CHAPITRE 15
UNE LUMIÈRE DANS LES TÉNÈBRES
Le corps sans vie d'un immense Nervermore s'effondra aux pieds de Summer.
Elle tomba à genoux, exténuée. Elle avait épuisée toute son Aura à utiliser son pouvoir. Tai était à peine en meilleur état qu'elle. Les soldats tenaient encore les entrées de la gare mais ils manquaient d'hommes. De plus en plus de blessés étaient descendus dans les souterrains sans personne pour les remplacer.
De toutes les rues déboulaient des Grimms. C'était sans fin… Elle priait pour que Qrow et Raven reviennent au plus vite. Depuis qu'ils étaient partis, elle n'avait plus eue de nouvelle d'eux.
Un soldat vida son chargeur sur trois Beowulfs et chercha désespéramment un chargeur neuf sur l'un de ses camarades à terre. Ils commençaient tous à manquer de munitions !
— Allez, Raven…
— Summer ! ATTENTION !
Elle n'eut pas le temps de réagir à l'avertissement de Taiyang qu'un King Taijitu rampa à toute allure sur elle ! Les deux têtes du serpent bicéphale essayèrent de la mordre avec leurs redoutables crocs mais se cognèrent sur le bouclier invisible qui enveloppait la jeune Huntress. Un nouveau pétale se fana sur la fleur. Summer devinait qu'une fois la fleur complètement fanée, elle ne bénéficierait plus de cette protection miraculeuse.
Elle tendit ses deux mains devant elle et gela la tête noire du serpent. Ce fut facile à Taiyang de la briser en morceaux d'un seul coup de poing. Indifférent à la mort de son frère, la tête blanche du Taijitu chercha à mordre le Huntsman.
Tai évita assez facilement les crocs du serpent, mais ce n'était pas l'attention du Grimm. Son corps encercla Taiyang comme une arène aux remparts imprenables, son seul échappatoire était de sauter, mais la tête blanche du reptile s'interposait entre lui et la sortie.
Le Taijitu ouvrit sa gueule à la vue de cette proie incapable de fuir…
— J'espère que tu as faim ! sourit Tai en rassemblant sa force dans son poing.
Lorsque le serpent projeta sa tête vers lui, Tai sembla prendre feu, transformant le Huntsman en une torche humaine qui bondit comme une fusée droit dans la gueule ouverte du Grimm ! Il passa à toute vitesse à travers les crocs qui gardaient l'entrée vers l'enfer puis traversa toute la bouche jusqu'au fond où commençait la gorge et frappa la paroi de muqueuse ! L'arrière du crâne du Taijitu blanc explosa dans un mélange de chair et de flammes ! Tai atterrit au milieu des morceaux fumants du serpent.
— Et bon appétit !
Summer le vit mettre un genou à terre. Ils savaient que sa Semblance était extrêmement gourmande en Aura et ce genre de combat prolongé jouait en sa défaveur.
Un Beowulf voulut profiter de cet instant de faiblesse pour l'abattre. Summer matérialisa un arc de glace entre ses mains et décocha une flèche qui atteignit le Grimm en pleine tête.
— On est quitte ! la remercia-t-il.
— Tu ne me dois rien.
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Summer aperçut du coin de l'œil une bande de Creep charger à travers les soldats en direction des entrées de la gare. Elle tendit la main de gauche à droite en laissant derrière elle un léger brouillard bleuté. Cette Dust se cristallisa en pieux de glace qui atteignit toutes leurs cibles…
Elle ne pouvait permettre à un seul de ces monstres de pénétrer dans la gare !
— Tai, il faut que tu contactes Qrow ou Raven… Tai ?
Elle se retourna vers lui et découvrit qu'il n'avait pas bougé de là où il était. Il s'était relevé mais tenait à peine sur ses jambes et ses yeux avaient repris leur couleur lilas.
Il avait épuisé toute son Aura et faisait face à trop de Grimms !
— TAI !
