CHAPITRE 22
"Ce que tu chasses"...
Et vous marcherez éternellement dans les royaumes des ombres…
Qui es-tu ?
Pourquoi…
Où tu te tiendras, la vie ne sera plus.
Pourquoi ?
Tu étais censé nous sauver !
POURQUOI ?!
Le Destructeur de Mondes…
Recroquevillé au fond d'une ruelle, le dos appuyé contre la porte de service d'un restaurant bas de gamme, l'homme en Noir était plongé dans un demi-sommeil, équilibrant son esprit entre éveil et somnolence pour pouvoir se reposer tout en étant sur le qui-vive. Ce genre d'occasion s'était gravement amenuisé depuis plus de vingt ans et il devait saisir la moindre opportunité pour se récupérer de ses forces…
Il avait accordé un délai d'une semaine aux Hunstmen du Gardien et trois à Kaoli Xiong. Une nuit s'était écoulée depuis. Il ne restait plus que deux jours avant qu'il ne vienne récupérer Sélénée. Elle serait rétablie d'ici là et le signal n'appliquera aucune sanction à leurs égards. Ils reprendront alors leur marche et leur lutte contre Salem aussi longtemps qu'ils le pourront…
— Tu croyais vraiment nous doubler comme ça, Roman ?
Il tourna les yeux et vit deux hommes traîner dans la ruelle un enfant, les cheveux roux, d'à peine dix ans, tenant à la main un sac plus sale encore que ses vêtements. Celui qui lui saisissait la main le jeta par terre dans une flaque d'eau croupie. Sans lui laisser le temps de se relever, l'autre homme posa son pied sur son dos et le maintint dans la saleté. Son compagnon saisit le sac que le gosse avait laissé tomber et vida le contenu : une canne, quelques provisions et un chapeau en feutre noir, cerné d'un ruban rouge, et plusieurs cartes de Liens.
— Le fils de pute ! siffla le truand en ramassant l'argent. Un… Deux… Trois… Il nous a caché cinq cents Liens, ce p'tit bâtard !
Le rouquin chercha à se défendre.
— Non ! C'est ce que j'ai gagné de mon…!
Celui qui tenait son pied sur son dos l'enfonça brusquement dans l'eau sale. Il se débattit aussitôt pour essayer de sortir la tête hors de l'eau mais son agresseur était trop fort pour lui.
L'autre étudia brièvement la canne mais n'y trouva rien d'intéressant, le chapeau, par contre, l'intéressa au plus haut point.
— Belle pièce ! Ça doit valoir quelque chose dans les deux-trois cents Lyens… Tu m'étonnes que ce con s'est cru se faire pousser une paire avec une telle somme. Sors-le de cette merde.
L'autre obéit et relâcha légèrement la pression de son pied, permettant au gosse de sortir la tête de l'eau avant qu'il ne s'y noie. Il se mit à tousser et à recracher l'eau croupie pendant que le chef du duo s'allumait tranquillement un cigare avec un briquet gris décoré de rouge.
— Tu manques pas de cran pour avoir essayé de partir. Mais tu nous dois de la thune, Roman ! Tu me dois de la thune !
— J'ai déjà remboursé ma dette !
D'un hochement de tête de son chef, le subordonné donna un violent coup de pied en plein dans le ventre du gosse ! Celui-ci se plia en deux en poussant un cri de douleur.
— Tu m'auras remboursé quand je l'aurai décidé ! T'as beau être copain-copain avec le fils de Xiong, personne ne me quitte sans que je ne lui donne ma bénédiction. Je lui ai donné, Elias ?
— Non, patron.
— C'est bien ce que je pensais.
Le caïd saisit le rouquin par les cheveux pour le forcer à le regarder malgré la fumée qu'il lui soufflait en plein visage.
— Maintenant, tu vas retourner bosser pour mon compte. Tu voleras dans tous les docks que je te dirai de voler, pigé ? Sinon, je vais te faire la peau, Roman, et crois-moi, tu vas pas aimer.
Le gamin regarda le truand droit dans les yeux. Malgré son jeune âge et la douleur, ses yeux ne montraient pas la moindre once de peur.
— Va te faire foutre, Dan.
