CHAPITRE 23
Le Secret de Sélénée
Dans les profondeurs de la crypte de Beacon, Sélénée reposait au fond de son bassin, protégée et bercée par le courant d'Énergie. Pendant que son corps se nourrissait avidement de cette eau rouge, son esprit baignait dans le monde des songes. Au sein de cet espace où le temps n'avait pas d'emprise, ses rêves voguaient telles des ombres confuses, disparates, où espoir et frayeurs se mêlaient et s'étiolaient dans l'infini onirique. Comme le nouveau-né dans le placenta de sa mère, des réactions nerveuses l'agitaient en de maigres occasions mais son sommeil était trop profond pour qu'elle le ressente.
Dans cet univers de paix, des brides de souvenirs lui revenaient parfois en tête, mais ils n'étaient que des flashs sans contexte, des moments d'une vie passée.
« Bienvenue en ce monde… Sélénée… »
« Les Six… »
« Argentés… »
« Nous ne pouvons pas te laisser la tuer. »
« Je m'appelle Arthur Watts… »
« Des mitaines…? Pourquoi…? »
« Vytal brûle… »
« C'en est fini des Quatre… »
Raven fut la première à apercevoir la navette transportant Taiyang et Glydia. Assise en tailleur en haut du toit de l'Académie, elle observait la navette grossir à mesure qu'elle se rapprochait. Pour la Huntress originaire de la Tribu, une chose était sûre : elle n'aimait décidément pas cette journée… Aujourd'hui était le jour où l'Homme en Noir devait venir et cette seule pensée était suffisante pour la motiver à fuir Beacon le plus loin possible ! Elle avait vu l'Homme en Noir et son Aura une fois, et elle ne voulait pour rien au monde renouveler cette expérience… Malheureusement, son frère avait décidée de rester auprès de Summer, leur cheffe trop fidèle à ce fou d'Ozpin, et Taiyang… Elle n'aimait pas l'idée de le savoir revenir aujourd'hui, c'était… énervant ?
Le teint mat, la moustache fine, le regard perpétuellement sérieux, le lieutenant Hood se trouvait sur la piste de décollage qui permettait aux aéronefs de faire la navette entre Vale et l'Académie. Il prêtait à peine attention aux Autobus aériens qui décollaient et atterrissaient alors qu'il composait le numéro de son supérieur.
— Monsieur, nous avons un envoyé de l'ambassade d'Atlas qui vient d'être autorisé à entrer à Beacon. Ses papiers indiquent qu'il est là pour une réunion avec le Headmaster de l'Académie. Tout porte à croire que c'est notre homme et qu'il utilise l'identité d'un autre pour passer la sécurité.
— Qu'est-ce qui vous fait croire ça ? demanda James Ironwood à l'autre bout du fil.
— J'ai la pièce d'identité du véritable individu sous les yeux… Je veux bien croire que la médecine fait des miracles, mais aux dernières nouvelles, elle ne peut pas encore faire rajeunir un vieillard de soixante-et-onze ans.
— Je vois…
— Monsieur… Vous vous rendez bien compte des conséquences que vous prenez en nous ordonnant de mener une opération clandestine sur le territoire d'un royaume allié ? Si nous venions à être arrêtés par les autorités ou les Huntsmen, les relations diplomatiques seraient…
— J'en suis bien conscients, Hood…
Le lieutenant pouvait presque deviner son chef réfléchir encore jusqu'au dernier instant s'il devait autoriser l'opération ou non.
— Allez-y. Bon courage, Lieutenant.
— Merci monsieur.
Hood raccrocha et contacta ses hommes.
— À toutes les unités : Feu vert. Bonne chance et bonne chasse.
Taiyang descendit du Bullhead, de retour à Beacon.
Il ne l'avait quitté que depuis trois jours mais celle-ci paraissait complètement différente aujourd'hui. Les bruits et voix animaient toujours l'Académie mais la magie qui enchantait les lieux semblait s'être tue… Était-ce le deuil qui jetait un voile morne autour de lui ?
— Bon retour parmi nous ! fit Summer en se jetant à son cou, chassant en même temps ses tristes pensées.
— Ça fait du bien de te revoir parmi nous, Tai, ajouta Qrow derrière elle.
— Moi aussi, vous m'avez manqué.
Il se tourna vers Raven et remarqua qu'elle l'étudia méticuleusement.
— Raven, qu'est-ce qu'il y a ?
— Tu vas mieux ?
Elle faisait probablement référence à sa crise de larmes. Il se gratta l'arrière du crâne en souriant du mieux qu'il put à l'attention de la Huntress.
— J'ai pu… trouver la paix là-bas.
— Tu en es sûr ?
Taiyang cilla, sans comprendre le doute dans sa voix.
— Bien-sûr. Pourquoi ?
Raven ferma les yeux en soupirant, les bras croisés.
— Pour rien… C'est quoi, ça ?
Il baissa les yeux vers ses gantelets jaunes aux avant-bras.
— Oh, ça… Ce sont des anciens gantelets de combat que j'avais conçu à Signal. Je les ai nommé Embelica Celica…
Glyndia, une ancienne camarade de classe envoyée à la demande d'Ozpin, le coupa avant qu'il ne s'égare en vaines explications.
— Désolée d'écourter les retrouvailles, mais peut-être pourrions-nous rejoindre le Headmaster ? proposa Glyndia.
Taiyang hocha la tête mais ne les suivit pas immédiatement. Il était sur la piste d'atterrissage, collée à une falaise qui surplombait le fleuve qui prenait source sous l'Académie pour parcourir la capitale et se déverser dans la mer. D'habitude, il aimait contempler le fleuve s'écouler paisiblement ou rejoindre la baie d'amarrage en bas de la falaise où il pouvait parfois discuter parmi les pêcheurs avec des amis de Patch. C'en était fini de cette tranquillité par la faute de la Femme en Blanc…
— Tai, tu viens ? lança Qrow.
— Oui.
Raven ne dit rien, mais se mit discrètement à surveiller Taiyang. Elle avait déjà trop vu ce regard parmi les membres de la Tribu. C'était les yeux d'un homme en quête de vengeance… Et elle n'aimait pas voir ce regard dans ses yeux lilas…
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Tous les cinq se dirigèrent vers la Tour de Beacon, et à chaque pas, l'impression de Taiyang se confirmait d'avantage. L'ambiance si particulière de Beacon semblait avoir disparue à ses yeux… Il y avait comme toujours des étudiants dans les couloirs, mais il reconnut en plus des professeurs, pourtant tous d'anciens vétérans émérites, des Huntsmen à la réputation reconnue dans tout Vale et parfois au-delà même des frontières de Saunas ! Il y avait ici des membres de la Team CROM, SFIR,UMBR et même SLAT(1), dont les membres s'étaient pourtant séparés cinq ans auparavant. Et ils n'étaient probablement pas les seuls à patrouiller dans Beacon…
— Ce n'est plus une Académie, c'est une forteresse…
À ses propres mots, il se rappela des paroles d'Ozpin concernant les forteresses dédiées à la protection des Reliques, protégés par des armées de Huntsmen entrainés...
