CHAPITRE : 16

CHAROGNARDS


À bord du Conviction, James Ironwood observait Mountain Glenn en proie aux flammes et aux ténèbres. Il espérait intérieurement qu'il était encore possible de sauver les colons même s'il en doutait sérieusement… Il avait entendu l'appel du commandant Scharnhorst à la radio. Il ne l'avait jamais rencontré en personne mais il connaissait sa réputation. Il serait malheureux de perdre un tel homme en ces temps de crise…

— Hood, où en ont les préparatifs ?

— Les Atlesian Knight-130 seront prêts au déploiement d'ici un quart d'heure. Toutes les navettes de transport sont parées.

— Parfait. Je veux que Rook et vous sécurisiez la gare. Si j'étais à la place de Scharnhorst, c'est probablement là que je concentrerai mes défenses.

— Bien reçu. Espérons qu'ils ont réussi à tenir le coup… Qu'est-ce c'est que ça ?

À la périphérie de la colonie, une lueur surgit d'une colline comme un volcan.

L'un des pilotes du vaisseau paniqua devant sa console.

— Monsieur, nos appareils de navigation s'affolent ! J'ignore ce qui se passe mais…

James ne répondit pas. Toute son attention était attirée par cette lumière rouge qui brûlait sa rétine comme un soleil sanglant. Que voyait-il…?

Et soudainement, dans un silence terrifiant, il vit le soleil rouge s'étirer en une onde épousant la forme d'un croissant s'abattre sur Mountain Glenn.

Derrière la baie vitrée du vaisseau, il assista à l'apocalypse…

.

Un flash éblouit toute la vallée comme en plein jour.

Le souffle balaya les bâtiments, des flammes nettoyèrent toute forme de vie des rues et une gigantesque explosion détruisit la ville ! La boule de feu monta vers le ciel pour former un monstrueux champignon de mort au-dessus des ruines de la colonie.

Tout autour de l'ancienne ville, les arbres se couchèrent sous l'effet d'une force invisible qui se rapprochait dangereusement vite du vaisseau…

— Onde de choc en approche ! Tout le monde à terre !

Ce ne fut que par pur réflexe que James se jeta à terre en même temps que Rook.

L'onde les frappa de plein fouet ! Le choc jeta contre les murs opposés les soldats et les membres d'équipages qui n'avaient pas eu le temps de se coucher alors que les vitres et hublots éclataient en devenant de mortels morceaux de shrapnels. Le courant se coupa dans tout le vaisseau !

Sans électricité, le Conviction commença à tomber comme une pierre !

— IEM détectée ! On perd de l'altitude !

Encore sonné par l'impact, James ne comprit pas ce qui se passait autour de lui. Il entendait des voix mais ses tympans sifflaient encore de l'explosion et la sensation de chute qui s'accentuait le clouait littéralement au mur sans lui donner la moindre liberté de mouvement. Tout ce qu'il savait, c'était qu'ils allaient s'écraser !

— Relancez les moteurs !

— Tout les systèmes électriques ont grillés ! Je peux pas le redresser !

— PRÉPAREZ-VOUS AU CRASH !

Le Conviction frôla la cime des arbres et percuta le sol. Il bascula sur son flanc et des sections et des compartiments se détachèrent de l'armature principale. L'appareil rebondit dans les airs, des flammes jaillirent de ses moteurs et de sa superstructure.

Le fragment enflammé d'un module de propulsion perça le blindage du vaisseau et atteignit la soute à munitions. Les stocks de Dust pour l'armement et le carburant explosèrent et l'arrière du Conviction vola en éclats. L'avant du vaisseau traversa le ciel, la forêt et la plaine puis gagna en roulant les murs qui entouraient Mountain Glenn. Le nez de l'appareil se plia comme du papier contre les fortifications et s'arrêta finalement.


James respirait par à-coup. Il sentait qu'on le traînait hors du vaisseau mais il ne savait pas où on l'emmenait. Sa tête et son dos lui faisait terriblement mal… Quand on le réveilla, l'endroit autour de lui avait changé. Hood lui parlait doucement.