Elle s'interposa entre eux et Taiyang, le saisit par la taille et bondit en arrière parmi les soldats.
— Tir de suppression ! Feu ! Feu ! ordonna le lieutenant quand la zone de tir fut dégagée.
Les balles abattirent plusieurs Grimms, mais pas autant qu'espéré. Il n'y avait plus que cinq soldats pour tenir les entrées.
— Chef, j'ai plus de munitions !
— Chuis à sec ! Un chargeur ! Vite !
La situation devenait critique. Summer le comprit.
Avec ses dernières réserves d'Aura, elle invoqua un sabre de glace, d'une taille démesurée par rapport à elle, avec des pétales de fleurs en guise de garde.
Elle prise le sabre avec ses deux mains et faucha cinq Grimms d'un seul coup !
— J'ai fait une promesse à Scharnhorst ! Je défendrais Mountain Glenn !
Les Grimms dépassèrent les barricades abandonnées et encerclèrent les trois entrées de la gare que Summer était prête à défendre jusqu'au bout.
Un Ursa Alpha chargea le premier et Summer le trancha en deux de haut en bas. Elle balança son sabre de glace dès qu'un Grimm osait trop s'approchait. Un Death Stalker s'avança vers elle et elle balança son sabre dans l'espoir de le tenir à l'écart.
Mais le monstre scorpion saisit l'immense lame entre ses pinces et la brisa d'un coup de dard précis. Les morceaux de glace se brisèrent jusqu'entre les mains de Summer.
— Bon sang !
Le lieutenant posa une main sur son épaule.
— Descendez en bas avec votre ami. Nous allons essayer de vous faire gagner du temps…
Elle vit les soldats fixer leur baïonnette au canon de leur fusil.
— Non ! Vous allez mourir !
— Évacuez-la.
L'un des soldats chercha à l'emporter loin d'ici mais elle se débattit. Elle ne pouvait laisser ces hommes mourir inutilement ! Elle en avait fait la promesse !
Quelque chose tomba en virevoltant devant les yeux de Summer. Elle cilla en regardant le pétale de fleur tomber délicatement à terre. Des larmes se mirent à couler sur ses joues.
— Je vous en supplie… Sauvez-les…
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Et alors, parmi les flammes, les ruines et les grondements des Grimms, elle entendit une voix qui lui répondit :
— Qui suis-je pour refuser la demande d'une Maiden ?
Le Death Stalker s'arrêta juste devant les humains et leva sa tête ignoble vers le toit de la gare.
La Femme en Blanc se laissa tomber du toit et grâce à ses pouvoirs, atterrit doucement devant le Grimm. Lorsque le cerveau du monstre enregistra la nature de cette nouvelle proie, il poussa un cri perçant et recula brusquement, ses pinces et son dard en avant, comme une posture d'intimidation. Derrière lui, les Grimms reculèrent en tremblant. Les plus faibles prirent même la fuite !
Raptoria eut un sourire triste devant les Grimms. Elle leva une main et comme on efface une erreur sur un tableau d'école, déplaça sa main de gauche à droite.
Les Grimms devant elle devinrent soudainement blancs, leur ancienne couleur noire lavée de leur pêché. Sur leurs protubérances blanches, des fissures laissèrent filtrer une lumière éclatante et en quelques instants, les Grimms disparurent.
Contrairement à ce à quoi Summer s'attendaient, les monstres ne s'évaporèrent pas dans une fumée noire. À sa grande surprise, chaque monstre ferma les yeux et son corps se désintégra en pétales de fleur blanche ! Elle ne fut pas la seule à écarquiller les yeux, la bouche bée devant un tel spectacle.
Mystérieusement pris dans un courant d'air, les pétales se mirent à danser en tourbillon autour de la Femme en Blanc. Dans la lumière diffuse, elle semblait être une étoile dans une mer d'obscurité auprès de qui lévitaient des mondes avides de sa lumière.
— Requiem…, murmura-t-elle.
