Bonjour !
En commençant à traduire cet OS que j'avais posté sur AO3 il y a quelques temps, je me suis rendue compte que je ne l'avais pas posté ici. Je profite donc de cette occasion pour vous le présenter. De quoi patienter en attendant les publications des prochains chapitres de Résurrection et de Que reste-t-il des jours heureux?.
Bonne lecture !
Hermione était à bout. D'aussi loin qu'elle puisse se rappeler, jamais elle ne s'était sentie si épuisée. Son travail au Ministère lui accaparait toutes ses journées, parfois même ses nuits tellement elle se plongeait dedans. Alors oui, c'était sa volonté de se consacrer corps et âme dans la défense des créatures magiques, parce que c'était ce en quoi elle croyait. Mais il y avait un moment où l'acharnement ne donnait plus rien de bon. La jeune femme passait tout son temps dans son bureau, il s'agissait aussi d'un moyen de fuir son appartement autant en désordre que ses relations amoureuses.
Voilà un autre problème qui occupait son esprit, l'enchaînement chaotique des aventures infructueuses et décevantes depuis trop longtemps. Sa relation avec Ron avait duré presque deux années après la fin de Poudlard et de la guerre jusqu'à ce que chacun se rende compte que le temps avait eu raison de leurs sentiments. Elle s'était ensuite retrouvée dans une passade avec Cormac Mclaggen après un long célibat consacré à la fin de ses études. Mais le joueur de Quiddich ne voyait pas plus loin que le bout de son balais ce qui l'incita à le quitter rapidement. Un collègue en charge de l'enregistrement des loups-garous avait eu raison de ses réticences à se remettre en couple, il fallait dire que les cicatrices de griffures qu'il avait sur le corps lui donnaient beaucoup de charme. Mais encore, Hermione n'était pas parvenue à être heureuse.
Et là, ç'en était trop. Elle avait des dizaines de jours de congé qu'elle n'avait pas pris et elle avait bien besoin de prendre un peu de temps pour elle. « Ma fille, tu ne peux pas être efficace au travail si c'est la pagaille dans ta tête », se dit-elle un jour dans la glace. Et le lendemain, elle faisait ses valises et montait dans le premier train qui l'emmena vers le Nord. Elle aimait prendre le train, c'était rare, mais elle avait un peu plus l'impression de partir en vacances. Le temps de voir le paysage de février défiler, changer, de sentir les doux remous de la machine sur les rails. Elle pouvait passer des heures les yeux rivés vers l'extérieur, à ne penser à rien.
Le train roula presque toute l'après-midi. Lorsqu'il entra en gare du terminus, le soleil tombait et la neige sur les hautes montagnes prenait des tons rosés. L'air était froid, mais Hermione se plut à marcher dans les rues blanches de la petite ville thermale. Son trajet fut long et comme elle avançait à travers les maisons, elle observait les touristes. Elle quitta la ville petit à petit et déambula sur une fine route qui s'élevait dans les montagnes. Impatiente et soulagée, elle toqua à la porte d'une maison reculée à moitié enfouie dans les bois.
Un homme âgé aux cheveux rares et gris lui ouvrit. Un sourire bienheureux illumina son visage, il enlaça avec force et tendresse la jeune femme.
« Ma petite Hermione ! s'exclama une dame certainement aussi âgée qui apparut derrière lui.
La sorcière sentit son cœur se remplir de joie. Cela devait faire au moins deux ans qu'elle n'était pas venue voir ses grands-parents et elle se rendait compte à cet instant qu'ils lui avaient beaucoup manqué.
– Aller, entre, on va faire fondre la neige, l'enjoignit son grand-père. »
Dans le salon, il régnait une douce chaleur diffusée par la cheminée garnie de bûches craquantes. La soupière était pleine et réservée près du feu, Hermione n'eut qu'une envie, s'affaler sur le canapé et fermer les yeux. Cela fait, elle répondit joyeusement aux questions qui jasaient, comment allait-elle, comment se passait son travail, commet allaient ses amis. Sans vraiment insister sur son état d'épuisement professionnel, elle expliqua tout ce qu'il y avait de nouveau dans sa vie. Ses grands-parents ne s'étonnaient plus d'entendre parler d'elfes de maison, de gnomes ou de magie en général. Ils avaient été très compréhensifs bien qu'impressionnés en apprenant la nature profonde de leur petite fille et l'existence d'un tel monde si proche d'eux.
