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Et si tout était différent
Chapitre 89
Explication à une moldue
28 juillet, village dans le Wilthshire.
-Tu me rappelles qui a eu la brillante idée de l'inviter ? grommela Sirius en se retrouvant à nouveau devant le seul magasin du village.
-Toi ! répliqua James en se tournant vers lui. Toi et tes drôles d'idées ! « On pourrait inviter Judith ! Au moins avec elle, on est sûr que notre secret sera bien gardé vu qu'elle ne va pas aller dire à Dumbledore ou Voldemort », imita-t-il faussement. Inviter la petite amie de mon fils !
James et Sirius échangèrent un regard dépité face à leur envie d'anniversaire grandiose et inoubliable puis se retrouvèrent entraînés dans de grands éclats de rire. Ils s'arrêtèrent un peu avant l'entrée de la boutique. Appuyés contre la paroi de la vieille maison, leur position était identique. Genou relevé et pied posé contre le mur, ils tentaient de se convaincre qu'ils n'allaient pas détruire le début de relation que Harry avait entamé en faisant fuir la jeune fille. Dans un geste nerveux, James se passait la main dans les cheveux, provoquant l'apparition d'un sourire sur les lèvres de son meilleur ami.
-Arrête de te payer ma tête, stupide cabot. Ce n'est pas toi qui raconte toujours la même histoire à chaque fois.
-Non, mais je dois l'écouter. Et dans ce cas précis, c'est différent. Tu auras d'autres choses à raconter en plus ! Je te rappelle le plan que tu as accepté, on entre, on donne rendez-vous à Judith, tu retournes travailler pour que personne ne remarque ton absence et ensuite, on reviendra quand on aura tout le temps de discuter.
-C'est le plan initial, c'est vrai. Si on ne la fait pas fuir…
-Tu m'as vu ? James, quelle fille fuirait devant moi ? demanda de manière rhétorique Sirius.
James tourna les yeux vers son meilleur ami et retint la moindre remarque sur son ton moins assuré qu'il y a vingt ans concernant son charme légendaire. Il connaissait assez bien Sirius pour savoir que ce dernier voulait retrouver la confiance qu'il avait perdue. Un sourire retenu se peint sur ses lèvres lorsqu'il vit une dame d'un certain âge sortir de la boutique, s'appuyant sur sa canne et les observer sans la moindre gêne.
-Bonjour, la coupa-t-il dans son examen visuel.
La vieille dame sursauta et marmonna une vague réponse sous le sourire amusé de Sirius qui remarqua sa présence.
-Vous n'êtes pas d'ici, affirma-t-elle en fixant les deux maraudeurs.
-En effet. On vit dans la maison à l'extérieur du village. La cabane, précisa James avec un petit sourire en coin.
-Héritage familial ? demanda-t-elle soudainement d'un ton pleinement réveillé.
-Oui.
-Pourquoi cette question ? soupçonna Sirius.
-Je connaissais très bien les anciens propriétaires, des gens très bien avec une bonne éducation, dit-elle sèchement.
James surprit son regard scruteur s'arrêter sur la distance minime qui les séparait. Quelque chose dans leur proximité semblait la déranger. Il jeta un coup d'œil à Sirius pour essayer de comprendre. Peut-être avait-elle reconnu le dangereux criminel ? Pourtant, cette supposition semblait peu plausible selon James. En effet, Sirius avait bien trop changé depuis le début de sa cavale, il y a trois ans et ne ressemblait donc plus aux photos qui avaient été montrées à toute la population anglaise, magique ou non. Il avait repris du poids et de l'assurance, surtout depuis son retour au manoir Potter. Il sourit rêveusement en songeant à l'aide mutuelle que créait la seule présence de l'autre. La possibilité d'être reconnu était encore amoindrie avec la paire de lunettes solaire que Sirius portait. En fixant son meilleur ami, il réalisa ce qu'elle avait cru comprendre. Il quitta l'appui du mur pour passer un bras autour du cou de son meilleur ami qui se laissa faire malgré un froncement de sourcil étonné.
