CHAPITRE 17
Quand on parle du Loup...
Tic
Tac
Avec une cadence régulière, Ozpin tapait des doigts sur sa canne. Il n'avait pas dit un mot depuis qu'il était monté à bord du Bullhead de tête, menant une véritable flottille de navettes vers Mountain Glenn. Il n'avait aucune prière à adresser aux Dieux, alors il espérait pour que Summer et la Team STRQ soient sains et saufs.
— Mountain Glenn en visuel, Headmaster, avertit le pilote. J'aperçois l'épave d'un vaisseau Atlésian en bas. Probablement le Conviction.
Il tourna la tête vers le hublot et observa en silence l'état de la colonie, jadis florissante, devenue un champ de ruines. Des alentours de la ville où se dressaient arbres et collines, il n'en restait plus rien.
— On dirait le résultat d'une énorme bombe, souffla Glydia sa jeune assistante.
Elle n'avait pas tort…
Cette terre était devenue un paysage lunaire. Il n'y avait plus de relief, plus de végétation, de bâtiments intacts. Tout était ravagé, calciné. Cette dévastation allait probablement durer plusieurs années avant que la nature ne reprenne ses droits ici…
Mais dans cette destruction, Ozpin y lisait la signature d'un être toujours puissant. Même s'il avait limité sa force, quelque chose l'avait poussé à utiliser son attaque la plus dangereuse. S'agissait-il d'une Créature de Grimm ? Ou pire ?
Oui… Faites qu'il ne soit rien arrivé à Summer… Elle était trop précieuse pour l'avenir du monde.
— Atterrissez près de la gare. Nous ne devons pas traîner trop longtemps ici.
Le pilote obéit et les autres appareils l'imitèrent.
En sortant de l'appareil, ils furent accueillis par une foule en liesse de survivants, trop heureux d'enfin quitter cet endroit !
— Glydia, je vous laisse vous occuper d'eux. Organiser l'évacuation avec les Huntsmen.
— Et vous ?
— Ne vous inquiétez pas pour moi.
Ozpin se fraya un chemin à travers la foule. Il nota des soldats d'Atlas et de la colonie travaillant ensembles pour faciliter le travail des Huntsmen. En d'autres circonstances, il aurait souri devant cette scène, touché de voir ses paroles d'entraide se réaliser. Mais pas maintenant…
Par où commencer les recherches ? À qui demander dans cet amas de corps serrés ?
Ozpin ferma son esprit à tous les parasites sonores et visuels qui brouillaient sa recherche. Ses sens cherchèrent parmi les Auras de chaque êtres, à la recherche de ses quatre élèves. Il reconnut la Semblance de l'un d'entre eux. Il rouvrit les yeux et s'avança vers un homme blond qui lui tournait le dos, trop affairé à aider une personne âgée. Pas d'erreur possible, c'était bien…
— Taiyang.
— Headmaster ?
Le Huntsman fut surpris de la présence du dirigeant de l'Académie en ces lieux.
— Taiyang, vous allez bien ?
— Quelques brûlures mais rien de bien grave.
— Bien. Pouvez-vous me dire ce qu'il s'est passé ici ?
Son élève semblait gêner de cette question.
— Pas ici, lui souffla-t-il. Suivez-moi.
Taiyang le conduisit jusqu'à la gare souterraine où l'on avait regroupé les blessés. L'entrée semblait avoir été condamnée à l'explosif puis… Ozpin posa une main sur la roche qui avait explosée puis creusée par des griffes aussi dures que du diamant.
Maintenant que la grande majorité des réfugiés étaient dehors, la ville basse était silencieuse comme dans une église. Les infirmiers militaires et les médecins civils, livides d'épuisement, faisaient de leur mieux pour tenir les blessés à l'écart aux griffes de la mort. Taiyang lui appris qu'aucun blessé n'avait succombé à ses blessures. C'était un vrai miracle…
— Voilà Summer.
