Et si tout était différent

Chapitre 95

Culpabilité ? Peur ?

Avec peine, James parvint à retenir un soupir. Il feint d'écouter le discours de Maugrey concernant l'organisation en cas d'attaque. Il sourit en songeant aux cris du ministre dû à l'incompétence du service des aurors comparé au talent prodigieux d'un inconnu qui « fait tout le travail qu'un service devrait faire ! ». Tous les aurors autour de lui écoutaient l'adjoint en chef faire son speech. En voyant tous les visages sérieux et à l'écoute, il se demanda soudainement ce qu'il faisait dans cette pièce au lieu de profiter du temps qui lui était accordé jusqu'à la grande bataille pour s'entraîner. Il faillit sursauter en entendant Maugrey s'asseoir bruyamment sur sa chaise tandis que Kingsley se levait pour conclure la réunion réunion durant laquelle James ignorait de quoi il avait été réellement question.

-J'insiste donc sur le fait que malgré la puissance de cet inconnu et la reconnaissance qu'on lui doit - étant donné qu'il fait notre job - il faut qu'on l'aide un minimum, ironisa Kingsley. Peut-être qu'une réel efficacité de notre part pourrait faire fléchir Vous-Savez-Qui ou du moins dissuader certains jeunes d'entrer sous ses ordres. Et maintenant, tous à vos postes, on a des mangemorts à capturer !

Suivant le mouvement, James quitta la pièce, ignorant le sourire moqueur que lui lançait Maugrey à chaque fois qu'ils se croisaient. Il se laissa tomber sur son siège de bureau. Les aurors n'avaient pas tous droit à leur propre bureau. Il avait eu de la chance que sa propre pièce ne lui ait pas été enlevée, l'obligeant à partager avec quelqu'un d'autre son espace. D'un geste de la main, il ferma la porte et lança un sort sur la pile de paperasse répétitive qui lui avait été donné par Maugrey afin qu'elle s'exécute seule. Pendant que son travail se faisait sans lui, il s'assit en tailleur sur son fauteuil et se concentra pour canaliser sa magie, recherchant au plus profond de lui à sentir la magie qui vibrait dans ses veines.

Soudainement, un son strident retentit dans tout le département des aurors. Dans un mouvement, James reprit son apparence réelle et se retrouva sous le long manteau noir, le visage caché derrière la capuche. Il ferma les yeux, et quand il les rouvrit, il avait quitté son bureau pour se retrouver au milieu d'une place publique. Un mangemort riait en réponse aux hurlements d'une femme allongée au sol. Des pleurs et des cris résonnaient. Le sang coulait. Les aurors et les mangemorts se défiaient parfois d'un simple regard. Une explosion se produisit lorsque James arriva. Sur sa droite, le clocher du village s'écroulait.

Cependant, le regard marron s'arrêta avant. Il ne vit pas la cloche s'effondrer sur le sol dans un bruit sourd. Il ne vit pas le nuage de poussière provoqué par l'accident et n'entendit pas les cris de douleurs des blessés ou le rire de Bellatrix Lestrange, fière de la pagaille qu'elle venait de causer. Un éclat argenté avait attiré son attention. Il se retrouva instantanément au côté de cet homme à la main d'argent. D'un geste de la main, il l'immobilisa. Son regard ne pouvait se détacher de ce corps tremblant. Son propre corps était pris par des tremblements qu'il peinait à contrôler. Il avait attendu ce jour depuis qu'il travaillait en Angleterre. Il avait tant voulu être celui qui conduirait ce traître au ministère... Sa magie bouillonnait en lui et il devait la contenir pour ne pas qu'elle explose.