— Ozpin craint que ça ne dégénère avec l'Homme en Noir, lui expliqua Qrow. Il a renforcé la surveillance de l'Académie depuis hier, histoire de ne pas risquer des vies en vain.
— Tu veux qu'on parle de notre mission à Mountain Glenn ? lâcha amèrement Raven dans son dos.
— Techniquement, on est des Huntsmen. Ça ne s'applique pas vraiment dans notre cas.
— Ne me dis pas que tu le défends ?
— Non. C'est juste pour t'embêter.
— Tu trouves vraiment que c'est le moment de plaisanter ? dit-elle froidement en fusillant son frère du regard.
La Team STRQ se tint au grand complet dans le bureau d'Ozpin. Le Headmaster ordonnait quelques derniers préparatifs avec les Huntsmen avant de se tourner vers ses élèves.
— Je vous remercie d'être revenu aussi vite, Taiyang. J'ai cru comprendre que les choses se sont révélées compliquées sur Patch ?
— J'ai pu trouver le temps de faire mon deuil… Ma mère n'aurait pas voulue que je m'apitoie sur son sort…
— Je vois.
Poliment, il les invita à prendre place sur les chaises et l'ambiance prit un tour beaucoup plus sérieux. Raven haussa un sourcil en désignant Glydia du regard.
— Pas d'inquiétude à avoir : mademoiselle Goodwitch est également dans la confidence, expliqua-t-il. L'Homme en Noir ne saurait tarder et j'avais besoin que vous soyez tous ici pour discuter de l'Ainé des Quatre.
— À quoi devons-nous nous préparer ? demanda Qrow, ayant toujours en tête l'énorme explosion qui avait rasée Mountain Glenn.
— L'Homme en Noir est ici dans un seul but : récupérer Sélénée. De tous les Quatre, il est le plus le redoutable. Ce n'est pas un hasard s'il incarna la Relique de la Destruction. Face à lui, il est inutile de songer à l'affronter.
— Alors quoi ? dit Taiyang. Nous le laissons venir sans rien faire ?
— C'est exact.
— Et vous ne craignez pas un instant qu'il puisse détruire l'Académie comme il l'a fait pour Mountain Glenn !?
— Il le pourrait… Mais il ne le fera pas, conclut Ozpin en se tournant vers la Huntress aux yeux argentés. Ou plus précisément, il en est incapable. Aussi longtemps que mademoiselle Rose sera ici, il ne fera rien qui puisse compromettre sa sécurité. De plus, l'une des Reliques se trouve ici et il ne peut permettre à Salem de s'en emparer.
— Mais ce n'est pas comme laissé n'importe qui entrer dans Beacon, Headmaster, fit remarquer Raven. J'ai senti son Aura à Mountain Glenn. Ça n'avait rien d'humain… Même les autres Quatre ne sont pas comme lui. Qu'a-t-il de particulier par rapport à eux ?
— Ce que je vous ai dit mot pour mot : il incarne la Destruction. Ce n'est pas juste une tournure de phrase… (Il se leva et marcha vers les larges fenêtres de son bureau, contemplant l'Académie en contre-bas.) Sa pleine puissance est incommensurable et s'il venait à la libérer, Remnant ne serait plus. Vous pouvez chaque jour le constater par vous-même.
Cette fois, les quatre Huntsmen hochèrent des sourcils, en se tournant vers Glydia en quête d'une réponse, ils virent qu'elle non plus ne comprenait pas ce qu'il voulait dire. Mais le Headmaster semblait éviter d'aborder ce sujet plus en détail. Avec un ton plus alerte,
— Il faut vous souvenir d'une chose concernant l'Homme en Noir : malgré tout ce que vous pouvez croire après Mountain Glenn, je peux vous assurer qu'il n'est pas un ennemi. Tous les Quatre tiennent à empêcher la disparition de l'Humanité. Rappelez-vous en quand il sera ici…
— Et quand viendra-t-il ? demanda finalement Summer. Il est à peine 10 heures, il pourrait venir à n'importe quel moment…
— Non, l'interrompit le Headmaster.
Il se tourna vers eux, l'air sombre.
— Vous le sentez autour de vous ? Cet air glacial qui gèle jusque dans les os ? Cette sensation qui fait frémir votre peau jusqu'à en faire mal ?
Ozpin marqua une pause, comme pour alourdir la sentence de sa prophétie imminente.
— Il arrive.
Il arborait une démarche militaire, digne d'un Huntsman Atlésien. Sa tenue blanche et grise impeccable détonait avec ses cheveux noirs en bataille. Cela lui donnait tacitement une personnalité rebelle, raison probable à sa présence loin des hautes sphères d'Atlas.
Il n'y avait aucun garde pour surveiller l'entrée de Beacon vingt ans auparavant, il n'y en avait pas plus aujourd'hui. Pourtant, il sentait bien la présence excessive d'Huntsmen autour de lui, dissimulés parmi les élèves, mais ils ne pouvaient effacer le poids de leurs regards qui pesait sur ses épaules depuis le moment où il avait posé le pied sur la baie d'atterrissage en sortant de sa navette de transport.
L'Homme en Noir n'était pas étonné. Il savait que son arrivée était attendue et que la surveillance serait considérablement renforcée. Mais les Huntsmen s'attendaient à un homme habillé tout en noir. Le Gardien n'aurait pas été jusqu'à leur révéler son identité… S'il avait voulu l'affronter, il aurait agi bien avant qu'il n'approche de ses élèves. Aussi se laissa-t-il observer tout en marchant sur l'allée principale menant à l'Académie. C'était Raptoria en personne qui avait façonnée ce large et long chemin ainsi que leur imposante porte principale qui donnait sur un grand amphithéâtre entouré d'un double anneau de colonnades coupées en deux par l'allée avec l'anneau extérieur s'élevant haut sur l'entrée principale de l'académie elle-même. Une construction architecturale hybride entre mur de défense et ouverture sur le monde, la définition même de l'Académie. En cette période de l'année, l'avenue était peuplée d'élèves assis sur les bancs ou sous les nombreux arbres au feuillage vert émeraude tandis que le vent faisait claquer les drapeaux suspendus aux lampadaires installés de chaque côté de l'allée. Il régnait un air de tranquillité suprême en ces lieux et une certaine nostalgie d'un passé depuis longtemps révolu lui vint…
Devant l'entrée de l'Académie se dressait un monument à la gloire des Huntsmen entouré par un bassin circulaire, un sentier et un jardin d'arbres rouges originaires de la Forêt de l'Automne Éternel. Il regarda les statues d'un Huntsman et d'une Huntress au sommet d'un rocher, sous lequel se cachait un Beowolf… Derrière l'idée d'une sculpture homérique se cachait une tombe en mémoire à tous les Guerriers aux Yeux Argentés. Au moins le Gardien savait respecter ceux qui tombaient au combat…
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L'Homme en Noir pénétra dans Beacon sans que la surveillance ne se relâche sur lui, au contraire, elle sembla même se renforcer. Il repéra plus d'Huntsmen parmi les étudiants. Certains étaient déguisés en professeurs ou surveillants, d'autres avaient gardés leur tenue de terrain, mais tous étaient expérimentés par des années de combat, nul besoin de percer leur Aura pour le savoir. Il pouvait le deviner au bruit discret de leur pas, de la silhouette adroitement dissimulée de leurs armes sous leurs vêtements mais rapide à être dégainée au besoin.
