Et si tout était différent
Chapitre 104
Contre coup
Le soleil brillait dans le ciel lorsque la nouvelle directrice de Poudlard pénétra dans l'infirmerie dans le but de discuter avec le nouveau héros. Qu'elle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle découvrit les deux maraudeurs endormis dans un lit simple et blanc. Les rayons solaires entraient à travers la fenêtre mais ne semblaient pas les déranger. La couverture était à moitié tombée par terre tandis que le reste ne couvrait que partiellement James, endormi sur le dos, la bouche entrouverte. Assoupi, la sérénité se lisait sur son visage. Sa jambe droite pliée avait le genou hors du lit tandis que son pied s'était coincé sous son genou gauche. À ses côtés, Sirius dormais à moitié sur le côté, à moitié sur le ventre. À cause de la petitesse du lit, les deux maraudeurs s'étaient endormis serrés l'un contre l'autre, un seul coussin pour deux. La tête de Sirius était posée sur l'ultime partie de coussin non utilisé par James. Son bras gauche coupait le corps de son meilleur ami, l'écrasant presque. Les doigts de sa main droite étaient entrelacés avec ceux de James. Un sourire amusé se dessina sur le visage sévère du professeur McGonagall.
-Ils étaient déjà comme ça ce matin quand je suis passée.
-Même après quinze ans de séparation, toujours aussi inséparables, commenta leur ancien professeur avec nostalgie. Comment va James ?
-Bien. Je verrai comment il se sent au réveil. Mais pour l'instant tout semble bien se rétablir. Il lui faudra de la tranquillité.
-On va faire en sorte avec Kingsley qu'il n'y ait aucun problème de tranquillité. Et au niveau de son état, il avait la main bien amochée, il me semble…
-Pas de magie utilisée à travers sa main jusqu'à ce qu'elle soit complètement guérie. Pour le reste, quelques côtes cassées et une cheville fracturée. Ça aurait pu être pire.
-Je peux les réveiller ? Je dois parler avec James.
-Bien sûr. Faites, Minerva. Je vais vous laisser.
-Merci, Pompom.
La directrice se racla la gorge en espérant qu'elle arriverait rapidement à les réveiller ou du moins à en réveiller un. Ne voyant aucune réaction chez les deux hommes, elle toussa faussement tout en réfléchissant à la manière de les réveiller.
-Jamie, éteins ton réveil, marmonna Sirius en passant sa jambe gauche sur celles de son meilleur ami, se couchant d'autant plus sur lui.
-Merci Sirius, mais je ne suis pas un réveil.
Un léger ronflement lui répondit. Ne voyant pas d'autres solution, elle créa une sonnerie stridente de réveille qui les réveilla instantanément. James tenta de sa main blessée d'arrêter le réveil inexistant. Mais le bruit cessa lorsque sa main fut en l'air.
-Siri, enlève ta jambe, tu m'écrases.
-M'en fiche…
Minerva leva les yeux au ciel devant leur manque de réaction et face à un certain malaise dû à leur proximité surprenante. Elle se racla à nouveau la gorge en espérant que James se réveillerait. Par chance, ce dernier ouvrit un œil. Puis, réalisant qui se trouvait face à lui, il se réveilla d'un coup.
-Professeur McGonagall !
-Me confondre avec McGo ne me fera pas enlever ma jambe, Jamie. Et cesse de gigoter, grogna-t-il en resserrant son bras autour de son meilleur ami.
James ne put s'empêcher de rougir devant le haussement de sourcil et le pincement de lèvres de son ancien professeur.
-Je suis désolée de vous déranger, Sirius, mais j'aimerais parler avec James, annonça la directrice.
Lentement, Sirius releva la tête et fit de gros yeux en remarquant que la présence de leur ancien professeur était réelle. Il enleva rapidement sa jambe et retira son bras du corps de son meilleur ami.
-Est-ce que l'on pourrait parler ?
-Maintenant ? Je me réveille.