Il se concentra pour stupéfixer un Mangemort qui se battait près de lui sans pour autant cesser de fixer l'homme qui avait détruit les êtres chers à son cœur. Le corps du partisan du Seigneur des Ténèbres tomba dans un bruit sourd, rappelant aux autres mangemorts qu'il était l'heure de prendre la fuite. Abandonnant ceux qui s'étaient fait prendre, ils disparurent. James ne se retrouva plus qu'entouré des blessés et des aurors qui étaient plus que surpris de voir l'inconnu toujours présent. Obligé d'avouer que ses anciens employés étaient capables de laisser s'échapper son prisonnier, James ne pouvait prendre le risque de le laisser seul avec eux.

-On daigne rester plus longtemps que d'habitude ? se moqua Maugrey.

-Non. Je ne daigne pas rester avec vous par pur plaisir. Je reste pour être sûr que le déroulement des choses se passe correctement avec ce mangemort.

-Vous insinuez que le service d'élite du ministère serait capable de laisser ce misérable mangemort prendre la fuite ? susurra-t-il.

-Je ne l'insinue pas. Je l'affirme ! Sérieusement, combien de mangemorts ais-je capturé comparé à vous tous ? Et j'ose espérer que vous connaissez le talent de Pettigrow lorsqu'il s'agit de prendre la fuite, répliqua-t-il, ignorant le regard terrorisé de son ancien camarade qui réalisait peu à peu qu'il n'avait réellement aucune chance de s'en sortir cette fois-ci.

-Alastor, je me charge d'accompagner notre héros anonyme et son prisonnier au ministère, ironisa Kingsley, jouant le jeu à merveille. Conduisez les autres pour le suivi de la procédure, ordonna-t-il.

James observa du coin de l'œil les aurors écouter leurs chefs et reprendre le cours des choses qui devait être exécutée dans ce genre de cas. Il se retrouva en train de suivre Kingsley pour que Pettigrow soit conduit au ministère. Il pouvait sentir les regards se braquer sur lui. Interrogateurs, les employés ne comprenaient pas sa présence. Lui-même ignorait pourquoi il ne laissait pas simplement Kingsley enfermer Pettigrow en attendant qu'un procès ait lieu. En marchant, son attention principalement centrée sur son ancien camarade, il savait que bientôt un auror serait envoyé pour venir chercher Tellerino et par conséquent venir le chercher. Il était celui chargé de retrouver Sirius Black, accusé d'avoir tué treize moldus ainsi que ce traître... Si Pettigrow n'était pas mort, les évènements devaient être remis en question. Quand Kingsley s'arrêta, ils étaient devant une des petites cellules du ministère qui servait de transition avant d'être envoyé à Azkaban ou d'être jugé innocent. Il laissa son collègue enfermer Pettigrow sans rien dire.

-Tu as trente minutes. À 15h45, j'irai discuter avec Tellerino. Cette affaire le concerne étant donné qu'il le « recherche », murmura Kingsley sans se tourner réellement vers l'inconnu après avoir vérifié les sorts de sécurités une ultime fois.

James fixa la porte, tentant d'assimiler ce que Kingsley venait de lui sous-entendre. Il ne niait pas avoir eu envie de dire ce qu'il pensait à Pettigrow mais en entendant quelqu'un parler comme s'il était normal qu'il ait cette envie, il réalisa qu'il n'avait pas envie de parler avec Pettigrow. Mais qu'il le devait. S'il voulait que son meilleur ami soit enfin libre, il devait faire en sorte que le traître se rachète, qu'il avoue. Il souffla un « d'accord » si bas que James ne fut pas sûr de s'être entendu lui-même. Cependant, il n'arriva pas à se téléporter dans cette cellule pour se retrouver face à celui en qui il avait mis sa confiance. Ce fut le regard surpris que porta sur lui Kingsley en remarquant sa présence qu'il prit conscience qu'il fallait qu'il bouge de ce couloir. Il inspira un grand coup et ferma les yeux.