Il agit naturellement, mû par des millénaires d'expériences, marchant sous la surveillance constante d'une vingtaine d'Hunstmen surentraînés sans éprouver la moindre crainte. Des étudiants passèrent à côté sans le voir, trop concentrés sur leurs derniers cours ou sur la discussion avec leurs amis, d'autres le virent mais n'y prêtèrent guère attention, les visiteurs étaient fréquents ici…
Seuls les Faunus et leur instinct animal réagissaient d'une certaine manière à sa présence. Ils s'écartaient inconsciemment de lui ou le fixaient quelques secondes de plus que leurs camarades humains. Mais malgré tout…
Aucun ne décelait la puissance qu'il cachait au fond de lui,
prête à exploser en cas de menace.
Le seul détail qui pouvait trahir son identité était sa parfaite connaissance des lieux. Normalement, un étranger aurait eu du mal à trouver son chemin dans Beacon. De toutes les Académies, Beacon était la plus grande. S'y retrouver demandait l'impossible pour un nouveau venu ! Mais l'Homme en Noir ne s'avançait pas en territoire inconnu.
Les Quatre étaient présents le jour où la première pierre de cette école avait été posée par le Gardien en personne au lendemain de la fin de la Grande Guerre. Ils l'avaient aidé à bâtir chacun des sanctuaires destinés à abriter les Reliques des griffes de Salem.
Soixante ans auparavant, l'idée était bonne. Libérés de leur devoir de protecteurs de Reliques, les Guerriers aux Yeux Argentés et les Quatre avaient pu mener un combat plus offensif contre les Grimms et les Champions de Salem. Mais maintenant que les Argentés n'étaient plus et les Quatre sur le déclin, les Académies d'Huntsmen étaient le dernier rempart entre les Reliques et Salem. Ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'elle ne trouve une faille dans ces murs et qu'elle les fasse s'effondrer…
C'était un stratège de génie pour qui des siècles de préparation n'étaient pas un problème. Elle avait toute l'éternité devant elle pour parvenir à ses fins. Et elle y parviendrait…
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Mais le futur était incertain, seul comptait le présent et cette nouvelle menace qu'il pressentait dans son sillage.
C'était un son à peine audible à cause du joyeux brouhaha des élèves qui le mit sur ses gardes. Un bruit à peine plus fort que les bruits étouffés des Huntsmen autour de lui. Un grésillement de parasites, venant d'une radio.
— J'ai la cible en visuel…
Le Gardien lui-même n'avait probablement pas songé à une telle possibilité au sein de sa forteresse scolaire :
Il y avait un troisième élément dans l'Académie.
Sa marche resta inchangée, mais ses sens se mirent en alerte. Les sons, les mouvements de l'air, les vibrations dans le sol, les reflets et les ombres devinrent ses informateurs.
Ils étaient une quinzaine.
Trop indiscrets pour des Huntsmen et encore moins pour des Champions de Salem, ils étaient néanmoins assez compétents pour ne pas attirer l'attention des élèves. Il sentit que les Huntsmen du Gardien les avaient également repérés. Certains cessèrent leur surveillance pour prendre ces intrus en filature.
L'Homme en Noir ne profita pas de l'occasion pour disparaître dans la foule. Il se contenta de poursuivre sa marche à travers les couloirs de l'établissement, passant à côté des salles de classes vides pour la plupart. Dans un amphithéâtre aménagé pour des leçons d'Histoire, un jeune professeur aux cheveux verts et visiblement très accro à la caféine s'entretenait avec un groupe d'élève en quête de leçons supplémentaires.
Il continua, quitta la ceinture de bâtiments pour découvrir le campus intérieur où se dressaient en son centre la Tour de Beacon et le CCT à sa base. Une seconde foule, moins dense mais plus hétéroclite, y était attroupée, celle des étrangers communiquant avec leurs proches depuis un autre royaume. Des élèves issus de programmes d'échanges aux simples touristes, tous pouvaient entrer dans la Tour et profiter du cadeau d'Atlas à tous les royaumes de Remnant.
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L'Homme en Noir imita les gens et entra dans la tour. Le hall d'accueil décoré de douces lumières vertes disposait d'ordinateurs pour permettre aux visiteurs d'envoyer des mails à quiconque équipé d'un Scroll relié au réseau du CCTS. S'ils désiraient converser par des appels vidéo, il fallait emprunter l'ascenseur pour accéder à la salle de communication. Il n'avait plus qu'à rejoindre l'un desdits ascenseurs qui ne fonctionnait que sur présentation d'un laissez-passer.
Laissez-passer que Kaoli Xiong lui avait procuré. À présent, il s'agissait de savoir si les faussaires de Xiong pouvaient leurrer les meilleurs pare-feu de tous Vale. Quand il se présenta devant l'une d'elles, l'un des gardes l'observa procéder. A la moindre erreur de vérification, une alarme s'activerait et son déguisement révélé, il n'aurait d'autres choix que d'employer la force.
Bonjour, fit une voix automatisée.
Bienvenue au CCT. Comment puis-je vous aider ?
— J'ai un rendez-vous avec Ozpin, Headmaster de l'Académie Beacon, répondit-il d'une voix calme, loin de sa voix glaciale et menaçante.
Tout de suite.
Pourriez-vous s'il vous plaît placer votre Scroll sur le terminal pour vérifier votre identité ?
L'Homme en Noir passa le passe dans la borne sous le regard attentif du garde.
La machine se mit à lire les chiffres inscrits sur la carte magnétique. La base de données ouvrit ses fichiers et les compara à celui du laissez-passer.
Analyse en cours...
Reconnaissance matriculaire terminée.
Concordance trouvée : Capitaine XXX. Armée Atlésienne.
Bienvenue à : Tour Beacon.
Pour la vie de tous, les faussaires firent honneur à leur réputation…
Aussitôt, les portes commencèrent à se fermer quand une main passa entre les portes, interrompant brusquement la fermeture des portes. Les portes s'ouvrirent comme pour lui auparavant et laissèrent entrer huit Huntsmen dans la cabine spacieuse.