-Ça devait être mes grands-parents, Maurice et Marguerite Potter, susurra James en posant sa tête contre l'épaule de Sirius et en lui prenant la main.
-Bonne journée, répliqua-t-elle dans une grimace devant ce trop plein d'affection.
James rigola silencieusement lorsqu'elle eut tourné le dos. Il s'éloigna de son meilleur ami qui attendait une explication pour ce rapprochement étonnant.
-Elle croyait qu'on était ensemble et ça la choquait. C'était drôle de la provoquer, rigola-t-il.
-Tu as quel âge, Jamie ? demanda Sirius d'un ton sérieux malgré un début de sourire qu'il peinait à contenir. C'est vrai que la décomposition de son visage quand tu t'es approché était marrant à voir. Mais tu es conscient que maintenant tout le village va croire que le petit-fils de Maurice et Marguerite Potter est homosexuel et qu'il est de retour dans la maison familiale avec son petit ami ?
-Elle aura oublié, rigola James en claquant des doigts. Elle a oublié.
-Tu triches, tu le sais ?
-Mais tu m'aimes comme ça, Sirius.
-Tu ne trichais pas autant avant.
-Autant ? s'offusqua-t-il faussement.
-Tu as toujours été plus doué que la plupart des gens autour de toi. Maintenant, prouve ton courage de Gryffondor et entre inviter la petite amie de ton fils. C'est ambigu comme phrase, termina-t-il, songeur, en poussant son meilleur ami dans le dos.
-Attends, attends ! Stop, se retourna James. Qui parle en premier ? J'entre et je dis « Bonjour, je suis le père de Harry et je viens t'inviter à son anniversaire mais avant il faut qu'on t'explique quelque chose ! ». Toi, elle t'a déjà vu !
-Et ?
-Elle comprendra que tu dois dire quelque chose en lien avec Harry.
-On improvise, James !
-Tu vas me laisser parler, maugréa James.
-Ouais, ricana Sirius.
-Harry ne pourrait pas être venu en douce, non ? réalisa soudainement James. Si Harry est déjà là, on aura l'air de deux cons et toute la fête sera foirée !
-Harry s'entraînait à sentir son flux magique, maintenant entre, termina Sirius en poussant fortement son meilleur ami qui se retrouva propulsé à l'intérieur.
James sourit en voyant la même boutique que dans son enfance. Peu de choses avaient changés. La caisse s'était modernisée, le personnel avait changé mais pour le reste, les mêmes choses étaient vendues. Les mêmes objets touristiques que personne n'achetait par manque de touristes dans la région... James remarqua la jeune femme blonde assise au comptoir. Il se figea en réalisant qu'il ignorait à quoi ressemblait Judith ; il savait qu'elle était blonde mais peut-être n'était-elle pas la seule employée à la chevelure blonde.
-C'est elle ? chuchota-t-il.
-Ouais, répondit Sirius, ne comprenant pas immédiatement pourquoi James lui posait la question.
-Je ne la connais pas, moi.
-Oh ! J'y vais alors.
Au son de leur voix, Judith releva la tête et leur lança un sourire poli. Elle fut troublée par la ressemblance que l'homme avait avec Harry mais fut rassurée en remarquant le second qui était celui qui avait accompagné Harry lors de sa première venue ici. Alors que Sirius allait s'approcher, il se stoppa.
-Je dis quoi ? murmura-t-il en faisant semblant de s'intéresser à une quelconque babiole à côté de James.
-Tu dis que tu es le parrain de Harry et que je suis son père et qu'on voudrait l'inviter à son anniversaire.
-Je ne lui donne pas mon nom ?
-Pourquoi pas ?
-Je suis recherché, Jamie.
-Oh ! Tu n'as qu'à donner que ton prénom. Faudrait peut-être aller lui parler avant qu'elle nous prenne vraiment pour des fous à parler comme ça, tout bas.