Le Headmaster ne fut pas étonné de voir la jeune femme aider à s'occuper des blessés et à soulager les médecins du mieux qu'elle le pouvait, c'était dans sa nature d'aider les gens dans le besoin.
Comme Taiyang, la Huntress fut surprise de voir Ozpin ici mais également soulagée de sa présence. S'il était là, cela voulait dire que les secours étaient arrivés.
— Il… Il y a des blessés graves… Ils ont besoin de transports spécialisés…
Ozpin n'eut pas besoin de sonder son Aura pour voir à quel point elle était épuisée. De plus, elle avait perdu ses lentilles, révélant à tous ses yeux Argentée.
Il posa ses mains rassurantes sur ses épaules et l'incita à s'asseoir sur une chaise. Ce ne fut qu'alors seulement qu'Ozpin remarqua des bleus sur le cou délicat de Summer. Qui avait osé lui faire une chose pareille ?
— Nous allons nous occuper d'eux, Summer. Reposez-vous… C'est fini. Pouvez-vous me dire ce qui est arrivé à Mountain Glenn ? C'est la colonie la plus sûre de tout Vale.
— C'était, rectifia Raven dans son dos.
Les Branwen étaient là, reprenant discrètement forme humaine derrière Taiyang.
— Alors ? demanda Summer malgré la fatigue qui la submergeait à présent.
— On a fait choux blanc, grogna Qrow en sortant sa gourde d'alcool de sa veste.
— Le QG de Mountain Glenn a été vaporisé avec la moitié de la colonie. Il n'en reste plus rien.
— Que cherchiez-vous là-bas ?
— En gros, la « personne de confiance » que vous nous avez dit de rencontrer une fois arrivé ici faisait vraisemblablement parti des salopards qui ont lâché les Grimms en ville !
Ozpin n'en crut pas ses oreilles ! Scharnhorst !? Pourquoi donc cette folie ?!
— Et vous ne connaissez pas encore tout, glissa Qrow au Headmaster.
Le Huntsman originaire de la Tribu l'invita à entrer dans une tente médicale installée à l'écart des blessés.
Ozpin les suivit à l'intérieur et s'arrêta à l'entrée, sidéré.
Hood était là, veillant avec deux soldats auprès de James Ironwood ?! En s'approchant du commandant, il découvrit qu'il lui manquait le bras droit ! Il s'accroupit près de lui et examina la plaie.
La coupe était droite, sûrement dû à une épée… Mais le plus incroyable était que la chair était déjà cicatrisée ! Sans cela, il serait mort depuis longtemps !
Qui avait fait ça ? Il connaissait trop d'ennemis adeptes des armes blanches pour reconnaitre le coupable, mais il savait qui avait sauvé l'officier d'Atlas. Cette prouesse était l'œuvre de Raptoria ou de Lux…
—Racontez-moi tout. N'omettez aucun détail.
Summer vit le commandant Ironwood pointer le canon de son revolver vers l'Homme en Noir et presser la détente. Elle vit le percuter frapper le barillet et…
Rien.
Aucune balle de gros calibre de Dust ne vint frapper l'Aîné des Quatre. Tir défectueux !
James cilla un instant avant de réaliser ce qui venait de ne pas se passer ! Il pressa de nouveau la détente, actionnant le barillet qui engagea une nouvelle balle dans la chambre. Le percuteur frappa et…
Toujours rien.
Il avait six coups dans son revolver. Il pressa quatre fois la détente. Quatre fois son arme refusa de tirer.
Et pendant ce temps, l'Homme en Noir marchait tranquillement vers lui.
C'était terrifiant à voir : le militaire incapable d'ouvrir le feu et son ennemi avancer fatidiquement vers lui. Il semblait y avoir quelque chose de destiné dans ce qui s'apprêtait à arriver ! Un fait immuable que personne ne pouvait arrêter à part peut-être les Dieux !
James jeta ses balles inutiles par terre et en logea d'autres dans le barillet. Une, deux, trois… Six ! Il arma le…
L'Homme en Noir était sur lui.
.
Le temps se mit à ralentir autour de Summer.
