Un homme bourru compta l'argent avec minutie. Ici à Mistral, l'argent était un bien plus précieux que la morale. Seuls les fous, certains sages et les Hunstmen s'opposaient à cette philosophie de vie. Que les Grimms les emportent !
— Ok, Monte. La première chambre à droite. Une nuit, c'est tout. Après tu fous le camp.
— C'est bien mon intention.
Après un long voyage, il avait enfin atteint Mistral pour son entretien de demain avec une personnalité importante du pays. Pour l'instant, il avait besoin de dormir.
Il avait obtenu une pièce réduite au minimum les coins couverts de toiles d'araignée, un lit aux draps rongés par les mites et une fenêtre fissurée. C'était bien en-dessous de ses standards habituels mais cela lui suffisait amplement. Il s'allongea sans s'inquiéter et ferma les yeux.
Alors qu'il s'apprêtait à s'endormir, un frisson le parcourut.
Lentement, il se tourna vers le coin le plus sombre de sa chambre.
— Qu'il y a-t-il ?
Un Seer, ou Prophète, créature grotesque semblable à une méduse armée de dents, émergea de l'obscurité et lévita vers lui. Le Grimm articula une série de caquètements comme le bruit de dents s'entrechoquant. Un langage que semblait comprendre l'homme.
— J'écoute.
Aussitôt l'œil jaune du Grimm se mit à rougir, matérialisant une silhouette obscure et indiscernable que reconnut immédiatement l'homme qui s'inclina devant elle.
— Bonsoir Madame. Que puis-je pour vous ?
— Salutations Docteur. Votre mission va devoir attendre.
— Madame ?
— Des personnes de marque nous attendent au Sud de Vale. Et l'une d'entre elles est une personne de haute importance à vos yeux…
Une lueur longtemps éteinte s'alluma dans les yeux de l'homme.
— Quelle ville ?
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Une jeune femme portant un manteau blanc s'élança à la conquête d'une colline. Exploit qu'elle accomplit en un temps record. Ni la terre ni l'air ne pouvait l'arrêter quand elle se mettait à courir. Et désormais, elle pouvait finalement voir de ses yeux argentés le but de son voyage. Un léger coup de vent souffla sur ses cheveux noirs tirant sur le rouge.
— Nous y voilà ! Mountain Glenn ! lança joyeusement Summer Rose au reste de l'équipe STRQ.
Depuis le haut de la colline où elle se tenait, elle pouvait voir toute l'étendue de la colonie à moins de 5 kilomètres de là.
— Moins vite, Summer ! répondit Taiyang derrière elle, épuisé après la course qu'elle avait faite en se sachant proche de la colonie.
Plus sévère, Raven lui décocha une pichenette sur le front.
— Aie !
— Rappelles-toi que tu n'es plus une enfant, la sermona la brune aux yeux rouges. Tu es notre leader, agis comme tel !
— Relax, sœurette, sourit Qrow en arrivant après eux.
— Qrow… Ozpin nous a dit de veiller sur elle. Si elle décide de nous laisser derrière, comment sommes-nous censés la protéger ?
— Oz peut dire ce qu'il veut, Summer est la meilleure d'entre nous. Celle qui peut le mieux la défendre, c'est elle-même.
Il adressa un clin d'œil à Summer, et Raven soupira. Comme d'habitude, Qrow laissait parler exprimer son franc-parler, même devant sa sœur.
— Allez, par ici ! reprit Summer avec bonne humeur.
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Mountain Glenn était une jeune colonie prospère, la fierté de Vale.
Elle avait été bâtie au Sud du royaume, par-delà la barrière de montagnes qui protégeait les habitants de Vale des hordes de Grimms.
À la surprise de tous, la colonie avait tenue face aux assauts des monstres. Une caserne de militaires expérimentés s'assurait de la protection de la ville et un ingénieux réseau ferré souterrain reliant Mountain Glenn à Vale permettait d'amener toujours plus de gens ici, des colons rêvant de débuter un nouveau départ. Des projets prévoyaient d'ailleurs d'agrandir la ville d'ici quelques années en raison de sa croissance importante.
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L'équipe de Chasseurs passa l'enceinte de protection qui entourait la colonie. Il s'agissait de murs hauts de six mètres, large de trois mètres, avec des barbelés et des armes automatiques autonomes, capables de repérer et d'abattre n'importe quel Grimm à plus de dix kilomètres, et sans avoir besoin de quelqu'un pour les contrôler. Merci Atlas pour ses talents en robotisation.
