— Entendu. Je vais renforcer les tours de garde sur les murs d'enceinte. Si des Grimms se manifestent, mes hommes les accueilleront comme il se doit, déclara Scharnhorst.
— Merci, dit Summer avec soulagement.
Elle était venue chez le chef des soldats pour lui exposer ses craintes quant à une attaque de Grimms. Sa réputation l'avait probablement aidée à convaincre le vétéran. L'homme lui tournait le dos pendant qu'il préparait du café.
— Et de votre côté ? Vous avez trouvez la personne que vous cherchiez ?
— On peut dire ça, oui…
Elle entendit le tintement d'une cuiller contre la tasse de porcelaine. Même s'il ne semblait pas attentif, elle était sûre qu'il prêtait attention au moindre de ses mots. La suite confirma ses pensées :
— J'ai l'impression que ça ne s'est pas passé comme prévu…
— Disons que ce sont eux qui nous ont trouvés.
— Ah, je vois… Ce sont des choses qui arrivent. Ils sont plusieurs donc… Vous pensez qu'ils vont tenter de fuir ?
— Je ne sais… Pour être honnête, c'est la première fois que nous arrivons à les rencontrer. Personne n'avait réussi avant.
— Ça prouve que vous êtes meilleurs que les autres, lui sourit le vétéran en lui tendant une tasse.
Il prit une deuxième tasse et se tourna vers la fenêtre de son bureau.
— Les portes de l'enceinte sont closes. Personne n'entre n'y ne sort. Il ne reste plus que le train, je vais devoir dégarnir la sécurité dans les rues pour pouvoir envoyer du monde là-bas...
Scharnhorst soupira en se grattant l'arrière du crâne.
— Désolé…, dit Summer avec embarras.
— Vous avez votre boulot à faire et j'ai le mien. Si je peux vous aider, ce sera avec joie, dit-il en buvant son café.
— Merci. Pour tout.
— Pas de soucis, « gamine. »
Il lui adressa un clin d'œil complice et elle pouffa de rire. Il sourit mais s'arrêta bien vite en voyant le ciel qui commençait doucement à rougeoyer à mesure le soleil devenait bas dans le ciel.
— La nuit approche.
Summer ne dit rien. Elle comprenait le sens derrière ses mots. Les attaques de Grimms avaient surtout lieu la nuit, là où les peurs les plus primitives se réveillaient. Un phare dans la nuit pour ces monstres.
— J'ai envoyé deux Bullehead pour une mission de reconnaissance aux environs de Mountain Glenn. Lorsqu'ils sont rentrés, ils m'ont dit n'avoir rien aperçus.
Nouveau soupir de la part de Scharnhorst.
— J'ai des mitrailleuses, des lance-grenades, des champs de mines, un support aérien conséquent et plusieurs anciens vétérans de Draconis parmi mes hommes. Je considère Mountain Glenn comme la colonie la plus sûre de tout Remnant. Pourtant, j'ai un mauvais pressentiment ce soir… Ça ne m'était pas arrivé depuis mon service.
Il se tourna vers Summer et la regarda droit dans les yeux, d'égal à égal.
— S'il vous plait, promettez-moi que vous protégerez les habitants de cette ville. Ce sont des gens honnêtes qui veulent juste vivre en paix.
Summer lui retourna son regard.
— Aussi longtemps que nous serons ici, je vous le promets.
.
— La première fois…, murmura Raven.
Allongés côte à côte sur le toit d'un immeuble, Taiyang et elle admiraient en silence la nuit étoilée. Depuis sa rencontre avec l'Homme en Noir, elle était perplexe. En fait, elle avait beaucoup réfléchie à ses raisons d'être entrée à Beacon. Fuir la Tribu, suivre son frère dans Remnant et devenir la plus forte. Elle croyait l'être devenue, mais cette pensée était fausse. Ozpin lui avait dit pourtant qu'elle rencontrerait toujours un être plus fort qu'elle ne pourra l'être. Maintenant qu'elle avait vu cet homme, elle savait que le Headmaster avait raison. Et elle détestait reconnaitre qu'Ozpin avait raison.
— La première fois ? répéta Taiyang.
— Tu te souviens de la première fois que l'on s'est rencontré ?
Tayiang sourit. Comment oublier ?
— Je venais de Sigma, et lorsqu'on s'est rencontré avant l'examen d'entrée, tu m'as passé à tabac. Tu cherchais qui serait ton partenaire pour le reste des études…
— Et dans la forêt, c'est toi que j'ai choisi. Tu ne t'es jamais demandé pourquoi ?
— J'imagine que j'étais le choix le moins pire, plaisanta-t-il.
— Tu étais un poil plus sérieux que mon frère… La raison, c'est parce que tu es le seul qui n'a pas pleurniché quand je t'ai frappé.
Voilà, Raven l'avait dit. Elle savait que Taiyang allait trouver ce critère ridicule, qu'il serait déçu, qu'il avait crû avoir quelque chose plus que les autres. Mais elle avait eue envie de se confier…
— Merci, dit-il simplement.
Sa réponse tranquille l'étonna.
— Hein ? Pourquoi ?
— Si tu ne m'avais pas choisi, je n'aurais jamais vécu toutes ses aventures avec toi.
Elle sourit, mais son visage restait de marbre. Elle savait les sentiments qu'avait Taiyang à son égard, mais elle ne savait pas encore si elle était prête à les accepter. Elle était une Chasseresse, mais elle restait la fille du chef de la Tribu. Comme Qrow refuserait certainement la succession, ce serait à elle de prendre le flambeau. Elle imaginait mal Taiyang s'adapter à ce milieu. Et encore moins de fonder une famille.
— De rien.
— Comment comptes-tu t'y prendre la prochaine fois ?