Ils discutaient gaiement entre eux en se rappelant du bon vieux temps quand ils étaient sur les bancs de l'Académie. Aucun ne prêtait une attention particulière au faux envoyé d'Atlas adossé au fond de la cabine. L'un d'eux leva de la main gauche pour atteindre le terminal avant de se raviser et d'utiliser son autre main. Il appuya sur un bouton et l'ascenseur put finalement débuter son ascension.
Au bout d'un moment, un grand rouquin se tourna vers lui et le regarda, curieux, dans sa tenue d'officier.
— Vous allez dans le bureau du Headmaster, hein ? siffla le grand rouquin. Vous devez être fameux dites donc ! Vous venez d'où ?
— Atlas.
— Vous devez avoir chaud par rapport à chez vous.
— Un Huntsman doit savoir s'adapter à son environnement.
— Ça, c'est sûr. Vous venez pour quoi sans vouloir être indiscret ?
— C'est purement professionnel.
— Oh, allez ! Vous êtes aussi froid que Solitas !
Il éclata de rire et ses compagnons l'imitèrent en plaisantant sur le royaume enneigé d'Atlas et ses jolies femmes au cœur de glace.
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En d'autres circonstances, il ne se serait douté de rien. Après tout, que des Hunstmen se retrouvent pour aller voir leur Headmaster était normal. Mais aucun d'eux ne pouvaient cacher l'odeur des phéromones qu'ils secrétaient naturellement : un cocktail de stress et de peur. Il ne pouvait ignorer ces signaux et sans le moindre signe extérieur, la machine qu'était son organisme s'activa…
— Vous n'êtes pas d'ici non plus.
Les rires se turent aussitôt comme un souffle sur une bougie et un silence s'instaura dans la cabine. Un silence emplis d'une tension qui monta crescendo.
— Il n'y a qu'un seul CCT où le terminal est placé à gauche de l'ascenseur.
Le malaise n'échappa pas à l'Homme en Noir qui, tranquillement, s'écarta de la vitre et s'avança au milieu de la cabine, entouré par les soi-disant Huntsmen. Ce n'était pas un acte de reddition…
De cette manière, il était à distance égale de chacune de ses victimes…
— Ais-je tort, Atléssiens ?
Aussitôt les corps des soldats autour de lui se raidirent, leur visage devint centré droit devant eux. Ils étaient huit contre lui. Ils étaient expérimentés et avaient le nombre face à leur objectif. Mais ils étaient également à bord du Conviction lorsque Mountain Glenn avait été rayée de la carte par cet homme aux capacités inconnues. Le plan était de le neutraliser ici même au moment où il baisserait sa garde…
Changement de programme !
L'un des soldats bondit vers le terminal tandis que les autres se jetèrent sur l'Homme en Noir ! On le saisit et le plaqua contre le coin le plus éloigné du terminal pendant qu'un soldat bloquait l'ascenseur entre deux étages.
Quatorze mains puissantes le retenait prisonnier tandis que le dernier Atlésien sortait de sous son manteau une seringue. L'Homme en Noir la nota malgré la masse qui le gênait et agit.
Il tendit ses bras et sa force seule repoussa ses assaillants. Le premier à se relancer vers lui reçut un puissant coup de coude qui projeta sa tête contre la vitre blindée et la fit craqueler sous le choc ! Le second fut accueilli par un coup de pied qui lui brisa la mâchoire. Le reste des Hunstmen sortirent des matraques rétractables. Des armes contondantes, pour assommer et capturer et non pour tuer.
Ils n'auraient pu choisir pire arme pour l'affronter…
D'un geste aussi rapide que précis, il broya la trachée d'un soldat qui cracha une flopée de sang, incapable de comprendre ce qui venait de lui arriver !
— Un docteur, vite ! cria un autre avant de se faire briser les côtes par un coup de poing qui l'expédia contre le plafond de la cabine.
Un soldat pointa sa matraque vers le ventre de l'Homme en Noir mais celui-ci para adroitement le coup, saisit son bras et le brisa d'un coup tout en donnant un violent coup de tête à celui qui le suivait. Profitant de l'occasion, un troisième soldat le frappa de toutes ses forces dans son épaule et mais la matraque rebondit au contact de la peau de son adversaire ! L'Ainé des Quatre lui saisit la tête entre les mains et lui expédia un coup de genoux qui lui fracassa le nez et la partie avant du crâne.
Le dernier soldat, celui-qui tenait la seringue, sauta dans les airs en pivotant sur lui-même pour décocher un redoutable coup de pied dans la tempe de l'Homme en Noir. Celui-ci réagit in extremis lorsque d'un geste de la jambe, une lame sortit de sa botte et l'effleura ! L'Ainé des Quatre se baissa, saisit la jambe et dans un mouvement digne d'un expert en art martial, utilisa l'élan de son adversaire pour le jeter au sol avec une telle violence que le sol en métal imita la forme du corps de l'Atlésien.
Sans lui laisser le temps de reprendre ses esprits, l'Homme en Noir lui saisit la seringue qu'il tenait toujours dans sa main et lui enfonça dans le cou, mais sans en injecter le contenu. Il s'assura qu'il est suffisamment recouvré ses esprits pour lui poser une seule question :
— Tu étais à Mountain Glenn. Je reconnais encore l'odeur de la cendre sur ta peau. Qui t'envoie ?
— Va en enfer ! lui cracha le soldat.
Il n'en dit pas plus. Soudainement, le monde autour de lui n'existait flammes s'étaient allumées dans les yeux de l'Homme en Noir et le fixaient... Le soldat brûlait devant ce regard. Au tréfond de son âme, il brûlait par ce feu glacial. Même la fureur qui sommeillait au fond de ce type était plus froide que la Mort… Sa voix, pareille à de la rocaille, fit frémir mêmes les corps inconscients autour d'eux.
— Je suis… l'Enfer.
Il injecta le tranquillisant. Les yeux du soldat s'agrandirent avant que de la bave ne lui coule des lèvres et qu'il ne perde connaissance.
À présent, il ne restait plus que l'Homme en Noir de debout parmi la masse de corps étendus à ses pieds. Certains ne pourraient jamais plus reprendre une vie militaire après cela mais tous avaient la vie sauve. Le combat n'avait duré que quelques secondes mais tout étudiant Huntsman en herbe aurait été absolument époustouflé par l'intensité et la rapidité du combat auquel il aurait assisté ! Il avait appliqué les principes mêmes des Huntsmen : utiliser la configuration du terrain à son avantage, retourner la force de ses ennemis contre eux-mêmes… C'était du B-à-Ba mais amené au rang de la perfection.
Il appuya sur un bouton du terminal et l'ascenseur reprit son ascension. Quelques minutes plus tard, il était arrivé.
De nouveau porteur de ses habits noirs comme son âme.
Ce fut un frisson commun qui leur fit comprendre qu'il était là.