-Saleté de Potter, grommela Sirius mais James ignora s'il parlait de lui ou de Harry, pour qui ils organisaient tout ça.
-Bonjour, Judith, c'est ça ? demanda Sirius avec un sourire charmeur sous le regard exaspéré de James.
-Bonjour, c'est bien moi, oui, répondit-elle.
-Sirius, se présenta-t-il, je suis venu il y a quelques jours avec Harry. Je suis son parrain.
-Enchantée. Je me souviens de votre venue avec Harry. Mais je croyais que vous étiez son père, avoua-t-elle en souriant mais curieuse de sa venue.
-Je suis son père, intervient James en lançant un regard noir à son meilleur ami. James Potter.
-Enchanté.
-On est venu pour te parler de Harry, continua Sirius.
-Il va bien ? s'inquiéta-t-elle.
-Très bien, la rassura Sirius. Il… jouait dans la piscine quand on est parti, termina-t-il en réalisant que dire que Harry tentait de sentir son flux magique n'aurait sûrement aucun sens pour elle.
-Quoi ? s'étonna James. Il… Ah oui, il jouait dans la piscine, répéta-t-il devant le regard noir de Sirius ce qui lui fit se souvenir de ce qu'il venait de lui dire quelques instant auparavant.
-En fait, on organise un anniversaire surprise pour Harry le 31 juillet, le jour J. On voulait savoir si tu voulais venir ?
-Ça serait avec plaisir.
-Mais avant, on aurait quelques petites choses à t'expliquer avant le grand jour, continua James. Il y aurait-il un moyen de se rencontrer tous les trois avant samedi ?
-Je termine dans une heure et je n'ai rien de prévu après, on peut discuter à ce moment-là ? proposa-t-elle pensant que la requête sous-entendait une demande d'aide pour l'organisation.
-Tu peux te libérer ? demanda Sirius en direction de James.
-Je regarde avec Kingsley. J'arriverais à venir sans doute. Dans une heure, vers l'église ?
-Vers l'église ? répéta-t-elle, surprise.
-Euh… ouais, confirma James. Les choses qu'on a à t'expliquer sont plutôt surprenantes et on préférerait éviter que tout le village ne soit au courant.
-Préserver le mythe de l'aspect miteux de la maison, avança Sirius avec un clin d'œil.
-D'accord, accepta-t-elle, étonnée.
Quelques heures plus tard, Judith ferma boutique. Un léger malaise s'insinua en elle alors que ses doigts tournaient la clé dans un cliquetis métallique. Elle traversa le village avec l'impression d'avoir tous les regards braqués sur elle. Son regard azur se posa sur le cimetière qui se trouvait à proximité de ladite église, rendant le lieu de rendez-vous un peu plus macabre. Cependant, elle tenta de chasser ses incompréhensions en se focalisant sur cette église dans laquelle elle était allée si souvent. Elle tourna la tête vers l'immensité emplie des tombes en marbre. Elle songea à sa grand-mère qui avait tant eu foi en la vie et qui avait connu le mystère entourant la maison des Potter.
-Dis mamie, tu es déjà allée dans la cabane à l'extérieure du village ?
-Oui, j'y étais allée. Pourquoi cette question ma chérie ?
-A l'école, c'est devenu le nouveau sujet de conversation à la mode. Certains, comme Lauriane, avance que l'intérieur est aussi somptueux qu'un château. C'est vrai ?
-Un véritable palais, oui.
-Comment ? Depuis le chemin, ça ressemble à une cabane abandonnée. En plus, personne n'y vit, non ?
-Il y a quelques années, elle était habitée. Maintenant, je ne crois plus que ce soit le cas. Mais, je m'excuse ma chérie, je ne peux t'expliquer pourquoi l'aspect est si différent de l'intérieur. Quand ma très chère Marguerite ma fait le cadeau de me donner l'explication, j'ai promis de ne jamais en parler.
-Mais maman aussi, elle y est entrée.
