Bonjour,

Voici le premier chapitre de la fic. Je peux donc dès maintenant vous annoncer que cette fic comportera, sans surprise, 7 chapitres et une conclusion (en plus de l'intro que vous avez déjà lue). Les chapitres seront un peu plus longs que l'intro qui était plutôt courte mais j'ai fait le choix de ne pas faire des chapitres à rallonge pour une meilleur fluidité de lecture.

Comme je l'ai déjà dit, la fic est déjà intégralement écrite. Je posterai le vendredi soir ou durant le week end. Je dois utiliser un ordinateur qui n'est pas le mien pour poster et je n'y ai pas accès en permanence. Si tout ce passe bien, la fic sera terminée avant Noël.

Merci à Gabahako qui m'a écrit ma première review. J'avais oublié combien c'était agréable de recevoir des feedback et j'ai dû prendre sur moi pour respecter mon planning et ne pas poster aussitôt la suite. N'hésitez donc pas à me faire part de votre avis car ça me motive aussi pour mes autres projets et tentez de deviner le sujet du prochain chapitre.

Réponse aux reviews

Gabahako : Merci pour ta review ! Je n'ai pas vu Kuzco mais je sais qu'il faut que je remédie à cette lacune ! Le Luffy/Usopp est un pairing assez rare, effectivement, j'en ai plusieurs autres sous le coude pour plus tard, d'ailleurs. J'aime bien l'alchimie entre ces deux persos.

Guest : Merci pour ton message. Écrire à la première personne est vraiment plus facile pour moi et je trouve que Luffy est un personnage assez spontané pour que je puisse me laisser guider par lui quand j'écris. Il y aura un autre point de vue un peu plus tard dans la fic même si Luffy restera le personnage central. J'ai tendance à trouver le ZoSan un peu banal parce que c'est un couple extrêmement exploité en fanfic et pourtant il m'inspire aussi beaucoup… Il reviendra donc souvent dans mes écrits.

Ce chapitre est un peu triste pour mettre en place les enjeux de la situation. N'hésitez pas à me donner votre avis dans une review.

Bonne Lecture.

Chapitre 1

La colère

Luffy

Zoro s'est installé sur mon lit, les mains derrière la tête et les yeux clos, on dirait qu'il dort mais je sais qu'il est toujours vigilant. Sanji, lui, a ouvert la porte fenêtre et s'est appuyé au chambranle pour continuer à fumer. Le silence règne dans la pièce depuis que j'ai fait sortir ceux qui nous avaient interrompus. Nous sommes de nouveau seuls et je les dévisage l'un et l'autre. Ils semblent perdus dans leurs pensées et aucun des deux ne se décide à prendre la parole. À bout de patience, je soupire :

« Bon, vous m'expliquez ?
- On est tombé, on est coincé ici.
- Mais encore ?
- C'est tout. »

Après m'avoir lancé un regard noir, Zoro fait mine de se rendormir. Je ne lui ai jamais connu un ton si dur. Lui qui d'habitude est moqueur et provocateur, depuis qu'il a pris forme humaine il a l'air constamment en colère. Il est totalement fermé, il me fait peur. Sanji écrase sa cigarette sous son talon et soupire en venant s'installer sur le canapé de la chambre. Il est toujours aussi pâle mais je vois bien qu'il ne compte pas me laisser tomber et qu'il cherche à me rassurer.

« C'est plus compliqué que ça… Écoute, notre travail c'est de te conseiller, de t'épauler dans tes choix et tes décisions. Nous te présentons nos arguments et tu tranches, tu agis. C'est comme ça que ça doit se passer. Nous n'étions pas censés en venir aux mains. Nous avons des armes pour nous affronter si nécessaire, elles sont calibrées pour ne pas te blesser… enfin, pas trop… Nous avons des règles, des contraintes et, clairement, nous battre comme des chiffonniers n'en faisait pas parti… Comme tu as pu le voir, sortir de nos habitudes a affecté notre concentration et nous n'avons pas pu éviter ta main. C'est la règle première, nous avons un territoire, chacun une épaule… Marimo n'aurait jamais dû venir de mon côté, mais surtout… nous ne devons pas toucher le sol. Nous sommes… devenus humains. Mortels.
- C'est pour ça que vous n'avez plus vos ailes et tout ça ?
- Ni ailes, ni pouvoirs. Nous ne pouvons plus rentrer chez nous. Pire que ça. Notre existence n'étant pas… hum… autorisée, nous ne pouvons pas quitter l'enceinte du château. Nous ne pouvons plus t'accompagner à l'extérieur.
- Et c'est un problème ?
- Nous ne pouvons plus assurer ta protection comme nous le devrions. Cette situation te met en danger.
- Bah, il n'a qu'à faire venir Usopp ici.
- Tais-toi Marimo !
- Quoi ? Tu préférerais que ça soit Nami ?
- Arrête avec ça, c'est pas si simple !
- Bien sûr que si !
- Taisez-vous ! »