Les paroles d'Ozpin résonnaient encore de sa prédiction et lui donnèrent raison quand une sensation unique de terreur envahit les cinq Huntsmen. Ils pouvaient littéralement ressentir l'Aura monstrueuse qui montait vers eux comme la vague d'un raz-de-marée à travers les portes closes de l'ascenseur.
Raven perçut soudainement un autre signal d'alarme, plus discret… Plus jeunes dans les forêts de Mistral, Qrow et elle avaient découverts que la nature offrait de surprenants avertissements à ceux qui l'écoutaient. Et ils avaient beaucoup appris d'elle pour fuir les Grimms et les Huntsmen. Le plus efficace de ses signaux était le silence. Et dans le bureau du Headmaster, il y avait toujours le bruit des rouages au-dessus de leurs têtes, de leurs pas, du cliquetis des tasses de café. En cet instant, il n'y avait rien de tout cela.
Elle osa à peine détournée le regard des portes pour regarder derrière elle.
Ozpin était assis sur son fauteuil, immobile, les mains croisées devant son menton. Les tasses et théières rangées. Un coup d'œil vers le plafond suffit à lui glacer le sang. Peut-être était-elle la seule à le remarquer mais cela n'enlevait rien à la scène improbable et ô combien marquante…
Les lourds rouages en mouvements perpétuels depuis des décennies étaient arrêtés, la mécanique stoppée par la pression palpable de la pièce…
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DING
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Tous les regards se portèrent vers les portes de l'ascenseur quand la cabine arriva à l'étage du Headmaster. La première chose que virent Ozpin et ses élèves alors que les portes s'ouvrèrent fut le visage de l'Homme en Noir, dissimulé comme à son habitude sous sa capuche. Puis ce fut la sidération chez les Huntsmen quand les portes révélèrent les huit corps inanimés des Atlésiens.
Sans prendre plus de considérations pour le combat qu'il avait mené quelques secondes auparavant, l'Ainé des Quatre s'avança droit vers le Gardien, ignorant les Huntsmen et accordant à peine un regard à Summer. La Huntress aux yeux Argentés se mit à trembler quand ses yeux se posèrent sur elle. Sa gorge lui brûla alors que la sensation d'étouffement lui revenait avec une précision terrifiante ! Contrairement à Mountain Glenn, ces yeux ne disaient rien cette fois. Ils étaient une forteresse impénétrable sur son âme. Celle-ci devait être aussi froide que sa voix cauchemardesque.
L'échange de regard ne dura qu'un instant mais il suffit à Summer pour manquer de tomber à genoux…
Ozpin ne se leva pas devant l'Homme en Noir, pas plus qu'il ne lui proposa du thé ou même une chaise. Cette réunion serait brève, ils le savaient tous les deux.
— Où est Sélénée ?
— En sécurité dans le Reliquaire.
— Conduits-moi à elle.
Sa voix vibrait d'à peu près d'autant d'émotion que les rouages au-dessus d'eux.
— Pas avant que tu n'écoutes ce que j'ai à te proposer.
L'Homme en Noir se pencha vers le Gardien. Sa voix menaçante glaça le sang des Huntsmen derrière lui.
— Te crois-tu vraiment capable de me forcer à quoi que ce soit ?
— Te crois-tu en état de m'en empêcher ?
Tous purent sentir la tension entre les deux hommes se durcir.
— Regarde-toi. Tu n'es plus que l'ombre de toi-même. Si je te laisse partir maintenant avec Sélénée, Salem aura gagnée. Je ne peux pas le permettre, Remnant a besoin des Quatre.
L'Homme en Noir ne répliqua pas à cette remarque, preuve presque indiscutable de sa véracité. Les Huntsmen eurent pourtant du mal à croire leur Headmaster. Extérieurement, l'Homme en Noir semblait aussi puissant qu'à l'accoutumée. Était-ce là un de ses mystérieux pouvoirs d'Envoyé du dieu Ainé ?
— Je t'offre l'asile au sein de mon Académie, Salem ne pourra jamais vous atteindre ici.
— C'est vrai que jusqu'à présent, ta place forte m'a donné une vraie impression de sécurité.
Un Atlésien poussa un râle de douleur alors que Glydia apportait les premiers secours aux soldats.
— Les considères-tu vraiment comme une menace ?
La réponse était si évidente que l'Homme en Noir ne prit même la peine d'y répondre. D'un geste, Ozpin invita Glydia à faire descendre l'ascenseur avec les blessés. Ce qui avait besoin d'être dit ne les concernait nullement.
— Laisse-moi t'héberger dans le Reliquaire, vous y serez tous en sécurité.
— En échange, tu veux que j'entraîne l'un de tes « Champions », c'est bien cela ? Qu'en penses-tu ? demanda-t-il en se tournant vers Summer.
La Huntress aux Yeux Argentés ne sut quoi répondre avant de réaliser que l'Homme en Noir ne s'adressait pas à elle.
— Nul ne peut échapper à mon regard, pas même toi.
Summer regarda tour à tour l'Homme en Noir puis Ozpin, incapable de savoir quoi répondre lorsque la rose blanche qu'elle avait attachée à sa cape un éclat se mit à briller. Taiyang, Raven et Qrow virent Summer bientôt entourée d'un halo de lumière sans en comprendre la cause. Qrow ne put s'empêcher d'admirer la beauté de la scène ; Summer, avec son air surpris et des particules de lumières qui virevoltaient avec chaque mouvement qu'elle faisait, elle donnait l'impression d'un ange tombée sur terre…
La lumière disparait aussi mystérieusement qu'elle était apparue. Le calme retomba dans le bureau d'Ozpin jusqu'à ce que Raven lance un avertissement !
Summer tourna la tête et sursauta en voyant la silhouette immaculée de la Femme en Blanc juste à côté d'elle. Ses amis aussi furent surpris de sa soudaine apparition ! On aurait dit qu'elle était venue de nulle part !
Elle était là, mais ne répondit pas à son frère, pas plus qu'elle ne s'adressa à quiconque. Elle regarda tristement Taiyang sans dire un mot.
Et lui ne réagit pas immédiatement. Il cilla plusieurs fois, son souffle devint court devant elle. Le village de Patch, de ses habitants et amis lui vinrent en tête. Et sa mère… Oh, sa mère dans leur maison face à un Grimm…
Ses veines se gonflèrent et les muscles de ses mains se crispèrent.
Alors la colère froide au plus profond du Hunstman endeuillé s'embrasa !
— VOUS !
.
— VOUS ! hurla-t-il encore en faisant éclater sa Semblance !
Son corps érupta comme un volcan ! Des flammes fusèrent hors de lui tandis que le bois sous ses pieds se mit à brûler ! Les vitres du bureau craquelèrent sous la chaleur qu'il dégageait !
— Taiyang, arrêtez ! ordonna Ozpin en craignant pour la sécurité des autres Huntsmen.