— Commandant ? Vous m'entendez ?

— Oui…Ça va, ça va…

Rook l'aida à se relever. Il avait une profonde entaille au front, au-dessus de l'œil droit mais sa blessure n'était pas incapacitante.

— Faites-moi un rapport des pertes…

— Le Conviction est détruit. Tous nos robots et nos navettes aussi. Tous les hommes à l'arrière du vaisseau sont morts.

— Combien…?

— 800 morts au bas mot. Nous n'avons plus qu'une centaine d'hommes sous nos ordres, et les trois quarts sont blessés.

James hocha gravement la tête. C'était la première fois qu'il subissait une telle catastrophe. Il devait agir en leader et assumer ses responsabilités devant le Conseil à son retour à Atlas. Mais pour l'instant, priorité à ses hommes.

— Où sommes-nous ?

— L'un des postes de sécurité qui gardent les portes de la colonie. Nous nous y sommes réfugiés pour mettre les blessés à l'abri, mais c'est un vrai charnier à l'intérieur… Tous les soldats étaient morts à notre arrivée.

— Saleté de Grimms…

— Non. Pas eux. On a relevé sur eux des blessures par balles et des marques de lames. Pas de griffes.

— Le commando dont parlait Scharnhorst, se rappela James.

— Probablement.

James enregistrait les informations aussi vite que son esprit embrumé le lui permettait.

— Qu'en est-il de Mountain Glenn ?

— Je vous laisse en juger…

Rook déplaça le commandant pour lui permettre d'observer l'extérieur.

Dehors, une mystérieuse pluie noire tombait sur les ruines de la paisible colonie de Vale. Il faisait trop noir pour voir autre chose.

— Qu'est-ce que c'est ? grogna James en se levant, non sans l'aide de Rook.

— De l'acide. Deux soldats ont été gravement brûlés en tenant de traverser l'averse. Nous sommes complètement bloqués pour le moment.

James restait silencieux. Il regarda autour de lui et vit la plupart de ses hommes encore en vie couchés par terre, couverts de pansements…

Comment une telle chose était possible ? Quelle était cette arme de destruction capable d'anéantir leur puissance de feu supérieure ?

— Et les renforts de Vale ?

— Impossible de communiquer avec Ozpin. Plus rien ne fonctionne depuis l'IEM. Vale ne dispose pas d'autant de vaisseaux que nous. J'estime qu'ils seront là d'ici le début de la matinée.

— Quelle heure est-il ?

— Avant l'explosion : 3h30.

D'ici trois quart d'heures… Sans assistance médicale, certains blessés risquaient de ne pas tenir jusque-là.

— Il faut trouver un moyen de rejoindre les civils à la gare…


— Il faut partir à pied et rejoindre Vale par le réseau ferroviaire, proposa le lieutenant.

Taiyang opposa son veto.

— Il y a des personnes âgées parmi nous. La marche les achèvera ! Et le terminus est probablement scellé à l'heure où nous parlons. Les autorités ont vu un train remplis de centaines de civils paniqués qui racontent que leur colonie est envahie par les Grimms. Comment croyez-vous qu'ils agiraient ? Si Mountain Glenn tombe, c'est tout le royaume qui peut suivre la suivre comme un domino.

— Alors que vouliez-vous que nous faisions ? Que nous restions assis par terre à attendre que des renforts viennent ? Aucun Bullhead ne passera à travers tous les Nevermores et les Griffons qui volent au-dessus de Mountain Glenn !

— Et ce tremblement de terre ? fit remarquer Raven. Mountain Glenn n'est pas dans une zone sismique. C'est sans doute une énorme explosion.

— Nous n'avons rien dans notre arsenal capable d'une telle puissance !

— Les Quatre le sont peut-être…

— C'est ridicule ! Aucun être humain n'est doté d'un tel pouvoir ! Ça se saurait depuis longtemps sinon !

