Vingt ans avant le début des événements actuels…
Dans une place baignant dans les ténèbres où nulle lumière ne pouvait briller, Arthur Watts était là. Agenouillé devant Elle, attendant qu'elle daigne s'adresser à lui. Il était revenu indemne mais sans les Quatre, et pour cela, il savait que sa punition pour son échec serait bien pire encore que les blessures de son combat…
— Tu es de retour, j'en suis ravie, dit-elle finalement.
— Merci, Ma'am. Je regrette malheureusement que ne soit la seule bonne nouvelle à vous annoncer.
— Bien au contraire, Watts.
— Ma'am ?
— Tu as éliminé les derniers protecteurs des Quatre. Désormais, ils n'ont nulle part où se réfugier.
— Mais ils se sont séparés, fit-il remarquer. Nos recherches pour les retrouver vont mettre des années avant d'aboutir.
— Le temps n'est pas un problème.
Elle se tut et Arthur vit naitre à ses pieds un pilier contenant un coffret
— Ouvre-le.
Il tendit ses mains vers le coffret et l'ouvrit sans crainte. À l'intérieur se trouvait une dague, magnifiquement décorée. Mais le plus remarquable était le matériau de la lame, faite d'un argent parfait et sans tares.
— Je vais te doter d'une force auquel aucun Chasseur ne pourrait rivaliser, et dès que j'aurais rameuté les Quatre en un seul endroit, tu agiras.
— Comme vous le voulez, Ma'am. Mais comment pourrais-je réussir à les affronter ?
— Cette arme que tu tiens… saura quoi faire.
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— Vous vous moquez de moi ? Comment une femme aurait-elle pu disparaitre devant plus de vingt soldats entrainés !
— Puis-ce que je vous dis que c'est la vérité !
Pendant que Scharnhorst et le vieil hôtelier se disputaient, Summer sentit sa poitrine se serrer à nouveau. Elle prit appui contre une commode située sous une fenêtre. En regardant dehors, elle en oublia sa douleur.
— Commandant… ?
Scharnhorst tourna la tête vers elle et vit le halo de lumière aveuglant à travers la fenêtre. Sans perdre un instant, il se précipita sur la Chasseresse et la jeta à terre.
— TOUT LE MONDE À TERRE ! hurla-t-il au moment où l'onde de choc fit voler en éclats les fenêtres et ne projette contre les murs les malheureux qui n'avaient suivis pas son ordre à temps.
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Hazel n'arrivait pas à y croire. Il savait quel pouvoir Salem avait offert à Arthur Watts et l'étendue de sa force, comme celle de Sélénée. Mais ce qu'il voyait le laissait était inconcevable pour le guerrier vétéran.
Tout autour de lui, les bâtiments n'étaient plus que ruines et cendres, ce que la brume n'avait pas désintégré, la chaleur l'avait fait fondre. Et tout cela en quelques instants… Il entendit le râle des personnes prisonnières des décombres, des cris par centaines, les flammes tout autour de lui… Il avait l'impression d'être sur un champ de bataille.
Une ombre se discerna l'espace d'un instant dans la fumée avant de disparaitre.
Arthur ou Sélénée ? Impossible de savoir de qui il s'agissait. Tout ce qu'il percevait du combat titanesque était le bruit des lames s'entrechoquant autour de lui. Ils s'amplifiaient de plus en plus vite à mesure que le combat gagnait en intensité. Qui avait l'avantage dans cet affrontement ?
Un cri se fit entendre et la faux de Sélénée vola devant lui avant de s'enfoncer dans le sol. L'instant d'après, elle apparut dans les airs et atterrit sur la hampe de son arme, se tenant droite sur son arme face à Arthur qui surgissait à son tour de la fumée, une dague à la main, faites dans un métal argenté. Ses vêtements étaient déchirés en plusieurs endroits du corps, et du sang coulait de diverses plaies, aucunes n'étaient cependant mortelles. La situation était différente pour Sélénée qui souffrait d'une profonde plaie à la poitrine. Curieusement, aucune écaille ne semblait l'avoir protéger de la dague.
— Ainsi, c'était donc vrai, dit Arthur en contemplant la lame de son arme. Tu ne peux te protéger de cette arme. Plus précisément, de ce matériau…
Il porta deux doigts au tranchant et en retira le sang qui y perlait.
— Es-tu toujours sûre de pouvoir toujours me vaincre ? Tu as un poumon percé.
