— Headmaster, vous aviez raison. Nous avons localisés au moins deux des Quatre à Mountain Glenn ! Mais ils nous ont repérés. Nous allons poursuivre nos recherches dans la ville et…

Ozpin n'écoutait plus le rapport de Summer. Debout devant l'une des fenêtres de son bureau, son visage tourné vers l'horizon, là où le soleil se couchait.

Il le sentait.

— Ça a commencé…

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Rare fut ceux qui ressentirent la puissance de Sélénée. Il n'y eut pas de vent. Pas de secousses. Juste le froid.

Un frisson glacial.

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Scharnhorst rattrapa de justesse Summer alors qu'elle vacillait, une main serrée sur la poitrine. Elle avait l'impression qu'un poignard s'enfonçait dans son cœur. Ce qu'elle ressentait était indiscutablement lié à l'Aura. Mais à une échelle vertigineuse par rapport à la sienne !

— Vous allez bien ?!

— C'est… C'est… C'est démentiel… !

— Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ?!

— C'est si… Puissant… !

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Hazel sentait toute la puissance que possédait réellement Sélénée et comprenait désormais pourquoi Salem désirait tant les Quatre. S'ils tombaient sous son emprise, c'en était fait de l'humanité.

Face à lui, Sélénée tenait Tyrian, prête à le décapiter sans le moindre état d'âme. En cet instant, elle n'était plus… Humaine. Son Aura se dégageait émanait de son corps sous la forme d'une inquiétante brume noire. Tout ce qui entrait en contact avec cette brume se désintégrait en poussière. Un redoutable moyen de défense, mais le pire n'était pas cela, pas plus que les blessures que cette monstruosité causait à Tyrian, paralysé par la puissance de sa cible… Non, le pire était… ses yeux.

Tout en meurtrissant sa proie, Sélénée fixa ses yeux sur Arthur et lui. Un frisson de terreur pure descendit le long du dos de Hazel. Les yeux de la femme avaient changés…

Deux pierres incandescentes, magnétiques, rouges comme le sang.

Tranchées en leurs milieux par des pupilles reptiliennes.

Qui semblaient l'enchaîner, le clouer sur place. Impossible de leur échapper…

Un regard dur, glacial, et d'où jaillissait un éclair de haine à l'état pure, adressé à l'univers tout entier.

Un regard monstrueux.

Dirigé contre lui. Contre tous les êtres vivants de Remnant.

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C'était une erreur de l'avoir attaqué à trois seulement. Même avec leurs pouvoirs offerts par Salem, ils ne faisaient pas le poids. Mais Arthur restait stoïque devant elle. Tous les deux s'étaient affrontés il y a vingt ans, et il avait déclaré savoir comment la vaincre.

— Tu as commise trois erreurs.

Sélénée le toisa en silence. Peut-être n'était-elle-même plus capable de parler ?

— Ce doit être dur de matérialiser ta Faux dans ton état. Être poursuivie sans arrêt, comme une bête traquée… Tu ne dois pas disposer de beaucoup d'énergie en toi. Cette démonstration de force doit beaucoup te coûter. Ceci est ta première erreur.

Il tendit un doigt, puis un deuxième.

— Deuxième erreur : Cela a pris vingt ans à Sa majesté pour que cet instant arrive. Je ne le gâcherai pas en vain.

À ses mots, les yeux de Tyrian s'allumèrent. La douleur de la brume noire sur sa peau était négligeable comparé à l'entrainement reçu par Salem. Très lentement, il ferma les poings, son geste activa un mécanisme caché dans ses bracelets.

Sélénée ne le regardait pas, toute son attention était concentrée sur Arthur et Hazel. Sa lame restait toujours collée à sa gorge, mais il commençait à ressentir de légers tremblements dans sa prise… Arthur avait visiblement raison : libérer son Aura semblait être un lourd tribut à payer pour Sélénée.

Arthur prit note du discret hochement de tête du « prisonnier » mais feignit l'indifférence. Il regarda Sélénée avec son air moqueur, mais dans sa tête, il réfléchissait à toute vitesse. Les bruits du combat risquaient d'attirer l'attention des soldats de Mountain Glenn, voire pire… Une bataille sur deux fronts était loin d'être une solution envisageable dans la situation actuelle. Il fallait la capturer au plus vite. Tyrian n'aura besoin que d'un instant pour agir…

— Et ta dernière erreur, ça a été de ne pas m'avoir tué il y a vingt ans.