L'Ainé des Quatre porta la main à la poignée de son katana et délivra dans un éclair rouge la puissance de son arme !
La coupe fut nette, tranchant dans la chair et les os de l'épaule droite jusqu'à la hanche.
Il avait déjà rengainé que James n'avait toujours pas réalisé.
Le temps reprit son cours…
Un cri d'outre-tombe résonna dans toute la gare ! James Ironwood tomba à terre, sa main gauche tenait son flanc complètement ouvert de bas en haut ! C'était un cauchemar ! Le sang s'écoulait de sa blessure comme d'un robinet ! Son bras roula à terre, les doigts toujours serrés autour de la crosse du revolver. Ce détail donna la nausée à Summer…!
Avec le recul, Summer réalisa qu'elle était la seule à avoir assisté à la scène. Ce qu'avait vu les autres n'était qu'un flou rouge, comme un éclair trop vif pour être réellement perçu par l'œil humain.
L'Homme en Noir passa à côté de cet hommes désormais condamné à mourir…
On le saisit à la cheville. Il baissa la tête et vit l'officier par terre, sa main gauche accrochée à sa jambe. James Ironwood refusait de le laisser partir avec Sélénée quand bien même il n'avait pas les moyens de s'opposer à lui !
Mais déjà, l'Homme en Noir levait son sabre, décidé à en finir avec ce gêneur.
— NON !
Au cri de Summer, Qrow et Raven bondirent derrière l'Homme en Noir. Le frère était prêt à le décapiter de sa faux, la sœur avait la lame de de son katana pointée vers son cœur. Taiyang lui faisait courageusement face, son poing juste devant sa gorge, prêt à lui broyer le larynx au moindre geste suspect.
Pourtant, ce n'était pas la menace des trois Huntsmen qui avait arrêté le geste de l'Homme en Noir mais bel et bien le cri de Summer.
Le destructeur de Mountain Glenn se tourna vers la Huntress qui le regardait avec horreur, terrifiée par ce qu'il avait failli commettre !
— Je vous en prie ! Laissez-le !
Il obéit, chassant du pied la main de James et rengaina son sabre.
Prudemment, Tai éloigna James de l'Ainé des Quatre, laissant derrière eux une sinistre trainée de sang. Ils étaient conscients qu'ils n'avaient aucun moyen de le sauver !
Qrow et Raven gardèrent leur arme braqués sur l'Homme en Noir qui fixait Summer, prêts à la défendre s'il le fallait. Mais l'Homme en Noir les ignorait royalement. Toute son attention était rivée sur la Huntress aux yeux Argentés.
Ses yeux rouges sang de reptile la brûlaient du regard comme si sa simple existence était une insulte ! Devant ce regard, Summer ne pouvait que ressentir de la peur. Dans ces yeux de monstre, il n'y avait pas la surprise des autres Quatre. Seulement la colère. La haine. Pourquoi ? Pourquoi cette fureur contre elle ?
Elle ne pouvait s'avoir que son existence avait réveillé en lui quelque chose de profondément éteint que le monde avait cru mort depuis vingt ans déjà. Un bruit sourd résonnait dans le crâne de l'Homme en Noir. Un grondement sourd, lointain, mais qui fut assourdissant par le silence qui le précédait.
.
Ce grondement, Tai, Qrow et Raven furent les premiers à le ressentir dans leurs chairs. Une vibration désagréable qui résonnait jusque dans leurs os.
Des gouttes de sueur perlèrent sur le front des Huntsmen, mais seule Raven savait à quoi s'attendre. Ce qui pulsait de l'Homme en Noir n'était que les prémices d'une catastrophe imminente ! Elle voulait agir avant qu'il ne soit trop tard mais son corps refusa de lui obéir.
Taiyang, son frère et elle-même étaient paralysés !
Seuls ses yeux pouvaient encore bouger, et elle lisait la même stupeur dans les regards de ses camarades !
L'Homme en Noir s'avança d'un pas vers Summer, un seul pas, à peine audible et pourtant, il chassa l'air de tous tant l'Aura qu'il dégageait était puissant ! Étouffant !