À ses mots, les pétales perdirent de leur éclat et disparurent. L'étrange Aura qui l'entourait s'évanouit et elle se retrouva seule.
Dans les alentours de la gare, il ne restait plus rien des Grimms dans les rues ou dans le ciel, ils étaient passé et avaient disparus dans la nuit.
La fleuriste se tourna vers Summer avec un sourire chaleureux. De ses doigts graciles, elle sécha les larmes qui perlaient aux yeux de la jeune Huntress.
— Il faut pleurer quand on est heureux, pas dans la tristesse.
Summer cilla, avant de se mettre à sangloter de soulagement.
— Merci...! Merci pour tout...!
Summer leva de nouveau les yeux vers elle, le sourire de Raptoria fut soufflé par la stupéfaction la plus totale. Sous l'effet des larmes, les lentilles de Summer avaient finies par se détacher, révélant la véritable couleur des iris de la jeune Huntress.
— Une Argentée…? souffla une voix reconnaissable.
L'Homme en Blanc était là, accompagné de Qrow et Raven. Il était aussi choqué qu'elle à la vue des yeux argentés de Summer.
Summer les regarda tout à tour, interloquée par leur réaction. En quoi ses yeux étaient-ils si surprenant ?
Ni Raptoria, ni Lux, n'eurent le temps de se remettre de leur surprise car une Ombre tomba du ciel derrière eux. Ses yeux rouges fixaient Summer et ses yeux si particuliers. Ses mâchoires s'entrouvrirent et une voix d'outre-tombe résonna dans la place.
— Ar… gent… tée…
Hazel marchait d'un pas lourd à travers les rues de Mountain Glenn sans craindre la menace des quelques Grimms qui rôdaient encore dans cette partie de la ville. Ceux qu'il croisait l'ignoraient royalement, trop occupés à réduire en charpie les corps des malheureux colons qui n'avaient pas eu le temps de fuir.
Tous les Grimms fonçaient vers trois points défendus de Mountain Glenn. Et c'était l'un de ces derniers défenseurs qu'Hazel avait pour mission de vaincre.
Il marcha parmi les ruines d'une colonie qu'il aurait pu un jour protéger pour sa sœur. Aux côtés de celui qu'il s'apprêtait à affronter…
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Devant lui, l'Homme en Noir achevait un Beowulf à mains nues. Il ne se retourna même pas quand une étrange présence, familière et hostile, se manifesta dans son dos.
— Il y a dix ans, j'ai épargné la vie d'un guerrier à qui j'avais amputé les deux bras. Je lui ai dit qu'à Atlas, il avait une chance d'obtenir des prothèses… Je lui ai aussi dit que s'il recroisait ma route, je le tuerai. Et le voilà à nouveau devant moi… Que dois-je en conclure, Hazel ?
Ce dernier broncha. Les mots qui sortaient de cette bouche étaient toujours aussi vide de vie qu'il y a des années…
— Il n'y a pas besoin de faire couler plus de sang, Maître.
L'Homme en Noir se tourna finalement vers le Champion de Salem. Ses yeux rouges fixés sur lui.
— Regarde-toi… Tu n'es plus rien. La souffrance qui te parcourt est ton seul résultat…
— Je ne ressens plus la douleur.
Un grondement guttural sortit des lèvres entrouvertes de l'exterminateur de Grimms.
— Le crois-tu, Champion de Salem ?
Hazel serra les poings et les approcha des trousses attachées à ses jambes.
— J'ai fait un vœu, celui de tuer Ozpin. Autant de fois qu'il le faudra. Rien ne nous oblige à nous battre.
— Le Gardien doit vivre aussi longtemps que Salem.
— Alors, c'est décidé.
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L'espace d'un battement de cil, l'Homme en Noir parcourut l'espace qui les séparait ! Ses doigts devenus des griffes crissèrent sur le métal des prothèses d'Hazel. Des étincelles jaillirent dans les airs autour d'eux, éclairant quelques secondes leurs visages, leur donnant un rictus maléfique !
