— Les voilà !
Ils visèrent tous dans la même direction, là d'où déferleront ces pourritures ! Les grondements devenaient insoutenables pour les tympans ! D'ici une seconde, ils seront sur…
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Brusquement, plus rien.
Plus un bruit. Comme si tout l'air du monde s'était volatilisé d'un coup…
Scharnhorst leva la tête de son viseur, intrigué.
— Vlad ? Il se passe quoi là ?
Le sniper répondit à la radio. Il parlait d'une voix mêlant l'étonnement au soulagement.
— Commandant ! Les Grimms… Ils se sont arrêtés aux portes de la ville !
— Quoi ?
— Je sais pas ! Ils… Ils bougent plus…
Scharnhorst n'était pas un homme à laisser passer une occasion, aussi attrapa-t-il la balle en vol. Il ignorait ce qui retenait les Grimms mais il devait en profiter et vite !
— Vlad, tu restes où t'es et tu nous dis ce qu'ils font ! Nous, on fonce au QG !
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L'Homme en Noir se tenait devant l'une des quatre grandes portes ouvertes du mur de protection. Dans la nuit, seulement éclairée par la lune, il attendait.
À moins d'une vingtaine de mètres de lui, une multitude d'yeux rouges le toisaient, attendant un instant de faiblesse pour en profiter. Aussi loin que pouvait porter ses yeux, il voyait les Grimms rôder autour de la colonie, tourner en rond, gronder et frémir d'excitation… Mais aussi de crainte.
Les Grimms, ces créatures sans âmes ni émotions, n'osaient avancer ! Et pourtant, plus ils attendaient et plus d'autres créatures arrivaient…
Beowulfs et Creeps étaient maintenant accompagnés par des Death Stalkers, des Ursas et quelques rares Kings Taijitu. Au loin, il apercevait même les formes démesurées d'un troupeau de Goliaths et dans le ciel une nuée de Nevermores volait en cercle autour de la colonie assiégée.
Il n'y avait besoin que de quelques minutes à la horde pour faire de Mountain Glenn le plus grand carnage de l'humanité ! Mais toujours aucun Grimm ne prenait l'initiative de charger.
Au fond d'eux, la noirceur de leur origine ne parvenait pas à cacher la lueur d'instinct qui brillait comme un soleil et hurlait à tous le même signal :
Ils étaient face à un super prédateur.
Une créature d'une nature plus horrible qu'eux. Les Grimms pouvaient entendre sa respiration lourde, ses écailles se mouvoir sous sa peau, les fibres de chacun de ses muscles s'échauffer dans l'attente du combat…
Il était seul, épuisé, esseulé, mais il avait toujours assez de forces pour les exterminer.
L'Homme en Noir fit un pas en avant et les Grimms en reculèrent de trois. Même les Alphas, les plus intelligents et les plus féroces, préféraient battre en retraite face à lui.
Il comprit que le temps était compté.
Les Grimms le craignaient mais surtout, ils attendaient. Salem devait disposer d'un dernier atout pour parfaire la destruction de Mountain Glenn. Mais quel était la nature de cet atout ?
L'Homme en Noir fit demi-tour et se retira à l'intérieur de la colonie. Aucun Grimm n'en profita pour l'attaquer dans le dos.
Bientôt…
La laisse qui les retenait allait céder d'ici peu, et les Grimms tueront tout le monde. Lui aussi devait agir…
Très bientôt…
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— Pourquoi n'attaquent-ils pas ? demanda Taiyang.
— Je ne sais pas, mais la question, c'est combien de temps est-ce qu'ils vont rester plantés là ! dit Qrow.