— Quel… est… ton nom, Argentée ?
Summer frémit devant cette voix morte, sans émotion ni chaleur…
— Je… Je suis Summer Rose, de l'Académie de Beacon…
Un souffle intimidant sortit de la gorge du combattant légendaire.
— « Summer Rose… Thus kindly I scatter… » récita-t-il mystérieusement.
Il s'avança d'un deuxième pas vers elle et la Brume Noire se dégagea de son corps, le suivant comme un laquais fidèle, ravageant tout ce qui entrait en contact avec elle. En silence, il marcha jusqu'à la Huntress aux yeux Argentés. Chacun de ses pas semblaient accroître le malaise des humains. Il s'arrêta devant Summer, la dominant de sa taille et sa colère. La Brume Noire menaçait de l'engloutir à chaque instant !
— Summer !... Écarte-toi… de lui…! avertit Qrow entre ses mâchoires serrées.
Paralysée par la puissance qu'il dégageait, Summer était incapable d'organiser ses pensées. Elle découvrait trop tard le monstre qu'avaient évoqué les Branwen ! Elle avait eue tort de ne pas les croire ! Elle le sentait sonder son âme à travers ses yeux reptiliens à qui on ne pouvait rien cacher.
Des doigts de fer se refermèrent sur sa gorge et sans difficulté, la hissèrent hors du sol ! Elle ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit ! Ses jambes se débâtèrent dans le vide mais elle ne pouvait se défendre !
— SUMMER ! hurlèrent ses amis sans pouvoir l'aider.
Alors qu'elle étouffait, la voix morte de l'Homme en Noir se fit de nouveau entendre.
— Je sens la marque du Gardien tout autour de toi…
Il affermit sa poigne de fer et Summer ne pouvait que le regarder, les yeux baignés de larmes. Son corps lui hurlait de lutter pour rester en vie, mais son esprit était incapable de prendre la moindre décision. Elle allait mourir ici, de la main même de celui qu'ils étaient venus chercher…
— Pitoyable… Depuis vingt ans, nous avons cru être le dernier rempart contre Salem… Et voilà que ce couard nous envoie un espoir illusoire ? Il nous a forcé à livrer une bataille inutile, tout ça pour quoi au final ? Une Maiden Argentée qui ignore tout de sa force !?
La vision de Summer commença à se troubler. Il faisait de plus en plus noir autour d'elle. Le visage de l'Homme en Noir se mêla à la noirceur de la Brume Noire, et bientôt, même le bras qui l'étranglait disparut.
Elle baignait dans le néant. C'était la fin…
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— Arrête ça immédiatement
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La prise de l'Homme en Noir se relâcha quelque peu, permettant à Summer d'avaler goulûment l'air que réclamaient ses poumons ! La Brume Noire qui menaçait de la réduire à néant réintégra le corps de son propriétaire.
Derrière lui, Summer reconnut une silhouette éblouissante à l'entrée de la gare, baignant dans la lumière du jour naissant. Une silhouette dissimulée sous une capuche immaculée… La Femme en Blanc !
— Ne te mets pas entre moi et ma proie, Similaire…, gronda-t-il à son attention.
— Relâche. La, ordonna-t-elle plus sévèrement à l'Homme en Noir.
Il ignora la menace dans sa voix et décala son regard vers Sélénée derrière la Huntress. Elle était toujours inconsciente, vidée de ses forces. Dans son état, il n'avait d'autre choix que de la confier à Beacon, c'était le seul endroit où elle pourrait récupérer sans danger… Avec l'anéantissement de la chaîne de commandement des Atlesians, les rescapés du vaisseau préféreront la laisser aux soins du Gardien.
Après une longue minute de réflexion, l'Homme en Noir libéra Summer de son emprise.
