CHAPITRE 14

GUERRE OUVERTE


Lux s'arrêta à côté de sa sœur, observant avec méfiance les Ombres qu'il avait déjà croisé il y a quelques semaines...

— Ton épée ? demanda Sélénée à son frère.

Lux haussa les épaules et sortit de ses manches deux poignards.

— Ils ne peuvent pas régénérer avec une lame en Argent dans le corps.

— Intéressant…, dit-elle en se tournant vers les quatre Ombres restantes. On s'en fait deux chacun ?

— Les dames d'abord, sourit Lux.

Les Grimms délaissèrent Raptoria pour faire face à leurs proies. Lux et Sélénée fermèrent les yeux et respirèrent profondément. Lorsqu'ils rouvrirent les yeux, ce fut pour dévoiler toute leur puissance ! Des yeux de dragon foudroyaient du regard les Ombres. Rouges pour Sélénée, bleus pour Lux. Une formidable quantité d'énergie se mit à crépiter autour d'eux. La Femme en Noir fut la première à s'avancer, et pour chaque pas qu'elle faisait, son visage se couvrait un peu plus d'écailles. La Brume noire s'échappa de son corps et se mit à réduire en cendre tout ce qu'elle touchait à l'exception de son frère qui subissait la même altération du corps mais avec des écailles de couleur blanche.

AMENEZ-VOUS ! hurla-t-elle en se lançant dans la mêlée.


— Commandant, ici Vlad ! Les hommes viennent de faire entrer les derniers civils dans la gare ! Vous pouvez faire sauter les entrées de la gare ! Commandant ?

Le sniper posté sur le balcon du dernier étage d'un immeuble observait à travers la lunette de son fusil la fin de la file devant la station souterraine. Tout allait pour le mieux jusqu'à présent mais pourquoi son chef ne répondait ?

— Commandant ? Vous me recevez ? À vous, terminé.

La radio ne grésilla même pas. Ce n'était pas des parasites qui brouillaient la liaison.

— Commandant ? Ah merde !

Il laissa tomber. Si Scharnhorst ne répondait pas, c'est qu'il y avait un problème au QG ! Il fallait lui envoyer des renforts au plus vite ! Mais qui ? Tous les soldats restants étaient occupés à fortifier la gare en attendant le signal. Restait les Chasseurs !

— Team STRQ ? Répondez Team STRQ ! Ici Vl… Peu importe ! Le Commandant ne répond pas au QG depuis la diffusion du message ! Peut-être que le commando qui nous a attaqué s'y trouve ? Allô, Team STRQ ?

Trop occupé à manier sa radio, il ne prit pas immédiatement garde à une forme obscure dans le ciel qui grossit très rapidement à mesure qu'elle fonçait sur lui. Son instinct le poussa à lever les yeux au moment où le Nevermore s'abattit sur lui, ses redoutables griffes ouvertes pour le déchiqueter.

Il se jeta sur le dos et évita les griffes mortelles, il laissa tomber sa radio et saisit son fusil. Il ouvrit le feu tout en rentrant à l'intérieur. Les balles chassèrent le Grimms mais il revint en enfonçant sa tête massive dans la pièce, son bec claqua dangereusement près de Vlad qui continuait à tirer. Indifférent aux balles, le monstre insinua sa masse à travers les murs, les faisant ployer d'avantage à coup d'ailes.

— ILS SONT ICI ! LES GRIMMS SONT LÀ ! hurla-t-il alors même qu'il n'avait plus sa radio.

Vlad, recroquevillé au fond de la pièce, vit se tendre le bec vers lui. Se rappelant que la porte se trouvait à côté de lui, il se jeta vers la poignée. Le Nevermore se précipita et Vlad sut que c'en était fait de lui avant même que le bec géant ne le sectionne au niveau de la hanche.

.

Les Grimms passaient à l'attaque, dévastaient les murs de protection et s'engouffraient comme un déluge dans la colonie. L'un des Beowulfs, anciennement l'éclaireur de la horde, repéra une silhouette humaine devant lui. Ses babines se retroussèrent à l'idée de plonger ses crocs dans la chair. Avec un grondement excité, il se jeta sur sa victime.

Celle-ci leva la jambe à la hauteur du visage et l'abattit sur le crâne du Grimm. Sa tête explosa comme une tomate trop mûre.

Le bruit de coup de canon qu'il généra stoppa net les autres Grimms.