Plusieurs mètres au-dessus des rues, l'équipe STRQ s'était trouvé un observatoire en haut du toit de la gare. De là, ils pouvaient voir la masse des innombrables Grimms rôder autour de l'enceinte de la colonie. Ce comportement étrange leur permettait d'évacuer plus de gens encore. Quel qu'en soit la raison, Summer en était soulagée. C'était un nouveau miracle…
À cette pensée, elle baissa les yeux vers les dernières files de gens qui fuyaient par les souterrains. Oui, c'était un miracle, ni plus ni moins. Elle se laissa aller à un soupir de soulagement quand ses yeux affutés notèrent une silhouette particulière en contrebas, éclairée plus que les autres par les projecteurs. Une personne portant manteau et capuche blanc !
— L'Homme en Blanc ! lança-t-elle discrètement à l'attention de ses camarades qui suivirent aussitôt son regard.
Parmi la foule, l'individu s'arrêta et leva la tête. Ses yeux croisèrent ceux des Chasseurs et ils surent qu'il venait de les entendre malgré le bruit et la distance. La même erreur venait d'être faite à nouveau. Les jeunes Chasseurs avaient oubliés qu'ils avaient affaire à des êtres surhumains. Ou inhumains.
Ils sautèrent depuis le toit et atterrirent autour de leur cible, lui interdisant toute retraite, mais celui-ci semblait s'en moquer. Les civils s'écartèrent en tentant de comprendre ce qui se passait et les militaires arrivaient en même temps, avides d'aider les Chasseurs. Peut-être venaient-ils de capturer l'une des ordures responsables de ce carnage, qui sait ?
— Vous, le gars à la capuche ! Écartez les mains du corps !
— Faites attention avec lui ! ordonna Qrow. Ce gars est l'une de nos cibles !
L'Homme en Blanc analysa la puissance des Auras de chacun des Chasseurs. C'était comme être plongé dans le noir et comparer l'éclat de flammes blanches. Trois d'entre elles étaient plutôt vives, mais manquaient encore de puissance. Mais la quatrième… C'était un soleil dissimulé derrière une lune pendant l'éclipse.
Il tourna les yeux vers la Chasseresse à la cape blanche. Elle était jeune, probablement tout juste sortie d'une académie de Chasseurs. L'un de ses compagnons disait être à sa recherche. Venaient-ils de la part d'Ozpin ? Sûrement… Mais cela n'expliquait pas l'origine de cette force cachée…
— Toi, la leader. Qui es-tu ?
Il fit un pas vers elle et aussitôt, les épées de Qrow et de Raven lui barrèrent la route.
— Pas. Un. Pas. De. Plus, intima Taiyang derrière lui en posant son poing sur sa nuque.
Une décharge d'Aura au niveau des cervicales paralysait un être humain pour plusieurs heures.
— Qui es-tu ? répéta l'Homme en Blanc sans se soucier du danger.
Summer ne comprit pas l'importance de la question.
— Je… Suis Summer Rose, cheffe de l'équipe STRQ.
— Non. Pas ton nom. Ta nature, expliqua lentement l'Homme en Blanc.
Summer ne comprit pas. Pas plus que les autres Chasseurs.
— Aah… Qu'importe…, lâcha-t-il. Vous êtes ici pour nous, n'est-ce pas ? Et bien… Me voilà…
Lentement, très lentement, un vent souffla autour de lui, signe annonçant sa toute-puissance à venir.
— Partez.
— Non, lâcha Summer en songeant à Scharnhorst. Pas cette fois… Plus jamais.
— Vous ne pouvez pas me vaincre, tu le sais, insista-t-il en se tournant vers Qrow.
— Ce n'est pas ce que je veux, répondit Summer. Je vous demande de nous aider à défendre la colonie !
Tous les regards se tournèrent vers elle. Raven, Qrow, Tai, mêmes les soldats la regardaient. Était-elle sûre de son choix ? Pouvaient-ils faire confiance à ces individus surnaturels ? Eux-mêmes avaient déclarés que ces êtres étaient plus proches des Grimms qu'autre chose.
