CHAPITRE 18
Repos et Questions
Une voûte obscure, un lustre en bois mort d'où pendaient des cristaux violets, des vitraux finement décorés donnant sur le domaine de leur Maitresse.
Hazel connaissait cette pièce depuis plusieurs années, mais il ne pouvait s'empêcher chaque fois de trembler en y entrant. L'air y était plus… épaisse… plus froide. Comme s'il entrait dans le royaume des morts… En y songeant, la frontière entre ces deux endroits était fine.
Il fut pris d'une quinte de toux et cracha du sang dans sa paume robotique. Les pouvoirs de Salem l'avaient sauvé, mais il était loin d'être guéri pour autant. Tout le plan avait échoué, et la destruction de Mountain Glenn n'était qu'une bien maigre consolation pour elle…
À l'aide d'un mouchoir, Nova nettoyait nerveusement ses lunettes d'aviateur. C'était la première fois qu'il était invité dans le palais de la Maitresse des Grimms et le fait d'être assis dans un fauteuil, les mains sur une table, lui donnait l'illusion d'être dans une salle d'interrogatoire…
Les lourdes portes en bois s'ouvrirent, laissant place à la plus sombre des Déesses.
Sa peau était pâle comme la Lune, ses bras et le contour de ses yeux couverts de veines pourpres, ses cheveux blancs comme la cendre étaient rassemblés en un chignon avec six ramifications d'où étaient suspendus des ornements qui tintaient à chacun de ses mouvements.
Aucun bruit de pas ne troublait le silence qu'elle semblait savourer.
Elle marcha jusqu'à l'autel derrière son trône de cristal. Des cierges y brûlaient éternellement. Depuis aussi longtemps qu'il venait ici, Hazel les avaient toujours vu immuables, jamais la cire ne coulait, jamais les flammes n'oscillaient. Tout dans cette pièce donnait l'impression d'un instant figé dans le temps.
Nova et Hazel s'étaient levés dès son arrivée et malgré la douleur qui l'étouffait, il attendait comme son compagnon que la Déesse concède à les laisser s'asseoir. Ce qu'elle fit d'un geste de la main, le regard toujours tourné vers les cierges.
— La chute de Mountain Glenn m'a beaucoup coûtée…
Elle tourna finalement ses yeux noirs vers eux. Ses iris brillaient d'une angoissante lueur rouge.
— Deux de mes Champions reviennent agonisants du combat, un autre y a perdu l'esprit et un quatrième la vie… et ce cher Watts est porté manquant.
Nova retint son souffle. Elle n'avait besoin que d'une pensée et tous les Grimms dans le palais les réduiraient en charpie !
— Nous regrettons de vous avoir déçu, Madame, s'excusa Hazel. Les Quatre étaient plus forts que nous le pensions…
Elle ne dit rien, délaissa son autel pour prendre place sur son trône.
— Néanmoins, tout n'est pas un échec. Hazel… Que ressentez-vous après revu votre ancien Maître ?
Le guerrier chercha dans ses souvenirs le moindre fait digne d'être évoqué à sa Déesse.
— Il était exactement comme vous aviez pensé. Autrefois, il m'aurait tué d'un seul coup mais pendant le combat, il a été obligé de prolonger le combat pour me vaincre…
— Il a quand même trouvé l'Énergie d'utiliser son attaque la plus destructrice. C'est un avertissement à mon attention… J'ai presque l'impression qu'il cherche à me parler au travers de ses actions…
Elle sourit en fermant les yeux, mais son sourire ne dégageait aucune empathie.
— Ozpin a réussi là où je pensais en avoir terminé il y a vingt ans de cela. D'après mes Ombres, l'une de ses Huntress serait une guerrière aux Yeux Argentés.
Moment de silence dans la pièce.
Les doigts métalliques d'Hazel se serrèrent aussi fortement que leurs pistons le leurs permettaient. Nova le regarda sans comprendre. Il n'était pas là quand l'Histoire des Guerriers aux Yeux Argentés avait pris fin de manière sanglante et définitive… Mais Hazel savait !