-Oui. Elle faisait du baby sitting avec le petit-fils de Marguerite. Mais elle ignore comment cette différence était faite. C'est un privilège quand le propriétaire de la maison te l'explique, lui avait raconté sa grand-maman.
Judith sourit au souvenir de cette conversation avec sa grand-mère sur l'aspect de la maison. Elle ne pouvait s'empêcher de penser à cette femme qui avait donné tant d'amour autour d'elle et qui connaissait le mystère du village sans jamais le dire. Elle l'avait gardé en elle comme si la raison était si précieuse. Harry n'avait eu aucun mal à lui proposer de venir chez lui, comme si justement, la maison était des plus banales.
-Harry… murmura-t-elle. Que peuvent bien vouloir me dire ton père et ton parrain ?
Les mots de Harry lui revenaient en mémoire. Son père l'avait cru mort durant des années puis avait appris que son fils était vivant et avait tout fait pour le récupérer. En arrivant, vers le pavé de l'église, elle se souvint avec plus de netteté de la première fois où elle avait vu James, lorsqu'il discutait avec sa grand-mère. Elle n'arrivait pas à mettre une image sur l'homme qu'elle avait vu dans la nuit de l'hiver et dont elle n'avait que peu prêté attention.
Elle remarqua le parrain de Harry déjà là, assis sur un banc en pierre sur le côté de l'église, sous les hauts vitraux. Il avait une jambe pliée dont le pied était posé sur la pierre. Elle devinait malgré les lunettes de soleil son regard qui la suivait. Elle s'approcha, ignorant exactement quoi faire, quoi dire. Timide depuis toujours, cette situation n'était pas dans ses habitudes.
-Re-bonjour, la salua Sirius en se décalant légèrement pour qu'elle puisse s'asseoir. James ne va pas tarder à arriver, ajouta-t-il après qu'elle eut répondu par un sourire poli.
-Harry ne se doute vraiment de rien concernant son anniversaire surprise ? demanda-t-elle doucement tandis que Sirius cherchait quoi dire pour entamer la conversation avec la jeune moldue.
-Il sait qu'il aura droit à une fête surprise. Vendredi, quand tu l'as rencontré, on préparait l'anniversaire surprise de James. C'est un peu une tradition dans la famille Potter d'organiser une fête qui ne devient plus si surprise que ça... Mais dans ce cas-ci, Harry se doute qu'il y aura ballons, gâteau et bougies cependant, il pense qu'il n'y aura que moi, son père ainsi qu'un ami d'enfance à James et moi. Il doit sûrement espérer la présence de ses deux meilleurs amis mais il est loin d'imaginer qu'il y aura d'autres personnes. Son histoire est compliquée.
-Je sais. Il m'en a parlé hier.
-Ouais, c'est à peu près ça, concéda Sirius avec peine.
-À peu près ? s'étonna-t-elle.
-Désolé pour le retard, la coupa James au grand soulagement de Sirius. Tu connais Maugrey, il voulait plus me lâcher, ajouta-t-il en direction de son meilleur ami. Comme si je n'avais que de la paperasse à faire.
Judith le regarda s'asseoir en face d'eux à même le sol. Elle écouta leur conversation sans comprendre réellement de quoi il parlait. Cependant, elle ne pouvait s'empêcher de se demander quand est-ce que James était arrivé. Elle n'avait rien remarqué et pourtant quelques secondes avant son arrivée, elle avait tourné la tête dans la direction par laquelle il semblait venir.
-Et le temps de passer de Tellerino à James, et te voilà en retard !
-Tu aurais préféré que j'arrive en Tellerino et que je devienne James devant vous peut-être ? Merci le choc. Ce qu'on a à te dire est assez spécial, déclara James en se tournant vers la jeune femme. Il s'agit de quelque chose de personnel concernant Harry mais que tu dois absolument connaître avant d'arriver à son anniversaire.
-Harry m'a raconté ce qui est arrivé à votre femme et son enfance chez sa tante.
