silencieusement avec mon fils, se moqua James.

-Gnagna, grogna Sirius. De rien, murmura-t-il en observant son meilleur ami. Tu me connais, je suis doué pour changer de sujet.

-Quoi ? coupa Harry. Si vous murmurez tous les deux, moi je n'entends rien, mais Remus entend tout, lui. Je n'ai pas son ouïe. Déjà, quand vous parlez en italien, je ne comprends rien.

-Tu veux apprendre l'italien ? proposa Sirius.

-Ne change pas de sujet, Sirius. Que disiez-vous ?

-Je disais que j'étais doué pour changer de sujet. On a voulu arrêter de penser à la mort.

-Oh, fit seulement Harry, comprenant la raison de sa chevelure mouillée.

-Alors, tu veux apprendre l'italien ?

-Pourquoi pas, concéda l'adolescent.

-Le premier truc important à savoir quand tu apprends l'italien c'est il babbo natale, expliqua Sirius en finissant sa phrase en fixant James.

-Ça veut dire quoi ?

-Le père Noël, répondit son père. Sirius a été traumatisant quand je lui ai appris ce mot. Il n'arrivait pas retenir la différence entre il babbo natale et il padre natale qui ne veut rien dire.

-Je ne vois même pas la différence, murmura Harry.

-Tu seras aussi traumatisé si c'est James qui t'apprend l'italien, promit Remus.

-N'exagérez pas.

-J'entends encore ta voix dans ma tête, répliqua Remus.

-Tu n'avais qu'à pas m'écouter. C'est Sirius qui voulait apprendre l'italien.

-Devait. Je devais apprendre l'italien si je voulais pouvoir espérer comprendre ce que tu disais avec Ravenna. Après, on a continué à parler entre nous en italien pour que les autres élèves ne nous comprennent pas. Remus s'est mis à comprendre ce qu'on disait à force de nous avoir entendus, expliqua Sirius qui s'était reprit pour éviter de dire le nom du traître. Ho fame.

-Quoi ?

-J'ai faim.

-Anch'io, ajouta Remus que Harry entendait parler en italien pour la première fois. Moi aussi, ajouta-t-il à l'attention de l'adolescent.

-Ankio ? répéta l'adolescent.

-Anch'io, corrigea machinalement James. Anche, aussi et io, je. Anch'io.

-Vu qu'on a tous faim, si on préparait le barbecue ? proposa Harry. Pour l'instant, je m'arrêterai à l'apprentissage de la maîtrise de ma magie et de l'art des potions, termina-t-il dans une grimace.

-Et t'auras déjà assez à faire avec ça, promit James.

Sur ce, il quitta la terrasse pour aller rejoindre Glorfi afin de pouvoir commencer le barbecue. Ils passèrent la soirée tous les cinq. Rien ne prouvait que Harry était le benjamin de la bande. Il semblait que Sirius et James avaient retrouvé un stade enfantin. Tonks, qui les rejoignit après sa longue journée de travail, crut rejoindre des enfants en voyant le plateau d'un vieux jeu sorcier qui avait passé les quinze dernières années dans la poussière. À la fin de leur partie, elle prit part à leur jeu. Le samedi soir se passa dans la bonne humeur et le calme du moins, le calme possible en ayant les maraudeurs autour d'une table.

Le lendemain, Harry et James ne virent aucun des maraudeurs. Remus et Tonks furent invités par Molly pour dîner. Ils restèrent tout l'après-midi au quartier général de l'Ordre. Au grand dam de Sirius, toute la famille Weasley était là et Molly ne lui laissait aucune possibilité de s'éclipser. Il fut mitraillé de questions par les jumeaux qui voulaient les conseils d'un ancien maraudeur. Son filleul ne le vit que tard dans la soirée lorsqu'il revint au Manoir des Potter pour dormir. Durant tout le week-end, Harry écouta avec attention les explications qui lui étaient donnés afin de mieux maîtriser sa magie. Selon James, il devrait rapidement voir un résultat mais Harry en doutait fortement.

C'est en grimaçant que James, le lundi matin aux aurores, s'extirpa des couvertures chaudes. Il jeta un regard noir au corps allongé dans son lit. Un soupire de mécontentement s'échappa de ses lèvres lorsqu'il entendit Sirius reprendre ses ronflements. Rien de mieux qu'un entraînement matinal pour être forme toute la journée, surtout pour cette journée. Il quitta rapidement le manoir après avoir avalé en quatrième vitesse le petit déjeuner préparé par Glorfi. À peine eut-il mis un pied dans l'atrium du ministère qu'il sut que quelque chose d'anormal s'était passé entre vendredi 17h30, moment où il avait quitté son bureau et ce jour-ci, lundi matin 8h. Il prit l'ascenseur et fut surpris en entendant les murmures autour de lui.

Si quelque chose s'était produit, Tonks me l'aurait dit, non ? Songea-t-il, mal à l'aise. Il entra dans le département des aurors. Le regard de ses employés se fit interrogateur. Tout cela n'annonçait rien de bon. Il remarqua alors une fiche épinglée en grand sur le tableau d'affichage. Il s'approcha, espérant trouver une réponse à ce climat des plus étonnants. Il fit un pas dans la direction voulue mais il fut interrompu.

-Mr Tellerino, l'interpella la secrétaire.

-Oui ?

-Le ministre vous attend dans son bureau. Immédiatement.

-Merci.

Il revint sur ses pas. James fut surpris par cette demande. Aux dernières nouvelles, il n'y avait toujours pas de ministre de la magie et ce depuis une semaine. Est-ce qu'un nouveau ministre avait été nommé durant ce week-end ? Ceci qui expliquerait la grande affiche. Il reprit l'ascenseur, perdu dans ses pensées. Le masque d'impassibilité qu'il avait acquis lui permettait de ne pas montrer les interrogations qui l'habitaient en ce moment. Sa main frappa quelque coup contre la porte du ministre.

-Entrez, lui répondit une voix qu'il ne parvint pas à identifier.

Prenant son courage à deux mains, James ouvrit la porte. Il se retrouva face au nouveau ministre. Edouard Random. Aucune occasion ne s'était présentée pour qu'il s'adresse la parole. Mais d'après ses minces souvenirs d'adolescent, cet homme était considéré comme rigide et froid dans sa politique. Déjà assis en face du bureau, se trouvaient Kingsley et Maugrey. Le sourire narquois de Maugrey déformait un peu plus encore son visage ; à ce demander comment une chose pareille pouvait être possible. Il prit place sur la chaise vide à côté de Kingsley. Il se masqua de son éternel impassibilité malgré quelques appréhensions.

-Le Magenmagot s'est réuni hier dans l'après-midi dans la plus grande discrétion pour élire un nouveau ministre. Une semaine sans ministre fut déjà trop longue, ajouta-t-il en regardant tour à tour les trois hommes. J'ai eu le privilège d'être choisi par eux pour remettre de l'ordre dans le monde magique. Vous-Savez-Qui a pu revenir au pouvoir et attaquer le ministère sans que les aurors ne fassent rien. Je me dois de faire changer les choses qui fonctionnent mal.

Le sourire victorieux de Maugrey se fit plus large au fur et à mesure des paroles prononcées par le nouveau ministre qui lui procurait l'espoir d'un retournement de situation tant attendu. À l'opposé, James redoutait la fin de cet entretien. S'il perdait son poste, il perdait la garde de Harry, et ça, il le refusait. Il venait de le retrouver. Il tenta malgré tout de garder un masque d'impassibilité sur le visage alors qu'au fond de lui, des doutes lui nouaient le ventre.