-Je sais, c'est moi qui vous ai réveillé, précisa-t-elle. Random va bientôt arriver et j'aurais aimé qu'on puisse échanger quelques mots avant son arrivée.
-C'est une infirmerie. N'est-ce pas censé être un endroit où l'on se repose ? maugréa Sirius, se recouchant.
-Rendors-toi, Siri... Je suis réveillé, on peut parler. Il faudra juste ignorer ses ronflements.
Elle lui sourit et approcha une chaise pour s'asseoir à côté du lit tandis que James se mettait en position assise en grimaçant.
-Je vous écoute.
-Que pensais-tu faire maintenant que tout est fini ?
James ne répondit rien. Il tourna simplement la tête vers son meilleur ami qui marmonna quelque chose.
-On a une idée mais on doit d'abord en parler avec Harry.
-On ? répéta-t-elle, amusée.
-Ce n'est pas ce que vous croyez. On dort juste ensemble pour éviter de faire des cauchemars. On…
-Tu n'as pas à te justifier. Vous êtes libres.
-Ce n'est pas ça.
-Pas encore, grommela Sirius, amusé et somnolant à moitié.
-Sirius ! gronda James. Pourquoi cette question ?
-L'école t'appartient.
-Non.
-Tu es le dernier héritier d'un des fondateurs.
-Harry aussi.
-Harry est, je pense, trop jeune pour diriger une école.
-Et moi incapable de diriger une école. Je donnerai des points aux élèves qui feraient le plus de bêtises, argumenta James, provoquant un rire étouffé dans le coussin de la part de Sirius. Tu es la mieux placée pour être directrice. Tu as su gérer les choses après ce qui s'est passé hier, n'est-ce pas ? Je suis incapable de faire en sorte que des règles soient mises en place et surtout qu'elles soient respectées. Je n'ai pas cette rigueur. Si tu ne te sens pas capable, pourquoi ne pas demander à quelqu'un d'autre ? Je ne suis pas la bonne personne.
-Si c'est ce que tu veux, ou plutôt ce que tu ne veux pas, j'accepte de garder le poste de directrice. Mais tu auras toujours ton mot à dire si tu le souhaites.
-Et bien, j'aurais une idée concernant votre remplaçant en tant que professeur de métamorphose, tenta James.
-J'ai déjà pensé à lui si ta réponse était celle-ci, sourit Minerva.
-Comment les choses se sont-elles passées hier soir pour les élèves ?
-Tous ceux qui étaient rentrés à l'intérieur du château sont sains et sauf. Pour ceux qui sont restés dehors à se battre, quelques blessés mais rien de grave. Les médicomages de Ste-Mangouste se sont occupés d'eux. Puis, on a fait une rapide cérémonie où aucun professeur n'a été présenté, aucune règle non plus et où seuls les nouveaux élèves ont été répartis pour qu'ils puissent être dans leur dortoir hier soir. Aujourd'hui à midi, une vraie cérémonie pour souhaiter la bienvenue à tous les élèves aura lieu. Vous êtes les bienvenus, d'ailleurs, si Sirius daigne se réveiller.
-Oh, il émerge. Dans une heure, il sera réveillé.
-Je t'emm... pfff, grogna Sirius.
-J'ai également échangé quelques mots avec Random et Kingsley ce matin. Random proposait de faire un discours pendant la cérémonie de rentrée scolaire car certains parents seront présents et les journalistes également. Le faire à Poudlard aurait une certaine symbolique.
Le rideau qui entourait le lit et insonorisait l'endroit s'ouvrit pour laisser passer l'infirmière qui le referma sèchement derrière elle.
-Comment te sens-tu ce matin ?
-En pleine forme.
-Pas de magie, rappela Sirius.
-Le ministre de la magie et le chef des aurors aimeraient vous parler, indiqua Madame Pomfresh.
-Ils peuvent venir, accepta James.
À peine l'infirmière eut-elle annoncé au ministre qu'il pouvait aller parler avec le nouveau héros britannique que le chef du gouvernement était au pied du lit de James.