-Il t'a raconté ce qu'il pouvait, le plus sincèrement possible mais suivant les détails, il a dû les omettre ou les relater autrement. Il n'a pas voulu te mentir ou refuser de te parler de lui. Est-ce que tu crois à la magie, Judith ? demanda James, surprenant la jeune femme qui ne s'attendait pas à réentendre cette fameuse question. Pas à la magie de la vie mais à la magie, aux incantations…
-Aux potions, ajouta Sirius en grimaçant.
-Aux baguettes magiques.
-Au Quidditch.
-Aux dragons, enchaîna James sans remarque le froncement de sourcil d'incompréhension de Judith face au nom du sport si fameux dans le monde magique.
-Aux loups-garous, ricana Sirius.
-C'était mesquin, Sirius. Si Mumus t'avais entendu…
-Ce n'est pas le cas !
-Non. Je n'y crois pas. C'est du film, de la littérature. Si les loups-garous existent, pourquoi pas les elfes ? Comme dans le Seigneur des Anneaux, rigola-t-elle.
-Le Seigneur des quoi ? répéta Sirius dont le visage reflétait l'incompréhension des deux sorciers.
-Le Seigneur des Anneaux, de Tolkien, expliqua-t-elle, surprise qu'ils ne connaissent pas ce livre.
-Les elfes, on connaît mais le Seigneur truc là, non, grimaça le maraudeur.
-Ta grand-mère ne t'a jamais parlé de magie ? demanda James en espérant avoir trouvé un biais pour amorcer le sujet d'autant plus qu'il voyait une incompréhension s'approfondir dans son regard au fil de la conversation.
-Elle me racontait une histoire en me disant que si les sorciers existaient, ils raconteraient cette histoire à leur enfant, avoua la jeune fille, surprise que James lui parle de sa grand-mère. Elle me disait que si la magie et les sorciers existaient, on ne le saurait pas car ils ne se montreraient pas à ceux qui comme nous n'ont pas de pouvoir magique. Oh ! Et elle me parlait d'un château qui serait une école pour tous les petits sorciers, ajouta-t-elle d'un ton qui trahissait son manque de croyance aux histoires qui lui avait été racontées. Elle me racontait tout ça pour m'endormir !
James échangea un regard avec Sirius. Ils devaient s'avouer chanceux que sa grand-mère ait été une des amies les plus proches de Marguerite Potter. Cette dernière n'avait pu se contenir de raconter à ses proches la magie qui l'habitait et à quoi ressemblait ce monde invisible aux yeux des moldus. Judith avait alors entendu ces histoires être racontées comme des légendes inventées de toutes pièces par sa grand-mère sans se douter que celle-ci reprenait ce qu'elle avait appris de Marguerite et qu'elle avait gardé pour elle, seule durant tant d'années. À la mort de Marguerite, elle n'avait plus eu de contact avec ce monde magique qu'elle côtoyait dans le manoir Potter. James passait la plus grande partie de l'année à Poudlard et William, trop pris par le travail, ne passait quasiment jamais dans les rues du village où Mrs Schmidt aurait pu le croiser et s'enquérir de l'état du monde magique. Sa seule chance de pouvoir parler de magie, de ce secret sans le dévoiler avait été de le raconter à sa petite-fille comme une histoire imaginaire inventée par une vieille femme.
Judith connaissait, ou avait connu, plus que James ou Sirius ne pouvaient l'espérer sur le monde magique mais aujourd'hui la jeune fille avait passé trop de temps dans un monde rationnel pour vouloir ou ne serait-ce que pouvoir croire à une quelconque forme de magie, à un quelconque dragon sans l'avoir vu de ses propres yeux. Elle avait voulu y croire enfant. Elle se souvenait encore de la description que sa grand-mère qui reprenait les mots utilisés par Marguerite avait faite de Poudlard. Ce château où les enfants sorciers et parfois même des enfants dont les parents n'avaient aucun don magique apprenaient la magie, les potions et autres éléments mythiques était un rêve pour tout enfant qui aimait voyager dans les mondes imaginaires. Elle se souvint avoir dit quelques jours avant ses onze ans à sa grand-mère que peut-être recevrait-elle également une lettre pour lui annoncer qu'elle était admise dans cette école imaginaire et cachée du monde réel.
