Raven. Tu es mon enfant, au même titre que ton incapable de frère, alors écoute ce conseil. Un chef n'a pas besoin de sauver tous les membres de la Tribu. Il ne le doit surtout pas. Parfois, il faut savoir sacrifier l'un des nôtres pour en sauver deux autres. C'est pour ça que si tes futurs « amis » Chasseurs et toi êtes en danger… Fuis. Être lâche te permet de vivre un jour de plus pour le bien de la Tribu. Être lâche est une force. N'oublie jamais cela. Les forts vivent et les faibles meurent.

Bien, Père.

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Raven se retrouva plongée dans la poussière et l'obscurité que lui conférait le corps de Taiyang. Juste avant que la foudre frappe, il avait activé sa semblance et l'avait ainsi protégé.

— Tu… va bien ? demanda-t-il à bout de souffle.

Elle hocha la tête, encore sonnée par l'explosion. Taiyang se releva en se tenant les mains, retenant un terrible cri de douleur.

Il déglutit à la vue de ses propres mains.

Elle s'extirpa de sous son corps et se pencha auprès de lui. Elle plissa les yeux. Les bras de Tai étaient couvertes de cloques et de brûlures.

— Je crois que… je n'ai pas réussi à tout absorber… Je n'aurai jamais pensé encaisser un jour un éclair…

— Il faut se tirer d'ici… Tu peux marcher ?

Il tenta de se lever mais ses jambes étaient toujours paralysées par la foudre.

— Je ne dirai pas non à un coup de main…

Elle prit son bras et l'aida à se tenir droit. Il poussa un cri de douleur en faisant un pas devant lui.

— Serre les dents ! Ce type n'est peut-être pas loin.

— On voit bien que ce n'est pas toi qui souffre pour avoir protéger ton partenaire…

— On en reparlera plus tard.

Elle s'assura qu'il se tenait bien à elle avant de se dresser et d'examiner les alentours.

La foudre n'avait pas seulement détruite le balcon mais tout ce qui était resté encore debout dans le quartier. À présent, le terrain ressemblait à un paysage de guerre urbaine.

La force de cet homme aux lunettes d'aviateur était terrifiante, mais le pire était la nature de sa Semblance : il semblait posséder deux Semblances, ce qui était biologiquement impossible. La première était la création de cette lance foudroyante et la seconde était sa capacité de téléportation supérieure à la sienne ! Mais en était-ce vraiment une ? Raven avait besoin d'invoquer son vortex pour se téléporter, mais cet homme n'en avait pas besoin ! Son corps devenait transparent et insensible aux coups physiques ! Il pouvait prendre une forme éthérée ?

— Raven… Ce type…

— Quoi ?

— Foudre…

— La foudre ? De quoi tu parles ?

Il murmura quelques mots inintelligibles avant de s'avanchir sur elle, inconsicent.

— Taiyang ? Hé ! Tai ! Reste avec moi ! Ce n'est pas le moment de dormir !

Elle chercha à le secouer, à le garder éveillé tout en fouillant du regard les débris, craignant à chaque instant que ce fou…

— Trouvééé !

Elle leva la tête vers l'homme en face de lui qui les attendait tranquillement, de nouveau assis sur un tas de ruines. Il avait l'air indemne malgré la foudre qui l'avait frappée avec elle et Tai, il avait même replacé ses lunettes autour de son cou comme si le combat n'en valait plus la peine.

— J'aimerai m'amuser avec vous un peu plus longtemps mais c'est devenu nu~~~l…

D'une main, Raven pointa le bout de son épée sur lui, prête à se battre jusqu'à la fin.

— Pourquoi tu ne le laisse pas ici ? C'est un poids mort, il te ralentit.

— Jamais !

Il haussa les épaules et se leva en prenant le temps de s'étirer, nullement effrayé par son katana. Il soupesa sa lance et s'apprêta à la lancer. De là où elle était, Raven ne pouvait évitée le projectile, sauf si elle se débarrassait de Taiyang mais elle ne pouvait s'y résoudre.