La grand-mère d'Hermione lui raconta comment l'hiver avait été particulièrement froid et donc, particulièrement touristique. Dans leur petite ville, les gens se bousculaient dans les thermes très réputés. Il y avait dans les alentours de multiples sources d'eau chaude que les stations avaient captés, mettant en avant leurs atouts thérapeutiques et bénéfiques pour la santé. Et c'était aussi cela que la sorcière chérissait et attendait, ses grands-parents possédaient une propriété d'une dizaine d'hectares comprenant une source privée. Enfin, privée comme pouvait l'être un bout de nature, mais toujours était-il que personne n'y allait en dehors de la famille Granger.
La soirée se déroula très calmement, Hermione savourait la tranquillité et la douceur que lui offrait la maison. Avant de monter dans la chambre, elle eut droit à une tisane de verveine au miel préparé par sa grand-mère qui finit de détendre ses dernières tensions. À l'étage, elle retrouva la chambre qu'elle occupait les fois où elle était venue, identique à ses souvenirs. Par la fenêtre, elle avait vue sur la ville plongée dans la nuit et les arbres courbés par la neige semblaient somnoler sous les étoiles. La brune se coucha heureuse d'être là, enfoncée dans les couvertures chaudes, elle ne pensait plus aux projets de lois qui couvraient son bureau, elle ne pensait plus à rien sauf au fait qu'elle était bien.
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Les moldus étaient stupides et ignorants. Ils n'avaient aucun sens de savoir-vivre, aucune tenue, aucune grâce. Avec dégoût, Drago Malfoy parcourait des yeux les corps gras et suintants qui barbotaient dans l'eau chaude. Il n'aurait jamais dû avoir à supporter ça, le chargé de la communication et du marketing de l'entreprise c'était Blaise, pas lui ! Alors oui, cela rajoutait du prestige quand le patron se déplaçait, mais cette fois-ci c'était dans une ville presque exclusivement moldue, Drago était excédé. Le directeur de la station récupéra son attention alors qu'il expliquait à tous les gens présents les tenants et aboutissants de leur présence à ses côtés.
« Comme je vous le disais plus tôt, la station s'articule autour de deux centres thermaux. Le plus vaste que vous pouvez voir d'ici est destiné à un public moldu saisonnier, mais ils n'ont rien à voir avec vous. Le deuxième centre, ouvert très récemment est plus restreint, mais bien mieux équipé, il vise une clientèle sorcière de luxe et c'est là que j'attire votre intérêt. Nous avons fait appel à vos entreprises pour offrir des services innovants et irréprochables à nos clients. »
Alors qu'il continuait de parler, Drago se souvint des brèves explications que lui avait données Blaise avant son départ. La station souhaitait que son entreprise lui propose un éventail de potions pour traiter différents maux en les combinant avec les soins des thermes. Chose qu'il aurait très bien pu faire depuis son bureau à Londres, se dit le blond. Mais voilà, il fallait faire bonne image et comme son collègue était invité il ne savait où avec sa belle-famille, il se retrouvait à faire l'hypocrite avec d'autres sorciers au milieu de moldus en mal de vie sociale. Il y avait tout de même un point positif, il était nourris, logé et défrayé par des services cinq étoiles.
On leur annonça qu'après le dîner, un guide de la station ferait visiter aux représentants les principales sources qui alimentaient les bains. Et ainsi, le fils Malfoy se retrouva à marcher dans les bois sur des sentiers blanchis à peine assez large pour passer alors qu'il portait des chaussures à cinq cents gallions et un costume au double. Blaise allait en entendre parler.
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Les pieds dans l'eau pâle, Hermione savourait le pique-nique qu'elle s'était préparée. Il faisait un temps magnifique pour un mois de février et le soleil tapait sur la forêt enneigée, l'irradiant d'une chaleur printanière. Les vapeurs de la source lui donnaient chaud si bien qu'elle avait de fortes envies de se baigner entièrement dans le bassin. Et après tout, pourquoi pas ? C'était une après-midi de semaine et la probabilité de chance que quelqu'un pénètre dans leur propriété était vraiment infime. Elle ne se souvenait d'ailleurs pas d'avoir vu quiconque chaque fois qu'elle s'était baignée là, plus petite. En quelques instants, elle était immergée, disparaissant sous l'eau blanche et pétillante.