Les coups pleuvaient mais aucun des deux ne parvenaient à prendre l'avantage. Hazel savait que ce n'était pas son talent qui lui permettait de rester aussi longtemps en vie… L'Homme en Noir manquait d'Énergie après des années de combats sans repos !
En plein échange de coups, le regard de l'Homme en Noir se détourna d'Hazel et s'écarta d'un bond, évitant la balle qui lui était destiné.
Ce ne fut qu'après que la balle ait ricochée sur le sol là où il se tenait l'instant d'avant que le coup de feu retentit !
Il avait détecté et évité une balle tirée à moins de 400 mètres malgré sa fatigue. Hazel n'en était qu'à moitié surpris. L'instinct de l'Homme en Noir était supérieur à tout ce qu'un être humain ou un Faunus pouvait imaginer.
L'Ainé des Quatre atterrit prestement plus loin en arrière, prêt à éviter le prochain coup.
En calculant le point d'impact et l'angle avec lequel la balle avait atteint le sol, il retraça mentalement le point de départ du tir. Ses yeux fouillèrent brièvement les ténèbres et se posèrent sur le sniper camouflé 300 mètres derrière Hazel au cinquième étage d'un immeuble saccagé par les Grimms.
Il le vit ramener la culasse de son fusil en arrière, engageant la balle suivante dans la chambre. Lui aussi portait la marque de Salem…
Un tireur d'élite pour la longue portée et un combattant pour le corps-à-corps. Un duo parfait en d'autres circonstances. Mais face à leur adversaire, ils n'étaient pas assez. Deux Champions contre lui ? Ridicule, il y avait autre chose…
— Vous n'êtes pas là pour moi.
— Vous avez toujours été prompt à comprendre.
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Hazel sortit de ses trousses deux gemmes de Dust qu'il s'enfonça dans les bras sous le regard indifférent de l'Homme en Noir.
— Idiot. T'injecter directement de la Dust va simplement empoisonner ton organisme.
Hazel ne l'entendait plus.
Les fausses veines dans ses prothèses s'illuminèrent alors que la Dust se diffusait dans chaque pièce et en surchauffait le mécanisme !
Ses yeux s'ouvrirent en grand et un cri terrible sortit de sa bouche ! La Dust faisait grandir en lui une rage incontrôlable. Hazel ne pouvait plus entendre, ni parler, ni entendre, ni reconnaître qui que ce soit. Ses systèmes de contrôle étaient en panne et il n'obéissait plus qu'au désir violent de détruire l'individu en face de lui !
Il fixa des yeux électrifiés vers l'Homme en Noir.
— Tu as choisis de mourir.
— J'AI CHOISI LA VENGEANCE ! hurla Hazel en se jetant sur l'Homme en Noir.
Celui-ci évita de justesse le coup de poing, quelque chose n'allait pas…
Hazel réitéra son coup, puis un autre et bientôt, il fit pleuvoir une série de coups puissants sur l'Homme en Noir qui ne pouvait plus qu'esquiver les poings d'Hazel, décontenancé par le boost de vitesse de son ennemi ! Mais cet enragé n'avait plus le sang-froid du véritable Hazel.
Ses attaques étaient rapides et puissantes mais manquaient cruellement de coordination…
Il lança un crochet horizontal trop prévisible et lourd. Ce fut l'occasion qu'attendait son adversaire pour se baisser, évitant le coup qui frôla sa tête et dirigea sa main garnie de griffes acérées vers le ventre sans défense de sa proie !
Marcus Black ne l'entendit pas de cette oreille.
La balle qu'il tira atteignit sa cible cette fois, à savoir le genou de l'Homme en Noir.
La balle en Argent déchiqueta la chair et disloqua l'os avant de ressortir de l'autre côté en sectionnant l'artère poplitée.
Les griffes de l'Homme en Noir passèrent à côté de la chair tendre d'Hazel. Le Champion de Salem leva son poing et l'abattit de toutes ses forces sur le visage de l'Ainé des Quatre !