Rien ne laissa transparaitre le trouble de Sélénée à l'exception de Tyrian qui sentit la pression de la faux se relâcher l'espace d'un instant.

Un instant décisif.

Il bondit en arrière et pointa sur elle ses mitraillettes.

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— Tu as entendu ? C'était des coups de feu ! lança Taiyang alors qu'ils couraient en direction de la source de puissance.

— Quelqu'un d'autre semble s'intéresser aux Quatre ! répondit Raven sans s'arrêter.

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Un bruit terrible se fit entendre lorsque le pied de Sélénée s'abattit comme une hache sur le crâne de Tyrian et l'enfonça dans le sol en béton ! À peine avait-il tiré que la riposte avait été lancée avec une frappe implacable.

Derrière son visage de marbre, Hazel n'en revenait pas. Il avait vu les balles la toucher, comment pouvait-elle tenir encore debout ? Puis il vit à travers les déchirures de son manteau sa peau intacte.

Les balles avaient ricochées dessus. Comme contre une cuirasse.

Quant à Tyrian, tout ce qu'il pouvait voir était ses bras, étalés à terre. Impossible de déterminer son état, au mieux, il était au mieux inconscient, au pire…

Sélénée s'assura de garder Arthur et Hazel en vue avant de ramasser Tyrian par sa queue de cheval et le brandit devant eux comme un trophée pendant un long moment. C'était un appel à une vengeance mortelle mais les deux hommes ne bronchèrent même pas devant la vision de leur allié gravement blessé. Une importante quantité de sang coulait sur son visage, Hazel était persuadé qu'il avait une fracture au crâne.

Voyant qu'ils ne réagissaient pas, elle laissa tomber sa proie à genoux. Tyrian attrapa faiblement la cheville de la Femme en Noir.

— Je... N'ai pas... dit mon...

D'un coup de pied, elle chassa la main du faunus mais il persistait à la fusiller du regard.

— Je t'amènerai à ma Reine... Même si... Je dois y rester !

Elle haussa un sourcil devant sa détermination et ferma les yeux, amusée malgré elle. Ses yeux en se rouvrant devinrent reptiliens et toisèrent avec une intensité sans commun l'être misérable qui osait la menacer.

L'esprit déjà fragilisé de Tyrian se fêla lorsqu'il vit les yeux de Sélénée se posa sur lui comme la Mort en personne. La Faucheuse leva sa faux et il céda. Un rire fou se mêla aux larmes qui coulaient sur son visage.

Mais sa folie se tut en même temps que la Faux de la Mort.

D'un geste circulaire, elle le trancha de gauche à droite puis pivota sur elle-même et sa faux remonta de droite à gauche, laissant une terrible blessure en croix sur le torse du faunus.

Tyrian s'effondra par terre et son sang servit à colorer le sol. Cette fois, il ne s'en relèverait pas.

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Sélénée posa sa faux sur ses épaules sans le moindre effort apparent. La gêne qui l'habitait s'était dissipée dès qu'elle avait frappée. Et jamais la puissance qu'elle dégageait n'avait été si redoutable, tout comme l'effroi que suscitait ses yeux de reptile.

Arthur lui-même arborait désormais une expression d'inconfort, lui aussi mis à mal par sa proximité avec elle.

— Il te reste plus de forces que je ne le pensais…

Sélénée sourit narquoisement tout en commençant à s'avancer vers eux, ramenant sa faux entre ses mains. Il était temps pour elle d'en finir. Ils savaient tous que les coups de feu allaient rameuter des soldats de la colonie.

— Tu es bien plus forte que je n'espérais. Mais connaissant ta nature, j'aurai du m'en douter. Surprenante, comme à ton habitude.

— Tes compliments ne te sauveront pas.

Il ferma les yeux, amusé de sa phrase.

— Qui dit que je demande le salut ?

Hazel s'interposa entre elle et son chef. Il toisa Sélénée avec un mélange de d'animosité, de respect et de crainte.