Tandis que Tai et Raven débattaient avec le lieutenant, Qrow vint s'asseoir auprès de Summer. Elle avait l'air pas mal secouée par les derniers évènements.

— Tu penses encore à ces Grimms ?

Elle hocha la tête.

Des Grimms qui parlent… C'était déjà bien assez terrifiant. Et en plus, ces choses semblaient intéressées par ses yeux argentés.

— Les Quatre aussi avaient l'air stupéfaits de la couleur de mes yeux… Je me demande si c'est pour cela qu'Ozpin voulait que je porte ces lentilles.

— Perso, je te préfère comme ça.

Elle sourit.

— C'est gentil. Merci, Qrow.

— Ne me remercie pas trop vite. Avec ma poisse, qui sait ce qui peut arriver ?

Summer savait qu'il était difficile pour lui de mener un quotidien normal avec sa malchance légendaire. Elle chercha à le consoler :

— Je suis sûre qu'un jour, tu pourras contrôler ton pouvoir.

— Alors maintenant, c'est moi qui a besoin d'être réconforté ?

Ils se sourirent.

— Tu sais, la Femme en Noir… Elle a su immédiatement la nature de ma Semblance. Je me demande comment ?

— Moi aussi. C'est étrange… La Femme en Blanc m'a appelée « Maiden. »

— Comme dans les histoires pour les gosses ? plaisanta Qrow.

— Il ne nous manque plus qu'un vieux magicien ! dit Summer avec humour.

Qrow sourit avec elle mais intérieurement, il réalisa qu'elle venait de soulever un point auquel il n'avait jamais prêté attention… C'était Ozpin qui leur avait donné ce pouvoir de se transformer en corbeaux !

Il y a plus en ce monde que vous ne pouvez l'imaginer dans votre Tribu…

C'était ce qu'il leur avait dit après que Raven et lui avaient acceptés son offre : rejoindre l'une de ses équipes « spéciales » en échange d'un pouvoir spécial et de son silence sur leurs origines…

Ozpin serait-il… ? Non. Impossible. Il n'avait rien d'un magicien sorti d'un conte pour enfant. Pas plus qu'il n'était l'homme à deux âmes ! Ozpin avait quelque chose de différent des autres Hunstmen mais il ne savait pas encore quoi...


— Je crois que ça commence à s'arrêter…, déclara Rook en observant la pluie.

— Parfait. Nous devons reprendre la route !

James se leva et prit un fusil posé par terre à côté d'un blessé grave.

— Hood. Je veux que vous restiez ici avec quelques hommes pour vous occuper des blessés. Rook et le reste des soldats viendront avec moi.

— Bien compris. Soyez prudent, Monsieur !


Tic

Raven leva la tête vers le plafond de la gare à plusieurs centaines de mètres de haut. En l'absence de la lumière du jour, d'éblouissants orbes éclairaient l'intérieur de la ville souterraine. Grace à des générateurs de secours, l'électricité fonctionnait encore dans les profondeurs de Mountain Glenn. Ironique, quand elle pensait à la surface qui grouillait peut-être encore de Grimms… Malgré les inégalités sociales, les pauvres habitants qui logeaient sous terre apportaient couvertures et nourritures aux réfugiés. La Huntress les regardait au loin, partagée devant cette aide. Sa part Huntress forgée par le temps passé avec Summer et les missions de la Team STRQ lui disait que l'humanité était foncièrement bonne dans les heures les plus graves. Mais l'autre part en elle, façonnée depuis sa naissance par son père et la Tribu, trouvait ces personnes pitoyables. Les faibles ne devaient pas être aidés. Dès l'instant où ils étaient en-dessous de vous, ils cessaient d'exister en tant qu'hommes et devenaient des proies à piller et tuer, ou des appâts pour divertir les créatures de Grimm et fuir pendant ce temps.

— Tu penses encore au vieux, hein ?

Qrow vint s'asseoir aux côté de sa sœur et regarder l'aide en action. Il sortit de sa veste son éternelle bouteille d'alcool et se mit à boire. Cela énerva Raven.