-Mr Potter, c'est un honneur de vous rencontrer.
-On s'est rencontré plusieurs fois. J'étais Tellerino, contredit James devant tant d'hypocrisie. Salut Kingsley.
-Salut James, comment te sens-tu ?
-Bien. Quoique un peu écrasé, ajouta-t-il, moqueur.
-Le lit est petit et comme tu l'as si bien dit, dans une heure j'aurais émergé. D'ici là, laisse-moi dormir, répliqua Sirius en restant couché.
-Mr Black ! s'étonna le ministre. Je ne pensais pas vous voir ici.
Sirius ne lui répondit que par un sourire hypocrite en s'asseyant sur le lit. Il ignora le regard du ministre qui passait de James à lui en s'attardant sur leurs mains enlacées.
-Vous vouliez me parler, Monsieur le Ministre ?
-Et bien, après ce que vous avez accompli, je suis à votre disposition pour que les choses se passent comme vous le souhaitez. Vous avez sauvé notre monde de Voldemort et de Dumbledore. Pourquoi de Dumbledore ?
-C'est une longue histoire qui sera racontée devant tout le monde une seule fois afin d'éviter de la répéter encore et encore, coupa la directrice au grand soulagement de James.
-Bien. Quoi que vous vouliez faire, Potter, le poste que vous aimeriez, il est à vous.
-Et bien, je n'en veux aucun.
-Je vous redonne le poste de chef d'auror, tenta Random.
-Non. Je tiens à ce que ce poste appartienne à Kingsley.
-Vous acceptez ? demanda tout de même le ministre en se tournant vers Kingsley.
-Avec plaisir, répondit l'auror. Même si je n'aurais pas dit non pour que tu continues de travailler avec nous, James.
-Je ne le ferai pas.
-Black ? Que voulez-vous faire ?
-Je reste sur mon idée que la Nouvelle-Zélande serait une bonne idée, répliqua Sirius avec un sourire moqueur, provoquant une incompréhension totale chez les trois personnes présentes.
-Il dort encore à moitié, l'excusa James en le fusillant du regard. Abbiamo già parlato di questo ! Ma dobbiamo ancora ne parlare con Harry. Anderamo qui ! Lo voglio anche ! (Nous avons déjà parlé de ça. Nous devons encore en parler avec Harry. Nous irons là-bas ! Je le veux aussi). J'aurais seulement quelques petites remarques à faire concernant la politique du pays, ajouta James.
-Je vous écoute.
-Il faut plus de tolérance et d'égalité. Ces conneries sur les sang-purs et autres désignations qui vous montrent du doigt doivent cesser. Mais j'expliquerai ceci après, lors de la cérémonie, devant les journalistes.
-Si mon patient doit aller parler devant une foule entière, j'aimerais pouvoir l'ausculter avant et qu'il puisse avoir quelques instants de repos, coupa Madame Pomfresh. Je vous demanderai de bien vouloir sortir de cette infirmerie.
-Bien sûr, Pompom. À tout à l'heure.
-Soyez sages, ajouta Kingsley, amusé.
-Ah Remus, pourrais-je te parler quelques instants, entendirent-ils en reconnaissant la voix du professeur McGonagall quand elle quitta la pièce.
-Bien sûr, professeur, accepta ce dernier.
James et Sirius échangèrent un sourire entendu en devinant la proposition de leur professeur. Apparut alors devant eux Harry, affichant un large sourire.
-Papa ! Ça va ?
-Bien et toi ? répondit James en laissant l'infirmière l'ausculter.
-Tout va bien.
-Tu as l'air fatigué, commenta Sirius.
-On a fait un peu la fête hier soir. Les jumeaux sont restés au château et…
-Et vous avez fait la fête sans les maraudeurs, se vexa faussement son parrain.
-On en refera une autre, si tu veux, proposa Harry avec un faux air triste. Que te voulait le ministre ?