Ils se sont levés tous les deux, se faisant face. Ils vont encore se battre et je le refuse, je veux comprendre ce qu'il se passe. Je foudroie le démon du regard, son intervention ne fait que m'embrouiller encore plus et il est tellement agressif que je n'ai vraiment pas envie de l'entendre. Sanji reprend sa place après un dernier regard à son rival. Je m'installe près de lui. C'est un ange, il ne peut pas mentir… enfin, il est humain maintenant… mais je lui fais confiance pour m'aider à comprendre la situation.

« Qu'est-ce qu'Usopp et Nami viennent faire dans cette histoire ?
- C'est le sujet de notre dispute, c'est la raison pour laquelle nous sommes tombés.
- Et donc ?
- Si tu donnes raison à l'un de nous, il pourra reprendre sa place.
- Et l'autre ?
- Il…
- Tu devrais fermer ta gueule, l'auréolé ! »

Silence. Le démon ne veut pas que je sache ce qu'il arrivera au perdant. Est-ce que ça aurait un impact sur ma décision ? Bien sûr. Je ne veux pas qu'il leur arrive quelque chose par ma faute. Ils ont beau être agaçants, je tiens à eux. Ma décision aura des conséquences pour eux deux, comment puis-je faire un choix qui risquerait de leur nuire ? Quel est le danger, d'ailleurs ? Pourquoi Zoro veut que je reste dans l'ignorance ? Si un seul peut reprendre sa place ça veut dire que l'autre ne la reprend pas. Est-ce qu'il va mourir ? Être puni ? Va-t-il rester humain ? Qu'est-ce que ça veut dire pour eux d'être humain ? C'est être mortel, c'est ça ? C'est la mort au final. Pour moi, une vie humaine c'est long, mais pour des immortels comme eux, qu'est-ce que ça implique ? Ont-ils des proches dans leur monde qu'ils ne pourront plus revoir ? Ont-ils…

La main fine de l'ange se pose sur la mienne, me sortant de mes pensées, et il me sourit avant de reprendre d'une voix douce.

« Luffy, peu importe les conséquences pour nous. Nous ne sommes pas là pour t'apporter des problèmes mais des solutions. Alors concentrons nous sur toi, tu veux bien ? La pelouse va trop vite aux conclusions, il ne s'agit pas de savoir si tu vas donner ton corps à Nami ou à Usopp mais de choisir si ton cœur balance plutôt pour les femmes ou pour les hommes.
- Tu plaisantes ? Tu triches, là, Sourcils en vrille !
- Pas du tout ! Je me moque qu'il s'agisse d'Usopp ou d'un autre, je refuse que Luffy s'abandonne à un homme ! Seule une femme peut le combler ou lui correspondre. Robin et Vivi sont des candidates très sérieuses, elles seront des reines remarquables et…
- Ah ! Tu ne parles plus de Nami ! Je t'ai convaincu, on dirait. Tu as renoncé, tu as perdu.
- Si c'était le cas, tu ne serais plus là, abrutit de Marimo ! »

Sabres dégainés, jambe enflammée… Ma chambre, putain ! Je leur hurle de sortir et quand Sanji évite la première attaque du démon, celui-ci traverse le balcon dans son élan et saute dans le jardin pour déplacer le lien de leur affrontement. L'ange le suit souplement. Au moins, ils ne détruiront pas mes affaires. Je les regarde combattre. C'est la première fois que je les vois autant en colère. Ainsi le problème peut se résumer aussi simplement ? Une femme ou un homme. Nami (ou une autre) ou bien… Usopp… Usopp qui m'a fait sa déclaration il y a moins de deux heures.