Ils étaient passés proches d'habitations et Drago avait espéré que leur tour était terminé, mais d'après le guignol qui marchait devant, le plus beau restait à voir. Alors ils étaient remontés le long des arbres jusqu'à une petite clairière. De là déjà, on entendait le bruit de l'eau qui plongeait le long des rochers. Alors que le petit groupe s'engouffrait toujours plus loin, Drago s'arrêta à l'orée des arbres, son regard attiré par quelque chose de rouge à sa gauche. Il traversa les quelques mètres de clair et distingua nettement un panneau indiquant « Propriété privée|Défense d'entrer ».
Les moldus étaient bien naïfs si dans leur univers un panneau vieux comme le monde et perdu dans la végétation allait empêcher les intrus de passer. Levant les yeux au ciel, le sorcier s'apprêtait à rejoindre le reste du groupe quand un bruit attisa sa curiosité. Il s'agissait également d'un clapotis, un mouvement dans l'eau, mais qui ne provenait pas de la direction prise par ses compatriotes de marche. Il devait y avoir une autre source que celle que le guide leur montrait et Drago se demanda pourquoi avait-il décidé de leur montrer celle-là et pas l'autre.
Sa curiosité attisée, il s'engagea vers les sons qu'il entendait. Il marcha plusieurs minutes, le bruit s'intensifiant jusqu'à ce qu'il atteigne une cascade foisonnante dans les sous-bois enneigés. Il s'arrêta net, subjugué par le lieu. L'eau jaillissait de nulle part, fumante et courait contre des roches presque noires. Elle plongeait ensuite dans un premier petit bassin, puis dans un deuxième guère plus vaste, laiteuse et blanche comme du coton. Mais là, caché derrière les arbres, le jeune homme restait figé. L'eau terminait sa course dans un ultime bassin bien plus étendu, d'où une femme avait émergé, ruisselante et nue, érotique au possible.
Il laissa son regard couler le long de son dos. Ses longs cheveux bruns étirés par l'eau lui collaient à la peau alors qu'elle les ramenaient au-dessus de son épaule. Sa nuque ainsi libérée s'élevait, droite et sensuelle. Les vaguelettes du bassin s'échouaient dans le creux de ses reins et contre ses hanches finement taillées, le reste, la pâleur de l'eau le cachait pudiquement. Telle une apparition presque divine, sa peau reflétait les rayons du soleil et lui donnait l'air d'une fée, une nymphe.
Qui était-elle, perdue dans cette forêt où Drago n'était pas censé être ? Incapable de bouger, il sentit son regard glisser sur sa colonne vertébrale, essayant de percer l'opacité de l'eau et dessinant les contours de ses fesses presque entièrement immergées. Il chercha ses seins dans chaque mouvement de ses bras lorsqu'elle passait ses mains dans ses cheveux mouillés. Que faisait-il là, pourquoi s'était-il laissé happer à travers ce bois ? Il sentit une chaleur voluptueuse monter, étaient-ce les vapeurs de la source ? Non, il connaissait le chant que l'appel charnel avait en lui. Ce sourd grondement quasi bestial qui réveillait son corps d'une manière lubrique.
Et soudain, comme si elle avait perçu sa présence ou entendu ses pulsions, la femme stoppa tout mouvement et Drago se vit pris au piège. Partir sur l'instant aurait fait trop de bruit, mais se faire surprendre en plein voyeurisme n'était pas permis. Comme elle commençait à tourner la tête, le sorcier eût un sursaut et saisit sa baguette, se lançant un sort de désillusion en même temps qu'il se plaquait contre un arbre proche. Quelques instants plus tard, il s'éloigna discrètement sans se retourner jusqu'à atteindre la clairière. Alors qu'il levait le sort et que son esprit était rempli de ce qu'il avait vu, le groupe revint et le guide l'apostropha.
« M. Malfoy ! Nous croyions vous avoir perdu, mais il semble que vous avez un bon sens de l'orientation.