Ceux-ci rugirent férocement à la mort de leur congénère. Telle une meute de loups, ils entourèrent l'Homme en Noir. Son sabre pendait à sa ceinture mais il semblait en avoir oublié l'existence même. Il abaissa sa capuche, révélant un visage stoïque, des cheveux noirs mi-longs en bataille, et des yeux noirs sans émotion.

Un Creep poussa un beuglement et chargea l'aîné des Quatre. Celui-ci tendit la main devant lui et arrêta sans effort le Grimm trois fois plus gros que lui ! Puis d'un geste tout aussi facile, il abaissa la main et le Creep se retrouva la tête encastrée dans le béton. La pression devint rapidement trop excessive pour le Grimm dont la tête explosa entre la main de fer et la terre.

Le bruit de la chair et des os éclatés attisa la colère des Grimms qui se jetèrent tous au même moment sur l'Homme en Noir. Ses poings se mirent à saigner quand des écailles noires percèrent la surface de sa peau…


Mais si les Grimms de la porte Nord furent vite stoppés, ce ne fut pas le cas du reste de la horde de Grimms qui plongèrent Mountain Glenn dans le chaos en détruisant tout sur leur passage ! Le seul bastion qui résistait encore était la gare, mais pour combien de temps ?

Un Ursa chargea malgré les décharges de mitrailleuse dans son corps et se rua contre une barricade improvisée qui céda sous le choc, les cinq soldats qui s'étaient réfugiés derrière furent projetés dans les airs comme des pantins désarticulés. L'un d'entre retomba à proximité de l'Ursa qui approcha sa gueule du blessé.

Trois lances de glaces atteignirent le crâne du monstre avant qu'il ne puisse s'en prendre à l'homme. Éliminant méthodiquement les Grimms, l'équipe STRQ soulageait considérablement les défenseurs de la gare. Qrow et Raven travaillaient de duo pour éliminer le plus de Grimms possible pendant que Summer utilisait ses capacités de Maiden pour atteindre les Nevermore et les Griffons dans les airs, laissant à Tai le soin de se charger de ceux qui se faufileraient malgré tout jusqu'à lui.

— Tai ! le prévint Summer quand un Griffon perça ses défenses et atterrit au milieu des barricades et des soldats.

— Aye Aye !

Le Grimm poussa un rugissement de T-rex à la vue du blond venir tranquillement à lui, cognant ses poings entre eux face à cet adversaire de taille.

Le Griffon céda à ses vils instincts et chargea cette proie alléchante.

Calmement, Taiyang calcula son coup, jugea l'Aura nécessaire à dépenser et agit. Il n'aurait pas droit à une seconde chance face à un Griffon. Quand le Grimm fut sur lui, il plaça ses bras en croix devant lui pour amortir le coup... La charge du monstre le projeta au loin dans des caisses en bois !

— Homme à terre !

— Pas la peine…, leur dit Raven sans paraitre inquiète du sort de son camarade.

Tai émergea des décombres, quelque chose de nouveau en lui.

— Les choses sérieuses commencent !

Ses yeux lilas devinrent rouges et ses cheveux blonds brillaient comme le soleil. Son Aura se nourrissait des dégâts qu'il venait d'encaisser. Le Griffon poussa un grondement de défi et chargea à nouveau. Taiyang n'était pas l'un des Quatre, mais pour un instant, sa force s'approcha d'eux. D'un coup de poing, il arrêta net la charge du Griffon. Celui-ci griffa le sol dans l'espoir de reprendre sa course mais la force de Taiyang était en cet instant trop forte pour lui. Il serra son autre poing et la force de son coup arracha la partie supérieure du crâne du reste du corps du Griffon. La créature s'effondra avec fracas tout en s'évaporant.

— Je pourrais faire ça toute la journée…

Il cogna à nouveau ses poings à l'attention des Grimms qui continuaient à venir.

— Il en arrive toujours plus ! Nous devons évacuer maintenant ! ordonna un lieutenant.

— Le Commandant ne nous a toujours pas donné l'ordre de nous replier ! protesta un soldat.

— Nous n'avons pas de quoi tenir la gare plus de quelques minutes !

Tandis que les soldats cherchaient quelle décision prendre, Summer entendit son Scroll sonner et décrocha.

— Ici Summer !

— Mademoiselle Rose…? Demanda une voix faible mais reconnaissable.

— Commandant Scharnhorst ?

Les soldats se tournèrent vers elle à l'annonce de leur chef.

— Commandant ? Qu'est-ce qui se passe ?

