Chapitre 3

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Ça virevolte, ça danse, ça rayonne...

Tu crois que quelqu'un s'amuse à déchirer le ciel ? Si petits, si fragiles...

Ils rebondissent les uns sur les autres.

Si nombreux, pourtant si silencieux... Était-ce seulement possible ? Ils grouillent, s'écrasent puis fondent. La couverture de la terre. Couverture gelée et mortelle, tant de pureté... Ça brille, le reflet lui brûle la rétine. C'est trop blanc, trop de mouvement, tant de violence... Chaque flocon se bat, écrase son prédécesseur sans aucune pitié... Ils se font piétiner.

Viens là petit papillon, viens mourir dans le creux chaud de ma paume...

Tu as tué le buisson, viens là petite chose. Une boule de coton, ça doit sûrement brûler, n'est-ce pas ?

Il ne distingue plus le haut du bas, le ciel de la terre, trop de douceur, pas assez de couleur. Même son buisson a été contaminé par la pureté du moment. Ce poison gelé... Il donnerait tout pour y goûter. La glace qui lui brûle la peau et lui arrache la chaire, cela fait si longtemps... Était-ce un rêve ?
Pouvoir sortir la langue et retrouver le goût de la neige, ne plus sentir son corps, anesthésié par la cruauté de Dame Nature. Son sang cesse de couler, il ralentit, son cœur cesse de battre, tout en douceur... Sans même sentir son corps mourir, fondre, comme le petit flocon sur la branche.

Allongé là, il continue de chercher le ciel. Disparu... Pouf !

Comme un mauvais tour de magie...

C'est trop flou, c'est trop blanc. Il tourne la tête, détourne enfin les yeux de la fenêtre, il n'avait même pas remarqué que les barreaux eux, étaient noirs, tout comme les points qui dansaient devant ses pupilles dilatées. Tiens ? Ce n'est pas son lit... Pourquoi n'est-il pas dans son lit ?

Il réfléchit. Il oublie.

Ses bras sont attachés, ça faisait longtemps que les médecins ne lui avaient pas attaché les bras. Lui qui était si sage... Et puis où sont donc les murs mous ? Personne n'a le droit de lui prendre ses murs mous..
Pourquoi toutes ces armoires ? La neige ! C'est ça ! Il aimait la neige. Il veut goûter la neige, il aime colorer la neige, dessiner dedans... Le rouge lui va si bien... Même des semaines plus tard la neige garde la couleur qu'il lui avait donné...

Alors pourquoi pouvait-il voir la neige à la place de ses murs mous ?

Et contre quoi, alors, fracasser son crâne ?

Il voulait mettre du sang dans tous ses flocons ce serait si drôle... Oui, ce serait définitivement drôle. Le petit buisson, un petit garçon. Une mare de sang gelé qui fond, pénètre la terre pour nourrir le petit buisson. Oui c'est drôle !

Il rit. Il halète.

Distraitement, il caresse l'intérieur de ses joues d'un mouvement de langue, mordille sa lèvre inférieure. Oui, il peut rire, il sourit déjà ! S'il sourit, c'est qu'il peut rire !

Il glapit. Froncement de sourcils.

Sa blague est bonne pourtant, c'est amusant... Hilarant !

Son regard retourne vers la fenêtre, il fixe le petit buisson couvert de neige, imagine le petit garçon couvert de neige. Son cri retentit déjà à ses tympans, comme un baume apaisant...

Il sourit, ses cicatrices tirent, la douleur est familière, le rassure.

Il ne sait toujours pas où sont ses murs mous mais si ses cicatrices sont là alors tout va bien. Il lâche un soupir, rassuré malgré lui.

Une douleur nouvelle vient lui tirailler la poitrine, il ne connaît pas cette douleur. Son regard est attiré, il fixe d'un œil absent les bandages, les pansements... Pourquoi ?

Quelque chose cloche, ce n'est pas normal, il n'aurait pas dû se réveiller là. Ou était-il d'ailleurs ? L'hôpital, Arkham ?
Oui ! Arkham, bingo ! Les murs mous c'est Arkham, il avait toujours eu le droit à ses murs mous à l'asile... Et puis tout ce blanc... Le blanc lui brûlait les yeux. Il avait mal à la tête. Il n'arrivait pas à réfléchir, trop calme, trop détendu, ce n'était pas bon ! Pas normal ! Problème résonna dans son esprit... Mais cette douleur qui lui vrillait les tempes dès qu'il réfléchissait...

Si fatigué...

Drogué...