— J'ai des ordres.

Elle lui renvoya un regard empreint de pitié et d'amusement.

— Je sais.

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Elle leva sa faux pour le trancher en deux et il leva ses bras dans un vain espoir pour la stopper. Il n'y eut pas de miracles.

Il y eut autre chose.

La longue lame effilée crissa sur la peau d'Hazel, la déchirant juste assez en profondeur pour révéler une chair faite de métal et de vérins hydrauliques. Des tendons en câbles d'acier reliés à son système nerveux animaient les pistons et les roulements mécaniques de sa main.

Une prothèse à l'avant-bras.

— Oh ? fut tout ce que Sélénée put dire en cet instant.

Bloquant l'arme avec son bras gauche, Hazel avait déjà rejeté son poing droit en arrière pour lui fracasser la cage thoracique, coup que Sélénée parvint à stopper in extremis en attrapant son poing avec sa propre main. À la sensation de ses doigts sur le point de rompre, elle devina que son bras droit était également pourvu d'une prothèse de combat.

Elle détecta un mouvement à la périphérie de son champ de vision.

Contournant les deux combattants, Arthur l'attaquait dans le dos en tendant une main dangereuse vers sa nuque. Pour éviter le danger, elle n'eut d'autre choix que de le bloquer avec son pied. La chaussure qui lui seyait se mit instantanément à bouillir et à brûler. À ce rythme, sa jambe allait bientôt connaitre le même sort… !

Mais une seule jambe pour supporter la force surhumaine d'Hazel n'était pas assez, elle se sentit plier devant lui alors que déjà son pied devenait déjà dangereusement brûlant ! Elle devait agir et vite !

Elle prit une profonde inspiration et dévoila son monstrueux regard rouge à Hazel. Il tâcha d'y rester insensible malgré l'aversion quasi-animale qu'il ressentait pour ces yeux, et quelque chose se passa.

La résistance qu'elle lui opposait cessa brusquement. Plus précisément, elle cessa de paraitre en difficulté. Ses doigts autour de son poing d'acier droit serrèrent, et avec un terrible grincement métallique, le broya comme du papier.

Il en eut le souffle coupé. C'était un alliage de titane et de tungstène, les métaux les plus résistants au monde ! Puis il entendit un autre grincement et vit la lame de la faux s'enfoncer dans le superalliage de sa prothèse gauche. Elle n'essayait plus de le couper, mais de le faire ployer par la force !

— Arthur !

— Je m'en occupe, l'autorisa Watts.

Ce fut cet instant où la pression que lui opposait Hazel s'arrêta pour lui permettre de reculer qu'elle pivota sur elle-même avec une souplesse étonnante, maniant de nouveau sa faux sur son flanc pour décapiter Arthur. Celui-ci n'eut la vie sauve qu'en lâchant ce qui restait de la chaussure de Sélénée pour éviter la lame.

De nouveau libre de ses mouvements, Sélénée faisait face à Arthur, alors que dans son dos, Hazel semblait rester sur la défensive avec son moignon de bras droit et sa prothèse gauche à moitié broyée.

La chaussure de Sélénée avait finie de brûler, et elle en arracha son pied de ce morceau de cuir noirci. Hazel s'était attendu à voir un membre noirci comme le charbon et une chair sans peau, craquelant comme du verre. Le sort de tous ceux qui avait eu le malheur de croiser la route d'Arthur. Ce qu'il vit fut bien différent, et terrifiant.

Là où la chaleur aurait dû réduire son pied en cendres, sa chair s'était recouverte d'écailles pour la protéger de la chaleur. Des écailles noires, comme celles d'un reptile. Comment une telle chose était-elle possible ? Hazel savait que les Quatre n'étaient pas des faunus.

— Tu es le dernier, clama-t-elle à l'intention d'Arthur.

Cette fois, il ne souriait plus, et son air condescendant n'était plus qu'un vague souvenir. À présent, tous les deux allaient passer aux choses sérieuses et régler des comptes laissés en suspens depuis vingt ans. L'une dégageait une sinistre brume noire capable d'anéantir toute chose à son contact, l'autre, une chaleur plus redoutable que la surface du Soleil.