Les forts vivent et les faibles meurent…

Plus jeune, elle l'aurait fait sans même réfléchir. Seul son frère comptait pour elle à cette époque, mais les choses avaient changées. Summer, cette fille trop gentille pour être la leader, l'avait ouverte au monde extérieur, et Taiyang, le plus faible de leur équipe, s'était attaché à elle dès le premier jour… Elle refusait de laisser tomber tous ces émotions difficilement gagnées ! Elle voulait savoir ce qu'elles révèleraient à la fin de ce voyage ! Ou mourir en tentant de le savoir.

Le sang de Taiyang commença à couler par terre. Il n'y avait pas une minute à perdre !

— Si tu tiens tant à lui, alors meurs avec lui ! hurla le tueur en lançant sa lance à une vitesse phénoménale.

Raven fit un choix et… bondit en avant à la rencontre de la lance !

Si elle ne pouvait pas esquiver le coup, elle pouvait au moins éviter la mort ! Elle pencha sur le côté au moment où la lance l'atteignit. La pointe de la lance mordit dangereusement sa tempe en sifflant entre son crâne et son oreille. Le coup la secoua, la brusque perte de sang lui fit tourner, et son œil droite devint temporairement aveugle ! Mais elle gardait fermement une main sur Taiyang et l'autre sur son sabre.

Elle lut l'étonnement dans les yeux du tueur quand elle fut sur lui. Il réagit, et ses bras commencèrent à se flouter. Son katana fut plus rapide ! La lame perça la chair au niveau de l'épaule de part en part ! Il poussa un hurlement tout en disparaissant !

Lorsqu'il réapparut, ce fut à une distance raisonnable. Trop loin pour Raven pour retenter sa course ! Du sang coulait de l'épaule meurtrie du tueur, cette fois, il ne souriait plus.

— Je le reconnais, tu es douée avec une épée. Personne n'avait fait couler mon sang depuis longtemps !

Il matérialisa dans sa main sa lance face à Raven, épuisée par le poids de Taiyang et ses propres blessures.

Elle fit face à sa mort imminente, cet homme et sa lance de foudre. Elle fut étonnée par son propre calme qui l'habitait. Son esprit était clair. Prêt.

Elle vit avec détachement le tueur s'apprêter à la tuer. Il ramena la lance en arrière, visa et détendre son bras comme un ressort. Son bras partit en avant, donnant à son arme de jet une vitesse suffisante pour…

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Il retint sa lance.

Son expression soudainement passé de la complaisance et du sadisme à la gravité la plus sérieuse. Elle crut même voir une goutte de sueur perler sur son visage. Pourquoi ce brusque changement d'attitude…?

— Que fais un rat hors de ses égouts ?

Elle eut le souffle coupé par la présence écrasante qui pulsait derrière le fou. Elle avait crû toute à l'heure avoir eu affaire à toute l'étendue de cette force, mais elle découvrait qu'il n'en était rien. Ce qu'elle avait perçu n'était qu'une simple intimidation. Comment un être humain pouvait-il contenir une telle force en lui ?!

Derrière son ennemi, le brouillard de fumée et de poussière se dissipa comme on tire un rideau, laissant place à une silhouette terrifiante. Un être au visage dissimulé dans l'ombre d'une capuche, porteur d'un manteau noir. Il y avait une colère froide dans sa façon de se tenir, de réduire à néant la menace du fou par la pression d'un seul regard. Pourtant, malgré la terreur qui la saisissait, elle remarquait que le tueur tremblait de tout son corps. Ses yeux se tournèrent par saccade vers l'Homme en Noir.

— Quelle mauvaise surprise…, murmura le tueur. De tous les Quatre, il a fallu que je tombe sur toi.

Un sourire terrifié et excité se dessina sur ses lèvres. Dans son dos, l'homme n'avait pas bougé, mais la tension qu'il dégageait s'amplifiait comme un volcan au bord de l'éruption. Le tueur se raidit.