L'onde de choc rebondit à travers la rue et fissura le béton des murs et des trottoirs !
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Ce coup de poing aurait pu tuer un Goliath ou faire s'effondrer un immeuble. Mais l'Homme en Noir n'était ni l'un ni l'autre.
À travers sa lunette, Marcus Black vit le visage de sa cible à peine incliné par le poing toujours figé contre lui. L'Ainé des Quatre leva les yeux vers Hazel, visiblement lui aussi insensible à la douleur.
— C'est tout ?
Hazel recouvrit finalement une partie de sa raison et recula prudemment. Il avait du mal à respirer. Était-ce un effet secondaire de la Dust ?
— J'attendais mieux de toi…
L'Homme en Noir commença à s'approcher de lui, malgré son genou en miettes !
Hazel recula encore, ignorant qu'il s'interposait entre Marcus et leur cible ! Il avait tellement de mal à respirer…
— Tu aurais pu être le meilleur guerrier que ce monde ait porté. Regarde-toi…Tu es plus faible qu'auparavant. Tu te reposes trop sur ta Semblance et la Dust. Admire le résultat…
Il baissa la tête et vit du sang couler abondamment d'une plaie à la poitrine. Quand est-ce que…?
— La douleur est une arme pour qui sait s'en servir. Tu peux la chasser mais elle sera toujours là quand tu failliras…
Hazel se mit à cracher du sang par la bouche. Il tomba à genoux, happant désespérément l'air par sa bouche ! L'Homme en Noir se pencha à son niveau et murmura à son oreille :
— Maintenant, tu vas mourir, noyé dans ton propre sang. Dis-toi que tu vas pouvoir revoir ta sœur… (Son visage sembla se teinter un instant de regret.) Petit veinard…
Il disparut d'un bond, se propulsant d'un bond à une vitesse hallucinante, parcourut les 300 mètres qui le séparait de Marcus et réapparut devant lui !
L'assassin eut le réflexe de lever son fusil pour tenter de l'abattre à bout portant.
L'Homme en Noir ne lui laissa pas le temps de réfléchir.
Du pied, il broya le canon du fusil ! Il tendit la main et la serra autour de sa gorge, le traîna en arrière et le poussa contre le mur !
Marcus chercha à dégainer l'un de ses poignards cachés dans ses vêtements…
Il n'en fallut pas plus à l'Homme en Noir.
D'une légère pression des doigts, il lui brisa les cervicales.
Le corps désarticulé, Marcus s'effondra à terre.
Il voulut se relever mais ses jambes ne répondaient plus. Il chercha à ramper mais ses bras restèrent immobiles.
Marcus réalisa finalement qu'il était paralysé ! Lui, le meilleur assassin de sa génération allait mourir de la main d'un mythe, au beau milieu d'une colonie en flammes. Le destin avait le don de ridiculiser les plus grands !...
Mille questions passèrent dans la tête de l'assassin : Comment avait-il fait ? Pourquoi Hazel était mourant en bas ? Pourquoi avait-il accepté le contrat de cette femme monstrueuse ?
Puis il vit chez l'Homme en Noir un détail qui avait toute son importance : le genou qu'il était certain d'avoir touché était couvert d'écailles ! Ce n'était pas parce que l'Homme en Noir était en plein combat qu'il était parvenu à le toucher.
Il avait calculé le coup !
Alors qu'il évitait les coups d'Hazel, il l'avait suivi sa visée et offert sa jambe comme en appât, en dissimulant ses écailles sous son pantalon. Lorsque la balle l'avait touchée, elle avait ricochée en suivant l'angle du genou et atteint Hazel en plein poumon sauf que dans son état de rage, il n'avait pas ressenti le coup !
Tout s'assemblait ! Marcus n'en revenait pas ! Pour réussir ce plan à la perfection, il ne fallait rien laisser au hasard ! C'était surhumain !
Mais les Quatre n'avaient rien d'humain…
Il leva les yeux vers son bourreau, certain que son heure était venue.