Cette situation loufoque ne m'aide pas à prendre une décision à ce sujet. Ils simplifient tellement les choses, tous les deux, quand ils en parlent. Ce n'est pas qu'une question de sexe. Pas pour moi, en tous cas. Usopp est mon plus proche ami depuis l'enfance, j'ai peur de perdre son amitié et j'ai besoin de prendre du recul sur la question, j'ai besoin d'y réfléchir au calme. Mais les bruits de combats en contre-bas me rappellent qu'il y a un autre élément dans l'équation. Il ne s'agit plus uniquement de Usopp et moi. Qu'ils le veuillent ou non, leur condition entre en compte.

Soudain, j'entends un rire venant de ma droite. Sursautant je me tourne et vois mon père sur le balcon voisin. Qu'est-ce que le Roi fait ici ? Il regarde le combat avec attention, les sourcils légèrement froncés. J'ai l'impression de voir bouger ses lèvres, comme s'il discutait avec lui même. Brusquement il prend la parole sans se tourner vers moi.

« Ce sont tes conseillers, mon fils ?
- Heu… oui…
- Intéressant… J'aimerai bien savoir pourquoi toi plutôt que tes frères…
- De quoi ?
- Rien… Comment sont-ils tombés ?
- Ils se battaient et… hein ! Comment vous savez ça, père ? »

Je n'ai jamais parlé à personne de la présence de l'ange et du démon sur mes épaules. Comment est-il au courant de leur existence ? Le regard de mon père se tourne vers moi et le sourire qu'il m'adresse est sincère. Comme toujours, il m'apaise. Sabo dit que j'ai le même. Il murmure quelque chose et je vois apparaître deux silhouettes sur ses épaules. J'écarquille les yeux de surprise. Merde alors ! Lui aussi ! Sur son épaule gauche, le démon semble très sévère. Brun, le visage taillé à la serpe, des ailes immenses, il ne quitte pas des yeux le combat dans les jardins et l'énorme épée (proportionnellement à son petit corps) qu'il a dans le dos me fait penser qu'il jauge le techniques de Zoro. De l'autre côté, l'homme assis me lance un regard complice. Impossible !

« Shanks ! »

L'ange sur l'épaule de mon père n'est autre que son jeune frère. Mon oncle décédé il y a quelques années. Il porte pourtant les ailes blanches et l'auréole qui justifient sa place à droite. Zoro et Sanji sont arrivés près de moi peu de temps après sa mort. Ils m'ont aidé à la surmonter. Que fait-il là ? Devant mon regard surpris, mon père rit doucement.

« Et oui, Shanks. J'aurai dû mourir aussi ce jour là. Edward, qui m'accompagnait depuis mon adolescence, n'a pas hésité une seconde et s'est interposé. Dracule n'est pas non plus mon premier démon. Ils meurent et sont remplacés, c'est comme ça que ça se passe. Toi aussi tu auras un nouveau conseiller quand ils auront réglé leur différent.
- Comment ça ? Non ! Je ne veux pas ! Je n'en veux pas d'autres qu'eux !
- C'est inévitable, mon fils. Un seul reprendra sa place, l'autre finira par mourir. »

Je crois que c'est trop pour moi… Non seulement, mon père a aussi des petits immortels à ses côtés depuis son adolescence et je l'ignorais. Mais en plus, mon oncle est devenu l'ange personnel de mon père après sa mort. Quant à Sanji et Zoro… l'un des deux va mourir. Si je décide d'aimer une femme ça sera Zoro, si je choisi un homme ça sera Sanji. C'est tellement absurde, tellement ridicule. Comment pourrais-je aimer quelqu'un au prix d'une vie ? Dois-je abandonner à jamais l'idée de tomber amoureux ou de me marier ? C'est insensé. Le soleil brille dans le ciel mais sa chaleur ne m'atteint plus. Je regarde les deux hommes qui échangent des coups, leur colère s'est apaisée, je le devine aux sourires sur leurs visages, mais ils combattent toujours. Ils ont l'air heureux, tellement vivants ! Et pourtant, l'un des deux va mourir. Je m'y refuse. Je me sens glacé et je réalise que mes mains tremblent.