Il se releva, essaya, échoua lamentablement... Ses épaules étaient maintenues, tous comme ses poignets et ses chevilles par d'épais liens en cuir. Il serra les dents, sentit l'agacement grimper rapidement en lui, malgré les calmants. Une perfusion dans son bras gauche, il voulut l'arracher, il n'arriva même pas à soulever sa main.

Une ombre passe devant ses yeux, il sourit. Quoi de mieux qu'une petite infirmière pour passer ses nerfs ? La migraine lui vrille le crâne, il cligne des yeux, essayant de faire passer les points noirs.
La situation est cocasse, elle l'amuse, un petit peu.

Il veut en rire, vraiment. Il souhaite partager son hilarité avec la blouse blanche qui vient de passer à côté de lui. Il lève la tête, tente de poser son regard sur quelque chose autre que le flou. La fille se penche vers lui, l'incitant à reposer la tête sur l'oreiller.

Deux grands yeux se détachent du brouillard, un regard bleu souligné par de grandes cernes mauves, il va pour s'esclaffer... et s'étouffe ?

"Ça va?" Demande la voix fluette.

"Pourquoi ai-je cet air si sérieux?"

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" Monsieur Gordon ! Une minute s'il vous plaît Commissaire !"

Essoufflée de lui avoir couru après elle s'arrêta à sa hauteur pour reprendre son souffle. Qu'est-ce que l'homme pouvait marcher vite... Les mains sur les genoux elle lui lança un sourire compatissant. Inspirant une grande goulée d'air, elle resserra sa queue de cheval avant de lui tendre une main professionnelle.

«Docteur Quinzel.» Se présenta-t-elle. "Je suis une des psychiatres du bloc C. »

« Oh ! Enchanté Miss Quinzel. Que puis-je faire pour vous ? »

Elle ne releva pas, trop habituée.

"Cela va sans doute vous sembler étrange mais je voulais juste m'assurer que vous alliez bien. J'ai assisté à la scène de tout à l'heure, j'étais derrière la vitre de l'infirmerie." L'informa-t-elle.

"Je vois..." Il avait plutôt l'air perplexe à vrai dire. "Je suppose que vous êtes la psychiatre du Joker, en quoi puis-je vous aider ?"

« Oh non, vous vous méprenez. Le Joker n'a pas de psychiatre, il pr... »

« Quoi ? » Coupa-t-il sans même s'en rendre compte.

Elle sourit, cela était inapproprié mais le Commissaire semblait vraiment perdu, elle avait réussi à le rattraper juste avant qu'il ne sorte du bâtiment. Tout son être semblait vouloir fuir ce lieu au plus vite. Blanc comme un linge, plongé dans ses pensées, Frances avait dû l'appeler à de nombreuses reprises avant que l'homme ne remarque sa présence.

« En effet... » Reprit-elle calmement, essayant de transmettre son calme à l'homme en face d'elle. « Après avoir fait démissionner trois psychologues, deux psychiatres et avoir poussé un thérapeute au bord de la dépression nous avons estimé que le Joker était bien trop instable et dangereux pour suivre le programme dit habituel. »

« Mais... C'est complètement inconscient ! Il est fou, complètement dérangé, il faut le soigner ! » La colère semblait plus naturel chez lui que l'état d'apathie dans lequel il avait été après être sorti de l'infirmerie.

« Commissaire Gordon, s'il vous plaît, écoutez moi. » Elle dut poser une main sur son bras pour récupérer son attention. « Le Joker est un cas unique. Nous avons essayé à plusieurs reprises d'ouvrir un dialogue sain avec lui mais toutes nos tentatives ont lamentablement échoué. Cet homme est hostile à tout dialogue, ou pire encore... »

« Pire ? Cela peut-il seulement être pire? »

« Il prend la thérapie pour un jeu. » Elle sut à son regard qu'il savait précisément ce que cela impliquait. « C'est un homme brillant, ne vous y trompez pas. Sûrement le plus grand QI qu'il m'ait été donné de rencontrer dans ma carrière. »

« Vraiment ? » Demanda-t-il, sceptique malgré lui.

Gordon fronça les sourcils. Le Joker était loin d'être stupide, ça il l'avait vu par lui même. Les bombes, prises d'otages, cambriolages etc... Il avait souvent assisté à chacun de ses plans complètement impuissant. Mais... A ce point là ?

« Vraiment." Confirma-t-elle dans un sourire triste. Un tel potentiel... "Il ne voulait pas de thérapies, les gens ne l'intéresse pas, alors nous l'avons forcé. Ce n'est la meilleure idée que nous ayons eue, il a agressé deux infirmières et un aide-soignant. » Elle grimaça, se souvenant encore de l'hystérie du Joker dès que quelqu'un l'approchait. « Tout ça pour dire qu'après ces incidents, nous avons décidé de le laisser en paix. »

« Tout ça date de quand ? » Demanda le Commissaire après un moment de silence.