L'Homme en Blanc jugea la détermination dans son regard et décida d'apaiser le vent autour de lui. L'ambiance pesante se dissipa d'un coup tandis qu'il répondait à Summer. Peut-être y avait-il une chance de le convaincre…?
La réponse de l'Homme en Blanc brisa ses espoirs naissants.
— La colonie ne peut pas être sauvée. Tout ce que nous pouvons faire, c'est tuer le plus de Grimms possible.
— Non ! Je vous ai vu ! Vous avez des pouvoirs défiant ceux des meilleurs Chasseurs ! Vous pouvez stopper tout ça !
— Quand avons-nous sauvés une seule ville par le passé ?
Sa question coupa le souffle de Summer. Il n'y avait pas la moindre volonté d'aider. C'était une question dont elle connaissait déjà la réponse : aucune. Ils intervenaient toujours pendant l'attaque des Grimms, et il ne restait jamais rien après leur combat.
— Nous ne sommes pas des sauveurs, jeune Chasseresse. Ne commet pas l'erreur qu'ont fait nombre d'autres avant toi… Pars, toi et les autres. Bientôt, cette colonie n'existera plus.
Il partit en direction du combat, et personne ne le retint. Il n'était pas de ce monde de paix, mais de celui d'un conflit éternel entre eux et les monstres.
— Si vous continuez à vous battre seuls, vous finirez par en mourir ! lança Summer derrière lui dans une dernière tentative pour le faire réagir.
— Vivement ce jour…
.
Son manteau blanc était pareil à un reflet de la lune, unique îlot de lumière dans l'obscurité des rues désertes de la colonie.
Elle abaissa sa capuche, révélant son visage magnifique au néant. Elle s'adressa aux ténèbres comme à une vieille amie :
— Eo, Sélénée.
Pendant quelques secondes, il ne se passa rien, puis un bruit de pas résonna et bientôt, une silhouette noire se détacha de la nuit. Sa capuche était également abaissée.
Elle marcha jusqu'à elle et après un moment d'hésitation, lui sourit.
— Eo, Raptoria.
Ni l'une ni l'autre n'avait changée, la première avait toujours les yeux bleus comme le ciel et la seconde arborait toujours son éternel tatouage sous l'œil droit.
Raptoria n'y tint plus et la prise dans ses bras et Sélénée l'enserra également.
— Ça fait du bien de te voir, ma sœur.
— Ça fait un bail, sis…
Deux décennies s'étaient écoulées depuis leur dernière rencontre. Mais elles ne savaient pas quoi se dire. Sélénée fut la première à se détourner et scruta les parages, à la recherche d'un prétexte pour combler le silence gênant.
— J'ai croisé un Chasseur de Vale tout à l'heure.
— Je vois… Le Gardien…
Elles se mirent à marcher côte à côte, comme auparavant.
— J'ai aussi rencontrée Arthur Watts…, avoua-t-elle à mi-voix.
Sa sœur ne dit rien. Parfois, les mots blessaient plus que le silence.
— Tu as pu rencontrer les autres ?
— Lux. Il m'a donné un coup de main face à Arthur… Cet enfoiré a reçu une dague en Argent de la part d'elle… Quant à lui… J'avais perdu sa trace à Draconis.
Raptoria hocha la tête avec un maigre sourire sur le visage. Elle l'avait cherchée elle-aussi, mais en vain. De son vivant, il avait été le meilleur. Et maintenant…
Elle tourna la tête en direction du Nord, là où elle sentait l'Énergie du plus puissant des Quatre. Cette force si monstrueuse… était si misérable par rapport à sa gloire d'antan. Depuis combien de temps arpentait-il ce monde à la recherche du combat, sans se reposer un seul instant ?
— Nous ne devrions pas être ensemble. Comment est-ce possible ? demanda Raptoria.
— Le signal nous a trahis. Notre « ami » de Vale semble avoir trouvé un moyen de s'y introduire, et nos ennemis en ont profité.