« N'y a-t-il pas… une autre solution ?
- D'après Dracule, il y en a une, mais elle est irréalisable.
- Laquelle ?
- Faire changer de bord l'un des deux. Et comme rendre un démon angélique est impossible, ça veut dire qu'il faut déchoir ton ange.
- Déchoir mon ange…
- C'est le blond ?
- Oui… »

Je vois que le démon de mon père lui parle mais je n'entends pas les mots qu'il prononce. Déchoir un ange, transformer Sanji en démon. Ça me semble effectivement irréalisable. Et puis, ça se passe comment, d'ailleurs ? Comment on fabrique un ange déchu ? Faut-il qu'il tue quelqu'un ? Sanji est un être trop droit et trop sérieux, jamais il ne deviendra aussi irresponsable que Zoro… Mais je ne suis pas certain de savoir ce qui fait un Démon, celui de mon père ne semble pas du tout aussi libertin que le mien… Mes paroles dépassant ma pensée, j'ouvre la bouche pour poser la question qui me taraude :

« Et… Comment…
- Mon fils, cette histoire les concerne, ce ne sont que des conseillers, tu ne dois pas t'attacher à eux.
- Vous n'êtes pas attaché à votre ange, Père ?
- C'est mesquin, fils. Laisse les s'entre-tuer, celui qui gagnera te reviendra, l'autre sera remplacé.
- Ils ne se battent pas pour tuer, vous ne l'aviez pas remarqué ? »

Mon ton est dur, presque agressif. C'est un manque de respect évident et ça serait inacceptable si nous n'étions pas que tous les deux. Je suis blessé par son détachement et mes mots sont sortis tous seuls. Comment peut-il me dire une chose pareille ? Je quitte mon balcon, laissant là mon père. Je suis furieux de sa remarque. D'après lui, je dois laisser l'un des deux mourir, je dois en sacrifier un. C'est hors de question ! Et si pour garder les deux, il faut briser l'auréole de Sanji, je le ferai. Est-ce que Zoro m'aidera à faire ça. Il faut que je lui parle. Je dévale les escaliers, déboule dans le jardin et, sans la moindre hésitation, je me mets entre eux deux. La lame de Zoro se fige à quelques centimètres de ma gorge alors que la semelle enflammée s'immobilise près de ma nuque. Je jette un regard vers les étages, mon père ne nous regarde plus. Je tremble de colère et je crois que ça s'entend dans ma voix quand je prends la parole.

« Cessez de vous battre comme des enfants. Si vous restez au château, vous devez vous rendre utile, il vous faut une couverture. Qu'est-ce que vous pouvez faire ?
- Je peux m'occuper de l'armurerie ou former des soldats au maniement des sabres. L'auréolé est cuistot.
- Cuisinier, sérieux ? Sanji, je veux goutter ta cuisine ! »

J'en salive déjà ! Ma fureur s'est évaporée d'un coup alors que j'imagine la nourriture divine que mon ange pourrait me servir. Zoro a l'air fier de son coup tandis que son adversaire maugrée quelque chose au sujet du péché de gourmandise avant de s'incliner devant moi et de prendre le chemin des cuisines. Je hoche la tête et essuie la bave qui coule de mes lèvres. Puis mon regard se pose sur le sabreur et la colère me reprend. Je lui ordonne de me suivre et je me dirige vers ma chambre. Sans un mot, il m'emboîte le pas. Alors qu'il s'oriente vers mon lit, je lui indique le canapé et il me lance un regard surpris. Il ne m'a probablement jamais vu aussi sérieux et en colère. Je ferme la fenêtre pour éviter les oreilles indiscrètes et m'installe près de lui avant de me lancer de but en blanc ce qui le laisse totalement indifférent.

« Si je choisi Usopp, Sanji va mourir ?
- Oui.
- Si je choisi Nami ou une autre, c'est toi qui meurs ?
- Effectivement.
- Et tu es convaincu que je vais céder pour un homme ?
- C'est une évidence.
- Pourquoi ?
- Tu ne te poserais même pas la question, sinon. »

Je prends le temps de réfléchir à sa réponse. Si l'idée d'embrasser Usopp ne me tentait pas un peu j'aurais résolu la question depuis longtemps, il a raison. Et même si, au final, ma raison m'amènera à choisir une femme pour le bien du royaume, aujourd'hui, je suis davantage attiré par cette nouvelle expérience. Une découverte, comme une aventure, dans laquelle Zoro pourrait me guider. Je soupire.