La Huntress s'écroula par terre, les mains autour de son cou bleuté. La tension qui retenait prisonnier Taiyang et les autres s'estompa, leur permettant de se précipiter vers Summer. Qrow fut le premier à la rejoindre et fut soulagé de la voir plus ou moins indemne…
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— Ainsi donc… Il en reste une en vie…
Summer cilla, étonnée d'entendre une étincelle de vie dans cette voix où il n'y régnait que la mort. Les yeux rouges, si inhumains, de l'Homme en Noir furent remplacés par deux pupilles noires, plus humaines, mais tout autant vide de vie.
Avec cette incroyable métamorphose, Summer découvrit un tout autre homme : il était le même, mais si différent ! Son teint était dangereusement pâle et il avait de profonds cernes sous les yeux ! Il n'avait plus rien du monstre qu'il était l'instant d'avant !
— Depuis combien de temps le Gardien te caches-tu aux yeux du monde ?
— Le Gardien ?
Elle ne savait donc rien. Pas étonnant de la part du Déchu des Dieux…
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Raptoria et lui sentirent en eux la force du signal s'intensifier.
Ils ne pouvaient pas rester plus longtemps ici. Les gens s'attroupaient dehors et Grimms allaient bientôt revenir, attirés par trois des Quatre dans un même lieu. Les yeux morts de l'Homme en Noir se tournèrent vers Raptoria qui hocha la tête en réponse à sa question silencieuse.
— Une semaine…
L'Homme en Noir sortit de la ville souterraine, laissant la Femme en Blanc seule avec les Huntsmen. Sans un mot, elle marcha jusqu'à James Ironwood. Le commandant avait déjà perdu connaissance avec tout le sang perdu. Sa vie ne tenait plus qu'à un fil.
Elle posa les deux mains sur son flanc tranché et une lumière éblouit les Huntsmen.
Quand elle s'éteignit, la chair avait commencée à cicatriser, sauvant l'officier d'une mort certaine. Pour les autres soldats inconscients, elle tendit une main vers eux et un par un, tous se réveillèrent. Le seul autre blessé qu'elle examina fut le Faunus. Elle ferma les yeux, les poings serrés…
Elle se releva et s'adressa à Summer.
— Je ne peux pas en faire plus pour eux… Ils vivront. C'est tout ce que je peux promettre.
— Merci infiniment, dit Summer en s'inclinant pour la remercier.
Ce à quoi elle l'imita en retour.
— C'est tout naturel. Les Maiden et les Guerriers Argentés nous ont toujours aidés par le passé, je me devais de vous aider en retour.
Summer haussa un sourcil. Elle avait enfin l'occasion de poser les questions qui lui brûlaient les lèvres :
— Pardon mais qu'est-ce que mes yeux ont de si particulier ? Et pourquoi m'appelez-vous « Maiden » ?
La Femme en Blanc parut surprise de sa question.
— Vous ne le savez pas ?
— Non… Je devrais ?
— Si vous êtes à Beacon, Ozpin aurait dû vous le…
Une onde assourdie par des kilomètres et d'obstacles lui vint aux oreilles. Elle reconnut néanmoins le bruit des moteurs des Bullheads…
— Quand on parle du loup…
Elle soupira, consciente qu'il était temps.
— Je dois partir.
— Non ! Attendez ! J'ai encore d'autres questions…!
La Femme en Blanc la fit taire en posa un doigt sur la rose accrochée à la cape de Summer.
— Aussi longtemps que vous garderez cette fleur, nos chemins se recroiseront. Bien plus vite que vous ne le pensez…
Summer acheva son récit.
Ozpin ne l'avait pas arrêtée une seule fois pendant qu'elle parlait. Il n'avait pas demandé de précision ni à ce qu'elle se répète. Son regard d'habitude si calme était profondément sérieux.
— Et la Femme en Blanc ?
— Elle a disparue, comme l'Homme en Noir.
Raven en eut assez ! S'écartant de son frère, elle s'avança jusqu'au Headmaster, furieuse !
— Vous le saviez ! Vous saviez ce qui allait se passer !
Ozpin ne dit rien.