Mais Taiyang n'écoutait plus.
— À CAUSE DE VOUS…! PATCH…! VOUS ÉTIEZ LÀ ! C'EST VOUS QUI AVAIT CONDUIT LES GRIMMS JUSQU'À MON VILLAGE !
Les regards se tournèrent vers la Femme en Blanc mais son visage sous sa capuche ne permettait pas d'y lire la moindre pensée. Sans attendre plus, Taiyang bondit sur Raptoria avec toute sa rage dans ses poings.
Tout se passa très vite.
Raven et Qrow voulurent s'interposer mais à leur grande surprise, ils la virent tendre une main ferme vers eux : « non ».
Elle resta immobile face à l'assaut de Taiyang. Elle ne chercha ni à l'éviter, ni à riposter. Elle fixa la torche humaine fondre sur lui !
— TAI ! hurla Raven.
Taiyang poussa un hurlement et guida son poing droit sur elle ! Toute l'origine de sa colère et sa tristesse était devant lui ! Les morts de Patch l'exigeaient ! SA mère l'exigeait !
Juste avant qu'il ne soit sur elle, elle murmura ces quelques mots :
— Je suis désolée pour An…
Le poing enflammé se figea juste avant de l'atteindre.
Le souffle de son coup rejeta en arrière la capuche de Raptoria. Ses cheveux blonds comme le soleil glissèrent sur ses épaules, son dos et sa poitrine. Mais surtout, c'était ses larmes coulant de ses yeux rougies par le chagrin qui marqua l'esprit du Huntsman.
Les flammes sur son bras s'estompèrent et il abaissa son poing. Ce n'était pas le visage d'une coupable qu'il avait en face de lui, juste celui d'une autre victime…
— D'où vous connaissez son nom ?
Un silence.
— Je n'étais que de passage, une inconnue… Mais elle a insistée pour m'héberger malgré tout. C'était une femme d'une grande tendresse. Elle parlait de vous avec une telle fierté dans les yeux…
C'était bien sa mère. Sa description même. Les mêmes mots que la vieille Farah… Les larmes lui vinrent alors qu'il exprimait tout son chagrin :
— Pourquoi êtes-vous venue à Patch ? Pourquoi ? Vous saviez ce qui allait se passer alors pourquoi ?
Raptoria n'avait aucun mot capable de combler le vide présent en lui. En dépit de ses millénaires d'existence et de ses connaissances infinies, elle était incapable d'aider une personne en détresse devant elle.
— Je n'avais pas le choix…, déclara-t-elle dans un souffle.
— Conneries ! On a toujours le choix !
Mais Taiyang ne pouvait pas savoir qu'il était loin de tout savoir sur les Quatre et tout le poids qui reposait sur leurs épaules. Raptoria ne pouvait lui en vouloir. Si la personne qu'elle était jadis la voyait maintenant, elle aurait bien du mal à accepter à quel point elle était devenue esclave de ses chaînes… Mais le lui aurait-elle reproché si elle avait su quelles étaient les conséquences si elle n'obéissait pas au signal ?
Il fallut que Raven et Summer s'interposèrent entre eux pour qu'il accepte par reculer, et qu'elle baisse discrètement sa main qui n'était pas destinée aux Brawen, mais à l'Homme en Noir qui, tout aussi furtivement, rétracta une main pleines de griffes et d'écailles sous les pans de sa cape.
Si ce Huntsman l'avait touché, Raptoria savait qu'il l'aurait réduit en charpie…
Le jeune affligé n'avait pas besoin de savoir qu'elle lui avait la vie, l'insulte lui aurait été trop insupportable...
La descente dans l'ascenseur se fit dans un silence de mort et de gêne.
Ozpin était à l'avant du groupe, face à la porte. Dans un coin isolé se trouvait l'Homme en Noir. Raptoria était entre lui et Summer et ses amis, comme un bouclier offert à la jeune Huntress qui ne pouvait s'empêcher d'observer les moindres mouvements de son agresseur… Rien que le regarder lui faisait mal à la gorge…
Si les Branwen restaient silencieux, Taiyang fixait intensément la responsable de la destruction de son foyer. Il voulait des réponses, c'était évident. Mais il ignorait s'il les apprécierait…
Ce fut presque avec soulagement que Summer entendit la cabine finalement s'arrêter à un étage inconnu loin sous terre. Ozpin sortit le premier aussitôt suivi par l'Homme en Noir et Raptoria. Summer et les autres restèrent un moment dans la cabine.
La « Voûte » ou le « Reliquaire », comme l'appelait Ozpin, était un gigantesque espace obscur, rempli de colonnes et uniquement éclairé par d'étranges flammes vertes.
Raven sortit la première, imitée par son frère, puis Tai et enfin Summer. Raptoria les attendit, marchant à leur rythme. Ici, le moindre de leur pas résonnait de façon lugubre dans toute le Reliquaire. C'était si différent de l'ambiance joviale de Beacon qu'ils se seraient crûs hors de l'Académie.
— Je suppose que vous avez des questions, fit Raptoria en marchant à leurs côtés.
Les Huntsmen auraient tous pu demander le premier, mais ils eurent la décence de laisser Summer s'exprimer la première. Elle en avait des milliers, qui en amèneront plus encore qu'elles n'ont répondraient mais elle sut laquelle choisir parmi toutes.
— Qu'est-ce qui est arrivé aux… Guerriers aux Yeux Argentés ?
À sa question, les yeux de Raptoria s'agrandirent sous sa capuche et l'Homme en Noir marqua le pas. Dans l'obscurité pesante de la Voûte, sa silhouette n'était plus qu'une masse sombre. Elle discerna un mouvement plus qu'elle ne le vit et le brusque éclat d'une flamme se refléta un instant sur son œil gauche d'où une lueur rouge brillait faiblement.
— La Trahison…, dit l'Homme en Noir.
Tous les Huntsmen se tournèrent vers lui.
Dans cette espace de grandeur obscure, sa voix avait eu l'effet d'une explosion.
— Aussi solide soit la roche, le vent aura toujours raison de la falaise. Ce qui est arrivé aux Argentés n'est guère plus différent.
La voix morte se tut. Il faisait presque froid maintenant, comme s'il aspirait toute chaleur et vie autour de lui.
Il n'y avait rien d'autre à dire sur ce fait, aussi reprit-il sa marche, le regard concentré sur sa mission.
Summer ne sut si elle devait se sentir insultée ou indigne de son temps. Ozpin disait que les Quatre et son peuple s'étaient battus côte à côte pour protéger l'Humanité des Grimms, pourtant il n'avait pas exprimé la moindre compassion à l'égard de Summer, ni même à ses défunts compagnons d'armes. Il n'avait ni dédain, ni mépris, il n'avait rien. Les mots qu'il utilisait n'avaient que le sens qu'on leur trouvait dans le dictionnaire, aucune émotion ne les faisait vibrer.