« Je ne veux pas que Sanji meurt.
- Moi non plus.
- Oh ?
- Ça t'étonne ?
- Un peu. Tu es un démon, tu devrais être heureux de te débarrasser de lui, non ?
- Probablement.
- Mais ce n'est pas le cas.
- Non.
- Comment on fait déchoir un ange ? »

Il explose de rire. Je crois que c'est la première fois que je le vois comme ça. Il a toujours l'air dangereux ou menaçant quand il n'est pas carrément flippant, mais là… on dirait presque un enfant. Il est beau. En fait, mes deux conseillers sont beaux. Ceux de mon père aussi. Ça doit être une de leurs particularités, une condition nécessaire à leur statut. Son rire s'éteint et il passe sa main dans mes cheveux. Ce geste me surprend. Nous avons une certaine complicité quand il s'agit de faire des bêtises ou de faire tourner Sanji en bourrique mais il n'a jamais exprimé ce genre de tendresse à mon égard. J'oublie souvent qu'il est mon allié et que je n'ai pas besoin de me méfier de lui. Sa voix est pensive quand il reprend la parole.

« Tu connais les sept péchés capitaux, Luffy ?
- Heu ouais, tu les as cités tout à l'heure.
- Il doit céder à chacun d'eux.
- La colère c'est déjà fait. Vous n'en seriez pas là, sinon.
- Tu as raison… Tu comptes m'aider ?
- Heu… oui, je crois…
- La luxure doit être le dernier. Et si tu veux qu'il reste sur ton épaule… ça doit être avec moi. »

« Sanji ! J'ai faim ! »

Je déboule dans les cuisines et trouve mon ange conseiller en pleine préparation d'une magnifique pièce de viande. Il lève la jambe et j'évite de peu sa semelle avant de m'asseoir près de lui, bavant sur son plan de travail. Il râle mais ne peut rien me refuser. D'ailleurs, vu qu'il me sort un plat du four, je suis persuadé qu'il avait prévu ma venue. Ça fait déjà une semaine qu'ils sont tous les deux sur terre et il semble se plaire en cuisine. Il s'est vite rendu compte que cet éloignement physique de mon quotidien ne nuisait pas à son rôle auprès de moi. Au contraire, j'adore le rejoindre en cuisine pour avoir du rab de nourriture pendant que je lui parle de mes questionnements. Il reste celui dont j'écoute le plus l'avis. Zoro n'est clairement pas le plus sage des deux. C'est son rôle, après tout.

« Luffy, c'est de la gourmandise, ça. Je ne devrais pas te laisser succomber à un tel péché.
- Tu veux qu'on parle de tes accès de colère ? »

Il se fige, rougit puis se détourne. Un point pour moi. Je ris. En une semaine au château, mes deux conseillers ont détruit pas mal de meubles. Il faut dire que Zoro est un expert pour le faire sortir de ses gongs. Sanji se remet à sa préparation pendant que je dévore un poulet rôti incroyablement savoureux. Je me suis renseigné sur les péchés capitaux, ça ne va pas être facile de faire tomber Sanji. Certains sont plus évidents que d'autres mais je crois qu'on va avoir un peu de mal avec l'avarice ou la paresse… Quoi qu'il en soit, ce soir, nous avons un plan infaillible… et je n'aurai rien à faire, en plus. Je lui souris.

« Tu m'as l'air de bonne humeur, aujourd'hui. Pourtant, tu es débordé de travail, non ?
- C'est le mariage de ton frère, Luffy. Bien qu'il ait dû renoncer au trône pour épouser la belle Koala, ton père lui a offert une fête digne de son sang, il y aura toutes les plus belles femmes du royaume, il est de mon devoir de toutes les combler.
- N'est-ce pas un petit peu orgueilleux ?
- Non, Luffy, je pense juste que je dois les servir, c'est l'inverse : de l'humilité.
- Si tu le dis… Pas de luxure, là dedans, donc.
- Certainement pas ! Je suis un ange, Luffy ! Je ne peux pas me corrompre en cédant au péché de chair ! »