Le guerrier, ancien élève de l'Homme en Noir, avait eu connaissance de ce massacre le jour où il avait trahi son maître et perdu ses deux bras en retour. Il savait tout du massacre, des centaines d'hommes, femmes et enfants exterminés et dévorés par les Grimms à cause d'un traitre dans les rangs des Argentés...
Les histoires de son maitre et les images qu'il avait découverts plus tard le hantaient parfois la nuit quand ce n'était pas sa sœur…
La voix de Salem l'extirpa de ses pensées.
— Hazel. Vous allez rester ici le temps de terminer votre guérison.
— Comme vous voudrez.
— Nova. Je vous envoie à Vale. Ce cher Ozpin a sûrement réalisé que nous avons exploité sa découverte du signal. Deux des Quatre s'y trouve. Surveillez-les.
— Soit.
— Vous pouvez disposer.
Ses Champions obéirent docilement et quittèrent la pièce.
Les portes se refermèrent derrière eux, la laissant seule avec son trône et son autel. Elle s'approcha d'un vitrail et observa en bas la surface rouge de son monde. Là où ses mares d'obscurité vomissaient de nouveaux Grimms, nourrissant toujours plus son armée en force.
— Ce monde tombera bientôt. Et nous serons tous de nouveau ensemble. Oui… Très bientôt…
Arthur Watts ouvrit les yeux et saisit d'une main la seringue qu'on allait lui implanter dans le bras. Le médecin qui s'apprêtait à lui injecter le produit hésita à poursuivre.
— Qu'est-ce qu'i l'intérieur ? demanda Watts.
— Heu… A-Adrénaline et quelques protéines sélectionnées… C'est pour…
— …Donner un coup de fouet, je sais. Je suis médecin.
Je l'ai été…
Il rejeta la couverture et s'assit sur son lit. Il regarda autour de lui. C'était une chambre d'hôpital.
— Où suis-je ?
— Vale. En lieu sûr.
Vale ? Que faisait-il au cœur de ce royaume ? La dernière chose qu'il se rappelait, c'était Sélénée et l'attaque de…
— Comment suis-je arrivé ici ?
—Le Headmaster de l'académie de Beacon a envoyé une flotte de navettes recueillir les survivants de Mountain Glenn. On vous a trouvé sous des gravats. Vous avez été chanceux. Par contre, vous ne seriez pas un Huntsman à tout hasard ? Vos capacités régénératives sont ahurissantes ! Hier encore, vous étiez brûlé au troisième degré sur la moitié du corps. C'est votre Semblance ?
Watts ne répondit pas.
Il devait partir d'ici avant qu'Ozpin ou ses larbins ne réalisent qu'il était ici… L'un des Huntsmen d'Ozpin l'avait vu. Il fallait qu'il quitte l'hôpital sans attirer l'attention. En tout cas, pas dans cette chemise ridicule d'hospitalisé.
Il se tourna lentement vers le médecin et une idée germa rapidement en lui…
— Non. Voici ma Semblance…
De la chaleur s'accumula dans le creux de sa main…
.
Arthur Watts sortit de la chambre, déguisé comme un authentique médecin avec sa blouse et son calepin dans le creux du bras.
Comme au bon vieux temps !
Il s'aventura dans les couloirs de l'hôpital. Personne ne faisait attention à lui. Parfait. Les médecins qui auraient pu se demander qui était ce nouveau venu étaient trop occupés à ausculter chaque blessé de Mountain Glenn pour faire attention à lui et si jamais ils entraient dans la chambre où il était supposé être alité, ils ne verraient qu'un tas de cendres au pied de son lit vide…
Il s'arrêta brusquement.
Et Sélénée ?
Elle s'était sacrifiée pour qu'ils subissent tous deux l'attaque de son frère. Dans son état, elle ne pouvait pas s'en être tirée indemne…
Il entra dans une chambre où dormait un vieillard et réfléchit. S'il avait souffert de l'attaque, elle aussi ! Ce qui signifiait qu'Ozpin devait l'avoir abritée dans son académie. Impossible d'aller la récupérer seul. Mais peut-être pouvait-il accéder à des informations la concernant ? Les médecins devaient probablement avoir exigés de l'examiner pour s'assurer de son état avant de la lui rendre…
Ces crétins à l'esprit étriqué ne pouvaient pas réaliser quelle perfection de la nature ils avaient eu en face. Perfection… Un deuxième prénom pour sa Sélénée. Elle était le résultat d'une sélection évolutive qui lui avait donnée ce visage et cette silhouette angélique, le trésor que tout médecin digne de ce nom devrait s'émerveiller à la vue de son corps uniquement façonné par les meilleures gênes.