Elle leva les yeux vers la pleine lune. Fragmentée. Reflet d'un monde brisé par la guerre, la corruption, le mal, les Grimms…
— Tu ne vas pas me croire mais je sais déjà comment le battre.
Cette affirmation intéressa Taiyang.
— Ah bon ? Comment ?
— Il faut d'abord que je vérifie si cette idée est vraie.
— J'espère que tu sais ce que tu fais…
— Toujours.
.
L'Homme en Noir regarda la lune se lever. S'arracher lentement de l'horizon. Chasser les dernières lueurs du crépuscule. Astre aussi beau que sinistre, il présentait cette nuit sa pleine face. Ellipse parfaite, si l'on exceptait son flanc droit complètement disloqué. Brisé et déplacé hors du corps en plusieurs morceaux flottants…
Là, au milieu des ténèbres, il attendait.
Il sentait venir la vague. Noire. Terrible comme la guerre. Dévorante comme le feu.
Il entendait la forêt trembler, l'air ambiant brisée par les respirations, l'herbe agonisée sous les pattes griffues.
Les Grimms étaient trop loin des systèmes de défense de la colonie, mais assez proches pour que lui les perçoivent.
Il ressentait chez eux l'excitation de la chasse, le plaisir à faire couler le sang. L'idée de tuer était un appel auquel ils ne pouvaient – ni ne voulaient – résister. Et comme il les comprenait… Lui aussi désirait se mêler à eux, se perdre parmi leur rage et leurs crocs. Exterminer sans chercher à savoir pourquoi. Obéir à ses plus vils instincts.
Il resta immobile, rien ne trahissait ses pensées. Il n'était que l'ombre de lui-même. Son corps était jeune mais son âme était usée et n'aspirait qu'à la fin.
Il cessa d'écouter, il avait eu sa réponse de toute façon.
Ce soir…
.
— Bonsoir.
Le vieil hôtelier lui sourit, malgré ses yeux rougis par le manque de sommeil. Après tout, elle était sa cliente la plus ravissante.
— Bonsoir, mademoiselle ! J'espère que vous avez pu profiter de la fête !
— On peut dire cela, oui. Il y avait beaucoup de monde dehors.
— Vous n'avez pas idée ! D'après le journal, c'est un record ! Il y aura même un feu d'artifice demain pour célébrer ça !
La belle blonde eut un sourire lointain, une certaine tristesse dans le regard. C'était comme ça depuis qu'elle était arrivée il y a trois jours. Il aurait voulu lui demander ce qui n'allait pas mais n'osait pas la déranger. Une si belle femme n'avait pas à paraitre si triste un jour si gai… Finalement, il ne dit rien, et la femme monta les escaliers en silence.
Après vingt-cinq ans à tenir cet hôtel, le vieil homme avait fini par catégoriser ses types de clients en fonction de leurs gestuelles. Pour cette femme, à la façon dont elle laissait un espace à ses côtés quand elle marchait, il avait sa réponse, mais elle était bien triste : les jeunes veuves…
Il manquait quelqu'un auprès de cette femme. Elle était belle, plus belle que toutes les femmes qu'il avait connu.
Il aurait préféré entendre ses pleurs derrière la porte… Cacher son chagrin et son manque derrière un sourire était une cruauté envers elle-même qui révélait probablement tout l'amour qu'elle vouait à cet être aimé… Mais cela la blessait plus encore.
Mais les sentiments étaient les sentiments et le boulot était le boulot. Il s'assura d'entendre la porte de la femme se refermer avant d'allumer son Parchemin et de taper un numéro. Il ouvrit un tiroir et vérifia l'avis de recherche sous ses yeux en attendant que quelqu'un décroche au bout de la ligne :
— Bonsoir, j'aimerai parler au Commandant Scharnhorst. C'est à propos d'une personne…
.
— Il y a pas mal de patrouilles dans les rues depuis ce matin, constata un homme en manteau blanc.
Assis sur un tabouret, dos à l'entrée du bar, il observait grâce à ses autres sens les soldats déambuler tant bien que mal parmi la foule.
— Oh ça ? répondit le barman et lui servant un verre. D'après un ami du QG, c'est à la demande d'une équipe de Chasseurs. Ils chercheraient un fugitif en ville. Ah ! Je leur souhaite bien du courage avec toute ce monde !
L'homme porta le verre à ses lèvres.
— Quelle équipe ?
.
— Terminal. Il est 17h34 et nous vous souhaitons la bienvenue à Mountain Glenn, dit une voix dans les haut-parleurs.
La gare souterraine était illuminée par un système de miroirs qui guidaient la lumière du jour sous terre avec une telle efficacité qu'on se serait crut dehors. C'était aussi ici que vivait les habitants les moins riches, installés ici d'abord pour les faire patienter pendant que les immeubles se construisaient, et maintenant qu'il n'y avait plus de places, ils étaient entassés ici afin éviter d'exposer cette tare aux visiteurs de la surface.
— Charment comme accueil, commenta un home aux cheveux noirs et aux yeux verts portant un manteau gris avec des doublures jaunes
— Quelle importance ? grogna un homme aux cheveux orange qui portait un manteau bleu marin et des lunettes d'aviateur autour du cou. Cet endroit sera bientôt une ruine.
— Avant le feu ravageur vient la forêt verdoyante. Pourquoi ne pas en profiter ?
Les quatre autres ne dirent rien. Ils étaient ici pour Salem et celle-ci avait décidée de la destruction de cette ville. Pour rien au monde ils ne refuseraient un tel ordre.
Leur meneur sortit d'une poche une paire de mitaines grises et les enfila.
— Bien, Gentlemen, il est de temps de retrouver les Quatre. Un détail : si vous tombez sur Sélénée, laissez-la moi.