Quand il les rouvrit, il avait quitté le couloir et le regard étonné de son ancien mentor pour se retrouver dans une pièce minuscule et sombre. Aucune fenêtre ne permettait à la lumière naturelle d'entrer. Une petite source de lumière laissait entrevoir à James à quoi ressemblait cette cellule dans laquelle il avait pourtant déjà enfermé plusieurs personnes. Se retrouver à l'intérieur, la porte fermée donnait une autre impression que lorsqu'il poussait l'accusé à l'intérieur avant de fermer la seule issue. Un banc semblait devoir également servir de lit. Les murs étaient rugueux. Même l'atmosphère était étouffante. Une énergie oppressante rappelait à James tous ces gens qui s'étaient retrouvés ici à attendre que les dés soient jetés. La peur d'Azkaban, des Détraqueurs, de sortir et sentir les regards douteux concernant son innocence… Toutes ces choses, il pouvait les sentir. La culpabilité d'avoir commis des actes abjects imprégnaient les murs.

-Qu'est-ce que… ?

La voix bégayante et surprise de Pettigrow le prit au dépourvu et il s'obligea à fixer son regard sur ce corps tremblant. Il s'était imposé à regarder partout ailleurs que vers lui. L'ancien maraudeur était parcouru par des tremblements. Ses doigts se tortillaient, signe de la peur qui l'habitait. Son corps était courbé par la culpabilité et l'habitude de se soumettre aux autres. Le poids de la honte le forçait à appuyer ses coudes sur ses genoux.

James croisa son regard et regretta immédiatement son geste en voyant le désespoir qui s'y reflétait. Les yeux bleus et gourmands qu'il avait connu avaient laissé place à un regard vide et terrorisé. Il revit le garçon grassouillet qu'il était à l'école, celui dont il avait pourtant envié l'anonymat, la famille simple et réuni, l'absence de confiance de sur-confiance… Il entendant encore le rire de son condisciple lorsque lui-même ou Sirius sortait une blague réellement pas drôle et que Peter était le seul à rire, non par pitié. Mais parce qu'il semblait à James qu'il était heureux de partager ces moments avec les maraudeurs. Il avait fait parti du groupe mais ne pouvait plus y revenir. Il avait accepté de suivre James et Sirius dans leur folie d'aider Remus et de devenir animagus. Ce secret lui avait pourtant coûté l'amitié des maraudeurs. James sentit son visage s'étirer en un sourire lorsqu'il se souvint de l'agacement de Peter et de Sirius de ne toujours pas y arriver alors que lui se transformait en un majestueux cerf, de l'absence de confiance en lui-même lorsque Sirius y arriva enfin. Cependant son sourire se fana, il avait été jusqu'au bout avec lui, prêt à l'aider. Le seul remerciement qu'il avait reçu était la mort de Lily, la trahison des maraudeurs.

Il pouvait lire l'incompréhension dans les yeux du mangemort face à la présence de l'inconnu dans sa minuscule prison alors que James comprenait que Peter n'avait rien demandé. Il ne vivait que ce que la prophétie voulait que lui, James, subisse. Le destin avait choisi qu'il perde son ami par trahison. Il réalisa même qu'il avait lui-même choisi l'ami qui le trahirait. Peter était le seul à qui il n'avait pas offert son entière confiance. Il ignorait pourquoi, à Poudlard, il avait confié son ascendance à Remus puis à Sirius, mais jamais à Peter. Son instinct l'avait retenu d'en parler au maraudeur chétif. Il avait senti qu'il ne pouvait le lui dire. Encore aujourd'hui, James sentait au fond de lui qu'il ne pouvait parler à Peter en étant James Potter, l'élu, héritier de Gryffondor car il refusait que le rat parle ne serait-ce qu'au ministère. Il ne voulait qu'une seule chose. Il fallait que Pettigrow avoue avoir trahi ses meilleurs amis. Il fallait que la prophétie condamne son ami pour de bon.

-Ton arrestation va permettre à Sirius d'être libre, enfin, ne put-il s'empêcher d'ajouter.