— Des hommes… Ici… Je crois que c'est les responsables de l'attaque… Ils ont tués tous mes hommes… Venez m'aider… Je dois atteindre mon bureau avant qu'il ne soit trop tard…

— Nous arrivons tout de suite ! Tenez bon, commandant !

— Je… crois que j'en ai entendu un… MERDE !

La liaison fut brusquement coupée. Les mains de Summer se mirent à trembler

— Oh non ! Commandant !

La première envie de Summer fut de foncer vers le QG, mais sans elle, les soldats auraient le plus grand mal à se protéger des Grimms volants. Il fallait diviser la Team STRQ en groupe de deux...

— Laisse-nous y aller, Summer !

Elle se tourna vers Qrow et Raven qui venait d'anéantir la vingtaine de Grimms qui attaquaient les barricades. Ils profitaient d'une brève accalmie avant que toute la horde ne soit sur eux. Les Branwen étaient les seuls à rejoindre rapidement Scharnhorst…

— Tai et moi, nous les repousserons le temps qu'il faudra !

C'était un mensonge et tous le savaient. Leurs Auras à tous les deux étaient fortement diminuées, même avec toute la meilleure volonté du monde, ils ne tiendront pas plus d'une demi-heure...

— Allons-y ! ordonna Raven à son frère, devenant un corbeau sous les yeux stupéfaits des soldats.

Son frère l'imita et un second corbeau s'élança dans le ciel, battant des ailes vers le QG. Summer les regarda voler, passer inaperçu parmi les Nevermores…

— Vous êtes plutôt étranges, même pour des Hunstmen, lui confia le lieutenant.

Summer ne répondit pas à cette remarque. Elle se contenta de lever la tête vers le ciel où grouillaient les Nervermores et les Griffons.

— Continuons.


Lux enfonça son poignard jusqu'à la garde sous le menton de l'Ombre et utilisa son autre poignard pour détourner juste à temps les griffes d'une deuxième Ombre qui allait l'éviscérer. Sélénée abattit sa faux dans le crâne du Grimm et y laissa son arme. Deux en moins, plus que deux autres.

Les deux abominations humaines eurent un comportement inédit : elles fuirent. L'une et l'autre prirent des chemins opposés pour diviser leurs poursuivants. Les Quatre ne les suivirent pas. Ils étaient là pour massacrer le plus de Grimms possible, pas pour se concentrer sur quelques Grimms particuliers, fuent-ils puissants. Le signal et les Lois passaient en priorité…

Raptoria coupa son bouclier et les rejoignit. Sélénée et Lux étaient indemnes. À pleine puissance, les Ombres étaient pareils à du menu fretin.

— Eo, Lux.

— Eo ma sœur. J'aurai aimé qu'on se voit dans d'autres circonstances… Es-tu indemne ?

Elle posa une main sur ses côtes.

— Brisées… Mais je m'en suis déjà occupée…

Leur frère s'approcha du corps d'une Ombre mais avant qu'il ne puisse l'examiner, le cadavre s'évapora dans un nuage de fumée noire. Le poignard planté dans la chair tomba par terre en cliquetant et il le récupéra, tout comme son épée.

— Ils vont revenir, très bientôt, annonça-t-il à ses sœurs.

— Qu'ils reviennent…, cracha Sélénée.

— C'est ce qu'ils vont faire d'ici peu.

— Quoi ?

— Quand ces choses meurent, elles réapparaissent auprès du Seer le plus proche de notre position, probablement non loin d'ici…

— Alors c'est ça, son arme finale contre nous ? Nous pousser à nous battre jusqu'à épuiser toute notre Énergie ? Quelle salope !

— Nous ne pourrons gagner cette guerre d'attrition. Pas dans notre état, dit Raptoria.

Sa sagesse proverbiale n'était qu'une confirmation à ce qu'ils savaient déjà.

— Et si le Seer est détruit ? demanda Sélénée.

— Il faudrait le localiser dans cet ouragan de négativité, et même alors, nous devrions alors passer à travers les Grimms. Tu veux tenter une sortie ?

— Très drôle.

Elle était épuisée depuis deux décennies mais elle savait encore reconnaitre le sarcasme dans la voix de son frère. Elle enfonça sa faux dans la terre, s'assied sur un bloc de mur effondré et sortit d'une poche un paquet de cigarette.