Je rigole en mangeant mon poulet et il me fusille du regard. La colère est vraiment présente en lui, il est évident qu'il va se faire avoir, ce soir. Il perd ses moyens quand il s'énerve. Je lèche mes doigts un à un alors qu'il dépose devant moi un plat de frites que je m'empresse de goûter. Mon regard erre sur la cuisine. Tout le monde est très occupé et je me rends bien compte que cette soirée est importante pour tous. Sabo était le prince héritier, celui qui devait succéder à mon père. Ça fait des années qu'il étudie et s'y prépare… et voilà qu'il abandonne tout ça par amour. Koala est une jeune femme très belle malgré son fort caractère mais elle ne peut pas prétendre au titre de reine. Sabo a dû choisir et il a préféré l'amour. C'est magnifique, c'est romantique… et ça m'emmerde. Koala est une paysanne, elle n'a aucune manière et aucun sang noble. En plus de ça, c'est une étrangère et elle a déjà été mariée. Et comme elle n'a pas eu d'enfants, la rumeur dit qu'elle ne peut pas en avoir. Une seule de ces raisons aurait suffit pour l'écarter du trône, alors toutes réunies, c'est totalement impossible. Ce soir, Sabo se marie, cet acte signera aussi son renoncement au trône et Ace a déjà dit qu'il n'était pas question qu'il prenne la suite de notre père. Je suis coincé. Encore une fois, je soupire.

« Sanji… Dois-je vraiment choisir entre hommes et femmes ?
- Que veux-tu dire, Luffy ?
- Votre combat, à Zoro et toi… Comment est décidée la victoire ? Le premier que j'embrasse ? Le premier dont je tombe amoureux ?
- Toi qui ne cesse de parler de péchés capitaux, tu n'as pas une petite idée ?
- Mmm… Alors tant que je ne consomme pas, je peux flirter ?
- Luffy ! Ce soir toutes les jeunes femmes du royaume seront là, tu devrais en profiter pour choisir ta future épouse plutôt que d'écouter les idées perverses de ce démon.
- Sanji, j'épouserai une femme, c'est évident. Et j'espère bien qu'elle me fera des enfants sinon notre lignée s'éteindra. Mais avant ça… avant d'être un personnage officiel dont la moindre action est surveillée… j'aimerai essayer… avec Usopp…
- Non, Luffy ! Tu ne peux pas faire ça… Je m'y oppose… »

Il semble triste, déçu peut-être, voir même… résigné. Pourtant il a de nombreuses fois cédé pour que je fasse des expériences avant de rentrer dans ce qu'il appelle le droit chemin. Mais aujourd'hui, il ne peut pas. Il serait encore sur mon épaule, il râlerait mais se contenterait de fermer les yeux. Ce qui change la donne c'est qu'il n'y est plus, justement. J'avale la fin de mon assiette de frittes et je soupire.

« Père m'a dit que l'un de vous allait mourir et je ne le veux pas, Sanji. Vraiment pas. Alors dis moi… qu'est-ce que je peux faire sans te mettre en danger ? »

Il me dévisage un long moment avant de se détourner pour mettre son rôti dans le four. Il nettoie ensuite son plan de travail et je vois bien qu'il réfléchit. Le sujet ne semble pas le mettre mal à l'aise, il est juste abattu. Il voit bien que je veux emprunter un chemin qu'il réprouve. Son attitude est la même que d'habitude, à chaque fois que je cède aux plaisirs de la vie et qu'il a l'impression que Zoro a plus d'influence sur moi. Craint-il en me donnant une limite que je chercherai à la transgresser ? Cherche-t-il des mots flous pour ne pas me répondre, m'induire en erreur sans me mentir ? Son regard azur plonge dans le mien, son visage est neutre.

« On parle de luxure, là, Luffy. La base du péché de chair est la fornication et, dans ce cas précis… la sodomie. »

Il a hésité à dire ce mot. Je crois qu'il regrette. Il quitte son poste de travail, me laissant seul. Je le vois sortir une cigarette de sa poche avant que la porte ne se referme sur lui. J'ai l'impression qu'il y a beaucoup de choses à explorer avant d'en arriver à ce qu'il a évoqué. Et je suis convaincu que Usopp sera d'accord pour qu'on prenne notre temps…