Mais l'Ainé des Quatre ne l'acheva pas.
Curieusement, son attention était dirigé vers un point que lui seul pouvait voir.
Il était temps d'en finir…
Sans un bruit, l'Homme en Noir disparut dans la nuit…
— Ar… gent… tée…, répéta l'Ombre.
— Merde ! jura tout bas l'Homme en Blanc en faisant volte-face, en position face au Grimm.
Surgissant de la nuit, les quatre autres Ombres rejoignirent leur camarade. Toutes avaient le visage tourné vers une seule et même proie : Summer et ses yeux argentés.
— Argentée… Argentée…
Lux et Raptoria s'interposèrent entre eux et leur proie.
— Les soldats et les Huntsmen, partez d'ici le plus vite possible ! ordonna-t-il. Je vais faire sauter les entrées. Priez pour que cela les arrête…
— Qu'est-ce que c'est que ces choses ? demanda Qrow.
— Plus tard ! Courez !
L'Homme en Blanc tendit les bras et aussitôt deux des trois entrées de la gare explosèrent ! Les gravats scellèrent définitivement l'accès aux sous-terrains.
— MAINTENANT ! COUREZ !
Cette fois, les soldats et la Team STRQ obéirent sans discuter.
Avant de s'engouffrer dans le dernier tunnel, Raven entendit la voix de la Femme en Blanc lui murmurer :
— Protégez-la. Elle est notre dernier espoir…
Raven n'eut pas le temps de s'arrêter pour lui demander de quoi elle parlait. Le tunnel explosa derrière elle et les plongea tous dans l'obscurité.
— Ah~… ! Ça doit bien faire vingt ans que je ne me suis pas retrouvé dans un tel état…
Sélénée avançait à travers les cadavres encore fumant des Grimms, portant sa faux sur son épaule. Son corps était une épave à présent, mais elle se fit un rapide check-up…
Elle avait perdue deux doigts de la main gauche dans la gueule d'un Beowulf qu'elle avait réduit en bouillie à coup de pied. Sa clavicule droite était terriblement enflée, elle suspectait qu'elle était cassée. Un Berringer l'avait frappé à l'oreille et depuis, son équilibre état faussé. L'oreille interne devait avoir trinquée… Un Creep lui avait sectionné le tendon d'Achille gauche et elle devait trainer sa jambe à présent. Et vu la douleur qui vibrait dans à chaque pas, elle devait avoir plusieurs fractures dans les vertèbres…
Oh, et probablement deux trois organes éclatés pour couronner le tout… !
Une véritable épave… Heureusement qu'elle n'était pas une femme ordinaire ou elle serait morte depuis longtemps !
— Tu m'as l'air bien mal en point. Accepterais-tu l'aide d'une personne généreuse ?
Elle s'arrêta, ses doigts se crispèrent autour de la hampe de son arme. Toujours ce ton moqueur, cette ironie permanente dans la voix…
— Je suis une assez grande fille pour me débrouiller seule.
Watts était là, naturellement, comme un chacal salivant d'avance devant une carcasse.
— Tu veux remettre ça ? J'ai encore assez d'Énergie pour t'emporter avec moi dans la tombe.
— Oh, je ne crois pas que tu ais encore la force te battre, encore moins de me tuer.
Sélénée se tourna vers lui. Seuls ses yeux devenus reptiliens exprimaient la fureur qui s'emparait d'elle.
— Le parierais-tu sur ta vie ? Tu es seul, sans tes petits camarades pour t'aider.
— Hazel est déjà de retour sur le champ de bataille. Concernant Tyrian, il est vrai que tu nous l'as bien amoché. Je crois que son esprit ne soit désormais plus… Comment dire… Ah oui. « En phase avec la réalité. » Notre Reine saura trouver un autre moyen de l'employer. Sinon… Tant pis. Il y aura toujours de nouveaux Champions avides de rejoindre nos rangs.
— Cela te concerne aussi, tu sais ?