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Elle leva les yeux vers la fenêtre de sa chambre d'hôtel. Elle reconnaissait l'Aura de Sélénée dans Mountain Glenn mais une part d'elle n'y croyait pas. Sa sœur ne pouvait se trouver ici en même temps qu'elle, le signal ne le permettait pas ! Mais chaque chose en son temps, d'abord Sélénée. Une fois son manteau blanc sur ses épaules, elle sortit hors de sa chambre et descendit rapidement les escaliers, tâchant de garder son calme et son sourire devenu habituel pour les habitués de l'hôtel. Seul l'hôtelier parut étonné de la voir partir au beau milieu de la journée.

— Mais… ? Attendez, mademoiselle ! Où allez-vous ? Le… le déjeuner va bientôt être servi !

— Je suis désolée mais c'est une urgence, s'excusa-t-elle.

Elle referma la porte de la demeure et sentit avant même de les entendre la vingtaine de soldats dans son dos. Ils s'avancèrent vers elle en se couvrant mutuellement, dans un silence impressionnant malgré tout leur équipement. Elle se retourna et resta immobile. Deux soldats se postèrent de chaque côté de la porte, pendant que le reste de la section les rejoignaient en formant un cercle autour d'elle. À leur tête, elle reconnut le célèbre commandant Scharnhorst, et à ses côtés, la jeune Chasseresse qu'elle avait croisée hier.

Tranquillement, elle commença à marcher.

— Préparez-vous, ordonna Scharnhorst.

Hochement de tête de tous.

Elle s'approcha du commandant sans montrer le moindre geste hostile.

— Allez-y.

Les deux soldats près de la porte l'enfoncèrent d'un violent coup de pied pendant que le reste se précipitait à l'intérieur. Elle entendit des cris de surprise et des chaises se renverser mais continuer à marcher en veillant à ne pas être touchée par les soldats qui passaient à côté d'elle sans la voir.

— Force de Défense de Mountain Glenn ! Que personne ne bouge !

— Mais… ! Mais qu'est-ce qui se passe ici ?!

Elle passa à côté de Scharnhorst, puis de la Huntress, son regard se posa quelques instants sur elle et son manteau blanc comme le sien. Sur sa poitrine, au niveau du cœur, elle y avait attaché la rose blanche qu'elle lui avait donnée hier. Elle ferma les yeux et sourit tendrement.

— Merci.

Summer cilla en entendant une voix à côté d'elle, elle se tourna mais ne vit rien. Peut-être s'était-elle trompée mais…

— Miss Summer ? Par ici, la convia Scharnhorst.

Elle se retourna vers lui et le suivit lorsqu'ils se présentèrent tous les deux devant l'hôtelier.

— C'est vous, pour l'avis de recherche ?

— J-je… Oui, mais… !

— Où est-elle ?

Le vieil homme parut défaillir.

— Quoi ?! Mais vous avez dû la voir ! Vous êtes entrés l'instant après qu'elle soit sortie !

Le commandant le regarda en haussant un sourcil interrogateur, de même que Summer.

— Pardon ? demandèrent-ils en même temps.

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— Poste de contrôle, ici Patrouille 15. RAS dans les rues.

La radio grésillait dans le poste de garde qui gardait la porte ouest de Mountain Glenn. On y fêtait un anniversaire aujourd'hui, pour l'un des gardes. Tout le monde s'y était retrouvé pour s'amuser et participer à la fête à leur façon.

— Ici Patrouille 2, RAS dans la gare.

Quelqu'un coupa la radio.

La salle remplie de décorations festives était silencieuse à présent. Les gardes étaient là pourtant, mais tous gisaient à terre, leurs corps étaient atrocement mutilés, et les murs et le sol étaient couverts de leurs sangs. Parmi eux se trouvaient deux individus encore debout, indifférents au carnage autour d'eux.

— Exactement comme notre source l'a indiquée. Un vrai jeu d'enfant, dit celui aux cheveux orange en essuyant le sang qui avait giclé sur ses lunettes.

— Personne ne viendra ici avant ce soir, dit l'autre aux cheveux gris en piratant l'ordinateur de la porte blindée du mur de protection. Maintenant, allons nous occuper des trois autres.

— Avec joie ! Oh, cette nuit va être un sacré spectacle !