Il se remémora les conseils de Sa Reine. Si l'un d'entre eux tombait sur lui, il devait fuir le plus vite possible. Elle avait été claire. Fuir pour continuer à la servir ou se battre et mourir. Il ne tenait pas spécialement à mourir ici mais s'il tenait à être récompensé pour ses efforts, sa seule option était de capturer ce monstre pour elle !

Sans perdre de temps, il pivota sur lui-même, ses deux mains serrées autour de sa lance, prêt à utiliser sa Semblance et frapper sa cible dans le dos et… Se retrouva face-à-face à l'Homme en Noir.

Il était scotché. D'après le son de sa voix, il devait se trouvé derrière lui à plus de vingt mètres ! Comment avait-il pu parcourir une telle distance en si peu de temps ?!

— Pitoyable… Es-tu vraiment l'un des six Champions de Salem ?

L'insulte le fit réagir. Avec un cri de rage, il tendit de toutes ses forces son arme vers son adversaire !

D'une main, l'Homme en Noir arrêta la lance de foudre. Son adversaire regarda avec stupéfaction cette main nue stopper son arme.

Un bruit horrible se fit entendre quand l'homme accentua la pression de ses doigts sur la lance de foudre. Dans un dernier éclat, l'arme faite de Semblance se céda sous la pression ! Toute l'énergie délivrée se concentra en un point extrêmement lumineux qui fut happé par le poing de l'Homme en Noir. L'homme se retrouva sans défenses face à lui, pourtant, il ne chercha visiblement pas à le tuer.

Le moment de surprise passé, le tueur s'écarta de lui sans craindre pour sa vie.

— Première fois, première fois ! Vos Lois sont clairs là-dessus.

— Vraiment ? Une Loi est une voie à suivre, pas un Ordre. Rien ne me pousse à la respecter.

Le Tueur blêmit. La tension monta encore d'un cran insurmontable…! Avant que l'Homme en Noir ne se délaisse de cet être misérable et craintif. Quelque chose dans son regard s'éteignit comme un interrupteur. Le tueur n'était plus un adversaire pour lui…

— Tu sais ce que tu encours la prochaine fois…

L'homme sut que son rôle ici était terminé.

— J'attendrai ce moment ! Mon nom est Hyp'R Nova ! Souviens-toi de ce nom !

Sur ces mots pleins de fierté, sa silhouette se dissipa comme un mirage.

Lorsque Raven rouvrit les yeux, il ne restait plus qu'elle, Taiyang et l'Homme en Noir. Celui-ci tourna la tête vers elle et même si elle ne pouvait voir ses yeux sous l'ombre de sa capuche, elle sentait tout le poids de son regard sur elle. Pas étonnant après tout. Il y avait les chasseurs et les chassés. À présent, les rôles étaient inversés. Dans son état, il pouvait s'occuper d'eux deux sans problème. Elle déglutit, sa poigne autour de son sabre se fit lâche. Des tremblements la parcoururent. Elle assistait à un tête-à-tête avec la Mort.

Mais elle ne lâcha pas son arme.

Taiyang avait besoin de soin au plus vite. Elle était prête à se battre, face à lui et son instinct de vivre qui hurlait à travers son sang. Ses oreilles bourdonnèrent, sa respiration s'accéléra au même rythme que son cœur.

L'Homme en Noir et Raven restèrent à se fixer un long moment quand soudain un étrange bruit de cloche résonna dans toute la ville. C'était probablement le signal d'évacuation de la colonie, mais son rythme était beau, il n'y avait aucune détresse comme on pourrait s'y attendre. Cela ressemblait plus à un appel. Un appel aux armes et moments grandioses du champ de bataille.