— Je suis d'un autre niveau que ce Faunus incapable de résister à tes véritables yeux. Je sais ce qui se cache derrière.
Sélénée saisit sa faux, prête à en découdre !
— C'est ce que tu crois ! Laisse-moi te le montrer !
Elle bondit sur lui, tenta de le trancher en deux. Arthur recula simplement d'un pas et évita la lame. Sélénée essaya de balancer une nouvelle fois son arme mais ses multiples blessures lui sapaient toute efficacité. Ses attaques étaient lentes et brouillonnes.
Arthur ne put s'empêcher de rire après une nouvelle esquive.
— Regarde-toi ! Tu tiens à peine sur tes jambes. En temps normal, tu aurais pu me tuer au moins cinq fois !
— La ferme !
Elle prit appui sur sa jambe gauche au tendon d'Achille tranché et tomba à genoux. Avant qu'elle ne puisse se relever, Arthur la saisit par les épaules et la plaqua au sol. Il se plaça à califourchon au-dessus d'elle. Elle était tellement épuisée qu'elle ne chercha même pas à se débattre…
Un sentiment naissant de victoire s'empara d'Arthur Watts qui ne put s'empêcher de sourire cruellement.
— C'est fini, Sélénée. J'ai gagné !
À sa grande surprise, elle lui renvoya son sourire moqueur.
— Un séjour en prison, tu veux dire ?
Arthur haussa un sourcil.
— De quoi parles-tu ?
Puis il entendit ! Au loin, à la limite de l'horizon ! Un point de lumière dans la nuit ! Un vaisseau Atlesian ! Mais qu'il faisait ici ?!
— Si je me rappelle bien, tu es toujours recherché par tout Mantle… Oh pardon, je dois dire Atlas à présent, dit-elle en imitant son ton ironique. Il semblerait que des renforts soient venus au final.
Soudain, elle le saisit par le col et rapprocha son visage du sien.
— Et si nous les attendions ensemble ?
Ses yeux rouges entamèrent sérieusement la santé mentale d'Arthur !
— Peu importe combien ils sont ! Jamais ils ne pourront m'arrêter avec tous ces Grimms !
Sélénée fut prise d'un rire fou, comme Tyrian plus tôt !
— Il faudrait encore qu'il en reste un dans les parages ! D'ici quelques minutes, toute vie va disparaitre de la surface de Mountain Glenn !
Avant qu'il ne sache quoi répondre, un frisson de terreur le parcourut !
Par saccades, il tourna la tête vers les collines qui surplombaient la colonie.
L'Homme en Noir se trouvait sur le sommet de la plus grande. De là, il pouvait dominer du regard tout Mountain Glenn.
Lentement, il prit dans sa main droite la poignée de son katana et de la gauche le fourreau.
Avec gravité, il dégaina, dévoilant une lame d'une couleur rouge comme le sang !
De ses deux mains, il saisit le sabre et en pointa la lame en direction de Mountain Glenn.
Une étrange lueur rougeâtre se refléta sur les contours de la lame, gagnant en intensité à chaque seconde…
Arthur n'était pas le seul à regarder cette vision d'une apocalypse à venir, tous les Grimms la regardaient également. Et tous se mirent à fuir ! Ils passèrent même à côté de Lux et Raptoria qui faisaient toujours face aux Ombres. Elles semblèrent hésiter devant l'aubaine, mais leur instinct de survie qui les poussait à fuir fut le plus fort dans cette lutte interne.
Son arme suffisamment chargée en Énergie, l'Homme en Noir la leva au-dessus de sa tête…
En bas, Lux et Raptoria s'enveloppèrent d'un bouclier et fermèrent les yeux. Peut-être prièrent-ils, qui sait ?
Paniqué à l'idée de mourir, Arthur se mit à frapper frénétiquement le visage de Sélénée mais celle-ci refusa de le lâcher.
— Requiem, Arthur Watts.
L'Homme en Noir abattit son katana, scellant à jamais le destin de Mountain Glenn…