— Que font des Chasseurs ici ? demanda un garde qui leur barrait la route.
— C'est bon, laissez-les passer.
Le garde reconnut son supérieur et obéit docilement. Le chef du périmètre de défense les accueillit à Mountain Glenn.
— Donc, c'est vous l'équipe STRQ ?
— Oui, et vous devez être Dietrich Scharnhorst.
— Oh ? dit Raven en haussant un sourcil. LE Scharnhorst ?
Une légende dans l'armée Valéenne. Trois fois sur Draconis et pas une seule fois blessé. À trente-cinq ans, il avait tout plaqué et avait disparu de la circulation. C'était donc pour finir ici ? Raven était déçue. Elle aimait penser qu'un guerrier restait un guerrier jusqu'au bout. Pour ceux de sa tribu, si un fort se montrait faible, il devenait faible. Et cet homme en était la preuve.
— Lui-même, gamine.
Raven se renfrogna, sa main se porta sur la poignée de son sabre et la tension grimpa aussitôt, mais Taiyang s'interposa à temps entre les deux combattants.
— Héla, héla ! Nous ne sommes pas venus ici pour causer des ennuis, mais les empêcher d'arriver.
Scharnhorst hocha gravement la tête. Raven laissa retomber sa main le long de sa jambe, loin de son sabre. L'affaire était close. Le chef de la sécurité reprit la parole :
— Ozpin m'a prévenu qu'il risquait d'y avoir du grabuge. J'ai augmenté la sécurité et posté des hommes dans toute la ville. Ils savent qui vous êtes et ils sont prêts à coopérer avec vous en cas de besoin.
— Merci et pardon pour l'offense, dit Summer.
— Les amis d'Ozpin sont mes amis. À quelques exceptions près.
Raven ne répondit pas.
— J'ignore ce que vous venez faire ici mais j'ai assez confiance en Ozpin pour ne pas chercher à le savoir. Je vous demanderai juste d'agir en douce. Mountain Glenn va fêter ce soir ses seize ans. J'aimerai éviter une panique générale un jour si important, c'est clair ?
— C'est compris, hocha Qrow.
— Seize ans ? C'est incroyable ! s'étonna Summer.
— Je sais. Pour une colonie de cette taille, c'est un exploit inégalé. Et je tiens bien à ce qu'il le reste. J'ai assez de soucis à me faire avec les Grimms…
— Même chose ici, déclara Raven en entrant la première dans la ville, bientôt suivit par le reste de l'équipe STRQ.
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Ils découvrirent une ville en pleine animation, avec des stands et des décorations à profusions à chaque coin de rue. Ils n'avaient pas connus un tel évènement depuis le festival de Vale. Summer regarda chaque stand avec un large sourire, aussi contente que d'habitude. Même Raven se laissa aller à sourire devant la gaieté de la jeune femme. Elle n'arrivait pas à comprendre comment sa leader réussissait à s'émerveiller en permanence du monde qui l'entourait. Elle était plus réaliste, ancrée dans son rôle de Chasseresse, soucieuse de protéger Remnant des Grimms.
— Comment peux-tu protéger le monde si tu ne sais pas ce qu'il contient ? lui avait-elle répondue un jour.
Depuis, Raven avait voyagée, visitée les continents, découvert les villes et les habitants, leurs cultures et leurs mœurs. Elle avait beaucoup apprise et comprenait mieux le point de vue de Summer, mais si elle était trop fière pour l'avouer… même si elle soupçonnait son frère de le deviner. En parlant de Summer…
— Attention…
Elle pointa du doigt ses yeux et Summer réajusta correctement ses lentilles colorées bleu dissimulant la véritable couleur de ses yeux. Une sécurité imposé par Ozpin, même s'ils ignoraient pourquoi. Le sujet de ses yeux argentés relevait du secret pour le Headmaster.
Taiyang regarda l'immense foule autour d'eux circuler librement dans toute la ville. Ils étaient des Chasseurs, pister l'ennemi était facile pour eux. Sauf que dans cette situation, ils ignoraient tout de leurs proies.
— Je pense qu'il faudrait mieux se séparer, proposa Taiyang. Nous aurons plus de chances de passer inaperçus.
Ses compagnons hochèrent la tête et chacun prit un chemin différent.