Et pour ajouter le mot aux actes, il lui cracha à la figure.
Le dénommé Dan encaissa l'injure calmement. Il relâcha le gosse et Elias le releva en le tenant par le cou. Son chef recula d'un pas et s'essuya le visage sans rien laisser exprimer de ses émotions.
— Ok.
Sans le moindre avertissement, le caïd le frappa du poing en plein visage, le jeta à terre et à l'aide de la canne se mit à le rouer de coups, tout cela sous le regard indifférent de l'Homme en Noir. D'ailleurs, ni le gosse ni son agresseur ne semblaient l'avoir remarqué. Ce qui se passait ici n'était que le quotidien des bas quartiers des Royaumes. C'était plus rare à Vale ou à Atlas qu'à Vacuo, mais ça ne signifiait pas que ce genre de chose n'existait pas pour autant. Ceux qui avaient le pouvoir dominaient ceux qui ne l'avaient pas, et écrasaient sous leurs bottes ceux qui osaient s'opposer à eux.
La porte auquel était adossé l'Homme en Noir s'ouvrit et un commis de cuisine sortit, un sac poubelle rempli en main. Il vit le truand et son complice frapper le gamin sans répit mais ne dit mot et se contenta de jeter son sac dans une poubelle et de retourner en cuisine.
Ce n'était pas de la lâcheté, le type savait qu'en défendant le mioche, il risquait de se retrouver dans le même état. Les types prêts à cogner un enfant ne valaient pas mieux que des foutus Grimms !
Mais ce n'était pas le problème de l'Homme en Noir. Quand la porte de service se referma, il s'y adossa de nouveau, sourd et aveugle à la violence auquel il était témoin.
Le gamin finit par hurler de douleur, mais bien vite s'arrêta. Ses cris ne faisaient que renforcer le sadisme de son bourreau !
— C'est ce que t'as voulu, Roman ! C'est ce que t'as voulu !
Le chef du duo finit par s'arrêter au bout d'un long moment, ne laissant du gosse qu'une loque au visage ensanglanté. Il tremblait de douleur de toutes parts mais pas une larme ne coulait sur son visage. Le visage encore rouge de l'effort, le truand respira un grand coup en regardant autour de lui. Il remarqua alors l'homme tout habillé en noir qui les regardait d'un air morne. Il cracha aux pieds de ce clochard qui avait bien fait de fermer sa gueule. Il lui jeta la canne qui rebondit à côté de lui.
— Tu dis un mot de ce que t'as vu et je te l'enfonce profond, pigé ?
L'Homme en Noir ne dit rien. Son attention était plutôt attirée vers sa victime qui gisait dans la crasse et le sang. Le petit rouquin tourna la tête vers l'Homme en Noir et réalisa à son tour son existence. À travers ses yeux tuméfiés, il semblait l'implorer.
Mauvais choix.
L'Homme en Noir n'était pas un sauveur mais un monstre. Et les monstres ne venaient pas en aide aux nécessiteux…
Étrangement, le gamin semblait l'avoir compris. Il ne demandait pas à ce qu'il l'aide. Il avait vu ce qu'était réellement le monde réel. Un monde hostile, solitaire, indifférent aux espérances et aux rêves. Il le savait. Il ne demandait qu'une chose, une seule :
— Tu…
— « Tu » quoi, sale con ? grogna le caïd en se tournant vers lui. Tu es désolé ? Il va falloir faire plus que ça !
Il lui donna un violent coup de pied en plein plexus, lui coupant le souffle.
— Le…, fut tout ce que le gamin put dire avant de manquer d'air.
— LA FERME ET CRÈVE ! rugit son agresseur en sortant de sa poche un cran d'arrêt.
Il avait les yeux exorbités comme un fauve en cage. Il n'avait plus qu'une envie : en finir avec ce parasite qui lui avait gâché sa journée !
— Es-tu sûr de ce que tu demandes ?
La voix glaciale stoppa son geste. C'était quelque chose de terrible à entendre pour une personne qui n'avait jamais été entrainée à garder la maitrise de ses émotions. Un souffle de mort, sans chaleur ni émotions. Un son glacial qui foutait une trouille sans pareille aux deux truands.