— Dans mon état, je ne ferai pas plus de quelques mètres hors de la colonie. Et de toute façon… Nous ne sommes pas des sauveurs…

Elle s'en alluma une et tendit le paquet à son frère qu'il ne refusa pas. Il porta la cigarette à ses lèvres et une flamme dansa un instant dans les airs pour l'allumer. À travers le maigre écran de sa fumée, il discerna dans l'obscurité les premiers Grimms encercler leur position. D'un bref coup d'œil, il sut que ses sœurs savaient elles aussi que le danger les entourait à présent. Il était trop tard pour fuir et de toute façon, ils n'avaient nulle part où aller.

— Cette ville périra comme les autres, nous sommes juste là pour ajuster la balance...

Il tendit la tête vers le ciel, au même moment où deux corbeaux passaient au-dessus d'eux. Tous sentirent la signature magique qui enveloppait ces deux Huntsmen et qui les avait gratifiés d'un tel don…

— Ces idiots s'entêtent à retarder l'inéluctable…, soupira-t-il.

— N'étions-nous pas comme eux auparavant ? répondit Raptoria.

— Et regarde où cela nous a amené, lui retourna Sélénée. Nous sommes plus morts que vivants. Nos noms et notre passé ne sont plus !

Son emportement s'arrêta aussi brusquement qu'il s'était levé. Elle était elle-même à bout de tout… Les émotions n'avaient plus d'importance alors que les Grimms commençaient à se rapprocher, de plus en plus nombreux…

— Bah, quelle importance au final ? lâcha Sélénée. Qu'ils meurent… Il y aura toujours d'autres Huntsmen pour les remplacer… Mais il n'y aura personne pour nous remplacer, nous.

— Et cela nous rend-il plus digne qu'eux de vivre ? Mourir en venant en aide aux autres, est-ce pire que de vivre une éternité à fuir ? lui demanda Raptoria.

Sa sœur soupira et jeta sa cigarette consommée en direction des Grimms.

— Ok, ok… De toute façon, tant que nous ne transgressons pas les Lois, nous sommes libres d'agir comme nous le voulons…

Elle arracha sa faux du sol et fit quelques moulinets en direction des Grimms.

— Notre grand frère tiendra l'entrée Nord. Je m'occupe du Sud. Allez-y.

Lux et Raptoria eurent un moment d'hésitation. Dans son état, elle n'avait aucune chance et elle le savait. Elle s'avança pour rester à ses côtés mais son frère posa sa main sur son épaule. Il secoua la tête. Elle avait fait son choix…

— Tu en auras plus besoin que moi, dit-il en lui lançant l'un de ses poignards qu'elle attrapa sans même regarder.

— Tu pourrais regretter de manquer d'une arme au combat.

— On verra bien…

Il partit sans un regard derrière lui.

— Bonne chance, dit Raptoria avant de disparaitre à son tour.

Sélénée sourit presque malgré elle pendant que les Grimms s'approchaient d'elle comme des requins attirés par une proie blessée. Parmi les Creeps et les Beowulfs, il y avait des Death Stalkers… Il y en avait trop pour qu'elle les compte. Trop d'après les bruits de pinces et d'articulations qui régnaient autour d'elle.

Elle n'avait plus la force nécessaire pour changer ses yeux. Ils n'avaient plus peur d'avancer rapidement sur elle.

— Je n'ai pas peur…

La dernière pensée qu'elle eut avant que les Grimms ne soient sur elle fut qu'il n'y avait pas besoin de chance pour ceux qui ne cherchaient pas à vivre…

Et après, elle fut engloutie dans la vague de monstres…


Qrow et Raven reprirent forme humaine devant le QG de Mountain Glenn.

Malgré l'obscurité, l'éclat de la lune se réfléchissait sur le sol jonché de corps. L'odeur du sang et des cadavres leur retournait l'estomac mais depuis leur enfance dans la Tribu, ils avaient l'habitude de ce relent après le passage des Grimms... Ou des bandits de leur famille…

Ils entrèrent prudemment dans le QG.

L'éclairage était coupé, impossible de voir correctement à l'intérieur. Ils s'avancèrent à pas de loup, tâchant de ne rien heurter dans leur progression, s'orientant d'après les quelques souvenirs qu'ils avaient du bâtiment. Il fallait retrouver Scharnhorst au plus vite mais la précipitation leur serait fatale ici. Les assaillants étaient probablement toujours ici.