Raven battit des yeux plusieurs fois, étonnée par la nature de ce bruit. L'Homme en Noir tourna lentement la tête vers le clocher au loin et se désintéressa totalement des deux humains. Il marcha mais ses pas ne firent aucun bruit. Il semblait être une ombre, un être plus mort que vivant…

— La bataille va être féroce. Allez-vous réfugier quelque part, lui dit-elle.

— Et vous ? osa-t-elle demander.

Mais elle n'eut pas de réponse.

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— Les Chasseurs sont un sérieux ennui.

Sélénée tenait toujours sa faux contre la gorge de Qrow, tout en surveillait attentivement Arthur. Un peu de sang se mit à couler de la gorge de Qrow mais ce n'était pas mortel. Il suffisait d'un centimètre pour qu'elle le tue, et elle le savait parfaitement. Il avait commis une bêtise en pensant qu'elle était de son côté. Les Quatre et Ozpin se battaient contre quelque chose, mais chacun à leur façon.

— Un homme corrompu par le désir de puissance veut m'enlever dans son royaume des morts, un autre auprès d'un enfoiré de la pire espèce. Je pense que de plus en plus d'hommes me proposent d'aller dans des endroits où je n'ai aucune envie d'y être…, soupira-t-elle d'une voix plus calme.

Elle se passa une main dans les cheveux et des écailles noires se mirent à pousser aux bords de ses yeux rouges. Pour chaque écaille qui perçait sa peau, du sang coulait de sa chair meurtrie et dessinait un sillage rouge sur son beau visage. Sa véritable nature prenait forme et Arthur savait que sa blessure au poumon ne serait pas suffisante pour l'arrêter avant qu'elle le tue.

L'une de ses mains se mit à frémir alors que la chaleur s'y amassait. Ils étaient prêts à reprendre le combat.

Qrow sentit le danger qu'il courrait s'il restait ici entre ses deux monstres. Il ne pouvait pas rivaliser contre elle, encore moins contre eux deux en même temps.

— Acceptes-tu de te rendre ? demanda Arthur sans vraiment y croire.

Son attention était tellement concentrée sur Sélénée qu'il vit à peine le mouvement de recul que fit le Chasseur en remarquant quelque chose…

— Le feras-tu, Arthur Watts ?

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Cette fois, Arthur déglutit en entendant la voix dans son dos. Surgissant calmement de la fumée et des flammes apparut un homme portant un manteau blanc, son visage dissimulé dans l'ombre de sa capuche.

— Il semblerait que moi aussi, j'ai perdu trop de temps à parler…

L'Homme en Blanc leva un bras à sa garde et matérialisa dans sa main une épée façonnée dans le même métal que la dague d'Arthur.

Arthur était en très mauvaise posture face à deux adversaires aussi puissants, pourtant, il ne sembla nullement inquiet de son sort. Sa main tremblait toujours de sa Semblance et l'autre tenait encore son arme. Qrow n'y croyait pas. Cet homme croyait toujours avoir une chance ?

Soudainement un bruit de cloche se fit entendre et l'ambiance changea. Les écailles sur le visage de Sélénée se dissipèrent. Celle-ci libéra Qrow de sa faux et la fit disparaitre dans sa brume noire, se rendant délibérément sans défense face à Arthur. Il soupira et baissa son poing. Sa Semblance se relâcha aussitôt.

— Quelqu'un est passé à travers mon meilleur élément… Je suppose que mon rôle est terminé ici. À moins que l'un d'entre vous ne souhaite poursuivre ce combat ?

Personne ne répondit. Pour l'homme et la femme, le combat semblait conclu et Qrow savait qu'il n'était pas de taille seul contre lui. Il aurait fallu l'attaquer avec toute l'équipe STRQ pour espérer le vaincre.

— Un plaisir de te revoir, Sélénée. Dommage que ce soit dans de telles circonstances…

Ainsi disparut Arthur dans la fumée du champ de bataille.

Il fut bientôt rejoint par Hazel. Tous les deux semblaient toujours souffrir de leur affrontement avec Sélénée. Le colosse portait Tyrian sur une épaule. Le Faunus avait le crâne et le torse couvert de bandages. À vue de nez, Arthur lui donnait une chance sur cinq de s'en tirer.