-Ce serait fabuleux, lui avait répondu Mrs Schmidt qui voulait croire qu'un jour elle pourrait partager le fait d'avoir connu une famille de sorcier et pouvoir avouer à sa petite-fille qu'elle avait même rencontré un tout jeune étudiant de l'école de magie.
Aucune lettre n'était jamais arrivée et Judith avait grandi. Aucun monde ne s'était ouvert à elle. Sa grand-mère partie peu après ses onze ans symbolisait la fin de cet espoir qu'un jour elle prendrait un train rouge flamboyant. La question de James sur les récits de sa grand-mère l'avait chamboulée. Elle avait cessé de penser à tout cela quand la seule personne qui aimait cet imaginaire l'avait quittée. Elle avait vécu dans la réalité et n'avait pu trouver refuge que dans la littérature ou dans des séries télévisée qui lui offrait sa seule source de magie. Repenser à ce qui lui avait été raconté la faisait remonter dans ses souvenirs, souvenirs auxquels elle ne pensait plus depuis trop longtemps. Elle ne remarqua pas les regards étonnés des maraudeurs devant son air songeur et son petit sourire alors qu'elle réentendait sa grand-mère et son monde magique dont elle semblait tant y croire.
-Elle me racontait souvent l'histoire de trois frères et elle me disait que dans le monde magique, cette histoire était aussi racontée aux enfants. Ils marchaient et se retrouvèrent devant une rivière qui les empêchait de passer. Alors ils firent apparaître un pont, expliqua-t-elle sans les regarder, plongée dans ses souvenirs, et sans voir les sourires amusés de James et Sirius qui connaissaient l'histoire. Mais la Mort voulait leur âme et apparut alors devant eux en leur proposant d'accomplir à chacun un souhait. Le premier demanda une baguette qui gagnerait chaque duel, il partit alors avec sa nouvelle baguette et provoqua des duels qu'il gagnait toujours. Mais un jour quelqu'un le tua dans son sommeil et s'empara de la baguette. La Mort a pu avoir la première âme. Le deuxième frère qui était fou d'amour pour une jeune fille qui venait de mourir demanda à pouvoir la ressusciter mais quand elle apparut, elle était une sorte de fantôme et réalisant qu'il ne l'avait toujours pas retrouvé réellement, il se tua. Le troisième frère, le plus rusé, demanda une cape d'invisibilité et se cacha dessous pour échapper toute sa vie à la Mort. Puis, quand il devint âgé et qu'il décida qu'il était temps de mourir, il donna la cape d'invisibilité à son fils et il partit retrouver la mort…
-Et le fils donna la cape à son propre fils et ainsi de suite jusqu'au dernier descendant de Ignotus Peverell, murmura James.
-Pardon ?
-Ta grand-mère connaissait très bien la mienne. Elle la connaissait si bien au point d'être la seule personne dans ce village à avoir jamais su la raison de l'apparence si lugubre et l'intérieur si luxueux du manoir Potter.
Judith éclata de rire.
-J'ai compris.
-Déjà ? s'étonnèrent les maraudeurs.
-Vous pensez que Harry ne devrait pas sortir avec moi alors vous essayez de me faire peur avec vos histoire de magie.
-Je t'ai simplement demandé si ta grand-mère te parlait de magie, je n'ai rien expliqué. Tu as parlé de Poudlard, du conte des trois frères toute seule.
-Je n'ai pas parlé de Pou… Pou-je-ne-sais-quoi !
-Tu as parlé de l'école.
-Je ne lui ai pas donné de nom.
-Elle en a un, confirma Sirius.
-Quoi ?