Elle regarda sa plaie et hocha les épaules.
— Allons… J'ai subie des choses bien plus pires que ça.
— Oh, je n'en doute pas, Fille du Père. Pour l'instant, tu peux tenir. Mais à mesure que tu vas bouger, tu vas te noyer dans ton propre sang.
Elle ne sourit pas cette fois. Même s'ils se tenaient à allure respectable, il pouvait voir son sang bouillonner à chaque inspiration. Sûrement utilisait-elle son Aura pour anesthésier sa douleur, sinon elle serait incapable de se tenir droit en équilibre. Elle avait l'air d'un ange meurtrie, perché en hauteur au bout de son arme. Même couverte de sang et malgré son regard particulier, elle restait belle et indomptable. Mais ce n'était qu'une illusion qu'elle s'évertuait à maintenir.
Sélénée le regardait avec méfiance. Elle ne s'était pas attendue à ce qu'il soit en possession d'une telle arme. Avec une telle blessure, se battre devenait beaucoup plus difficile… En prenant en compte ses battements de cœurs et l'étendue de sa blessure, elle supposait qu'elle disposait d'une quinzaine de minutes avant d'être dans l'incapacité de se battre. Si elle devait le tuer, il faudrait que ce soit au prochain coup, c'était sa dernière chance.
— Si tu veux fuir, je ne retiens pas.
— Oh, quelle gentille intention de ta part…, sourit à nouveau Sélénée. Mais j'ai du mal à croire que tu me laisserais partir alors que me trouver est si difficile.
— Te poursuivre a été très dur, mais tu n'es pas la seule à avoir établie un plan. Tu ne crois quand même pas que nous ne t'aurions attaqué qu'à trois seulement si nous savions que tu étais ici ?
Sélénée ne répondit pas, son sourire n'était qu'une façade, intérieurement, elle pensait exactement la même chose. La connaissant, elle aurait dû envoyée toute une armée de Grimms et les membres du Cercle pour la capturer. Mais voilà qu'ils n'étaient que trois ? Le Cercle était toujours composé de six membres, où était passée l'autre moitié ? Pourquoi l'attaquer à trois… ? Non… Ce n'était pas la question… Comment l'avaient-ils trouvée si rapidement ?
Elle connait déjà la réponse…
— Tu t'es introduit dans le signal ?
— J'aimerai être aussi méritant que tu le voudrais mais pour une fois, ce fait d'arme n'est pas de mon fait.
— Alors qui !? Même si tu t'es infiltré dans le signal, tu ne peux pas l'avoir contrôlé !
— C'est vrai. Je crois que tu ne t'es pas assez méfié de tes alliés.
Elle comprit, mais refusa d'y croire.
— Le Gardien ?
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Entre deux quintes de toux, Scharnhorst se redressa lentement. L'hôtel avait été souffert de l'explosion, les étages s'étaient effondrés sur le rez-de-chaussée et toute la pièce était obstruée par la poussière.
—Tout le monde… *Cough* Faites-moi un Sit-Rep !
— Jimmy est mort, je crois ! lança une voix dans la poussière.
— M'enterre pas trop vite, connard ! gémit une autre voix.
À mesure que les survivants reprenaient consciences, une cacophonie de désespoir s'anima dans les décombres.
— Oh… Ah merde ! Venez m'aidez ! Je pisse le sang !
— À l'aide ! Ma femme…! Elle est coincée sous une poutre !
— Y'a le feu !
— Merde, ça doit venir de la cuisine !
— Faites évacuer les civils ! ordonna Scharnhorst.
Il chercha Summer du regard, elle ne devait pas être bien loin… Là ! Sa cape était grise de saleté mais il la reconnu malgré tout. La jeune Chasseresse était agenouillée devant le corps de l'hôtelier. Le vieil homme avait été projeté contre un mur et son visage était lacérés par des éclats de verres, il sut en voyant son regard vitreux qu'il n'y avait plus rien à faire.
— Venez.
— Mais… !
Il la saisit par le bras et la força à le regarder.
— C'est trop tard ! Dépêchez-vous avant que tout ne s'écroule sur nous !
Il la traina littéralement hors du bâtiment avant que l'édifice ne s'effondre ! Sur les vingt soldats qui l'accompagnait, il ne restait à Scharnhorst que huit hommes valides, les autres étaient blessés, ou morts. Et l'état des civils n'était pas mieux. Tous souffraient de blessures plus graves encore que les militaires.