– Il y a une autre source ici, est-ce juste ? demanda le blond sans relever la remarque.
– Eh bien, oui, c'est tout à fait juste. Elle se trouve de ce côté-ci, mais c'est une propriété privée. Notre compagnie a tenté à plusieurs reprises d'acheter les terres qui la composent, si vous l'avez vu vous devez savoir comme elle est grande et comme son eau est limpide.
– J'ai simplement entendu de l'eau couler, mentit-il très franchement.
– Et bien c'est un grand regret de ne pas réussir à s'en emparer, elle donnerait à la station presque autant d'eau qu'elle en capte avec les autres sources combinées. Cependant, le vieux couple à qui elle appartient refuse toute proposition, les Gamber… non les Granger… Enfin, ils finiront par lâcher prise, s'exclama-t-il avec espoir. »
Il reprit sa marche, tous les entrepreneurs à sa suite et Drago plusieurs mètres derrière. Il n'arrivait pas à se sortir de la tête les images de ce corps nu et innocent, offert inconsciemment à son regard. Un appel à la luxure et au désir à l'état brut. Et au-delà de cela, il se demandait s'il s'agissait d'une étrangère, inconnue et se baignant là par hasard ou s'il y avait un réel lien avec Granger, Hermione Granger, la née-moldue de Poudlard qu'il n'avait pas vue depuis il ne savait combien de temps.
À cette pensée, il fut traversé par une vague de frissons et il ne put dire si c'était du dégoût ou autre chose de plus profond. Il tenta de se rassurer avec la première proposition, sans pouvoir honnêtement écarter la seconde. Alors qu'ils rentraient à la station pour parler affaires et concrétiser ou non les partenariats, il ne parvint pas à se vider l'esprit.
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Hermione décida de rentrer en milieu d'après-midi. Elle avait passé presque une heure dans l'eau, se délassant, oubliant tout autour d'elle. La chaleur du bain avait détendu tous ses muscles et elle était reposée. Il lui avait semblé entendre du bruit dans les arbres, mais elle n'avait rien vu et avait conclu à un animal quelconque qui passait par là.
Elle se plongea dans un livre épais, assise près de la cheminée alors que le soleil descendait et se couvrait peu à peu. La journée du lendemain s'annonçait plus hivernale. Un hibou arriva soudainement, cognant son bec contre la vitre de la cuisine et soutirant un petit cri de la part de la grand-mère d'Hermione. Cette dernière se leva et alla ouvrir à l'oiseau. Elle l'avait reconnu, c'était celui des Potter. Ils annonçaient en effet être en train de se préparer à partir pour venir la rejoindre. La jeune femme griffonna quelques mots au dos du parchemin et le renvoya. Elle rangea son livre et s'en alla se préparer également.
Quand elle leur avait dit qu'elle partait, Harry et Ginny lui avaient proposé de venir passer une soirée avec elle. Elle attrapa son manteau en sortant et se dirigea vers l'un des bars de la ville où ils devaient se rejoindre. La nuit d'hiver était tombée, sans bruit et la lumière jaune des lampadaires teintait la neige. Une fois réunis, les trois amis rentrèrent au chaud.
« Regardez qui est assis au bar, murmura Ginny en pointant l'endroit du doigt, on croirait rêver !
Les deux autres suivirent son geste et virent Drago siroter un verre de whisky. Il semblait profondément perdu dans ses pensées.
– Qu'est-ce qu'il peut bien faire ici ? Au milieu de tous ces moldus ? demanda la Hermione, surprise. »
Harry haussa les épaules et se dirigea vers lui pour commander leurs boissons. Les jeunes femmes le virent échanger quelques mots avec le blond qui se retourna vers elles.
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Elle était là, assise à quelques mètres de lui. Hermione Granger. Drago se surprit à observer sa nuque dégagée sous son chignon. C'était la même, élancée et délicate, celle qu'il avait couvée du regard quelques heures auparavant. Lorsqu'il croisa ses pupilles inquisitrices, il fut saisi par la même vague de frissons que plus tôt. C'était comme si elle était au courant. La façon dont elle semblait chercher à plonger dans sa tête. Il avait l'impression étrange qu'elle savait qu'il l'avait vue, qu'il l'avait observée. Comme si elle savait qu'il l'avait ardemment désirée.