Il sortit de sa poche son Scroll que son si gentil médecin lui avait mis de côté… Il pirata les serveurs de l'hôpital aussi facilement que s'il entrait dans un magasin. Ozpin devait probablement avoir classifié son dossier et refusé de dévoiler son nom mais en cherchant parmi les femmes qui arboraient les mêmes signes distinctifs qu'elle, il pouvait peut-être la retrouver…
— Trouvé…
C'était elle, aucun doute. Son visage si parfait qu'elle avait volontairement défigurée avec son tatouage sous l'œil gauche, comme une larme. Arthur se mit à dévorer les photographies prises par les médecins, ignorant leurs notes. Sélénée était couvertes de blessures toutes plus graves les unes que les autres. Sa peau si parfaite qu'aucun artifice n'avait besoin d'enjoliver était violacé en plusieurs parties du corps. Sa cheville si délicate était si atrocement meurtrie… Son épaule et son cou portaient les traces de brûlures de l'attaque de son frère. Sa clavicule droite était à vif et toute enflée et le dos déformée par les fractures. Son bras gauche si gracile était lui aussi couvert de brûlures et de griffures. Il lui manquait deux doigts à la main et son bras droit... Elle qui avait des mains si douces…
Pourtant elle restait belle. La traque dont elle faisait l'objet avait conditionné son corps à un exercice physique ininterrompu. Sélénée avait le corps mince et musclé, comme quand il l'avait connu autrefois…
Il éplucha rapidement les données. Radio, pression sanguine, rythme cardiaque… Rythme cardiaque ? Les chiffres qu'il lisait ne correspondaient pas à sa pression sanguine. C'était comme si elle…
En bas du dossier, un médecin avait ajouté une note.
.
La main qui tenait le Scroll trembla. Mais ce tremblement n'était pas le résultat d'une accumulation de chaleur. C'était le fruit d'un mélange d'émotions qu'il croyait avoir scellé il y avait vingt ans de cela…
Sa gorge était nouée et ses lèvres entrouvertes.
Ce qu'il lisait n'était pas possible…
— Oh, Sélénée… Que m'as-tu caché…?
Sélénée se réveilla elle aussi.
Son corps était un concentré de douleur et chaque mouvement amplifiait cette sensation, même respirer était insupportable… Elle utilisa ses sens pour se repérer. Pas d'odeur sinon celle de son propre sang. Pas de son sinon les battements de son cœur. Au toucher, elle était dans un matelas posé à même le sol, d'après la sensation d'inconfort dans son dos, ou peut-être cela venait-il de ses vertèbres fracturées...
Elle tourna lentement la tête et observa son environnement…
Tout était… sombre… Pas de fenêtres… des flammes vertes éclairaient faiblement des piliers qui montaient vers un plafond trop haut pour qu'elle le voie dans le noir.
Elle n'eut pas besoin de plus pour reconnaitre le Reliquaire de la Création…
— Tu es réveillée. Parfait.
Elle reconnut le bruit détestable d'une canne sur le carrelage sur lequel les flammes renvoyaient une couleur verdâtre.
Marchant tranquillement vers elle, Ozpin !
— Toi…
Elle voulut se lever, invoquer sa faux et décapiter cette ordure ! Mais son corps resta immobile et tremblant.
— Tu as d'innombrables fractures et hémorragies internes. Et ton bras droit est toujours manquant, énuméra-t-il en s'arrêtant près d'elle.
Elle le fusilla du regard à défaut de le tuer.
— Et je dois t'en remercier...
Sa voix se voulait glaciale et puissante à souhait, mais elle ne put s'exprimer que d'un souffle à peine audible.
— Ce qui s'est passé est ma faute, reconnut-il. Salem a retourné ma découverte contre nous…
— « Nous ?… » Entre toi et nous… Il n'y a pas de « nous… » Tu nous as envoyé au casse-pipe… Et par ta faute, notre peine a probablement été prolongée pour ne pas avoir obéit au vrai signal…
Elle ferma les yeux et retourna sa tête devant elle.