— Tu devrais arrêter. L'alcool émousse les réflexes au combat.

— Quel importance ? Tu as vu à quel point nous nous sommes fait balayer ?

— Nous ne sommes pas encore assez fort, c'est tout.

— Tu parles vraiment comme P'pa. Pour vous, tout n'est qu'une question d'entrainements et de forces. On nous considère parmi les meilleurs Hunstmen !

— Et toi, tu t'es beaucoup trop assagi depuis que tu as rencontré Summer. Tu sais que notre mission prendra fin un jour ou l'autre.

— Et tu sais que je n'ai aucune envie de rentrer.

— Tu ne m'as toujours pas expliqué pourquoi. La Tribu est notre famille !

Tac

Qrow leva la tête, comme excédé par la conversation. Raven n'appréciait pas qu'il cherche à l'éviter !

— Dis-moi pourquoi au lieu de… !

— Écoute…, chuchota Qrow.

Il avait parlé comme en pleine chasse. Aussitôt, la colère de Raven se tut et tous ses sens furent aux aguets. Elle leva elle aussi la tête.

Tic

Tic

Tac

On tapait de l'autre côté des gravats…

— Tai, Summer…, appela doucement Qrow en portant la main à son épée lourde.

Ses camarades entendirent eux aussi les coups et s'armèrent.

En voyant l'agitation des Hunstmen, le lieutenant s'approcha d'eux, la main sur la poignée de son fusil. Lui aussi entendit les bruits et il fut le premier à réaliser la signification des coups :

— Du morse… C'est du morse !

— Vous êtes sûr ? demanda Summer.

— Certain ! Écoutez… « Il-y-a-quel-qu'un-à-l-in-té-ri-eur » ? Ce sont les renforts !

Il saisit une barre en métal et répondit en tapant à son tour sur les gravats.

Le bruit de ses coups sur la pierre attira progressivement l'attention des réfugiés.

— Que se passe-t-il ?

— Attendez…

Une série de coups plus rapide répondit à ceux du lieutenant.

— Reculez ! Ils disent qu'ils vont faire sauter les gravats !

Tous les réfugiés qui s'étaient rapprochés furent repoussés sans ménagement pour éviter tout risque.

Un bruit sourd résonna à travers toute la gare ! Les gravats se mirent à trembler, la pierre se détacha en fragments du tas. Un nouveau coup résonna et cette fois, la roche se fractura en morceaux qui tombèrent à leur tour des gravats ! Au troisième coup, un poing transperça la paroi rocheuse, laissant s'engouffrer un flot d'air frais dans la gare !

La main saisit les dernières roches et les poussèrent sans effort apparent, laissant place à une femme ravissante mais cruellement blessée.

C'était la Femme en Noir.

Elle avait perdu sa faux et sa cape était en lambeaux. Son bras gauche, son épaule et son cou étaient terriblement brûlés et son bras droit était manquant ! Elle s'était faite un garrot pour stopper l'hémorragie.

Mais malgré son état, elle sourit aux survivants.

— Vous pouvez sortir à présent. Les Grimms sont morts, annonça-t-elle d'une voix faible.

Ses yeux fatigués remarquèrent ceux de Summer dans la foule.

—Une Argentée, hein ? Je comprends mieux pourquoi maintenant…

Elle pivota et s'éloigna en titubant, prête à s'effondrer à chaque instant.

Summer la rattrapa !

— Vous êtes blessée ! Laissez-nous vous aider !

— Idiote… Vous feriez mieux de fuir… Ils vont revenir. Ils reviennent toujours… S'ils vous voient…

Elle n'en dit pas plus. Ses yeux devinrent vitreux et elle tomba inconsciente dans les bras de la Huntress.

— Hé ! Hé ! Restez avec moi !

Elle l'ausculta. La Femme en Noir respirait encore, mais son pouls était très faible !

Qrow vint à son secours.

— Tai ! Aide-moi à la porter !

— Ok !

Les deux Hunstmen la soulevèrent et la mirent à l'abri dans la gare.