De mémoire, le bureau du commandant se trouvait à mi-hauteur du bâtiment… Les ascenseurs étaient sûrement hors service, il fallait emprunter les escaliers. Raven trouva la rampe et commença à monter. Elle gravit chaque marche avec une inquiétude de plus en plus grandissante en elle. Elle sentait que quelque chose n'allait pas sans savoir de quoi il s'agissait exactement. Les individus qui les avaient attaqués ne prenaient pas la peine de se cacher, au contraire même, ils préféraient se montrer aux yeux de tous et plonger leurs cibles dans le désespoir de l'impuissance…

— Qrow…, chuchota-elle.

— Ça ne colle pas, hein ?

Elle hocha la tête. Son frère partageait le même avis qu'elle.

— Équipe STRQ… ? murmura une voix faible.

— Commandant ?

Raven et Qrow se dirigèrent prudemment vers l'origine de la voix. Scharnhorst n'était pas loin…

Il était indemne, mais avait perdu son casque et son fusil. Des lacérations avaient réduits son armure de combat en lambeaux.

Scharnhorst les regarda venir à lui avec un sourire intérieur. Pauvres idiots… Un vrai Huntsman serait resté sur ses gardes face à une attaque surprise. De vrais bleus… C'était eux les soi-disant élèves d'Ozpin…? Le niveau avait bien baissé…

Raven s'agenouilla près de lui et vérifia brièvement son état. Il repoussa son aide.

— Laissez… Ça ira… Il faut rejoindre mon bureau, ils ne sont pas loin…

Qrow et elle l'aidèrent à se relever. Il aurait pu s'en passer, mais il devait paraitre le plus crédible possible en blessé – blessure qu'il s'était lui-même infligé. En tant que vétéran des champs de bataille, il en savait suffisamment sur le corps humain pour se mutiler sans risquer sa vie.

— Ils sont deux… Mes hommes ont voulu les retenir pour que j'aille actionner la mise, ils n'ont eu aucune chance… (Il se rappela soudainement de la situation dans laquelle ils se trouvaient.) Et la gare ?

— Tous les habitants sont dans la ville souterraine. Il faut faire sauter les entrées maintenant ! lui dit Qrow.

Il hocha la tête et leva la tête au plafond de l'étage.

— L'étage suivant… Nous sommes juste au-dessus.

Scharnhorst n'avait plus qu'un pistolet à opposer face aux ennemis des Quatre mais il refusait de les laisser monter aller seuls. Il les conduisit jusqu'à son bureau sans rencontrer la moindre opposition. Les ennemis s'étaient comme volatilisés…

Scharnhorst fut le premier à s'exclamer quand ils arrivèrent dans son bureau toujours en miettes après la grenade.

— Oh non… NON !

Il se précipita vers son bureau et ouvrit un tiroir secret. Tout le système électrique avait sauté en même temps que le bureau. C'était la fin…

Le commandant entendit Qrow et Raven s'avancer derrière lui. Son expression était celle d'un homme affligé par le destin mais lentement, très lentement, il rapprocha contre lui sa main armée de son pistolet, prêt à mettre en joue ces deux idiots de Huntsmen…

Le fil d'une lame se posa sur sa nuque.

C'était le katana de Raven !

— Summer ou Tai auraient peut-être mordu à l'hameçon… Mais pas nous. J'aurai presque parié que c'était vrai, dit-elle d'une voix glaciale.

Qrow imita sa sœur et ce fut deux épées qui menacèrent le cou du traitre.

— Malheureusement pour toi, buddy, nous avons l'habitude de mentir chez nous. Tu vois, celui qui mentait mal était privé de repas. Crois-moi, on a vite appris à deviner la vérité chez les autres.

— Et puis… Tu t'es piégé comme un idiot à l'instant où nous t'avons trouvé. La salle de radio est tout en haut du QG, il aurait été logique de te trouver à un étage entre ici et celui de la radio mais tu nous as attendus avant.

Scharnhorst réalisa qu'il avait gravement sous-estimé les Huntsmen et baissa la tête.

— Vous êtes bien les Hunstmen de Ozpin… Bien joué… Mais vous ne pourrez jamais gagner. Vous avez déjà perdu !

Il pivota sur lui-même et visa les Hunstmen !

Pas assez vite…

Il le comprit quand il vit l'éclat du sabre de Raven dessiner une courbe sous ses yeux et il sentit une étrange sensation de froid au niveau du cou.

.

Raven nettoya le sang sur la lame de son katana.

Scharnhorst était un traître et était mort. Il n'y avait rien d'autre à ajouter. Son frère haussa simplement les épaules à la vue du corps décapité, ce type n'avait eu que ce qu'il avait mérité…

— Malheureusement, il a raison sur un point : Mountain Glenn est perdu.