— Partons avant que le spectacle ne commence, ordonna-t-il.

Une masse sombre atterrit derrière eux.

— Et les Quatre ? demanda Hype'R Nova.

— Tu as du toi-même le constater, n'est-ce pas ? répondit Arthur en désignant du menton son corps.

— Hum ?

Il baissa les yeux et découvrit que le tremblement qui parcourait ses mains ! Il revoyait encore clairement le visage de son adversaire. La simplicité qu'il avait eu à le désarmer ! À ce moment-là, il aurait pu le tuer comme on souffle sur une bougie !

— Merde !

— Même très affaiblis, leurs forces restent supérieures à la nôtre, reprit Arthur. Même après vingt ans de calvaire, ils représentent toujours une menace trop dangereuse. Je pensais que mon plan était parfait mais Sélénée a sût le retourner à son avantage… J'ai manqué de prudence…

Il fut brusquement pris d'une violente crise de toux qui le força à s'arrêter.

— Arthur ? s'enquit Hazel.

Son chef porta une main à sa cage thoracique.

— Elle m'a brisée au moins trois côtes… *tousse*… Au moment où j'ai réussi à la blesser… Si j'avais poursuivis plus longtemps le combat, je me serai sans doute perforer le poumon.

Malgré son état, il eut un sourire mélancolique.

— Quelle garce ! Elle n'a pas changée…

Mais son sourire disparut bien vite quand il se rappela d'un détail très désagréable.

— Qu'est-ce qu'a fabriqué Marcus ?

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Marcus Black n'en crut pas ses yeux quand la lame de son poignard heurta le mur invisible qui entourait la jeune Chasseresse. Et il n'était pas le seul !

Summer regarda sans comprendre la rose offerte par la fleuriste s'illuminer et générer le champ de protection. Elle ne comprenait pas comment une telle chose était possible mais elle sut saisir cette occasion ! Elle posa ses mains au sol et gela tout le plancher, scellant ainsi les jambes de l'assassin !

Il enfonça son poignard dans la glace pour la briser mais celle-ci était trop résistante. Il devait se rendre à l'évidence : il était prisonnier !

Il laissa tomber son arme et écarta les bras en signe de soumission.

Summer soupira, autant soulagée qu'étonnée d'être encore de ce monde. Elle baissa les yeux sur la rose accrochée à son manteau et la prit entre ses doigts. En l'examinant, elle découvrit l'un des pétales se flétrir et tomber.

Elle n'en revenait pas ! C'était de la magie !

Puis elle se ressaisit en se rappelant de son « prisonnier ». Celui n'avait pas bougé mais la fixait intensément.

— Qui êtes-vous ?

Évidemment, l'assassin ne répondit pas. Mais Summer ne se laissa pas démonter pas ce silence.

— Pourquoi avoir tué ces soldats ? C'était juste des gens qui voulaient aider !

Pas de réponse.

Scharnhorst se chargerait de le faire parler. Pour l'instant, elle avait plus important à faire qu'interroger cet homme ! Elle le laissa immobilisé au milieu de la nef et se précipita vers le clocher. Malheureusement, elle trouva la corde reliée au battant à ses pieds, tranchée nette. Elle monta quatre à quatre les marches de l'escalier qui menait à la cloche. Si elle frappait suffisamment la cloche. Mais quand elle arriva en haut de la tour, ses espoirs furent balayés.

Dans la cacophonie des combats, personne n'avait fait attention à une légère explosion en haut du clocher. Une brève lueur qui n'avait rien détruit, provoqué ni flammes ni fumée.

Juste une fêlure dans la panse, une fissure qui partait du bord de la cloche et remontait jusqu'au milieu. Même si Summer frappait de toutes ses forces, elle ne réussirait pas à produire un son assez puissant pour être entendu dans toute la colonie.

— Oh non… NON !