Une histoire de mort, dite d'une voix morte.
Comment faisait-il pour seulement faire battre son cœur avec ce froid en lui ?
— Je m'excuse en son nom… S'il vous plait, ne le blâmez pas pour ce qu'il est…
C'était la Femme en Blanc qui s'exprimait à côté d'elle. Sa voix et sa présence contrastait complètement à son frère. Impossible de croire qu'ils étaient liés d'une façon ou d'une autre.
— Comment peut-il être aussi… détaché des gens ? murmura Summer en fusillant l'Homme en Noir du regard.
Raptoria marqua un silence. Summer ressentait un étrange malaise devant ce regard usé et affligé.
— Il a connu tellement d'horreur dans son existence qu'il en a perdu son humanité… Ce qui faisait de lui une personne doué d'émotion est mort depuis longtemps…
Ozpin conduit le groupe jusqu'au bassin aux eaux rouges.
Sélénée était là, accoudée au bord de la source d'Énergie, exposant moqueusement sa poitrine nue à la vue des nouveaux venus… Et en possession de ses deux bras.
Le ténébreux sosie de Raptoria prit plaisir à voir l'expression stupéfaites et gênées des jeunes Hunstmen à la vue de son corps indemne et érotique.
Elle examina les quatre Huntsmen. Deux membres de la Tribu, une Argentée et un parfait inconnu, un groupe très hétéroclite… Mais n'est-ce pas elle qui avait un jour dit que les mélanges les plus étranges donnaient les meilleurs vins ?
— Enfin, nous nous revoyons… Jeune Argentée…?
Elle la fixa longuement ses yeux Argentés et Summer ne put s'empêcher d'être fascinée par son tatouage qui épousait les contours de son œil droit. Chaque mouvement, chaque clignement le faisait danser et vivre comme un serpent sans jamais se déformer. Le design était simpliste au possible mais il en ressortait un message dont elle-seule était destinée à le comprendre.
— Je m'appelle Summer. Summer Rose.
Sélénée haussa un sourcil, son tatouage s'étira aussitôt.
— Comme le poème ?
— le poème ?
Maintenant qu'elle y pensait, l'Homme en Noir avait dit quelque chose quand elle lui avait dit son nom… Cela avait-il de l'importance ?
— Non, rien… Ainsi donc, il reste une Guerrière en vie… J'ai passé les vingt dernières années à croire que ton peuple appartenait à l'Histoire. Il est agréable de se tromper pour une fois…
— Mon peuple était-il si extraordinaire que ce qu'on m'a dit ? s'enquit Summer
— Tu veux parler de leurs pouvoirs ? De leur capacité à faire trembler de peur les Grimms ? C'est en partie vrai mais ce n'est pas tout. Ils étaient plus que la somme de leur légende. Ils étaient nos camarades, nos amis… Voire des amants, laissa tomber Sélénée en souriant, nostalgique d'un passé mort et enterré.
Mais sa rêverie se dissipa bien vite quand le sérieux de la réalité reprit le dessus sur l'ambiance de retrouvailles. Un sujet restait en suspens, un sujet lourd de conséquences pour Remnant et de secrets pour les Quatre.
— Summer Rose… Je devine à tes yeux que tu sais pour Salem et les Grimms. Et pourtant, tu souhaites continuer le combat ?
— Oui, je…!
— Même après avoir appris que tu es la dernière de ton peuple ?
— Oui…
— Quand bien même c'est inutile ?
— Inutile ?
— Cela fait des millénaires que nous affrontons Salem, as-tu déjà entendu parler à un moment ou à un autre d'une ère de paix, où les Grimms restaient à l'écart de l'Humanité ? Nous n'avons pas réussi un tel exploit, pas plus que les Maiden, les Guerriers aux yeux Argentés ou même les Huntsmen du Gardien. Alors pourquoi venir à nous ?
— Parce que…
Summer ne sut quoi dire sur le coup. Ses amis et elle n'avaient pas eu leur mot à dire jusqu'à présent. On les avait conduits ici pour être entrainés par les Quatre, mais jusqu'alors, ils avaient été exclus de toute décision. À présent, il leur était offert la chance de s'exprimer, de prouver qu'ils étaient là, qu'ils étaient dignes de leur enseignement.
Elle n'avait pas de réponses magiques, de discours préparés pour cette occasion, alors elle répondit avec ses convictions, ce qu'elle avait au plus profond de son cœur.
— Parce que… Si nous ne nous battons pas, qui le fera ? De ce que je sais, j'ai la force de défendre ceux qui ne peuvent pas se protéger eux-mêmes. Si je laissais quelqu'un d'autre le faire à ma place, comment pourrais-je toujours m'appeler une Huntress ?
.
Il y eut un long silence parmi les Quatre. Summer comprit qu'elle avait échouée en entendant le soupir de la Femme en Blanc. Elle baissa honteusement la tête, les larmes aux bords des yeux, réalisant à quel point sa réponse était ridicule ! Son peuple n'avait probablement pas un tel fatalisme en tête quand il luttait pour Remnant. Ils devaient être de véritables parangons d'espoir pour l'avenir et…
— Voilà une réponse digne d'une Argentée…, lâcha Sélénée en souriant.
Summer releva la tête, incrédule ! Avait-elle…?
— Je crois bien qu'il est temps pour nous de reprendre le manteau de l'enseignant, confirma-t-elle dans la foulée.
Mais Raptoria ne semblait pas partagée la bonne humeur de sa sœur.
— Êtes-vous certaine de votre choix ? Si vous choisissez de vous battre, si vous choisissez la guerre… Ce qui vous attend est une vie de souffrances, où la Mort sera constante pour vos amis et vous-même.
— Être Huntress n'a jamais été une partie de plaisir, se permit de glisser Raven.
Mais la Femme en Blanc ne s'arrêta pour cette remarque. Ses yeux bleus comme le ciel se mirent à luire dans la pénombre de la Voûte alors qu'un vent inconnu se mit à virevolter autour d'elle. Prudemment, les Huntsmen s'écartèrent d'elle et portant leurs mains à leurs armes ! Mais Raptoria ne semblait pas les voir.
— Vous êtes la dernière Argentée de Remnant, vous êtes porteuse des pouvoirs du Printemps et vous voulez que nous perfectionnons vos compétences, vous ne faites que donnez plus de raisons à Salem de vouloir votre mort ! J'ai été impuissante à sauver les Argentés, je ne veux pas voir la dernière des leurs connaitre le même sort !
Raptoria se tut brusquement, le souffle court et aussitôt la force qui animait l'air rompit, mettant fin au tourbillon d'air. Elle était trop faible pour s'emporter, surtout contre Summer Rose. Les Argentés étaient tous portés sur les mêmes valeurs et morales, elle ne pouvait s'opposer à eux quand elle-même les partageait… Néanmoins, elle marqua un point.