-Me dire que quoi que je veuille faire, le poste est à moi.
-Et ? Chef des aurors ?
-C'est Kingsley. En fait, je ne pensais pas travailler, du moins pas tout de suite.
-Sérieusement ?
-En réalité, on ne t'en a pas encore parlé parce qu'on voulait attendre que tout soit terminé mais avec Sirius, on pensait partir, quitter l'Angleterre.
-Quoi ?
-Pas éternellement. Des vacances prolongées. On serait ici pour les vacances de Noël, pour celle d'été.
-James peut se téléporter n'importe où. On pourrait être ici rapidement.
-Aucun de nous ne se voit travailler ici. Je ne peux vivre tant que tout ces regards me rappelleront tout ce qui s'est passé. Travailler au ministère après avoir vécu les choses en Tellerino serait étrange et je pense que Kingsley ferait un meilleur chef des aurors que moi.
-Où partiriez-vous ?
-La Nouvelle-Zélande, avoua James en jetant un coup d'œil à son meilleur ami qui approuva. Mais on sera là à Noël et on pourrait toujours se voir. De toute façon, tant que tu es à Poudlard, qu'on soit en Angleterre ou non, ne change pas le fait que tu es à Poudlard.
-Remus le sait ?
-Non, pas encore. Mais je crois qu'il sera passablement bien occupé ces prochains mois.
-Comment ça ?
-L'intuition, répondirent avec amusement les deux maraudeurs.
-Je vais aller me préparer, on a la deuxième cérémonie bientôt. Les parents et journalistes seront présents car le ministre va finir faire un speech.
-James aussi, rappela Sirius en provoquant une grimace à son meilleur ami qui songea à cette perspective.
L'adolescent quitta l'infirmerie laissant les deux sorciers se préparer pour l'annonce publique. Ils discutaient de la manière avec laquelle il faudrait expliquer les choses, expliquer la prophétie, expliquer ce que sont les reliques… Toutes ces choses expliquées maintes et maintes fois en un été. Dans un plissement de regard, James fit apparaître des habits tout propres sortis de l'armoire du Manoir Potter.
-Hey ! Pas de magie !
-Je n'ai pas utilisé ma main et je n'ai pas eu de vertige.
-Après une nuit de sommeil seulement, tu as retrouvé une bonne partie de tes pouvoirs. Espèce de super héros.
-Commence pas.
-Super Héros… Sup…
La fin de sa phrase se termina dans l'imitation d'un poisson sous l'air moqueur de James.
-Je peux utiliser ma magie de super héros et te faire taire.
-Tes béquilles, Potter, le nargua Sirius lorsqu'il eut retrouvé sa voix et qu'ils comptaient quitter la pièce pour se rendre dans la Grande Salle où ils étaient attendus.
-Je ne peux pas m'appuyer sur toi ? Des béquilles, ça ne le fait pas.
-Tu veux vraiment que les gens croient qu'on est ensemble ? demanda-t-il en lui passant les béquilles.
-Ce n'est pas le cas ? s'étonna faussement James en ouvrant la porte. Quelle chance que j'ai choisi les béquilles…
Face à eux se tenaient plusieurs journalistes et photographes qui voulaient parler à leur héros afin d'avoir leur une. James plissa des yeux et les pellicules d'appareils photos se mirent à fondre tandis que les plumes perdaient leur encre. Sirius poussa les parasites pour qu'ils puissent passer.
-Empêche-les d'avancer pour qu'on puisse passer par le passage secret sans qu'ils nous suivent.
La horde journalistique cessa de bouger, incapable de faire le moindre mouvement. Ils suivirent du regard les deux maraudeurs qui tournèrent à l'angle et disparurent dans un passage secret une fois qu'ils furent hors de vue. Dès qu'ils purent à nouveau bouger, ils espérèrent trouver dans le couloir les deux amis mais ils avaient disparus.
-Il faut que je fasse attention avec ma magie sinon je vais avoir mal à la tête, avoua James dans une grimace.