Elle tomba à genoux devant la cloche muette et la frappa rageusement. Tout ce qu'elle obtint fut une vive douleur aux phalanges.

Des larmes d'amertume coulèrent sur ses joues. C'en était fini de Mountain Glenn et de ses habitants… Combien étaient encore cachés chez eux en attendant des secours qui ne viendront jamais alors que les Grimms enfonceront leur porte ?

Était-ce là les limites de son entrainement de Chasseresse ?!

Puis le sentiment d'impuissance et de désespoir laissa place à une colère qui l'anima. Quelque chose de douloureux éclata dans un espace de son esprit. Tout son corps se dressa d'un bloc et redescendit l'escalier avec une pesanteur inquiétante.

Marcus Black vit la Chasseresse revenir vers elle, mais il ne la reconnut pas tellement son regard avait changé ! Les deux yeux bleus fixaient avec une intention meurtrière à fleur de peau. Ce n'était pas un regard normal !

— Pourquoi ?

Il comprit qu'il était en danger.

Elle avait craquée…

.

Une bouffée de chaleur envahit son corps. Il y eut un martèlement de plus en plus rythmé dans ses oreilles.

Son geste lui parut naturelle lorsqu'elle leva une main vers lui et que la glace qui maintenait ses jambes prisonnières s'étendit jusqu'à enserrer son cou !

Aussitôt, l'assassin porta ses mains à sa gorge et tenta vainement de respirer ! Son corps se mit à convulser alors qu'il cherchait désespérément un moyen d'échapper à ces doigts de glace qui le tuait lentement !

Summer ne voyait rien de tout cela. Son esprit était obscurci par un écran. Tout ce qu'elle désirait, c'était de faire payer à cet homme la fin de la colonie !

Le visage de Marcus Black passa du rouge au bleu. Encore une minute et…!

— Le pouvoir d'une Dame se trouve dans la Vie, pas dans la Mort.

Summer sursauta en entendant une voix venant de l'entrée de l'église. Elle tourna la tête et écarquilla les yeux.

— La fleuriste…?

Enveloppée dans un manteau blanche au style simple mais ravissant apparaissait une femme à la beauté saisissante. Son visage cristallin et sa peau d'albâtre lui conféraient une beauté indicible et ses longs cheveux blonds étaient aussi éclatants que des flammes. Il émanait d'elle une joie et une sérénité qui envouta Summer. N'importe qui la voyant succomberait immédiatement à sa resplendissante perfection. Chaque mouvement qu'elle faisait était empreint de grâce, alors même qu'elle ne semblait nullement à la provoquer par de quelconques artifices. Elle l'inspirait, voilà tout. La profondeur bleutée de ses yeux comme l'infinité du ciel l'observait avec une exquise délicatesse qui la troubla.

Summer se calma et réalisa brusquement ce qu'elle avait failli commettre !

Heureusement, dès son esprit apaisé, la glace avait libérée l'assassin de son étreinte et il était tombé à genoux, prenant de grandes inspirations pour récupérer l'air perdu de ses poumons. Il leva la tête vers les deux femmes et l'une de ses mains extirpa un couteau de sa veste. Il tenait sa prise avec un manque de force certain.

La Femme en Blanc posa ses yeux célestes sur lui, et il réalisa alors la différence profonde qui les séparait. Ce n'était pas un fossé, pas un écart de forces entre eux qu'il aurait pu un jour chercher à combler. C'était deux sommets espacés l'un de l'autre. Sauf que l'un était une colline et l'autre une montagne perdue dans le ciel…

— Assez de sang a coulé aujourd'hui.

Cette invitation à fuir était inattendue. Contre un si puissant adversaire, il accepta volontiers l'offre et disparut dans l'obscurité sans un bruit.