— Ôter la vie n'est pas anodin. C'est un acte définitif, sans retour possible. Une fois le sang sur tes mains, tu ne pourras plus jamais t'en débarrasser.
Le truand se retourna en tendant sa lame devant lui, comme un voleur pris en flagrant délit, et vit alors l'Homme en Noir debout face à lui, la canne entre les mains. Quelque chose de profondément malsain émanait de cet inconnu, rien que le regarder était intolérable !
Les doigts de l'Homme en Noir caressèrent la surface de la canne sans daigner regarder l'une des trois humains.
— Es-tu certain de ton choix ?
Ce à quoi, d'un geste aussi douloureux qu'à peine imperceptible, l'enfant acquiesça.
— Ainsi soit-il...
Le caïd tira une moue furieuse et pointa sa lame vers le menaçant inconnu.
— Pas mal, ton p'tit numéro, le clodo. Mais si tu veux te mêler à la fête, t'as choisis le mauvais type à faire chier !
Il activa sa Semblance et aussitôt… se démultiplia ! Deux, quatre, huit, bientôt seize truands partageant le même visage et la même lueur de folie meurtrière le regardèrent, armés chacun du même cran d'arrêt. La soudaine augmentation d'ennemis ne dérangea nullement l'Homme en Noir qui cessa simplement sa contemplation de la canne.
— Je suis Dan mais on m'appelle Légion ! Comment crois-tu pouvoir me battre ? Je peux faire apparaitre cent autres doubles si je veux !
L'Homme en Noir n'attendit pas de le voir essayer. Il leva la canne à hauteur de hanche en la tenant par la poignée. D'une pression des doigts, un système de mise à feu s'actionna et le bout de la canne cachant une chambre de tir dressa un viseur. Avant même que les clones ne puissent réagir à ce qui se passait sous leurs yeux, il pressa la détente de la canne-à-feu et logea une balle en plein front dans l'un des clones. Aussitôt, les autres disparurent, ne laissant plus que le véritable caïd étendu raide mort par terre, un maigre filet de sang coulant du trou encore fumant.
Ce n'était pas un coup de chance.
Et pour cause.
L'Homme en Noir disposait d'une multitude de sens hyper développés, bien plus nombreux que les cinq à six sens des Humains et Faunus. Être capable d'identifier le seul corps doté d'un cœur battant et pourvu d'afflux nerveux parmi tous ces clones était un jeu d'enfant pour lui.
— Oh merde ! beugla subordonné en sortant à son tour son arme blanche.
D'un bond, l'Homme en Noir fut sur lui. Il lui saisit la main qui tenait le poignard et la guida droit vers la gorge de son possesseur. La propre lame du truand s'enfonça dans sa jugulaire et il s'écroula par terre, les yeux révulsés, les mains cherchant désespéramment à stopper le sang qui coulait à gros bouillon de sa plaie. Son meurtrier posa le pied sur son cou comme il l'avait posé auparavant sur le gosse. Il s'assura qu'il ait bien compris la similitude avant de lui briser la nuque d'un geste puissant.
Deux cadavres gisaient maintenant dans l'eau croupie, aux pieds du jeune voleur aux cheveux roux. Il en était sidéré. L'action n'avait pas durée plus que quelques secondes ! Dan et Elias s'étaient servis de lui pendant des années pour voler les entrepôts remplis de marchandises de valeur. Grâce à sa petite taille, il parvenait à passer par les conduits de ventilation ou les canalisations pour entrer par effraction. Cette époque de souffrance était révolue !
Quelque chose tomba devant lui, il baissa la tête et vit à travers ses yeux obstrués par deux cocards son chapeau et sa canne. Il releva la tête pour remercier l'inconnu qui avait su donner pour une fois une justice juste et décisive, mais ne vit personne. L'homme était parti comme il était venu : aussi silencieusement qu'une ombre…
Taiyang ouvrit les yeux. Lentement. Difficilement.
Il voyait sans rien regarder. Une ombre indistincte bougeait devant lui, il entendait quelque chose mais il était trop fatigué pour comprendre quoi que ce soit. Avant même de pouvoir articuler un mot, il replongea dans son sommeil sans rêve.