-Ce que ta grand-mère t'a raconté est juste et réel, continua James. Elle connaissait tout ça parce qu'une sorcière, ma grand-mère, les lui a raconté. Je suis le gamin qu'elle a rencontré et qui a été à Poudlard. Le manoir est ainsi car il est magique.
-Et les loups-garous existent ? ironisa-t-elle, de plus en plus perdue car au fond d'elle, elle avait toujours voulu y croire.
-Hélas, oui, grimaça James. On en connaît un. Ce n'est pas facile comme vie. Une fois par mois, on se transforme en une créature sanguinaire qui ne reconnaît même plus ses meilleurs amis. Expérience vécue, un loup-garou aime la chair fraîche, même celle de son meilleur ami, rigola James en soulevant la manche de son tee-shirt pour révéler une cicatrice sur le haut de son bras gauche, longue et bien visible.
Judith regarda la cicatrice sur le bras bronzé en face d'elle et l'espoir d'enfant qui l'habitait se réveilla à nouveau. Un froncement de sourcil se créa sur son visage alors qu'elle fixait la marque faite par un loup-garou.
-Vous en êtes aussi un ? De loup-garou maintenant, alors, si vous vous êtes fait mordre ?
-Juste un coup de patte. J'ai eu de la chance. Mais il existe un moyen d'être avec un loup-garou transformé ; ce qu'il ne faut pas, c'est être un être humain, mais être un animal offre la possibilité de ne pas réveiller l'instinct sanguinaire de la créature. Ta grand-mère ne t'a sans doute pas parlé des animagi. Il s'agit de sorciers qui ont appris à se transformer en un animal précis. Tu ne nous crois pas ?
-Je suis trop rationnel sans doute ...car j'aurais besoin de preuves.
-Waouf !
Elle se tourna brusquement, et à la place où se trouvait le parrain de Harry, se tenait maintenant un énorme chien noir. Elle le fixa les yeux ronds, cherchant une quelconque explication.
-Patmol, le but était qu'elle te voit te transformer ! rétorqua James.
-Elle m'a vu me retransformer, répliqua Sirius après avoir repris forme humaine devant le regard plus que médusé de Judith.
-C'est… C'est…
-Incroyable, ouais. Surtout de la part de Sirius, termina James moqueur.
-Potter, on n'a pas tous le sang de Godric Gryffondor qui coule dans les veines.
-Gryffondor ?
-Ta grand-mère t'aurait-elle parlé de Gryffondor ? Un des fondateurs de la légendaire école de sorcellerie.
-Ce nom me dit quelque chose mais je ne me souviens pas des noms qu'elle utilisait quand elle me racontait ces histoires. Peut-être a-t-elle utilisé ce nom. Je l'ignore. Et tout cela n'a aucun sens. Je… C'était un tour de passe-passe, n'est-ce pas ? Un chien est caché quelque part. Tout cela est impossible. Si la magie existe, pourquoi pas aussi la cape d'invisibilité du troisième frère ou la fameuse baguette ?
-Harry a la cape et Dumbledore a la baguette, avoua James.
-Harry a une cape d'invisibilité ? Sérieusement, une cape d'invisibilité !
-Harry, à travers moi, est l'héritier du troisième frère. Le manoir date d'Ignotus Peverell, le troisième frère. Mais même dans le monde des sorciers, personne ne le sait. Pour les enfants sorciers qui entendent cette histoire, tout n'est que légende. Aucune baguette, aucune cape et aucune pierre. Pourtant, tout cela existe. La magie existe, Judith. Ta grand-mère le savait. Elle connaissait des sorciers, ma famille. On n'essaie pas de te faire fuir, bien au contraire, te dire la vérité est plus une manière d'accepter ce qui se passe entre toi et Harry.
Elle les fixa tour à tour, ignorant que répondre. Elle songea à Harry qui lui avait semblé si « normal », loin de ressembler à un sorcier. Ses yeux verts lui revinrent en mémoire tandis que le souffle de l'espoir qui avait habité son âme d'enfant lui redonna foi en un monde magique.