Ozpin, puis la Femme en Blanc… Summer avait été avertie du danger qui planait sur elle avant chaque pas supplémentaire dans l'intrigue des Quatre. Mais elle avait aussi réalisée peut-être pour la première fois à quel point sa vie importait aux Quatre. Si l'Homme en Noir semblait s'en moquer, l'angoisse était palpable chez Raptoria et même la confiance apparente de Sélénée s'effaça aux mots de sa sœur. Sélénée lui avait dit ce qu'était son peuple pour eux, elle n'avait pas dit ce qu'ils représentaient à leurs yeux…
— Vous avez peur…
— Est-ce si étonnant que cela ? lui lança Sélénée. Nous nous sommes juré il y a très longtemps de venir en aide à ton peuple comme ils nous venaient en aide dans les pires heures. Il y a encore quelques jours, nous croyons avoir échou…
— Ça suffit ! s'impatienta Raven en s'avançant. Nous savons tous dans quoi nous mettons les pieds, on a compris maintenant ! Mais nous avons quand même tous décidé de nous battre ! Quand allez-vous commencer à nous entrainer ?
— Pas avant que nous ayons réglé un point crucial, fit savoir Ozpin d'une fois assez forte pour être parfaitement entendue de tous, surtout de Sélénée.
Arthur Watts entra dans le Domaine de Salem, et s'agenouilla respectueusement devant sa maitresse. Assise sur son trône de cristal, celle-ci affichait un sourire de loup à la vue de son Champion. Les ombres vacillantes des bougies baignaient alors son visage dans le noir où ses yeux rouges brillaient alors dans le noir. Une véritable personnification du Mal.
— Je suis ravie de votre retour parmi nous, cher Watts. Votre absence m'a causée bien des tracas.
— Je vous prie de pardonner mon absence si loin de vous. Une découverte a retenu mon attention plus longtemps que prévu à Vale.
— Oh ? Et quoi donc ? s'enquit-elle.
Arthur ne répondit pas immédiatement. Pourquoi ? Il avait choisi son camp et les conséquences qui en découleraient et voilà qu'il hésitait à franchir le Rubicon au dernier moment. Pourquoi ce silence qui s'éternisait ? Salem saurait de toute façon et le moindre mensonge sur un tel sujet était synonyme de mort.
— J'attends, Watts.
Salem ne se répéterait pas une seconde fois. Sa patience centenaire à voir ses plans se réaliser contrastait avec l'immédiateté qu'elle exigeait de ses Champions. La vérité ou la mort, il n'y avait pas d'alternative.
Il ferma les yeux et pour la première fois depuis vingt ans pria pour faire le bon choix.
Sans un mot, Watts se leva et se racla la gorge pour s'exprimer d'une voix claire…
— Pas avant que nous ayons réglé un point crucial…
Raptoria et son frère la fixèrent avec un sous-entendu qui leur paraissait évident. Sélénée fronça les sourcils de déplaisir. Les Huntsmen purent sentir l'ambiance s'alourdir brusquement aux mots du Gardien.
— De quoi vous parlez ? fit Qrow.
— Quand les Guerriers aux Yeux Argentés ont péris il y a vingt ans, les Quatre ont décidés de se séparer, de suivre des chemins différents. J'ai longtemps pensé que le but était de rendre les recherches plus difficiles pour Salem mais il s'est avéré que même moi, j'ai été dupé.
Il tourna la tête vers la Femme en Blanc.
— Je suppose que cette idée venait de toi, pas vrai ? Risquer ta vie et celles de tes frères pendant que ta sœur était en sécurité au fin fond de Solitas, il n'y a que toi pour penser que cela pouvait marcher.
Raptoria quitta la proximité de Summer et marcha jusqu'au Gardien.
— Nous ne sommes peut-être plus amis, mais en tant qu'allié, j'aurai espéré ne pas à découvrir ça de cette façon…
Raptoria baissa les yeux, comme une voleuse prise la main dans le sac. La déception du Gardien était compréhensible mais elle savait qu'il comprenait. La Confrérie, comme Ozpin la nommait, comptait des membres imminents dans tout Remnant mais qui pouvaient également faillir et se tourner vers Salem dans le but d'avoir la vie sauve en échange de précieux renseignements… Être une des Quatre était un tel fardeau… Dans le cas de Sélénée, que devenait-il de pire si Salem savait ?
— C'était le seul moyen…
— C'est bon, sœurette, lui dit Sélénée d'un ton las. C'est bon…
Raptoria se tourna vers elle pour protester mais se ravisa. Le « Choix » revenait à sa sœur après tout.
Elle s'avança jusqu'au puit d'Énergie pour s'accroupir auprès de sa sœur. Depuis le bord, elle pouvait entièrement voir le corps de Sélénée. Elle ferma les yeux et sa sœur détourna le regard.
Il n'y avait rien à faire désormais…
Et de toute façon, elles n'avaient plus rien à cacher à leurs futurs élèves.
— Summer Rose… Tu te demandes pourquoi nous nous sommes séparés ? Et bien, voici la réponse au plus grand secret de tout Remnant…
.
Sélénée prit appui sur ses mains et se leva. Son corps s'arracha au liquide lumineux, révélant peu à peu l'intégralité de son corps. Sa poitrine resplendissante, ses formes parfaites et surtout, de plus en plus visibles…
…
— Sélénée porte notre enfant, déclara Arthur.
…
Le ventre encore légèrement - mais incontestablement - gonflé par la maternité à venir.
PS : Voilà la fin du chapitre le plus long de toute ma fanfic jusqu'à présent ! J'ai passé beaucoup plus de temps que prévu sur ce pavé entre problèmes de fluidités, de phrases peu naturelles et de sérieux problèmes d'inspirations ! rendez-vous compte ! 8 978 mots, le double d'un chapitre normal ! ^^
Je peux dire que je suis assez fier de la tournure qu'a prise mon histoire. Quand j'ai commencé La Malédiction des Quatre, je pensais poster une histoire courte de quelques chapitres et voir l'intérêt qu'elle ferait. Je pensais que si ça ne marcherait pas, j'aurai lancé un ou deux chapitres par trimestre et la finir rapidement pour passer à autre chose. Et regardez maintenant : chapitre 23 quand même ! Si j'ai poursuivis aussi loin, c'est parce que j'ai eu le plaisir d'avoir de très nombreux commentaires et impressions d'une petite mais très enthousiaste communauté de fans ! Merci à vous tous pour vos encouragements !
Sur ce, bonne lecture et n'oubliez pas, débuter une fanfiction est facile, la faire progresser l'est beaucoup moins mais le plus dur, c'est faire le premier pas.
Mais quel plaisir c'est au final...
Dein les Ailes Noires
1 Pour ceux que ça intéresse : Chrome, Saphir (Sapphire), terre d'ombre (Umber) et gris ardoise (Slate)