Summer se balada parmi la foule, joyeuse de l'ambiance d la ville qui lui rappelait Patch, le village de Taiyang. Mais bien qu'elle paraisse insouciante, elle observait ceux qui l'entouraient, cherchant dans la masse toute personne portant un manteau à capuche blanc ou noir. Mais en cette période de fête, personne ne portait de tels accoutrements. Elle remarqua les patrouilles de soldats, et d'autres, postés en haut des toits ou à des coins de rues. Leurs présences ne rassureraient sûrement pas les Quatre, mais ils étaient là pour une raison et elle devait savoir laquelle. Elle savait dans quelles situations ils apparaissaient, et elle priait pour qu'il n'arrive rien à Mountain Glenn. Elle n'ignorait pas que des colonies avaient jadis été rasées par les Grimms, mais elle se demandait s'il était encore possible qu'une telle catastrophe arrive, avec ces murs et ces soldats ? Elle espérait que non…
Puis elle remarqua un petit carré de jardin public pressé entre deux immeubles. Un arbre y trônait au centre et une femme en robe bleue s'occupait des fleurs plantées autour du végétal. L'agencement était si parfait qu'elle ne résista pas à l'envie de s'en approcher.
La fleuriste caressa du bout des doigts les fleurs en fin de vie, ce simple geste suffit à redonner une deuxième vie aux plantes qui se redressèrent en arborant leurs plus belles couleurs sous le regard intrigué de Summer.
— C'est incroyable !
La femme leva la tête vers elle et son cœur se retint de battre l'espace d'un instant. Plus que ses cheveux bonds comme le soleil, c'était ses yeux bleus qui la fascinaient. Deux joyaux magnétiques qui mêlaient douceur et chaleur. Elle semblait aller sur ses trente ans, mais ce regard la soustrayait des flots du temps.
— Je… Comment faites-vous pour… les fleurs ?
La femme lui sourit avec une douceur maternelle.
— J'ai vu ces fleurs abandonnées ici, elles avaient justes besoin d'un peu d'attention.
— Moi aussi, j'ai essayée de planter des fleurs quand j'étais petite mais ça n'a pas marché. J'étais trop impatiente de les voir pousser.
— Il faut prendre son temps avec elles. C'est drôle mais c'est comme avoir des enfants… Il faut être attentionné avec eux.
Summer lut une lueur nostalgique dans ses yeux.
— Vous avez des enfants ?
Elle hocha la tête avec un sourire d'ange.
— J'en ai eu, oui. Cinq.
— Oh… Je m'excuse.
— Ce n'est pas ce que vous pensez, la rassura-t-elle. Ils sont partis vivre leur vie, et moi la mienne. Nos chemins se sont séparés, voilà tout.
— Alors vous pourrez un jour les revoir ? demanda Summer avec un grand sourire plein d'espoir pour elle.
— Oui. Un jour viendra où je partirai les rejoindre. J'ai été absente depuis déjà trop longtemps…
— Pourquoi ne pas partir tout de suite ?
— Disons que j'ai encore une dernière chose à faire qui me retient ici.
— Alors j'espère que vous la finirez le plus vite possible, dit Summer avec un sourire plein de franchise.
Cela toucha la femme, qui lui sourit tout en cueillant délicatement une fleur pour la lui offrir.
— Oh, ce n'est pas la peine ! fit d'abord Summer.
— Non, tenez. C'est une rose. La fleur de la tendresse…
— Et de la détermination, car ses épines la gardent des mains des indécis et de ceux qui font douter, conclut Summer.
— Oh ? Il est rare que les gens connaissent la symbolique des fleurs.
— Je l'avais lue dans un livre. Et puis, mon nom de famille est Rose, justement !
— Alors que votre chemin soit sans dangers, Mademoiselle Rose…
Summer sourit, et attacha sa rose à son manteau blanc.
— Merci. Portez-vous bien.
La femme la laissa partir avant de se lever. Elle ferma les yeux et son manteau blanc se matérialisa autour de ses épaules, sa capuche dissimulant à la perfection son visage.
Elle sourit, touchée par l'innocence de cette jeune femme qui lui rappelait la personne qu'elle était jadis. Avec ses idéaux, son époux et son peuple à ses côtés. Elle avait pensée rester ainsi pour l'éternité. Mais le destin lui avait réservé un autre chemin, plein de sang, de morts et de larmes. Pourtant, elle avait continuée à sourire, elle devait continuer à aller de l'avant.
Jusqu'à ce qu'elle arrive ici, perdue dans un conflit sans fin.
Elle espérait que son cadeau sauverait la vie de cette jeune femme. Le signal ne laissait aucun espoir quant à la colonie, mais le verdict n'était pas prononcé pour ses habitants. Elle leva les yeux vers le soleil toujours haut dans le ciel.
Pas encore. Pas tant que le jour n'était pas couché…