-Je veux bien vous croire, avoua-t-elle. Mais cela semble si irréel.
James prit alors un petit caillou qui se trouvait à ses pieds et dans sa main, la pierre devint feuille. Il tendit le papier à la jeune fille qui vit son nom être inscrit dessus. Elle prit la lettre qui lui était tendu, surprise. À l'intérieur de l'enveloppe se trouvait une invitation à l'anniversaire de Harry.
-Tu peux choisir d'accepter et apprendre des choses sur la magie ou alors refuser catégoriquement et nous prendre pour deux fous. Que choisis-tu ? Avoir des preuves de l'existence de la magie ou l'idée même que la magie puisse exister te dérange-t-elle ?
-Je veux y croire. Ma grand-mère y croyait. Pourquoi pas moi ?
-Bien, soupira James, soulagé de ne pas devoir lui faire tout oublier.
Sirius commença alors par expliquer l'essentiel qu'elle avait à savoir sur le monde magique. Il décrit Poudlard en premier lieu, provoquant quelques commentaires de James. Puis, il parla du Chemin de Traverse, du Quidditch, du Ministère de la Magie qui faisait en sorte que le monde magique soit caché des moldus.
-Des moldus ? Qu'est-ce donc que cela ? avait demandé Judith, les yeux pétillants.
-Les personnes n'ayant aucun pouvoir magique, lui apprit Sirius.
Il continua de raconter ce qui lui semblait important à savoir de manière globale. Le résumé devait être bref et clair. Puis, James reprit le récit pour parler de ce qui touchait plus particulièrement Harry. Il parla de Gryffondor, de Serpentard et cita Poufsouffle ainsi que Serdaigle. Il expliqua alors ce que de rares sorciers savaient : James lui apprit les héritiers des fondateurs et leur destin. Judith apprit alors que le garçon qui lui plaisait était, en plus d'être l'héritier d'un conte qu'on lui racontait enfant, l'héritier de Gryffondor. Voldemort fut cité afin de la prévenir d'être discrète sur sa relation avec Harry et pour qu'elle sache ce qui se passait réellement dans le pays. Il parla de Dumbledore, de la première guerre. Sirius se chargea de lui expliquer ce que certains sorciers pensaient de la pureté du sang et de toutes ces idioties qui avaient conduit un pays dans une guerre sanglante.
James termina son récit en lui expliqua ce que Harry n'avait pu réellement raconter. L'enfance de Harry, la mort de Lily, l'absence de James, l'emprisonnement de Sirius dont l'annonce du dangereux criminel quelques années auparavant lui revint en mémoire…
-Tu connais l'essentiel du monde magique. T'expliquer plus de choses prendrait trop de temps et le temps a déjà bien filé. Mais pour l'instant, tu sais ce qui est important à savoir et ce que tu risques d'entendre samedi.
-D'accord, murmura-t-elle.
-Je viendrais te chercher en fin d'après-midi samedi, ajouta Sirius.
-Je finis le travail à 16h.
-Je serais là à 16h. On ne vous attend pas avant 17h, n'est-ce pas ?
-Non, je ferai en sorte qu'on n'arrive pas trop tôt.
Les maraudeurs raccompagnèrent la jeune fille un bout de chemin puis James rentra retrouver un Harry surpris de le voir rentrer si tard tandis que Sirius s'empressait d'aller raconter les derniers évènements à Remus.
31 juillet, anniversaire de Harry.
Harry fixa la jeune fille sans comprendre comment sa présence pouvait s'expliquer. Lorsqu'elle cita son père et son parrain, il tourna la tête vers eux. Il échangea un regard avec son père qui lui fit un petit sourire innocent. Les maraudeurs échangèrent un regard entendu, feignant ignorer comment la jeune fille était arrivée ici. Harry se retourna vers elle et lui fit un large sourire, heureux de la voir parmi ses amis.
-Joyeux anniversaire, Harry, dit-elle en s'approchant de lui pour lui faire un baiser sur sa joue rougissante.