-Il a toujours vendu les parents de Harry Potter à Vous-Savez-Qui et tué treize moldus avant que je m'enfuis, ironisa Pettigrow qui se força à paraître fort malgré l'absence de courage que son corps témoignait.

-Les parents de Harry Potter ? rigola James alors qu'il réalisait que Peter n'avait sûrement plus osé dire son nom depuis bien longtemps. Tu n'oses plus dire le nom du meilleur ami que t'as trahi, Pet' ?

-James ? murmura Peter après quelques secondes.

-Ouais, avoua-t-il en remontant de quelques centimètres sa capuche, permettant à son regard d'être enfin dévoilé. C'est moi.

-Tu… Tu es mort ! s'exclama l'ancien maraudeur sans oser regarder son ami.

-Ouais. Tu m'as vendu, répondit James, ignorant pourquoi ces mots-là sortaient de sa bouche.

-Alors… Comment… Peux-tu… être là ? Être ce type ? L'inconnu ? bégaya Peter.

-Je ne suis pas cet inconnu. Je suis mort. Je ne suis pas réellement là. Tu crois me voir.

James ignorait consciemment la raison pour laquelle il parlait ainsi. Il lui semblait que son subconscient agissait sans demander l'accord à sa raison. Son être le plus profond savait qu'il ne pouvait plus faire confiance à Pettigrow. Il l'avait déjà trahi une fois ; pourquoi pas une seconde ? Il ne pouvait risquer de lui expliquer les enjeux de la prophétie, sa survie miraculeuse. Pettigrow tenterait de se sauver, lâche comme il était devenu. Evidemment, personne ne pourrait croire une telle absurdité sans preuve de son existence mais James savait qu'il ne prendrait jamais un quelconque risque en confiant un secret si important à un traître.

Cependant, il devait être sûr que Peter avoue ses crimes, avoue être le traître, avoue être le coupable des accusations contre Sirius. Il le devait pour son meilleur ami qui malgré tout ce qu'il avait vécu continuait de lui faire confiance. James devait mettre tout en œuvre pour que Sirius puisse être innocenté ; quitte à se faire passer pour une hallucination d'un esprit rongé par les remords.

-C'est ton inconscient qui m'a créé, enchaîna James, réalisant peu à peu le jeu dans lequel il venait de s'entraîner lui-même.

Pour prouver ses dires, il enleva son manteau et la capuche sombre, symbole de l'inconnu. Mais avant de le faire, il changea son apparence. Un souvenir de lui-même ne pouvait être l'homme de 36 ans qu'il était aujourd'hui. Peter ne pouvait imaginer se retrouver face à un James du futur. L'ancien maraudeur vit apparaître sous l'uniforme de l'inconnu son ancien meilleur ami âgé de vingt ans.

-Pourquoi… ? Pourquoi t'aurais-je… créé ?

-Par honte peut-être ?

-Mais pourquoi aujourd'hui ? Je culpabilise depuis quinze ans ! Pourquoi viens-tu me hanter aujourd'hui ? s'écria Peter, prenant au dépourvu James.

Il se leva dans un bond et se mit à parcourir la pièce comme devenu fou. Il ne remarqua pas le visage surpris de James. S'il avait tourné le regard vers celui du maraudeur, s'il avait rencontré son regard, il y aurait vu la tristesse, du regret, de la culpabilité… Mais le mangemort semblait exploser, dû à tout ce qu'il avait contenu durant tant d'années.

-J'ai passé douze ans sous forme de rat pour terminer à croupir dans une misérable cellule d'Azkaban ? J'ai tué mon meilleur ami et sa femme, j'ai envoyé un innocent à Azkaban pour ce que j'avais fait, j'ai tué les parents d'un enfant, j'ai empêché par mes conneries qu'un enfant ait une famille et j'ai fait revenir un malade qui veut tuer un gosse parce que j'ai peur de mes anciens meilleurs amis ! Alors pourquoi viens-tu me hanter maintenant que je sais que c'est fini ? Mon don de fuite légendaire vient de m'abandonner. Pourquoi n'es-tu pas venu me hanter quand je refusais de voir mes erreurs ?