— Doc ! On a besoin d'une perfusion sanguine ! Et du plasma !

Un médecin s'empressa d'obéir. Pendant ce temps, le lieutenant et les réfugiés découvrirent le nouveau visage de leur ville.

Leur foyer n'était plus.

Les bâtiments et les rues étaient jonchés des ruines de leur ancienne vie. Les immeubles grands et rassurants étaient fissurés ou détruits, toutes les vitres brisées. Les rues jadis bondées en ce moment de l'année étaient vide et silencieuses.

Moutain Glenn n'était plus une colonie. C'était un cimetière à ciel ouvert.

— Si vous voulez rassembler vos affaires, faites-le maintenant, conseilla le lieutenant aux survivants.

Ceux-ci se dispersèrent, hagards, affligés, terrifiés par cette ville qui n'était plus la leur.

Le lieutenant les regarda errer dans les rues de Mountain Glenn et se tourna vers la Femme en Noir qu'on rapatriait vers la gare. La légende des Quatre se battant éternellement contre les Grimms était donc vraie. Incroyable…

Sans eux et la Team STRQ, rares auraient été les survivants de Mountain Glenn…

— Lieutenant ! l'appela un soldat à la radio. Nous avons rencontré des soldats d'Atlas. Ils arrivent vers vous, ils disent aussi qu'ils ont des blessés à l'un de nos avant-postes.

— Atlas ? Qu'est-ce qu'ils viennent faire ici ?

— D'après leur chef, ils ont répondu au SOS du commandant Scharnhorst…

— Je vois… (Il eut une pensée pour son chef mort pour la colonie, d'après les dires des Branwen.) Merci Commandant… Quand pourront-ils commencer l'évacuation ?

— Je regrette mais c'est impossible.

Cette déclaration venait d'un officier d'Atlas blessé au-dessus du sourcil droit. L'homme était accompagné d'une cinquantaine ses hommes.

— Qui êtes-vous ?

— Commandant James Ironwood, capitaine de vaisseau Conviction. Lieutenant, je regrette de vous informer que notre vaisseau s'est écrasé à la lisière de votre colonie. Pour l'instant, nous sommes coincés avec vous.

— Comme nous tous… Puisque que vous êtes là, autant nous donner un coup de main si vous n'y voyez pas d'inconvénient ? Je crois savoir que les Grimms aient déguerpi mais sait-on jamais…

— Je comprends. Mes hommes vont vous aider à patrouiller dans la ville.

— Merci.

James regarda la foule de réfugiés sortir l'un après l'autre des entrailles de la gare souterraine.

— On dirait que vous avez bien tenu. Des pertes ?

— Quasiment nulles. Pour les civils en tout cas. Pour les militaires… Eh bien, disons que je suis le plus gradé parmi la dizaine qui reste…

— Et le Commandant Scharnhorst ?

Le lieutenant secoua tristement la tête.

— Je vois. Mes condoléances…

— Il savait ce qu'il faisait. Et puis, sans l'aide des Huntsmen de Beacon ou des Quatre, jamais nous n'aurions tenu aussi longtemps…

James le coupa d'un coup.

— Les Quatre ?


Summer était assise au chevet de la Femme en Noir.

Le doctor lui avait administré les premiers soins mais seul un établissement spécialisé pouvait maintenant la sauver. Il avait lui-même avoué que c'était un miracle qu'elle soit encore vivante avec tant de blessures.

La Huntress débordait de question mais prenait son mal en patience. Cette personne avait besoin de repos.

Qui étaient vraiment les Quatre entre la légende qu'on leur avait bâtie et la réalité ? Contre qui se battaient-ils et pourquoi ses yeux argentés étaient-il si troublants pour eux et ces Grimms humanoïdes ?

À ses côtés, le reste de la Team STRQ attendait en silence. Tai était de même nature que Summer, toujours inquiet pour son prochain. Mais Qrow et Raven étaient là par prudence pour leurs camarades. Qrow pour Summer et Raven pour Tai.