— Tu es vraiment… le pire…
— Je ne suis pas Arthur Watts.
Elle rouvrit les yeux et ceux-ci prirent une couleur rouge !
— N'évoque pas son nom en ma présence ! gronda-t-elle avec ses maigres forces.
Mais sa colère seule ne pouvait alimenter le feu dans ses yeux qui s'éteignit bien vite, trop épuisant dans son état.
— Dois-je aussi éviter d'évoquer ce secret que tu as gardé depuis 20 ans ?
Elle frémit. Un sentiment de frayeur et d'impuissance la saisit et le souffle lui manqua. Elle se tourna de nouveau vers lui.
— De quoi…?
— Inutile de le nier, Sélénée. Je le sais.
Elle avala difficilement sa salive. Dans son état normal, elle aurait trouvé mille façons de l'empêcher de révéler ce secret. Si Salem l'apprenait, elle serait encore plus pourchassée que Raptoria ou son frère ! La déesse des Grimms ne s'arrêterait devant rien pour la capturer !
— Que veux-tu ? soupira-t-elle, comprenant qu'il avait toutes les cartes de son côté.
— M'aider à mettre un terme aux agissements de Salem.
Il lui aurait demandé de tuer ses frères ou sa sœur qu'elle aurait eu la même réaction : elle éclata de rire, mais grimaça de douleur à cause de ses côtes fracturées.
Elle cracha un peu de sang et Ozpin eut la décence de lui essuyer les lèvres.
— Salem… doit vivre…
— …Aussi longtemps que je vivrai. Oui, je sais. C'est la Loi première des Quatre. Mais je ne vous demande pas de la combattre. Je veux que vous formiez des Huntsmen capables de la vaincre.
— Tu parles de l'Argentée, c'est ça ?
Il ne le nia pas et cela l'irrita.
— Tu as oublié… ce qu'il s'est passé il y a vingt ans ? Tu veux envoyer la dernière de son peuple à la mort ?!
— Tu connais aussi bien que moi la prophétie les concernant.
— Au diable les prophéties ! Je ne laisserai pas la dernière Argentée mourir pour toi !
Son emportement lui causa une quinte de toux sanglante.
— Je… *cough* Je… *cough*cough*
Elle se sentait bizarrement faible. Une noirceur obscurcissait son champ de vision, la plongeant encore un peu plus dans les ténèbres.
— Tu es dans un état critique. Ton organisme est en train de défaillir, tu as besoin de te ressourcer en Énergie. Cet endroit est le seul dans tout Vale où tu peux te reposer en toute sécurité.
— Alors quoi ?...
— Faisons un Pacte.
La Deuxième Loi… Pour les Quatre, un pacte n'était pas qu'une simple promesse à prendre à la légère. C'était un serment dont ils ne pouvaient revenir en arrière une fois acceptés. Un pacte pouvait les forcer à beaucoup de sacrifice pour tenir leur parole. Leur vie, leurs valeurs, l'autorité des Lois. Toutes ces considérations devenaient secondaires, avec toutes les conséquences que cela impliquait…
— Va te faire foutre…
Elle se tourna de côté dans son matelas et lui tourna le dos. Elle se retint de hurler avec son dos brisé mais elle préférait encore souffrir plutôt que de continuer à lui parler.
Ozpin ignora totalement l'insulte et s'assit par terre à côté d'elle. D'une pression sur la gâchette de sa canne, celle-ci se replia et il put la ranger dans une poche de sa veste sans que celle-ci ne le dérange.
— Entraine l'un de mes élèves et en échange, tu seras hébergée et soignée ici.
— Un… seul ? répéta Sélénée avec méfiance.
— Un seul. C'est tout ce que je te demande.
Ozpin n'était pas un manipulateur. Il ne poserait pas des clauses vicieuses ou incapacitantes, elle le savait. Il voulait conclure un pacte honnête. Mais elle n'était pas naïve pour autant.
— Tu avais envoyé quatre gamins là-bas. Et je suis là à présent. Mon frère ne devrait pas tarder à arriver pour me récupérer et je te parie que Raptoria n'est pas loin… Tu souhaites que chacun d'entre nous entraîne l'un de tes petits protégés, c'est bien ça ?