.
Il les rouvrit un peu plus tard, apercevant de façon plus distincte une forme féminine en face de lui.
— M… Maman ?
— J'ai eu de nombreux surnoms à l'Académie, mais jamais celui de « Maman ».
Taiyang réalisa au bout d'un long moment à qui appartenait cette voix. Il se redressa d'un coup hors du lit dans lequel il dormait.
En face se trouvait le professeur Archer en compagnie de la vieille Farah, la doyenne du village et une très vieille amie de sa mère. Tous les deux étaient assis sur une chaise près de son lit.
— Euh… Bonjour, monsieur… Excusez-moi de... Heu...
— Bonjour Taiyang, vous nous avez inquiétés, déclara l'ancien Headmaster.
— Mis nan ! L'est solid' comme un roc, l'bougr' ! ria la vieille Farah dans son vieux patois.
— Qu'est-ce que je vais ici ?
— Comme vous mettiez du temps à rentrer de chez vous, j'ai décidé de venir voir ce qui n'allait pas. Imaginez-moi quand je vous ai vu au milieu d'un tas de cendre. Vous transportez avec un bras jusqu'au village n'a pas été une partie de plaisir… Heureusement, madame Farah a acceptée volontiers de veiller sur vous pendant votre rétablissement.
— Y't'croyais calancher, l'torte en pion ! J'l'y disai bin qu't'avai b'soin d'just un bon lit mais y'l 'vait du frometon dans le cigare, y m'écoutai pô !
— En français, Farah.
— Keskta cont l'patois, ti ?
— On ne vous comprend absolument pas.
— Fitu gars d'la ville…
Laissant la vieille bigote marmonner dans sa barbe, Archer en revint à Taiyang.
— Qu'est-ce qui s'est passé là-bas ?
— Un Beowolf Alpha. J'ai dû balancer tout ce que j'avais pour le vaincre…
— Au point d'utiliser ces gantelets ?
L'ancien Headmaster faisait référence à Ember Celica, posée sur une commode près du Huntsman. Il était présent le jour de l'accident, il avait été l'un des rares enseignants à accepter son choix de se battre à mains nues quand ses collègues se plaignaient de gâcher un tel potentiel.
— Je crois… qu'il était temps…
— J'en ai bien l'impression. J'ai pris soin de contacter Ozpin et il a eu la gentillesse d'envoyer l'une de ses Huntress pour vous raccompagner.
— Un Huntress ? Summer ?
— Non, je ne crois pas que ce soit son prénom. J'ai plutôt souvenir d'une certaine… Glydia Goodwitch ? Ozpin demande votre rapatriement dans les plus courts délais. Il a parlé d'une date limite, quelque chose comme cela…
Taiyang hocha mollement la tête. Avant de réaliser ses propos…
— Attendez, je suis au lit depuis combien de temps ?
— Trois jours. Vous vous êtes réveillé hier mais ce fut pour vous redormir aussitôt.
— C'est aujourd'hui…, souffla le Huntsman.
— Aujourd'hui quoi ? demanda naïvement Farah.
Taiyang soupira profondément. De toute évidence, il ne pouvait pas rester plus longtemps à Patch…
— Désolé, Maman…, murmura-t-il comme une dernière prière avant de s'adresser à Archer. Professeur ? Pouvez-vous dire à Glydia que j'arrive ?
Archer était visiblement surpris de sa demande.
— Vous comptez déjà partir ? Et la tombe de votre mère ?
— Je l'ai déjà vue… Je ne veux pas vraiment y retourner… Alors pourquoi ne pas retourner auprès de mes amis ?
— Comme vous voulez…
Archer se leva et quitta la pièce, laissant Taiyang et la vieille Farah seuls. Le jeune Huntsman se leva et saisit ses vêtements qui traînaient sur une chaise.
— Farah… Vous pourrez déposer des fleurs sur sa tombe ? demanda-t-il en espérant que ce n'était pas trop exiger de la part de cette personne âgée.
— Bin-sûr. An arritait pô d'causer d'ti… Al 'tait si fière d'ti !
Taiyang sourit, un peu tristement.
— Merci, Farah.