-Tu refusais de me voir. J'étais souvent là, très souvent. J'étais là quand tu as aidé Voldemort à revenir, tu refusais de me voir, déclara James d'une voix sûre, se surprenant lui-même.

-Je suis si désolé. J'étais aveuglé par la jalousie… Je refusais de voir dans quel chemin je m'aventurais… gémit Peter en se prenant la tête dans les mains et s'affalant sur le « lit ».

-Peter, tu dois avouer que Sirius n'a pas tué ces moldus, il y a quinze ans. Tu dois dire que tu étais le Gardien du Secret, enchaîna James, refusant de se laisser atteindre par l'empathie qu'il ressentait vis-à-vis de son ancien ami.

-Ça me fait peur ! James, je suis terrifié. Quand ce mec m'a attrapé, j'ai réalisé que j'étais condamné...

-Tu dois assumer tes actes !

-Je ne suis pas comme toi, James. Toi, Sirius et Remus osiez assumer vos actes. Moi, je n'ose pas. Je ne réfléchis pas et après je n'assume pas. Je suis terrifié ! cria-t-il sur le dernier mot en se laissant tomber contre le mur derrière lui.

-Je te hanterais jusqu'à la fin de tes jours s'il le faut Peter, mais tu dois avouer la vérité.

-Pourquoi ? Je ne te ferai pas revenir !

-Non, mais tu offriras la liberté que Sirius mérite et une famille à Harry. Pense à mon bébé. S'il te plaît.

-Ce n'est plus un bébé, maugréa Peter.

-Pour moi, il le sera toujours. Je le vois encore essayant de se mettre debout pour marcher. J'entends encore son rire de bébé, expliqua James en se remémorant les images qu'il avait de son fils pendant la décennie en Italie. S'il te plaît, Peter. Assume et dis la vérité. Pour Harry. Pour notre amitié.

-Pour être pardonné ? Tu avais toujours de belles théories... Mais peux-tu les appliquer ?

-Assume. Redonne une famille à mon fils et la liberté à Sirius et je te pardonnerai.

-Ton pardon contre mes aveux ?

-Promis.

-D'accord.

Les deux anciens amis se regardèrent, leurs regards se croisèrent en même temps. D'un commun accord visuel, la promesse fut scellée. James disparut alors de la pièce, laissant un Peter plus que déboussolé. Il arriva dans son bureau, reprit son apparence réelle et se laissa tomber dans le fauteuil. Les coudes sur le bureau, il appuya sa tête dans ses mains et soupira. Son cœur était empli de sentiments paradoxaux. Il voulait le haïr, lui en vouloir d'avoir causé la mort de Lily, d'avoir envoyé Sirius en prison mais il n'y arrivait pas... Plus il essayait, plus il s'en voulait à lui-même, à la prophétie.

-Putain de prophétie ! grogna-t-il en donnant un coup de pied dans les tiroirs de son bureau.

Il laissa sa magie s'exprimer en créant la sphère lumineuse représentant sa magie profonde. La sentir bouillonner dans ses veines le rassurait. Un coup à sa porte fit disparaître la boule et créa le retour physique de Tellerino.

-Pettigrow a été arrêté. Un procès va avoir lieu…, commença Kingsley en entrant dans le bureau. Dumbledore va chercher Sirius, termina-t-il après avoir fermé la porte. Ça va ?

-Il y a eu mieux, avoua James. Je dois y être, n'est-ce pas ? Je suis celui qui devait rechercher Sirius. Sa liberté va se jouer aujourd'hui.