La blessure de Qrow à la gorge s'était résorbée grâce à son Aura, mais il se rappelait encore très bien de la sensation qu'il avait ressentie à son contact…

Les Quatre étaient dangereux…

Qui savait ce qu'elle ferait à son réveil ?

— Comment ont-ils fait ça ? À Mountain Glenn, je veux dire ? se demanda Taiyang.

— Je crois qu'Ozpin nous a caché beaucoup de choses à leur sujet, dit sombrement Raven.

— Nous aurons l'occason d'en apprendre plus une fois de retour à Beacon, dit Qrow pour en finir avec ce sujet.


Quelqu'un s'approcha d'eux. Ils furent étonnés de découvrir un militaire d'Atlas accompagné par le lieutenant et une dizaine de soldats armés derrière eux !

James Ironwood examina la Femme en Noir et la reconnut au travers de la description qu'en avait fait le comte Dïmer. Le tatouage sous l'œil droit était révélateur…

— Merci de l'avoir surveillée. Nous nous en occupons à présent. Allez-y…

Deux soldats posèrent une civière et voulurent y placer la femme. Ils se heurtèrent au refus catégorique de Summer ! Elle se leva d'un bond et aussitôt, ses camarades l'imitèrent, prêts à suivre leur leader.

— Attendez un peu ! Qui êtes-vous ?

— Commandant James Ironwood. Cette femme est activement recherchée par Atlas pour avoir séquestré un comte et volé des informations militaires.

— Cette femme nous a tous sauvé la vie !

— Cela n'excuse pas ses crimes.

— Vous ne songez pas sérieusement à la déplacer dans cet état ! s'étrangla Taiyang. Regardez-la ! Elle a besoin d'aller à un hôpital, pas une prison !

— Mes hommes sont des professionnels. Nous allons l'emmener jusqu'au QG de Mountain Glenn et l'évacuer à Atlas où elle sera soignée pour ensuite comparaître devant une cour militaire.

— Sauf que nous avons pour ordre de l'amener à Beacon ! Vous n'avez aucune juridiction à Vale !

— J'ai les autorisations ! Et la volonté d'éviter un conflit diplomatique ! Lieutenant !

Le chef des soldats survivants hocha la tête à contrecœur et laissa les soldats d'Atlas déplacer la Femme en Noir sur la civière.

— Lieutenant ! Je vous en prie, ne le laissez pas faire ça…!

— Je suis désolé... Mais le Commandant Ironwood a l'autorisation du Conseil de Vale d'agir sur tout le royaume. J'aurais aimé qu'il y ait un autre moyen mais il n'y en a pas.

— Mais…!

Raven posa sa main sur l'épaule de Summer. Une nouvelle fois encore, ils devaient reculer devant l'adversité. Ils étaient des Huntsmen, pas des justiciers. Eux aussi devaient obéir…

Mais cette fois, la main de Raven n'était pas là pour la retenir, mais pour la protéger.

— Recule, Summer…

.

Car à l'entrée de la gare, un homme se tenait à contre-courant de la colonne de réfugiés qui sortaient dehors. L'homme avait une capuche et un manteau noir, et sans le moindre geste, les survivants l'évitaient inconsciemment comme un rocher au milieu d'une rivière…

En suivant les regards inquiets des Huntsmen, James découvrit l'Homme en Noir dans la foule. Son terrifiant regard rouge le fixait intensément…

— Rook.

— Aye Aye, chef.

La jeune recrue s'avança tranquillement vers l'Ainé des Quatre.

— Hé, salut mon gars ! Désolé de perturber ton regard-qui-tue mais ta copine a besoin de passer en justice. Rien de grave ! Je t'assure !

Les yeux de l'Homme en Noir se déplacèrent pour se poser sur le soldat.

Bouge.

D'un geste dépassant les capacités humaines, l'Homme en Noir envoya Rook contre le mur d'un bâtiment, à plus de 500 mètres de là !

— Rook ! s'écria un soldat.