« Quelque mois après son arrivée ici, un an tout au plus. »

« Et depuis ? »

«Depuis ce moment là le Joker ne nous a pas posé le moindre problème. La seule chose qu'il souhaite c'est que nous le laissions seul, on l'entend des fois, rire de manière hystérique, se parler à lui même. »

« Sans faire de vagues ? » Questionna son interlocuteur, perplexe. « Ça ne lui ressemble pas. »

« Pas la moindre » Confirma-t-elle dans un sourire.

Le Commissaire face à elle soupira d'un air las, sa peau était trop pâle, il s'appuya contre le battant de la porte d'entrée. L'homme avait visiblement mal vécu sa rencontre avec le clown, bien que ce dernier soit inconscient. Elle se mit un instant à sa place, la dernière fois que Jim Gordon avait vu le Joker il était dans son costume violet, hurlant de rire suspendu dans le vide. Presque une décennie était passée depuis ce temps-là, une éternité pour certains...

Le clown avait perdu de sa splendide.

Plus de costume, plus de maquillage dégoulinant, plus de cheveux verts. On pouvait dire ce qu'on voulait mais cela change un homme...

Il ne lui restait plus que ses deux cicatrices qui lui barraient les joues et lui déformaient le visage. Même le temps ne pourrait pas effacer ce sourire artificiel, cruel.

Elle se souvenait encore l'avoir vu exécuter un homme au 20H de la plus grande chaîne nationale, elle n'avait pas dormi de la nuit... Et avait essayé, comme tant d'autres, de quitter une ville hystérique et terrifiée quelques semaines plus tard.

« Miss Quinzel, pourquoi m'avez vous couru après dans les couloirs pour me raconter tout ça ? » Depuis quand cet homme n'avait pas dormi une nuit complète ? Ses cernes viraient au bleu...

« Vous êtes le Commissaire de cette ville, je trouve important de vous dire tout cela. Le Joker peut être une grande menace. Jusqu'ici nous pouvons dire qu'il était plutôt stable dans son instabilité psychologique, si vous voyez ce que je veux dire..."

James Gordon lui répondit d'un hochement de tête sec, il semblait enfin comprendre le but final de cette conversation imprévue.

« Après l'annonce de la mort du Batman, le Joker a réagi de manière...inattendue. » Elle pencha la tête sur le côté, regardant curieusement l'homme qui lui faisait face. Il passa une main sur son visage, pouvait-il encore pâlir ? « Sa réaction violente et potentiellement mortelle est un cap dans son évolution. De toute évidence le Joker ne sortira pas indemne de sa crise. »

«A vous entendre il semblerait que vous ayez une idée derrière la tête... »

Elle lui sourit.

« Nous ignorons tous dans quel état il va se réveiller, hystérie, catatonie, violence extrême... Le Joker est bien trop instable pour pouvoir prévoir d'avance ses réactions, je pense que vous me rejoignez sur ce point...»

« Vous n'imaginez même pas à quel point... » Son expression en disait long.

« Le sacrifice du Batman l'a affecté plus que de raison, cette dépendance malsaine a été visiblement brisée. Alors, après la mort du Chevalier noir, que reste-t-il du clown ? Là sera notre travail, nous devons essayer de recréer une certaine forme de dialogue avec lui...»

« C'est pourquoi vous voulez me tenir informé... » Approuva le Commissaire Gordon. « Vous voulez que je sache si le Joker continuera à être une menace pour Gotham sans la présence du Batman. »

« Vous avez tout compris. Le Batman, involontairement, a poussé le clown à sortir de sa boite et s'il n'avait pas eu d'ennemi je ne pense pas que le Joker serait arrivé à de tels extrémités..."

« Ne parlez pas comme ça ! » Coupa-t-il en haussant le ton, si bien que la psychiatre se tut instantanément, les sourcils haussés de surprise. "Batman... Vous ne pouvez pas comprendre, vous ne savez pas tout ce qu'il a fait pour cette ville... Vous... Vous ne savez pas..."

Un ange passa. L'intervention soudaine de Jim Gordon laissa un silence pesant dans l'air. Trop brutal, trop de douleur... Quelque chose clochait, ça ne sonnait définitivement pas juste.