— Vale fera probablement sauter le tunnel avant que les Grimms n'arrivent au cœur du Royaume. Arrête de t'inquiéter pour ce pays, ce n'est pas notre patrie.

Il lui adressa un regard agacé.

— Le dirais-tu devant Summer ?

— Et toi ?

Il ne répondit pas, se contentant de rengainer son épée lourde dans son dos.

Ils descendirent les escaliers, repassèrent devant les corps et sortirent.

À l'extérieur les attendant quelqu'un.

Un homme habillé de blanc.

Il avait la capuche rabaissé sur le dos et tenait son épée entre ses mains.

Il finissait d'occire un Beowulf solitaire mais à la vue des profondes coupes dans le sol et les murs aux alentours, il devait avoir affronté une meute entière de Grimms.

Était-il venu ici pour protéger leurs arrières pendant qu'ils opéraient dans le QG ?

D'une main, l'Homme en Blanc saisit le Beowulf par le cou et de l'autre enfonça son épée droit dans le cœur. Le Grimm mourut instantanément. Son corps s'évanouit dans la nuit.

L'Homme en blanc rengaina son épée en Argent et se tourna vers eux.

Pour la première fois, ils virent parfaitement son visage.

De profonds cernes creusaient son visage dépourvu d'émotion. La fatigue et la douleur n'avaient plus de notion pour lui. C'était un fantôme.

Le vent souffla sur ses cheveux gris et ses yeux bleus les fixaient, impénétrables et froids comme l'océan. Qrow et Raven avaient la désagréable sensation que son regard passait à travers eux et cherchait quelque chose de lointain mais de très personnel au fond d'eux. Les deux jeunes adultes de la Tribu se rappelaient de leur père, disant de se méfier des regards indéchiffrables. Il y avait derrière ce vide une bête inimaginable… Elle n'était pas celle de l'Homme en Noir mais sa férocité restait mortelle pour eux. Ils étaient des êtres sans vie, à la manière des Grimms, et ils réagissaient à la manière des bêtes, en faisant face.

Leurs instincts les avertissaient du danger, ils devinaient venir des forces immenses auxquels ils ne pouvaient guère que contenir.

— Partez. Il n'y a que la Mort ici pour vous.

Sa voix n'était plus qu'un souffle dans l'obscurité. Une voix de mort. Aucune vie ne faisait vibrer les mots qu'il employait. Mais son ordre déplut à Raven qui décida de s'asseoir face à lui.

— Non. Décidemment, tout ça ne me va pas du tout !

— Raven ?

Derrière elle, Qrow la regardait comme si elle avait perdu l'esprit.

— Je ne suis les ordres de personnes à part ceux de la Tribu. Je choisis de rester là où je suis… À part si vous venez avec nous.

L'Homme en Blanc marqua une hésitation.

— Tu mourras ici. Tes actes et ton passé disparaitront de l'Histoire.

— Nous n'avons jamais cherché à immortaliser nos noms.

Un silence. Derrière ce regard insondable, il y avait un malaise.

Il reprit d'une voix vide de toute chaleur humaine.

— Alors je vais devoir te tuer.

— J'aimerais te voir essayer…, lui répondit Raven avec un sourire confiant

Qrow lui saisit le bras en réalisant le danger qu'elle courait !

— Qu'est-ce que tu fais, bon sang ?!

Elle repoussa sa main sans ménagement.

— Si je n'attaque pas et que je reste ici, les Quatre ne pourront rester impassibles. Là où ils agissent, ils ont pour devoir de protéger les Humains et les Faunus, pas les villes.

L'Homme en Blanc ne bougea pas tout de suite, il resta silencieux, opaque et rien dans l'expression de son visage ne laissait deviner ce qu'il pensait.

— Oh ? Crois-tu vraiment connaitre les chaînes qui nous lient à cette vie ? Nous sommes libres d'agir selon notre conscience

Il porta la main à son épée. Immédiatement, Qrow l'imita !

— Tu es une entrave. Et je suis libre de te tuer pour cela.

Le sourire de Raven disparut, mais elle refusa de bouger, même si tout son corps le lui hurlait ! Le regard déterminé, elle affronta du regard l'Homme en Blanc et son épée. Elle força son esprit à chasser tout doute. Elle ignorait tout de ce qui poussait les Quatre à aider les gens à certains moments et à les délaisser à d'autres ! Elle avait fait un pari et elle devait maintenant en affronter les conséquences.