À présent, la femme se tourna vers Summer, effrayée par son propre comportement. Elle bégayait une suite de mots incompréhensibles, incapable de garder le contrôle de ses émotions. Un froid glacial gelait progressivement tout ce qui entourait la Chasseresse. Le plancher et les bancs en bois craquèrent sous la soudaine vague de froid. À ce rythme, la jeune femme n'allait pas être capable de survivre à son propre pouvoir…

Ce fut suffisant à la Femme en Blanc pour avancer vers elle, en dépit du froid mordant qui commença aussitôt à geler ses chaussures et le bas de son manteau. Elle continua de marcher même lorsque le gel attaqua ses jambes. Insensible aux dégâts de son corps, elle s'accroupit auprès de la Chasseresse et posa ses mains sur son visage pour qu'elle le regarde. Ses yeux plongèrent dans les siens et aussitôt, l'écran de colère qui lui obscurcissait l'esprit se volatilisa. Elle semblait graviter autour d'une étoile, comme une enfant. Lorsqu'elle reprit la maitrise d'elle-même, le gel avait envahi tout l'intérieur de l'église comme une couche de peinture sur toutes choses.

Summer retint un cri :

La Femme en Blanc la regardait en souriant, le corps recouvert d'une fine pellicule de glace. Elle devait souffrir de brûlures par le froid ! Pourtant, son corps ne tremblait pas.

— O-Oh mon…

— Chuuut… Tout va bien… L'Hiver est aussi paisible que mortel. Tu as obtenu un pouvoir des plus dangereux. Tu dois apprendre à le maitriser correctement.

— Mais… Vous allez mourir si on ne fait rien !

La femme ferma les yeux et le givre qui la recouvrait s'évapora ! Devant l'incrédulité de Summer, la fleuriste se releva sans à-coups ni douleurs. Sa peau ne laissait voir aucun des symptômes d'une hypothermie. Etait-ce donc cela, le pouvoir d'une des Quatre ?

Après s'être assuré que Summer était indemne, la Femme en Blanc se dirigea vers le clocher.

— C'est inutile, l'avertit Summer d'une voix affligée. La cloche est…

La femme s'arrêta aux pieds de l'escalier menant en haut de la tour. Son sourire confiant acheva d'éblouir Summer de sa prestance surnaturelle.

— Ce qui est brisé peut encore désiré vivre un dernier instant.

And elle partit.

Summer se retrouva brusquement seule, comme si la seule lumière de la pièce s'était éteinte. Elle se décida à la suivre alors que sa tête lui tournait encore. Elle se sentait étrangement appelée par cette personne aux capacités surnaturelles. Ses pas la menèrent jusqu'en haut du clocher où l'attendait la Femme en Blanc. Celle-ci examinait la cloche endommagée.

— C'est ce que je voulais vous dire… Cette cloche ne sonnera plus jamais.

Tout autour d'elles, on pouvait voir le chaos dans les rues, les flammes qui grignotaient progressivement des quartiers entiers. Pour Summer, c'était une vision d'horreur insoutenable. Combien de gens comptaient sur elle alors qu'elle ne pouvait répondre à leur espoir ?

Mais la femme semblait éloignée de cette désolation, pas plus qu'elle ne l'entendait. Ses doigts caressèrent la surface métallique de la cloche et suivaient les contours boursoufflés de la fissure.

— L'âge t'a donné la vie, mais c'est cette ville qui a formé ton âme. Accepteras-tu de faire battre le cœur de Mountain Glenn une dernière fois ?

Summer la prise pour une folle en l'écoutant parler à un objet. Seul un miracle pouvait dorénavant sauver la colonie !

Elle y pensait encore quand la Femme en Blanc poussa d'une main la lourde cloche et la laissa osciller.

.

Il n'y avait plus de battant, plus de résonnance possible.

Et pourtant…

Summer n'avait jamais vraiment crû en une entité divine, mais ce que ses oreilles perçurent furent, comme pour tous les habitants de Mountain Glenn, un son plein de vie et d'espoir.

Et c'est ainsi que naquit le miracle de Mountain Glenn : par le chant d'une cloche ressuscitée.