La psychiatre laissa planer le silence, se contentant de fixer l'homme qui lui faisait face avec curiosité... Tous les citoyens de Gotham savaient que le Chevalier noir avait tendance à traiter des affaires de la ville directement avec Gordon, cela faisait si longtemps maintenant... La mort du héros sûrement trop récente, trop douloureuse...

« Et vous, que savez vous ? » Rétorqua-t-elle, levant un sourcil.

« Rien. » Frances se reçut un regard noir. « C'est sans importance... »

« Bien. » Enchaîna-t-elle, absolument pas crédule de l'éléphant qui venait juste de traverser la pièce. « Tout ça pour vous dire qu'à partir d'aujourd'hui ce sera nous qui nous occuperons personnellement du Joker. »

« Qu'entendez-vous pas 'nous' ? » Interrogea Gordon, visiblement soulagé du changement du sujet. Le Batman était encore un point sensible pour lui.

« Les médecins du bloc C. » Elle ne précisa pas que c'était son collègue et supérieur hiérarchique, fraîchement arrivé de Phoenix qui avait été désigné d'office comme premier interlocuteur de leur nouveau patient. « Le Directeur Werber ne vous l'a pas précisé ? » Il secoua négativement la tête. « Peu importe. Une fois le Joker réveillé nous aviserons de la situation, en fonction de son état d'esprit et à partir de là nous essayerons de reprendre la thérapie. Après ces derniers événements le Joker sera peut-être plus réceptif, du moins nous l'espérons. »

« Soit. Cela me semble parfait, je compte sur vous... » Il lui offrit un sourire, un sourire fatigué et fragile mais néanmoins sincère. « Il faut que le clown retourne dans sa boite. »

Elle lui tendit la main, il la serra.

« Vous pouvez compter sur nous » Elle lança un regard vers l'extérieur où les flocons continuaient de virevolter de plus en plus violemment. « Vous devriez vous dépêcher de rentrer Commissaire, votre collègue va geler à cette allure. »

L'homme suivit son regard et ses dents se serrèrent en voyant le jeune bleu qui faisait le pied de grue devant la portière de la voiture de patrouille. Son pied droit était dans une flaque. Il soupira.

« J'en ai bien peur...» Déplora-t-il. « Merci pour toutes ces informations Miss Quinzel. Bonne soirée ! »

« Au revoir Commissaire Gordon. » Le vent froid vint lui fouetter le visage tandis que l'homme sortit rapidement, le dos courbé par le froid, pour rejoindre au plus vite sa voiture. Une vraie tempête se préparait là dehors.
Elle espérait ne pas avoir trop de mal à rentrer chez elle le soir même... Elle savait qu'elle n'était pas faites pour porter des talons, alors sur un sol verglacé..

Soupirant de lassitude Frances remonta les deux étages bien décidée à reprendre son poste d'observation à l'infirmerie. Elle ne savait pas pourquoi elle avait passé la journée dans cette pièce à observer... pas grand chose, au final. Le Joker était endormi et soigné, il n'y avait aucune raison pour elle de rester là-bas. Elle n'était pas sa psychiatre, c'est à peine si elle connaissait l'homme. Durant ses nombreuses années de services à l'hôpital d'Arkham elle n'avait eu à le croiser que quelques fois... Au détour d'un couloir, en passant devant sa cellule vitrée... Elle n'avait aucun lien professionnel avec le Joker. Enfin, pour être tout à fait exacte c'est le Joker qui n'avait aucun lien avec les médecins.

Alors pourquoi remontait-elle à son poste d'observation à cette heure-ci alors qu'elle aurait pu rentrer chez elle et retrouver... Retrouver pas grand chose. Un canapé et de la poussière. Rien ne l'attendait nulle part, même son travail était fait, pas de patients à voir, pas de dossiers à compléter. Rien. Si ce n'est son café froid qui devait toujours être sur le rebord de la fenêtre depuis ce matin...

Découragée par le tournant de ses pensées, la psychiatre pressa le pas, sautant deux marches d'affilé.

Arrivée devant la porte vitrée de la salle de soin, elle constata bien vite que la pièce était vide, pas d'aide-soignante. Juste un garde à l'entrée, comme le veut le règlement. Cette non-agitation du personnel confirma ses attentes, le clown était toujours dans un semi-coma dut à la dose massif de calmants. Rien de bien étonnant...

Elle poussa silencieusement la porte et rentra dans la pièce après avoir adressé un vague bonsoir à l'agent de sécurité dans le couloir.
L'infirmerie baignait dans une douce pénombre, seuls les flocons virevoltant derrière la fenêtre illuminaient la salle de soin. La faible luminosité calma immédiatement ses pensées et elle se détendit sans même s'en rendre compte. Elle jeta un regard discret au patient, bien menotté au lit. Tout allait bien, son état ne semblait pas avoir évolué. Elle attrapa son dossier avant de s'asseoir derrière le bureau du médecin de garde. Médecin qui ne gardait visiblement pas grand chose, sûrement à la machine à café avec son infirmière du moment.