— Ti orai di la r'garder c't dernirs temps, y'tait si joie. Al'd'sait kel 'vait vu un ange ! Li pauvre fille…
— Un ange ? demanda poliment Taiyang sans vraiment s'y intéresser, trop occuper à enfiler sa veste et s'équiper d'Ember Celica.
— Ui ! Al'd'sait 'voir vy une jolie fille, h'billée to'te en blanc comme un ange.
Le visage de Taiyang se décomposa. Il se tourna lentement vers la vieille Farah st s'approcha d'elle pour être sûr de bien entendre.
— Pardon Farah, tu dis que ma mère a vu une femme tout habillée de blanc ?
— Ui, ui.
— Merci, Farah…
Il quitta la maison de la doyenne et rejoignit Archer et Glydia. Il répondit à peine quand elle lui demanda s'il allait bien. Il paraissait abattu avec son regard perdu. Mais ce n'était pas du chagrin. Taiyang était calme, concentré, bouillonnant d'une colère froide…
Il s'était demandé pourquoi cette Salem avait attaquée Patch, une petite île paisible sans grand intérêt. Maintenant, il savait pourquoi.
La Femme en Blanc était passée ici. Ozpin disait que les Grimms attaquaient les places où étaient passés les Quatre. Taiyang serra les poings jusqu'à en trembler…!
Cette femme allait payer !
Kaoli Xiong tapait nerveusement du doigt sur une table en verre où des papiers et une mallette reposaient. Assis dans son éternel canapé noir en cuir véritable, le parrain de la pègre attendait la venue de l'Homme en Noir. Debout près de lui, Cole observait avec étonnement le stress évident de son patron qui fixait nerveusement l'entrée du club en bas des escaliers. Il regarda sa montre il n'était pas encore tout à fait l'heure… Il aurait aimé que le club soit ouvert et que la musique du DJ le distraie un peu mais Kaoli ne voulait voir personne aujourd'hui. Même ses hommes de mains s'étaient vu offrir une journée de congé pour chasser le moindre curieux des lieux.
— Kaoli ? Qui est ce type à la fin ?
Kaoli daigna à peine détourner le regard de l'entrée pour regarder du coin de l'œil son associé. Il saisit une bouteille de whisky sur la table et s'en servit un verre. Il l'avala d'une traite, sans vraiment apprécier le goût du breuvage.
— C'est une ancienne « connaissance » de mon père… Ils se fréquentaient déjà avant ma naissance. Avant de devenir le leader de Vale, mon père a connu une époque où il ne restait plus qu'à la famille ce club… Et c'est là qu'il est apparu. Il a d'abord buté les petites frappes des autres Familles, assez pour attirer son attention. Puis il est arrivé dans le club, a monté ces marches d'escaliers et sur cette même table, il a déposé la tête du principal rival de mon père et tous les deux ont conclu un pacte.
— Un pacte ? Vraiment ? pouffa Cole.
Mais son chef ne plaisanta pas. Il continua tout en se resservant un verre.
— Sérieusement. Le deal était : « je bute tous tes ennemis, en échange, tu ne touches pas à la drogue, aux jeux d'argent et tu t'éloignes des politiciens et des flics. »
— Et ton père a accepté ?
Kaoli but cul sec son verre et s'en resservit un troisième. Jamais Cole ne l'avait vu boire autant, à part le jour de la naissance de son fils Junior.
— Si ce type mourrait en faisant le ménage, il n'aurait pas à tenir sa parole.
— Mais il a survécu.
— Il a fait plus que ça… Il a tué tous les hommes de mains des familles adverses, leurs informateurs, leurs connections avec les politiciens du Conseil, après, il a brûlé tous leurs bâtiments et pour finir, il a tué les parrains. Un par un. J'ai vu un jour les photos que les flics ont pris après le carnage, crois-moi : c'était pas beau à voir…
— J'imagine la tronche de ton père quand ce type est revenu devant lui…
— Moi non… C'était comme si on lui avait offert un royaume à régner. Il a accepté et ce pacte dicte toujours la conduite de la famille Xiong. Ni mon père ni moi-même n'avons remis en question le pacte conclu avec l'Homme en Noir.