Elle se retint de trembler quand l'Homme en Blanc dégaina et pointa son épée vers elle, à quelques millimètres de son front. Une légère pression en avant et s'en était fait d'elle…

— Si nous étions vraiment un obstacle à votre combat… (Elle déglutit péniblement…) Vous nous auriez tués à la gare quand nous avons essayé de vous arrêter…

La seconde qui s'écoula sembla durer de longues minutes.

Le front de Raven se perla de sueur. Elle refusait de mourir ici alors que l'avenir de la Tribu reposait entre ses mains ! Elle avait intégrée avec Qrow l'Académie de Beacon pour apprendre comment se battaient les Hunstmen et savoir comment sauver sa famille d'eux.

L'Homme en Blanc enfonça son épée dans le front…

.

…D'un Grimm qui s'apprêtait à bondir silencieusement dans le dos de Qrow !

Le monstre tomba à terre en agitant l'air de ses puissantes pattes dans un dernier geste d'agonie. Qrow, une fois la surprise passée, pointa son épée en mode pistolet vers la créature mourante et lui donna le coup de grâce. Il venait d'être sauvé…

L'Homme en blanc tendit la main en direction de son arme. Celle-ci s'arracha au corps fumant de la bête et revint à son propriétaire via la télékinésie.

Raven n'avait pas bougée. Elle n'avait ni cillée ni tressaillie quand le vent de la lame avait sifflée à côté de son oreille.

Elle continuait à dévisager l'Homme en Blanc en attendant sa réponse. Elle vint quand il rengaina, cessant les hostilités.

— Je ne peux pas quitter la colonie. Mais je peux vous aider à quitter cet endroit.

— Mountain Glenn dispose de système d'explosifs pour sceller les entrées de la gare en cas d'attaque de Grimms…

— Je sais, la coupa-t-il.

— Vous le savez ? fit Qrow en haussant un sourcil.

— J'étais là il y a seize ans quand ils ont construit la gare…

Il cacha son visage sous sa capuche, pivota et marcha comme un automate vers le dernier point lumineux de la colonie.

— Vous saurez comment l'activer ? demanda Raven en se relevant pour le suivre.

— Oui.

Les Branwen se mirent à le suivre à distance. Qrow sourit à sa sœur de manière narquoise.

— Quoi ? demanda-t-elle, un peu gênée de cette expression.

— Pour quelqu'un qui n'en a rien à faire de ce royaume ou cette colonie, tu t'es montrée plutôt efficace !

Elle détourna les yeux. Tout ça était la faute de Summer et de ses fichus idéaux…

— La ferme…

Soudainement, l'Homme en Blanc s'arrêta d'un coup. Les yeux grands ouverts tournés vers le Nord. C'était la première fois qu'il parvenait exprimer quelque chose sur son visage… Une lueur d'inquiétude.

— Quelque chose ne va pas ?

Il ne répondit pas immédiatement. Son visage se détendit rapidement à mesure que sa crainte s'évanouissait.

— Ce n'est rien… La Mort est éternelle après tout…

Il reprit sa marche, comme si de rien n'était...


Donne-moi ton nom…

N'es-tu pas fatigué ?

Et vous marcherez éternellement dans les royaumes des ombres…

Combien de fois es-tu mort…?

Vous tenant debout contre le mal là où les autres ont échoués…

Combien de fois l'as-tu voulu…?

Que le sang sur votre épée ne sèche jamais…

Combien de façon…?

Combien par des ennemis…?

Que votre soif de vengeance ne tarisse jamais…

Combien par des alliés…?

Et que nous n'ayons plus jamais besoin de vous.

Réveille-toi…


Il ouvrit les yeux, étonné d'avoir perdu connaissance quelques instants en plein combat.

Du sang coula sur le visage de l'Homme en Noir.

Pas celui des Grimms mais le sien.

Il se releva hors du sol et s'extirpa de la carcasse fumante du Beringer qui l'avait défiguré et qu'il lui avait arraché le cœur en retour. Il n'eut même pas le temps de se dresser complètement que le dard d'un Death Stalker s'enfonça dans son abdomen et le souleva dans les airs. Il saisit le dard jaune comme l'or de ses deux mains et l'arracha de la queue de l'abominable scorpion. Il tomba à terre et arracha la tête d'un Ursa à mains nues. D'autres Grimms continuèrent de venir à lui et il continua à les tuer. Un Beowulf Alpha l'attaqua dans le dos et lui arracha un morceau de chair au niveau de l'épaule. Il saisit la gorge du prédateur et la broya comme du papier. Un Griffon se jeta sur lui depuis le ciel et le dévora d'un coup de gueule. L'Homme en Noir s'échappa en déchirant le ventre de la créature. Il émergea des entrailles du Grimm agonisant comme une parodie de naissance et fit face au reste de la horde.