— Contactez toutes les unités présentes ! Il faut emmener les blessés à l'hôpital, et il faut savoir ce que c'est que ça…
Il se tourna comme ses hommes vers la source de l'explosion au cœur de la ville. Un gigantesque nuage de fumée s'en échappait, des gens fuyaient dans les rues, en direction d'un lieu sûr. Certains n'hésitaient même pas à bousculer les autres dans la panique générale.
— Nom de Dieu…
Summer regardait le commandant, ne sachant quoi dire pour… Pour dire quoi au final ? Il voyait ses rêves d'une ville en paix s'écrouler sous ses yeux. Quels mots réconfortaient ceux aux espoirs brisés ?
— Commandant…
— Vérifiez vos armes et votre équipement ! ordonna-t-il d'une voix amère.
Ses hommes obéir et commencèrent à vérifier brièvement l'état de leurs fusils. Summer les regarda faire sans comprendre.
— Qu'est-ce que vous faites…?
— Commandant ! dit un opérateur-radio. Je n'ai aucun contact avec les postes de gardes aux portes ! Et c'est pareil pour le QG !
— On est seuls sur le coup alors…
Cette fois, Summer se répéta avec plus de volonté.
— Qu'est-ce que vous faites ?
Les soldats la regardèrent sans rien dire. C'était au vétéran de Draconis de s'exprimer en leur nom.
— Mes hommes et moi, nous allons voir ce qui se passe là-bas, expliqua-t-il en désignant du pouce la fumée au loin.
— Mais… C'est probablement l'œuvre des Quatre ! Vous ne l'avez pas vu mais leur Aura est… !
— Mademoiselle Rose, j'apprécie que vous vous souciiez de nous. Mais nous sommes des soldats, nous nous battons pour protéger notre foyer. Et cet endroit, c'est notre maison.
Elle tenta de les raisonner. Ils devaient comprendre qu'ils allaient risquer leurs vies inutilement !
— Mais vous n'êtes que neuf !
— Même si j'étais seul et que mes bras et mes jambes étaient brisés, j'irai là-bas en rampant !
— Je ne peux pas vous laissez y aller ! Vous risquez de mourir !
— Et alors ?
Summer le regarda, incapable de répondre. Scharnhorst avait connu plus de combat qu'elle, perdu plus d'hommes et d'amis qu'elle. Il avait vu la mort de près et savait ce qu'il risquait en y allant. Elle ne pouvait se confronter à lui…
Le commandant lui posa une main sur l'épaule et lui glissa à l'oreille :
— Gardez votre promesse.
Il se tourna ensuite vers ses hommes et prit un fusil entre ses mains.
— Allons-y, les gars !
— Bien compris ! Ça a été un honneur, chef !
Lui et ses hommes mirent leur poing devant leur torse. Scharnhorst les imita.
— On se reverra là-haut. Et n'oubliez pas que le premier qui part paiera la tournée.
Il prit la tête du groupe et ils disparurent parmi la foule.
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— Tu veux me dire que le Gardien nous a trahi ?!
— Oups… Peut-être en ai-je trop dis…, se demanda Arthur avec une fausse innocence.
Elle sauta à terre et d'un mouvement de la main déterra sa faux. Une fureur quasi-animale brûlait dans ses yeux reptiliens ! Il se raidit, prêt à éviter la prochaine attaque. Le moindre faux pas et elle le tuerait sans hésitation.
— Dans ce cas, je m'occuperai de lui après t'avoir tranché la tête ! déclara-t-elle avec sa voix terrifiante.
— Impossible.
— Pourquoi ça ?
— J'ai déjà gagné.
— Je ne crois pas, mon gars, lança une voix dans la fumée.
Les deux adversaires se tournèrent dans la direction de la source de la voix. Elle venait d'un individu qui avait des cheveux noirs hérissés en arrière, des yeux rouges délavés et portait une cape rouge ainsi qu'une chemise grise avec une longue queue, un pantalon et des chaussures noires. Il tenait nonchalamment une large épée sur son épaule.
Sélénée reconnut immédiatement le Chasseur qu'elle avait berné plus tôt dans la journée, mais Arthur dut puiser dans sa mémoire pour se rappeler de ce visage pas si inconnu.
— Qrow Branwen… Ainsi donc, un vrai Chasseur est entré dans l'arène.