— Même avec tous ces Grimms, elle ne pourra pas nous vaincre. Quant est-il de ses six Champions ?
— Ils ont tous fuis.
— Salem ne laisserait pas une occasion pareille ! Elle doit avoir un plan en tête !
— Elle en a un…
Sélénée s'arrêta, le visage indécis. Elle se rappelait encore de l'information que Lux lui avait partagée après le départ du Chasseur… Pouvait-elle oser lui révéler une telle chose ?
— Raptoria…
— Qu'il y a-t-il ?
Raptoria la regarda avec une certaine crainte dans les yeux. Elle sentait que quelque chose de bouleversant allait lui être confié.
— C'est à prop…
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STAK
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Ce fut le premier bruit qui vint aux oreilles de Raptoria alors que du sang jaillissait sur son visage. Puis il y eut un bruit quand Sélénée tomba à genoux, une main sur la gorge, là où était plantée une flèche en Argent. Du sang coulait entre ses doigts et de sa bouche. Elle écarquilla les yeux et toutes les deux tournèrent la tête en direction de l'origine du tir. Dans un immeuble encore debout, une silhouette fantomatique les surveillait intensément.
L'échange de regards suffit aux deux femmes pour reconnaitre l'émanation négative d'un Grimm. Sans perdre plus de temps, Raptoria saisit Sélénée entre ses bras et aussitôt, un bouclier les enveloppa, permettant à Raptoria de se préoccuper de sa sœur. Une telle blessure n'était pas à prendre à la légère !
Mais avant qu'elle ne puisse aider sa sœur, quatre ombres apparurent autour d'elles.
Ce qui leur faisait face n'était pas monstrueux. Ça avait une forme humaine, complètement noire, avec des protubérances osseuses caractéristiques des Grimms aux mains, aux pieds et le long de la colonne vertébrale. Des excroissances défiguraient l'épaule de l'un d'entre eux en formant une corne démesurée. Quant à leurs visages… C'était une caricature de crâne humain, avec des dents en forme de crocs, une face dépourvue de nez et des yeux rouges menaçants.
Raptoria et Sélénée sentirent aussitôt la menace planer autour d'elles. Ces ombres étaient aux Grimms ce que le dragon était au lézard. Une nouvelle espèce que Salem avait spécialement créée pour les Quatre. Étaient-ce ces choses dont parlait Lux ?
Sélénée s'arracha la flèche et se releva en grognant malgré le sang.
— Rapto…, articula-t-elle en forçant son corps à régénérer sa blessure.
— Ne bouge pas Sélénée ! Tu n'es pas…
— Derriè…!
L'une des ombres brandit une main pourvue de griffes acérées et attaqua Raptoria. Celle-ci n'en eut cure, le bouclier autour des deux femmes repoussa l'assaillant aussi facilement qu'une montagne arrête le vent. Ses griffes capables de percer le diamant crissèrent sans effet sur le bouclier d'Énergie. Elle les regardait les uns après les autres, troublée… Ces… ombres avaient gardées une forme humaine, une première pour Salem qui avait toujours adorée modifier à outrance les formes originelles de ses monstres. Alors pourquoi ressentait-elle quelque chose de profondément familier chez ces choses…?
— Sélénée… Ces Grimms…
Sélénée expectora une giclée de sang et parvint finalement à retrouver l'usage de sa voix.
— Écarte-toi ! Ce n'est pas…!
L'avertissement arriva trop tard car un fracas assourdissant ébranla le bouclier. Toutes deux frémirent en fixant l'ombre de l'autre côté du bouclier, le poing écrasé contre la surface énergétique. Là où la créature avait frappé, une fissure fendillait le mur. Un instant, Raptoria n'y crut pas tant la chose paraissait impossible, puis le Grimm ramena le poing en arrière et un nouveau coup de tonnerre résonna. Le bouclier tint encore bon, mais cette fois, une fissure profonde balafrait le mur de protection. Ses oreilles tintaient encore du second coup qu'un troisième éclat fracturait encore plus le bouclier.