Dos à la fenêtre, elle alluma la lumière du bureau qui grésilla un instant, son vieil âge n'aidant pas, puis entreprit de parcourir le dossier du Joker. Rien d'anormal, rien de surprenant, et pourtant la lecture de la première page lui donna des frissons.

Nom : Inconnu
Prénom : Inconnu
Pseudonyme : Le Joker
Patient numéro 655321
Arrivée : 17 Mars 2002

Bloc C, patient considéré comme extrêmement dangereux.
Casier Judiciaire :
Meurtres du premier et deuxième degré, homicides volontaires, homicides sur personnes dépositaire de l'autorité publique, terrorisme, vols qualifiés, enlèvements et séquestrations avec violence, incitation au trouble de l'ordre public...

Elle arrêta là sa lecture, le nombre de ses crimes faisait plus de deux paragraphes. C'était impressionnant, fascinant de morbidité. Elle tourna les pages jusqu'au passage qui l'intéressait vraiment.

3 Février 2011, dix heures cinquante huit.

Des cris inhabituels retentissent dans la cellule 7 du Bloc C. Alertés par les hurlements du patient, les aide-soignants et les membres de la sécurité présents sur place à ce moment-là pénètrent dans la cellule. Le Joker est inconscient et victime de violentes convulsions, un arrêt respiratoire en serait sûrement la cause. Cette hypothèse est confirmée par la suite par le Docteur Werber (rapport de soins page 7) Après une réanimation d'urgence, le pouls du patient est rapidement stabilisé. D'importantes plaies sont visibles sur le torse. Le Joker est transféré en urgence à l'infirmerie afin d'endiguer la perte de sang. Suite à l'osculation du Docteur Werber, il semblerait que le patient ce soit lui même infligé ces blessures.

Elle ferma brusquement le dossier, rien de nouveau sous le soleil. Le compte rendu médical était suffisamment parlant. Auto-mutilation, crise de panique, hystérie... Mais à une telle extrémité que ça en était presque choquant, même pour quelqu'un comme elle. Il s'était arraché la peau à la force des ongles, avec une telle force... S'arrachant la chaire jusqu'à l'os...

Tout ça à cause de la mort du Batman... Si jamais elle trouvait le crétin qui avait était assez stupide pour en parler devant lui...

Comment avaient-ils su ? Tout simplement parce que c'était la seule chose que le Joker avait dit après avoir repris connaissance... Il avait hurlé très fort, allant jusqu'à casser le nez de l'infirmier qui avait essayé de lui injecter un tranquillisant. Il ne s'en était même pas rendu compte, n'avait même pas ouvert les yeux.

Le spectacle de la douleur de cet homme avait été terrible à affronter, tant de rage... Les médecins avaient préféré le garder endormi toute la journée, de peur qu'il ne replonge dans ce tourbillon de violence.
Elle préférait encore entendre son rire hystérique résonner contre les murs de l'établissement... Cette normalité avait quelque chose de rassurant...

Un bruit de gorge résonna dans son dos, brisant la quiétude de la pièce. Frances fut si surprise qu'elle manqua de lâcher un cri. Elle tourna si rapidement la tête qu'elle entendit ses vertèbres craquer, fait qu'elle ignora royalement.

Le Joker était là, allongé dans ce lit d'hôpital, ou plutôt ligoté à la table d'osculation, reprenant doucement conscience. Elle bondit de sa chaise et se précipita vers lui.

Il était attaché de toute façon, elle ne risquait pas grand chose... Comment Diable avait-il pu se réveiller avec la dose éléphantesque de calmants qu'ils lui avaient administré... Et depuis combien de temps était-il conscient, à quelques mètres d'elle ? Elle n'avait rien entendu...

Elle vit ses paupières papillonner plusieurs fois, ses sourcils se froncèrent, laissant apparaître des rides sur son front.

Ses yeux étaient vitreux, ses pupilles dilatées, il n'aurait pas dû se réveiller.

Elle pencha doucement la tête au dessus de lui, essayant de saisir son regard, espérant comprendre ce qui pouvait traverser son esprit à cet instant.

« Ça va ? » Demanda-t-elle d'une voix douce.

Il replongea dans les bras de Morphée avant qu'elle ne comprit ce qu'il venait de baragouiner...