— Oui.
— Tu tiens vraiment à lui faire la peau…
— Je l'aurais fait il y a longtemps si vous ne m'en aviez pas empêché ce jour-là.
Elle ne répondit pas. Un silence s'installa entre eux. Ce que les Quatre avait fait jadis était discutable. Ils avaient choisis d'imposer la neutralité là où un choix aurait dû être pris et le monde avait souffert de leur décision.
— Trois ans, lâcha-t-elle.
Il inclina la tête, incertain quant à ce qu'il venait d'entendre.
— Trois ans. Pour former l'un d'eux.
— Merci, déclara Ozpin avec soulagement.
— Ne me remercie pas… Avec nous comme maîtres, ils ont toutes les chances de mourir… Tu le sais.
Ozpin n'eut pas besoin de répondre. Naturellement il savait. Mais ils savaient aussi que lui seul ne pouvait plus enseigner à de jeunes Huntsmen comment dépasser leurs limites.
L'obscurité gagnait Sélénée. Une torpeur agréable envahissait son corps et elle ignorait si elle se réveillerait encore dans cette vie.
— À ton tour, à présent…
Il hocha la tête et la souleva le plus délicatement possible. Ce fut seulement alors qu'elle découvrit qu'en dehors de ses bandages, elle était nue.
— Pervers…
— Venant de toi… Tu étais nue aussi, le jour où les Quatre sont apparus pour la première fois sur ce monde.
— C'était… le bon vieux temps… C'était le règne des Six…
Ozpin soupira, l'esprit ailleurs, marchant à travers les arches de l'édifice souterrain. Les flammes vertes créaient des ombres qui dansaient sur le visage du Headmaster.
— J'aurai tout donné pour retourner à cette époque… Et empêcher tous ces malheurs d'arriver.
— Comme nous…
...
Une sensation d'humidité couvrit le corps de Sélénée à mesure qu'Ozpin la transportait à travers les arches sans fin. Elle tourna la tête et découvrit un bassin remplie d'une eau verte émeraude aux reflets bleus saphir. C'était la première fois qu'elle voyait ce qui s'apparentait à une source thermale mais une part d'elle semblait être replongée dans l'enfance… Craintivement, elle s'accrocha à la veste d'Ozpin. Son corps tremblait mais ce n'était pas par peur.
— Qu'est-ce que c'est, Ozpin ?
— Tu ne conserves aucun souvenir mais ton corps si, n'est-ce pas ? C'est ici que vous êtes nés, Raptoria, Lux, ton frère et toi. C'est un point d'ancrage entre ce monde et le Flux d'où vous venez. Et c'est aussi la Relique de ta sœur.
— « Home Sweet Home… » lâcha-t-elle d'un ton sans humour.
Il s'accroupit et fit glisser Sélénée jusque dans le bassin. Elle se laissa engloutir par les flots en fermant les yeux.
Aussitôt que Sélénée entra en contact avec l'eau émeraude-saphir, celle-ci se changea en une couleur rouge loin de celui du rubis. Ozpin s'écarta d'un pas alors que le bassin rempli de sang se mit à luire et qu'un mystérieux courant de couleur violette se mit à tourbillonner autour du corps de Sélénée qu'il distinguait sous l'eau sanglante.
Le processus débutait et il n'avait plus rien à faire ici. Il fit demi-tour et se dirigea vers l'ascenseur.
La Team STRQ attendait dans le bureau si particulier du Headmaster. Les rouages se mouvant sans fin, le tout dans un certain ordre qui semblait donner un but au moindre mécanisme, donnaient à Summer une impression d'éternité en mouvement.