— C'est encore pire que ce que Lux m'a dit…
Sélénée regarda l'Ombre frapper une quatrième fois. Le bouclier ne résistera pas au prochain coup…
— Comment ça ?
Raptoria recula prudemment.
— Face à Lux, ils ont dû attaquer son bouclier à cinq pour le briser… Ils deviennent de plus en plus forts…
Sélénée se tourna vers Raptoria. Coupable de la situation, celle-ci n'osa la regarder dans les yeux.
— Non… C'est toi qui manque d'Énergie…
La révélation lui vint en même temps que le dernier coup qui brisa le bouclier en plusieurs éclats. Les quatre autres Ombres profitèrent de la faille pour se jeter avec leur congénère sur leurs proies. Cinq contre deux…
— Ah… Merde, lâcha Sélénée en comprenant qu'elles étaient foutues.
L'Ombre la plus proche de Raptoria enfonça son poing dans son abdomen et la projeta dans les décombres d'une banque. Les quatre Ombres se précipitèrent sur elle, toutes griffes sorties. Sélénée tendit une main devant elle, voulant invoquer sa faux pour venir en aide à sa sœur. Mais elle n'en eut jamais l'occasion.
Surgissant de nulle part, la cinquième Ombre lui trancha le bras qui tomba mollement à terre.
Instinctivement, Sélénée le frappa de l'autre poing. Son coup atteignit le Grimm en plein plexus avec la force d'un avion de chasse lancé à pleine allure ! Cela le fit à peine reculer d'un pas.
Sélénée recula d'un bond. Du sang coulait abondamment de son membre amputé et elle dût faire appel à ses maigres réserves d'Énergie pour faire cesser l'hémorragie. Face à elle, le Grimm pencha la tête de côté, regarda longuement le bras qu'il venait de sectionner puis observa Sélénée, visiblement curieux. Sa réaction arracha un sourire de loup à Sélénée. S'attendait-il à la voir hurler de douleur, se rouler à terre en se tenant son moignon ensanglanté ? Dommage, ce n'était pour elle qu'une goutte de plus dans un océan de souffrances !
L'Ombre réagit finalement et l'attaqua, tout comme Sélénée…
D'un geste particulier du talon, une lame sortit de sa chaussure gauche, elle pivota sur elle-même et sa lame atteignit l'ombre en plein cœur. Celui-ci vacilla sous la force du coup mais parvint à rester debout, à la surprise de Sélénée. Le Grimm leva son masque effrayant et la fixa droit dans les yeux. Un frisson s'empara de la femme quand elle vit les griffes du monstre se planter dans sa jambe.
— Laisse-moi deviner… Pas de cœur ?
L'Ombre poussa un grondement et brisa la jambe de Sélénée dans un craquement d'os désagréable. Le Grimm leva la tête vers sa proie et découvrit au bout du dernier bras de sa victime une faux menaçante.
— Alors... Qu'en est-il de la tête ?
Elle le décapita et le corps sans tête s'effondra lourdement au sol. Sélénée s'effondra, incapable de bouger. Elle tourna faiblement la tête et virent du coin de l'œil les quatre autres Ombres tenter de s'en prendre à Raptoria qui déployait toute ses forces pour maintenir son bouclier en état face à leur force.
Sélénée voyait bien le stratagème derrière les attaques.
Ils savaient !
Ces choses savaient que Raptoria ne pouvait pas riposter !
Elle prit appui avec son bras valide et rampa jusqu'à son membre amputé. Elle le saisit et l'appliqua contre son moignon. Le sang cessa rapidement de couler, et des écailles se mirent à pousser autour des deux bouts de membre. Les fibres musculaires, les nerfs et les veines se rattachèrent les unes aux autres et rapidement, elle put bouger son bras normalement. Une chose de faite.