Il n'avait toujours pas dégainé son sabre.

Les Grimms se jetèrent sur lui et il les tua avec un regard sans émotion. Il ne semblait même pas vivant alors qu'il causait la mort autour de lui.

Une griffe lui sectionna le tendon d'Achille, il tomba à terre et un autre Beowulf lui arracha le bras droit. Il se releva néanmoins, insensible à la douleur. La chair à son épaule, le trou dans son ventre, le tendon et son bras… Toutes ses blessures graves se régénéraient en se recouvrant d'écailles noires comme Sélénée…

Peu importe le degré de ses blessures, il ne pouvait mourir. Que lui importait donc de se faire blesser par ces créatures pitoyables ?

Devant lui, les Grimms s'écartèrent pour laisser le passage à un immense Goliath. L'éléphant à la taille colossale poussa un barrissement assourdissant et chargea ! L'Homme en Noir regarda le titan foncer sur lui et calmement, tendit la main devant lui.

Sa paume ne produit pas de bouclier, elle stoppa simplement la force brute du Goliath qui vacilla, le cerveau éclaté par son propre choc. Le colosse s'effondra devant l'ainé des Quatre en provoquant un tremblement de terre.

Dès qu'ils purent se rétablir sur leurs pattes, les Grimms foncèrent sur lui, indifférent à la scène qui venait de se passer devant eux. De la même main, l'Homme en noir perfora le ventre du Grimm le plus proche, et tua le suivant, puis un troisième, et ainsi de suite. Il ne chercha même pas à se défendre quand des griffes le lacéraient. Ce genre de douleur était d'un degré insignifiant pour lui depuis longtemps.

Il n'avait qu'à tuer comme il savait si bien le faire et ne pas se soucier de sa propre sécurité.

Tuer… Jusqu'au jour où il serait tué…

Il n'avait toujours pas dégainé son sabre.


— Quel abomination…, soupira Arthur en observant le massacre que causait l'Homme en Noir en contrebas.

Depuis la colline, les Champions attendaient. L'annonce de la mort de Scharnhorst était ennuyante mais ne compromettait pas la pérennité de la mission. Il se tourna vers le Seer qui terminait son incantation. Dans un dernier caquètement de dents, le Grimm matérialisa du sol un portail d'obscurité d'où s'échappait un brouillard noir. La même brume que celle de Sélénée ou de…

Avant qu'il ne puisse poursuivre le fil de ses pensées, une horrible main reptilienne s'arracha aux ténèbres ! Un grondement résonna depuis la terre même tandis qu'Arthur et les autres reculaient prudemment du portail. Les Ombres naissaient chacune les unes après les autres du vortex. À mesure que leurs écailles se rétractaient sous la chair devenue noire, des protubérances de Grimm apparaissaient sur leurs corps.

Les Ombres étaient de retour.

Une à une, elles tournèrent la tête vers les Champions de Salem, leurs yeux rouges dénudés d'émotion.

— Allez-y, ordonna Arthur.

Les créatures restèrent immobiles. Arthur fronça les sourcils. C'était la première fois qu'il invoquait ces monstres depuis l'Au-delà mais d'après Sa reine, ils étaient aussi dociles que les Grimms communs… Pourquoi cette absence de réaction ?

L'une des Ombres fit un pas menaçant vers lui, sa gueule garnie de crocs s'ouvrit et se referma plusieurs fois alors que ses yeux sans pupilles le fixaient comme un chat sur une souris…

— Oh… ? Aurais-tu besoin d'un dressage, le chien de chasse ?

La main d'Arthur s'anima et une puissante chaleur s'y accumula, prête à être relâchée contre les ennemis de son maître.

Sentant le danger planer, le Grimm recula instinctivement et rejoignit les siens.

— C'est mieux. Obéissez aux ordres !

Cette fois, les Ombres obéirent ! D'un bond, ils couvrirent la distance qui les séparait de la colonie. Plus de cinq kilomètres au bas mot…

— Devrions-nous y aller aussi ? demanda Nova en regardant sa main gauche trembler légèrement.

— Oui.

L'homme aux lunettes d'aviateur serra son poing jusqu'à en saigner.

— Parfait…