La définition même du Temps, aurait dit Ozpin s'il avait lu ses pensées à ce moment-là…
Cela faisait seulement trois jours qu'ils étaient de retour à l'Académie. Summer avait l'impression que cela faisait des années qu'ils n'étaient revenus ici alors qu'ils n'étaient partis il n'y avait même pas deux semaines… Tant de choses s'étaient passées… Ils avaient trouvés les Quatre, ou ceux-ci les avaient trouvés plutôt et ils avaient sauvés les habitants de Mountain Glenn, une réussite qu'auraient dû accomplir les quatre Huntsmen. Il était difficile pour eux d'admettre que l'éloge qu'on faisait d'eux comme les meilleurs Huntsmen de cette génération était infondée. Ils étaient loin d'avoir les capacités pour être les meilleurs…
Les Quatre… Leurs ennemis et les Grimms humanoïdes… Les Argentés… Le Gardien… Tous ces mystères allaient leur être révélés aujourd'hui, du moins l'espéraient-ils.
— Le voilà, lâcha Raven.
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent pour laisser sortir Ozpin qui fit quelques pas dans son bureau. La Team STRQ était là au grand complet. Taiyang était couché par terre, les mains derrière la tête pour faire office d'oreiller Qrow accroupit contre l'une des colonnes près de l'entrée, une bouteille d'alcool en main Raven adossée contre la même colonne que son frère Summer était assise sur l'une des chaises devant le bureau, attendant patiemment qu'il vienne prendre place en face.
— Merci d'être venu, déclara-t-il en s'asseyant dans son fauteuil.
Ses élèves se rapprochèrent et il put commencer.
— Summer, vous m'avez demandé dans la navette pourquoi les Quatre m'appelaient le Gardien ? Je pense qu'il est temps de vous expliquer ce qui me lie à eux…
Il se servit de la cafetière pour remplir sa tasse.
— Savez-vous combien de divinité les gens ont créés ?
Les Hunstmen se regardèrent, sans trop savoir où allait la discussion.
— Euh… Huit ? Peut-être dix ? hasarda Taiyang.
— En fait, il y en aurait une douzaine. Mais dans les faits, deux d'entre eux sont en fait bien réels.
— Vous vous croyez drôle ? grogna Raven, pensant que le Headmaster se payait leur tête.
— Si seulement c'était une plaisanterie, Raven… Je vous ai déjà raconté cette histoire, Summer, vous vous en rappelez ?
Elle hocha la tête et il reprit son histoire :
— Il y a très longtemps de cela, avant même que ce monde n'existe, il y avait deux frères. L'Ainé, le Dieu de la Lumière, qui créa la vie sur Remnant, et le Benjamin, qui créa la mort. Ensemble, ils façonnèrent une forme de vie unique, capable de créer comme de détruire et de décider de quelle voie choisir pour elle…
— Les Humains et les Faunus, comprit Taiyang.
— Exactement. Pour surveiller l'Humanité, les Dieux créèrent deux entités, la première chargée de protéger les êtres vivants de ce monde, et la seconde qui devrait s'assurer qu'ils meurent pour maintenir un équilibre. Mais il y avait un problème : l'Humanité des deux frères divins était incapable de faire quoi que ce soit. Ils étaient à la merci de tout, sans guide et sans repère dans un monde cruel.
— Évidemment, sans connaissance, nous ne sommes rien, reconnut Raven.
— C'est profond, sœurette, sourit Qrow.
— La ferme…
— Alors les dieux créèrent une dernière fois ensemble quatre cadeaux pour leur magnifique création…
— Je sais ! s'exclama Summer. Le Savoir, la Création, la Destruction et le Choix ! Et c'est ainsi que l'Humanité est devenue ce qu'elle est.
— Ok donc c'est quoi le sens derrière la métaphore ? s'impatienta Raven. Nous sommes là pour des réponses, pas pour chercher à comprendre ce que ces soi-disant quatre cadea…
Elle ne finit pas sa phrase elle fronça les sourcils en posant une main devant sa bouche.
— Vous avez compris, déclara Ozpin en lisant la perplexité dans les yeux de son élève.
Les trois autres les regardèrent tour à tour sans comprendre.
— Je ne comprends pas, Headmaster… Ce n'est pas juste une histoire ? demanda innocemment Summer.
— C'est là que le conte se termine et que la réalité débute, Summer. Voyez-vous, ces quatre cadeaux ne sont pas juste des métaphores de la condition humaine. Chacune d'entre elles existe sous deux formes physiques dans ce monde. Ces représentations matérielles de nos âmes sont appelées des Reliques.
— Et l'autre forme ?
— Elles sont appelées les Quatre.