Restait sa jambe… Là encore, son incroyable constitution ressouda les os brisés et elle put à nouveau se lever. Mais pour cela, elle dut s'aider de sa faux comme d'une béquille. Entre le combat contre Arthur et ses blessures, elle était à bout. Ça ne suffisait pas à l'arrêter.
— C'est toi qui manque d'Énergie…
Comment pouvait-elle avoir reprochée cela à sa propre sœur quand elle-même était dans la même situation ? Depuis combien de temps erraient-ils sur ce monde en perpétuel conflit entre les vivants et les morts ? Un sourire frôlant la folie s'étira sur ses lèvres… Au fond, elle connaissait la réponse. Elle avait comptée chaque jour qui passait avec l'espoir que ce soit le dernier. En vain…
Elle marchait d'un pas mal assurée en direction des quatre Grimms, cherchant en elle la force pour soulever sa faux.
Au même moment, Raptoria tourna la tête vers elle et écarquilla les yeux. Sa bouche s'ouvrit en grand mais Sélénée ne l'entendait pas. Elle n'avait pas à s'inquiéter, elle venait l'aider et probablement les autres n'allaient-ils pas tarder à arriver…
Elle n'entendit pas derrière elle le corps décapité de l'Ombre tressaillir, la tête du Grimm s'évaporer en fumée pour repousser sur son corps, les bras et les jambes s'organiser pour obéir de nouveau au cerveau et finalement, Sélénée ne vit pas l'Ombre se relever silencieusement dans son dos.
Raptoria le vit, elle hurlait à Sélénée mais celle-ci semblait ne pas l'entendre. Derrière elle, l'Ombre anciennement décapitée s'apprêta à la déchiqueter…
Sélénée continua d'avancer en murmurant.
— J'arrive, ne t'inquiète pas…
Un crissement incita l'Ombre à lever la tête.
À l'instant où l'Homme en Blanc se jeta sur elle comme un aigle eût capturé un lièvre. Il enfonça son épée jusqu'à la garde dans le crâne du Grimm qui tomba inerte au sol. Lux se releva aux côtés de Sélénée, abandonnant son épée toujours plantée dans la créature.
— … Nos frères veillent sur nous, conclut Sélénée avec un sourire confiant.
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Scharnhorst et ses hommes entrèrent dans le QG de Mountain Glenn. C'était un lieu qu'ils fréquentaient si souvent qu'ils auraient pu s'y orienter les yeux clos. Ils connaissaient les visages des opérateurs dans les bureaux et des secrétaires à la réception, ils connaissaient l'odeur de café abominable qui trainait dans l'air près de la machine à café et les murs blancs du bâtiment qu'il fallait quotidiennement nettoyé à cause des salissures…
Maintenant, plus rien ne ressemblait à ce qu'ils avaient connus ici. L'accueil était occupé par le corps d'une secrétaire. La seule odeur qui régnait à présent était celle du sang qui avait giclé sur le sol et les murs. Il y avait tant de morts par terre…
— On avance, ordonna Scharnhorst.
Était-ce l'horrible vision de tous les cadavres, ou celle de la ville en proie à la destruction, toujours est-il que les soldats obéirent aux ordres avec un entrain remarquable.
Plus ils montaient les étages et plus les signes de résistance étaient visibles. Impacts de fusils le long des murs, des centaines de douilles trainantes par terre, cadavres tenant encore leurs armes en mains. Ils avaient réagis aussi vite et aussi forts qu'ils avaient pu. Scharnhorst n'en tirait aucune fierté de leurs efforts.
— On y est, chef.
Luis ouvrit la porte du poste radio. La pièce était aussi macabre que les autres.
— Il y a des survivants ? lança Scharnhorst à tout hasard.