— « L'Homme en Noir » ? Quoi, comme dans cette vieille histoire pour les enfants ? Quelle idée de se faire appeler comme ça… C'est pour ça que tu disais « ce n'est pas comme ça que les Quatre agissent » ?
— Non.
Kaoli contempla son troisième verre d'alcool mais refusa de le boire. Le liquide était secoué sans cesse dans le verre à cause de ses mains tremblantes.
— Quoi, « non » ? demanda Cole avec un certain intérêt.
— L'histoire des Quatre n'a rien d'un conte pour enfant. Je dirai même que c'est l'inverse…
Il préféra reposer le verre plutôt que le boire. Cette fois, Cole fut certain que Kaoli croyait réellement à ce qu'il disait. Quelque de particulièrement perturbant dérangeait le gangster, il ne savait quoi…
— Kaoli, tu veux me dire que cette histoire a un fond de vérité ?
— C'est ce que mon père pensait. Et tu sais que son cœur était trop froid pour l'humour.
Cole ne réfuta pas ses dires. Il savait comme tout le monde à Vale la cruauté du précédant chef de la famille Xiong. Tous ceux qui pouvaient lui faire de l'ombre ou tenter de le doubler avaient finis sur le macadam. Même l'oncle de Kaoli avait un jour cherché à se monter un petit trafic dans son coin. On le découvrit un jour suspendu à son balcon pendu par ses tripes. Si la police n'avait pu trouver des preuves susceptibles de remonter jusqu'au parrain, personne n'avait été dupe pour autant…
— Te voilà, déclara brusquement Kaoli à l'attention d'un troisième individu.
.
L'Homme en Noir était là.
Aucun des deux mafieux ne l'avait entendu entrer. C'était à croire qu'il était passé à travers les murs !
Kaoli n'eut pas besoin de consulter sa montre pour savoir qu'il était pile l'heure du rendez-vous. L'Homme en Noir était semblable à une machine sur certains points, la ponctualité poussée à l'extrême en était l'un d'eux…
L'Homme en Noir gravit les marches de l'escalier comme auparavant. Comme à son habitude, il resta debout devant Kaoli, le visage baignant éternellement dans les ténèbres. Pourtant, le parrain nota une différence par rapport à il y a trois jours. Il n'aurait su expliquer cette impression mais quelque chose paraissait avoir changée chez lui, et pas forcément en bien…
— Voilà tout ce dont tu as besoin pour entrer à Beacon : une pièce d'identité Atléssienne, les documents officiels qui prouvent que c'est bien l'Académie qui t'envoie et dans cette mallette, i y a l'un de leur uniforme. Désolé si ce n'est pas ta taille, on a du deviner au jugé.
L'Homme en Noir ne lui accorda pas la moindre attention. Silencieusement, il examina avec précision chaque ligne, chaque mot des documents, à la recherche d'une erreur. Il n'en trouva aucune susceptible de le démasquer. Les faussaires des Xiong étaient toujours des virtuoses…
Sans un mot, il glissa les documents dans la mallette et la prit en main. Ce ne fut qu'alors qu'il sembla se rappeler de l'existence des deux humains devant lui.
— Tu fais honneur à ton père.
L'Homme en Noir tourna les talons et descendit l'escalier, laissant derrière lui une odeur écœurante que Kaoli identifia immédiatement.
— Je sais ce qui a changé en toi… Ou plutôt, ça confirme ce que je pensais de toi.
L'Homme en Noir marqua le pas pour écouter ce qu'il avait à dire.
— Tu empestes le sang et les tripes comme les Grimms que tu extermines. Tu es devenu ce que tu chasses.
La silhouette de l'Homme en Noir se confondit avec l'obscurité du club. Les verres tintèrent et l'éclairage clignota alors qu'il se tourna à moitié vers Kaoli. Son œil rouge brûlait de façon incandescente dans les ténèbres de son visage. Kaoli sentit les membres de son corps se raidir en vue d'une mort imminente…! Ce n'était pas le regard possible d'un être humain.
La réponse de l'Aîné des Quatre résonna dans le club désert comme le signe annonciateur de catastrophes à venir...
— Pas encore.
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