— Vous saviez que nous ne serions pas de taille face aux Quatre ! Ni face à leurs ennemis ! Vous saviez tout cela et vous nous avez quand même envoyé au combat sans rien nous dire ! Vous avez mis nos vies en danger ! Pourquoi ?
Ozpin fronça les sourcils et saisit le bras de Raven pour l'inviter à poursuivre cette discussion hors des oreilles indiscrètes. Toute la Team STRQ sortit avec lui.
— Je suis désolé de ce qui vous est arrivé, Team STRQ. Mais je peux vous jurer que je n'avais aucune intention de vous envoyer dans une zone de guerre. Je n'aurai jamais pensé que les Quatre puissent s'en prendre à vous.
Raven chassa sa main une fois hors de la tente.
— Comment pourrions-nous encore vous croire ? C'est vous-même qui nous avait dit que les Quatre apparaissaient là où les Grimms s'apprêtaient à attaquer ! Leurs ennemis n'avaient qu'à les attendre ici !
— Sauf que ces ennemis n'étaient pas censés être ici, expliqua calmement le Headmaster.
— Et pourquoi donc ?
— Parce que Mountain Glenn n'était pas supposée être attaquée.
— Quoi ? s'étonna Taiyang. Attendez, je ne suis pas sûr d'avoir bien entendu… Vous dites que les Quatre n'auraient jamais dû être ici au départ ?
— Oui.
— Mais alors, comment saviez-vous qu'ils seraient ici ? demanda Qrow…
…Avant de réaliser !
— Non… Ne me dites pas que…
— Si. C'est moi qui ai attiré les Quatre à Mountain Glenn, révéla Ozpin.
Qrow cilla plusieurs fois à la suite de sa déclaration.
— Comment…?
— Les Quatre disposent d'une sorte de sixième sens, comme un radar. Une capacité qui leur indique où aller affronter les Grimms. Après des années de tentatives infructueuses, j'ai fini par trouver un moyen d'y accéder et de leur désigner une fausse destination.
— C'est pour ça que vous nous avez envoyé ici, comprit Taiyang.
— Headmaster, dit Summer, silencieuse jusqu'à présent. Si Mountain Glenn était un subterfuge… Pourquoi les Grimms étaient là…? Et ces gens…?
— Ce sont leurs vieux ennemis. Je suppose que ma manipulation a été découverte et retournée contre eux. Quant aux Grimms, il y a toujours eu dans les environs de la colonie. Lorsque les portes se sont ouvertes, ils se sont mêlés au chaos. C'était probablement le but visé par les ennemis des Quatre.
— Headmaster… Vous vous rendez compte que Mountain Glenn est tombée à cause de votre décision ? Des gens sont morts !
L'accusation de Summer était légitime, Ozpin la comprenait fort bien. Son choix avait conduit les Grimms et les Champions de Salem à réduire la colonie à néant. Avec l'aide de l'Homme en Noir…
— Mountain Glen allait tomber. Quoi qu'il arrive. Avec Scharnhorst à la tête de la sécurité, il ne pouvait en être autrement. Votre intervention a au moins permis de sauver les habitants de la colonie. Croyez-vous qu'il en aurait été de même sans vous ? Sans les Quatre ?
Summer se mordit les lèvres. Elle comprenait parfaitement le raisonnement d'Ozpin, mais il ne relevait que ses mots, pas son indignation. Le Headmaster, toujours si préoccupé par la vie humaine… Pourquoi était-il si différent aujourd'hui ?
— Alors ? C'est quoi la suite ? demanda Taiyang.
— Nous évacuons la colonie. La Femme en Noir et le commandant Ironwood seront conduits à Beacon pour y être hospitalisé. Je ne pense pas que Hood y verra un inconvénient.
Il quitta le groupe et s'apprêta à entrer dans la tente médicale quand il s'arrêta pour se tourner vers ses élèves.
— Lorsque nous retournerons à Beacon, j'aurai beaucoup de choses à vous révéler.
Il entra et les laissa entre eux.