Pas de réponse. Mais ils s'y attendaient. Falco s'approcha d'un pupitre et repoussa doucement le corps d'un opérateur. La radio semblait intacte, sûrement le commando avait cru avoir éliminé tout le personnel militaire de la colonie. Il chercha dans un livre la liste des fréquences existantes. Il trouva rapidement celle qu'il cherchait. Il tourna l'amplificateur et le mélangeur jusqu'à recevoir un signal clair.
— Le Royaume de Vale tout entier vous écoute, chef.
Il tendit le micro vers Scharnhorst. Le commandant prit une profonde inspiration avant de s'adresser à tout Vale.
— Ici le Commandant Scharnhorst, commandant des Forces de Défenses de Mountain Glenn. Notre colonie est attaquée par une horde de Grimms ! Nos défenses et mes hommes ont été balayés par un commando aux intentions hostiles ! Nous évacuons le plus de monde possible par le réseau ferroviaire souterrain mais beaucoup de gens sont encore dans la gare. Nous demandons à toutes les forces disponibles dans Remnant d'envoyer leurs forces pour repousser les Grimms. Je vous en prie, si nous ne recevons pas des renforts d'ici peu, Mountain Glenn est perdue…
Falco éteignit le poste au signe de Scharnhorst.
— Tu es sûr que tout Remnant a entendue ça ?
— C'est la fréquence d'alerte mondiale. Toutes les radios, civiles ou militaires, l'ont diffusées, je vous le garantie !
— Et la colonie ?
— Tout le monde a dû entendre.
— Bien, alors les soldats devraient avoir le moral de tenir la gare jusqu'à l'arrivée des renforts.
— Pas la peine ! On a juste à activer les explosifs aux entrées de la gare et tout le monde sera sain et sauf !
— Parfait.
Scharnhorst posa une main sur son épaule. Falco leva les yeux vers son chef, confiant en ses ordres. De l'autre main, le commandant prit son pistolet et l'abattit d'une balle dans la nuque.
— … Mais ça ne sera pas nécessaire.
Ses hommes autour de lui écarquillèrent les yeux, incapables de comprendre ! Scharnhorst n'en attendait pas moins d'eux, il leva son arme et ouvrit le feu. La rapidité de ses mouvements ne nuisait en rien à la précision de ses tirs et trois soldats tombèrent, atteints en pleine tête. Le dernier, Luis, finit par réagir en pointant son fusil sur lui. Sans se tourner, en le voyant à la périphérie de son champ de vision, le commandant déplaça le bras et tira. L'homme fut propulsé en arrière et mourut avant que ses doigts n'aient pu presser la détente.
Par acquis de conscience, Scharnhorst tira une deuxième fois dans la tête de chacun de ses hommes.
Tranquillement, il éjecta le chargeur vide de son pistolet et en inséra un autre. Il se tourna de nouveau vers le corps sans vie de Falco et fouilla sa tenue pour en extraire deux grenades. Il en dégoupilla une et la jeta devant le poste-radio avant de quitter la pièce. La déflagration réduit le matériel comme les cadavres en cendres. À présent, plus personne ne pouvait communiquer avec l'extérieur.
Le commandant descendit ensuite jusqu'à son bureau, seul accès aux codes de mises à feu et y lança sa deuxième grenade qui produit le même effet. Mountain Glenn et Vale étaient condamnés à présent.
Scharnhorst sortit de sa poche son Scroll et composa un numéro. Il n'eut pas à attendre longtemps avant que le receveur de l'appel ne décroche.
— C'est moi, dit Scharnhorst.
— Tout s'est passé comme il fallait ?
— C'est bon, la radio est neutralisée et l'appel à l'aide lancé.
— Parfait. Es-tu sûr que les Chasseurs viendront à toi ?
— Oh, ne t'inquiète pas, Arthur. Ils viendront. Et mourront. Je te le garantie.
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Arthur Watts raccrocha. Lui et les quatre autres champions se situaient en hauteur, sur une colline non loin de la colonie. Il tourna la tête vers le Prophète qui lévitait à côté de lui.
— Il est l'heure de lâcher les chiens.