À la vue du soldat projeter comme un pantin dans les airs, les habitants se dispersèrent dehors en paniquant, croyant que les combats reprenaient dans la colonie ! La zone de tir aussitôt dégagée, les soldats pointèrent leurs armes sur l'Homme en Noir.

— Visez les jambes. Ozpin les veut vivants.

L'un des soldats visa les genoux et tira. Curieusement, aucunes des balles ne firent mouche.

Dehors, la panique des réfugiés reprenaient de plus belle au bruit des coups de feu mais personne n'osait encore s'approcher de l'entrée de la gare.

Il n'y avait pas une minute à perdre.

Avec une lenteur mesurée, il s'avança vers eux, baignant dans sa toute-puissance.

— Vous attendez quoi ? Tirez ! ordonna le lieutenant aux hommes d'Atlas.

— Nos armes ne marchent pas ! Je sais pas pourqu…!

L'air sembla soudainement lui manquer… Ses veines se gonflèrent et ses muscles se crispèrent ! Il s'écroula au sol, les yeux exorbités et de la bave aux lèvres !

Un à un, tous les soldats, même le lieutenant, furent frapper de cette soudaine crise de tétanie à l'exception de James et des Huntsmen !

Pourtant, malgré la situation, le commandant d'Atlas ne céda pas à la panique. Il avait toujours un atout en main.

Sa patience fut récompensée. Derrière l'Homme en Noir, il y eut un flou qui prit vaguement la forme d'un humain en pleine action d'attaque !

Les sens inhumains de l'Ainé des Quatre perçurent la menace, lui permettant de se baisser pour éviter le coup de pied en pleine nuque qui lui était destiné. Il pivota sur lui-même, prêt à riposter mais il n'y avait personne derrière lui… Il entendit un bruit de friction derrière lui et découvrit le soldat qu'il avait envoyé valser dans les airs…

— Rook, vous pouvez y aller à pleine force.

— Bien compris, Commandant.

Le soldat retira son casque, révélant deux oreilles de guépard sur le haut de sa tête.

La vérité que le soldat était un Faunus ne perturba en rien l'Homme en Noir. Impassible, il attendait que son adversaire fasse le premier pas.

— Dernier avertissement ! J'ai l'entrainement et les capacités d'un Huntsman ! Tu n'as aucune chance.

En effet.

— Alors dégage !

Je parlais de toi.

Confiant en ses capacités surhumaines, Rook chargea ! Il fut si rapide que son corps sembla se flouter ! À cette vitesse, rien ne pouvait l'arrêter !

.

L'Homme en Noir fit un pas en avant.

Le béton sous son pied se fractura et il disparut sous les regards stupéfaits de James et de l'équipe STRQ !

Rook ne réalisa pas immédiatement. L'individu qui lui faisait face venait de disparaitre…?

Avant même que son cerveau ne puisse traiter l'information, une main saisit le visage de Rook et le poussa en arrière ! Coupé en plein élan, son crâne vint heurter le sol et il perdit connaissance sans même comprendre ce qu'il lui était arrivé.


Pour les derniers spectateurs sur place, la scène se passait de commentaire : l'Homme en Noir était simplement plus rapide et plus fort. Il était meilleur en tout point…

Le Faunus définitivement hors de combat, il se tourna vers sa cible suivante. Il ne restait plus que l'officier d'Atlas et les Hunstmen entre lui et Sélénée.

Son dernier atout perdu, James sentit croître en lui un sentiment d'impuissance croissant ! Il avait l'intime conviction que quoi qu'il lui oppose, il n'arrêterait pas cet homme et pourtant…

— Laissez-le, murmura Summer. Il vient juste pour elle.

— Je sais. Mais je ne peux pas la laisser partir.

James Ironwood était un Huntman accompli et un commandant de l'armée d'Atlas ! Il savait ce à quoi que le monde pouvait risquer s'il échouait... Il ne reculerait pas, même devant l'impossible !

Il sortit son revolver de son holster et le leva vers l'Homme en Noir, le doigt sur la détente.

Il n'eut jamais le temps de faire feu...