-Dans une heure. Et oui, tu dois y être. Le ministre a demandé à ce que Sirius soit sous ta responsabilité depuis le moment où Dumbledore l'amène. Tu lui as parlé ?

-Il avouera tout.

-Tu t'es montré ?

-Pas vraiment. Je lui ai fait croire qu'il voyait une hallucination. Que je n'étais que le souvenir de moi-même qui venait le hanter. Tout ça à cause d'une prophétie, à cause de moi…

-Ce n'est pas ta faute. Ce que la prophétie crée n'est pas ta faute. Tu n'as pas demandé à ce que les choses se passent comme ça. Le destin en a décidé ainsi, pas toi.

-Je sais, murmura James.

-James, si je peux faire quoi que ce soit pour t'aider…

-Ne le prends pas mal, Kingsley mais dans ce genre de cas, c'est Sirius que je voudrais. Mais il est aussi demandé.

-Il y a peut-être une solution à ça, murmura Kingsley. On se voit au procès.

James regarda sans comprendre son ancien mentor quitter la pièce. Il soupira une énième fois et jeta un coup d'œil dehors. À travers la fenêtre, il pouvait voir les gens rire sans se douter de tout ce qu'il se passait dans un monde magique qu'ils ne connaissaient pas. L'insouciance était parfois préférable.

-Jamie ?

-Sirius ? Qu'est-ce que tu fais là ? s'étonna James en voyant son meilleur ami au milieu de son bureau.

-Très joli bureau. Magnifique décoration, ironisa-t-il. Kingsley est venu discuter avec Dumbledore de mon futur passage au ministère. Il m'a dit de venir te voir et que j'avais quinze minutes, expliqua Sirius en prenant place sur le bureau de James après avoir poussé la paperasse.

-Peter a été arrêté, avoua James en prenant place à ses côtés.

-C'est ce que j'ai cru comprendre. Tu serais celui qui l'a arrêté, ajouta-t-il. C'est d'ailleurs pour cela que j'ai accepté de me rendre au ministère parce qu'il y la preuve de mon innocence dans une cellule. Tu lui as parlé ? demanda-t-il d'une voix inquiète.

-Ouais. Il avouera tout. Pour le Gardien du Secret, les douze moldus. Il dira tout. Il croit que j'étais une hallucination. Je ne lui ai rien dit de… compromettant. Il nous a déjà trahi une fois. Je ne pouvais pas prendre de risques.

-Je sais.

Sirius passa son bras par-dessus les épaules de son meilleur ami. Ils restèrent assis l'un contre l'autre sans rien dire. Aucun mot n'était utile entre eux. Ils connaissaient les pensées de l'autre. Ils pouvaient reconnaître ce que signifiait chaque battement de cœur de l'autre. La simple présence de l'un apaisait l'autre. Les paroles rassurantes ne connaissaient aucune utilité pour eux. Ils leur suffisaient d'être juste côte à côte pour se comprendre, pour s'aider. La culpabilité de James était atténuée par la présence rassurante de son meilleur ami qui lui avait pardonné son absence et son abandon. Tandis que la peur de se retrouver libre à nouveau de Sirius se retrouvait calmée par la perspective de vivre cette liberté aux côtés de son frère de cœur. Comme pour démontrer les paroles d'Aristote, l'amitié de James et Sirius étaient comme une seule âme séparée par deux corps différents.

-T'imagines si quelqu'un entre dans mon bureau maintenant ? Il se retrouverait face à Sirius Black dans le bureau de l'auror qui le recherche ! rigola James.

Sirius rigola. Son sourit reflétait son contentement de voir son meilleur ami retrouver sa force. Puisant dans l'énergie de l'autre, Sirius avait retrouvé le courage d'affronter sa liberté prochaine et James acceptait ce que le destin lui offrait, aussi dur cela était-il. Un dernier regard pour se donner l'énergie vitale avant de se séparer pour se retrouver comme deux étrangers face à face.