Comme l'avait deviné Ozpin – et l'Homme en Noir –, Hood accepta la proposition du Headmaster et il fut ordonné d'abandonner Mountain Glenn. Ce qui semblait inacceptable pour certains, le lieutenant survivant en faisait partie. Ozpin essayait de les raisonner.
— Les portes de la colonie sont défoncées, le QG n'est plus qu'un tas de poussière. Les Grimms entreront comme ils veulent ici.
— Peut-être, mais ils n'ont rien capable de percer de la roche compressée.
— Vous voulez vous réfugier dans la ville basse ?
— Pas nous y réfugier : reprendre notre vie là où on nous l'a volé. Il suffira de faire sauter quelques rochers pour reboucher le tunnel que la Femme en Noir nous a forée. Nous avons tous séjourné dans la gare souterraine quand la ville était en construction. On sait à quoi s'attendre. Nous disposerons toujours de la lumière du jour grâce aux miroirs et nous avons l'électricité et l'eau courante. À partir de maintenant, nous vivrons sous terre, jusqu'au jour où nous pourrons reprendre toute la ville. Dites cela aux dirigeants du Conseil : Mountain Glenn n'est pas tombée. C'est ce qu'aurait voulu Scharnhorst…
Le Headmaster hocha la tête. Le lieutenant n'avait pas besoin de connaitre la vérité pour l'instant. Quand Ozpin le révélera au Conseil, leur souffrance se sera tue. Du moins l'espérait-il…
Il lui tendit la main. Il éprouvait une certaine gêne à omettre la vérité à ce brave homme…
— Je vous souhaite le meilleur, Lieutenant…
Mais ça, c'était la pure vérité.
Le militaire lui serra la main. Une poigne forte. Pleine d'espoir.
— Lieutenant Gneisenau. Bon courage à vous avec les Quatre.
Ainsi l'histoire de Mountain Glenn arrivait à un tournant historique. Pendant que les volontaires récupéraient leurs dernières affaires pour rejoindre la gare, les survivants résignés montaient à bord des Bullheads. Il n'y eut pas de débordement, pas de cris ni de pleurs dans la queue. Tous grimpaient à bord des navettes avec dignité et calme.
Deux soldats d'Atlas chargeaient Sélénée à bord de la navette des Hunstmen.
— Excusez-moi mais il vous reste de la place ? Les survivants ont trouvé un blessé grave sous des gravats. Son pronostic vital est engagé…
Ils voulaient probablement évités d'accabler encore plus les jeunes Huntsmen par la vue d'un homme mourant sous leurs yeux. Touchante intention.
— Mettez-le avec nous. Rejoignez votre navette, votre commandant et votre capitaine vous y attendent.
— Bien compris. Faites pas gaffe à lui, il délire un peu avec les médocs…
Les deux soldats installèrent le blessé grave à côté de Summer. Il n'était pas beau à voir dans cet état… Il avait le corps couvert de bandages même si elle pouvait voir la chair brûlée à travers certain endroit… Elle avait entendu dire que si le corps était brûlé à plus de 50 pourcent, la mort était…
— Décollez, dit Ozpin au pilote.
Le Bullhead quitta le sol vitrifié et s'envola, suivit par les autres. Les vibrations de l'appareil réveillèrent le blessé qui leva un bras sévèrement brulé vers le haut, marmonnant quelques mots incompréhensibles…
— Se…S-S-Sa… Sé…
Malgré l'état de cette main, Summer la saisit pour le réconforter. Il avait un gant à la main, pratiquement intact comparé à son propriétaire. Une mitaine, de couleur cordouan.
— Tout va bien. Vous êtes en sécurité à présent.
Trop abruti par les médicaments, le blessé ne dit rien d'autre et sa main retomba le long de son corps.
Summer s'écarta de lui et se tourna vers le Headmaster, les deux mains posées sur sa canne, le regard visé sur le visage de la Femme en Noir étendue à côté de lui. Elle se rappelait du nom que les Quatre employaient pour le désigner.
— Headmaster… Pourquoi les Quatre vous appellent-ils le Gardien ?
