CHAPITRE 24
Révélations et Décisions
Il y eut un silence terrible autant dans le Reliquaire que dans l'Antre de Salem.
Stupéfaction et incompréhension se mêlèrent dans les deux lieux pour donner des réactions différentes.
— Heu… Félicitations ? fit Summer au bout d'un long moment.
— Merci, répondit Sélénée avec un triste sourire.
— Sélénée… Enceinte ?
Pour la première fois de sa vie, Arthur Watts découvrit une expression nouvelle sur le visage de la Maîtresse des Grimms. Quelque chose qu'il n'aurait jamais cru possible chez elle : de la tendresse. Elle se mit à sourire innocemment en se tournant vers les vitraux de la pièce et son Royaume à l'extérieur.
Son attitude si « humaine » détonnait avec sa froideur habituelle.
— Enceinte… Et de vous ? Je suppose que des félicitations sont de rigueur, n'est-ce pas ?
— Merci, Ma'am.
— Où est-elle en ce moment ?
— Dans l'Académie de Beacon sous la garde des Hunstmen.
— Ozpin… (Son visage s'assombrit à l'évocation de ce nom.) Si Sélénée est là-bas, alors Raptoria doit y être forcément. Elle serait incapable de l'abandonner dans cet état.
— Quelle est la prochaine étape ?
— Il semblerait que notre intrusion dans le signal ait été découverte. Cela prendra du temps mais nous serons bientôt capables d'attirer les Quatre là où nous le voudrons. Plus le signal sera puissant, plus il leur sera irrésistible. D'ici là…
En parfaite maîtresse de l'ombre, Salem disposait d'yeux et d'oreilles dans tous les Royaumes. À Atlas, un avis de recherche avait été lancé contre Sélénée suite à la séquestration d'un comte quelconque. Mais des politiciens conservationnistes avaient récupérés pour leur compte ce fait-divers en accusant les autres Royaumes d'employer des réseaux d'espionnage afin de déstabiliser le Pouvoir en place et de vouloir placer Atlas sous la tutelle de puissances étrangères. Avec assez de membres au Conseil et l'appui de l'opinion publique, ils étaient en phase d'instaurer une politique isolationniste et totalitaire.
En parfaite connaisseuse de la politique et de la nature humaine, Salem savait parfaitement quelle corde tirer pour aggraver cet état de fait. Face à cela, les Quatre n'auraient d'autres choix que de se rendre sur place pour empêcher un second Mantle de voir le jour. Comme Ozpin, ils tenaient à la paix, cela rendait leurs décisions prévisibles…
— Depuis combien de temps n'êtes-vous pas retourné chez vous, cher Watts ?
Elle savait pertinemment la réponse mais Arthur ne se risqua pas à la luire faire remarquer.
— Trente ans, Ma'am.
— Que diriez-vous de revoir votre terre natale ? Atlas a dû bien changée depuis votre départ.
— Comme vous le souhaitez, Ma'am…
Il se leva pour partir mais Salem n'en avait pas encore fini avec lui.
— Avant que vous ne partiez, veuillez rendre visite à notre pauvre Tyrian. Depuis Mountain Glenn, le malheureux semble avoir radicalement changé d'état d'esprit. Voyez s'il peut encore servir notre cause, dans le cas contraire…
— Je comprends.
Il fut finalement accordé à Watts de partir, mais une fois passé les portes de la salle du trône, Salem l'interpella une dernière fois :
— Encore une fois : mes félicitations, Watts.
— Merci, Ma'am.
Il partit, et Salem se retrouva seule pour méditer sur la nouvelle fracassante de Sélénée.
— Sélénée… Enceinte…
Elle avait besoin de le répéter, comme pour mieux en comprendre le poids de ces deux mots, mieux assimiler toute l'étendue de cette révélation.
Jusqu'alors, Sélénée n'avait jamais eue de descendance.
À présent, elle devait être recluse au fin fond du Reliquaire à panser ses plaies, terrifiée à l'idée que Salem soit au courant de sa grossesse.
Mais comment cette grossesse était-elle simplement possible ?
Un Humain et un être tel que Sélénée ne pouvaient concevoir un enfant. Mais Sélénée jouait selon ses propres règles… En prenant cela en compte alors tout devenait possible avec elle…
La Maîtresse des Grimms se leva de son trône et s'approcha des vitraux. À l'extérieur, Beowulf Creep Goliath… Toutes les variétés de Grimms émergeaient des Mares Noires et dès leurs premiers pas, mettaient déjà cap vers la civilisation humaine avec comme instinct primaire de la détruire. Pensive, elle méditait sur la suite de ses plans.
Que devait-elle faire maintenant concernant cet enfant ?
Depuis sa scission avec Ozpin et les Quatre, elle n'avait eue qu'un seul objectif en tête : rétablir ce qui avait été brisé dans l'Ordre naturel de Remnant. Cela n'impliquait en aucun cas le premier enfant de Sélénée, non ?
— Scharnhorst ?
Son plus fidèle Champion était naturellement là, aussi silencieux que les ténèbres qui l'entouraient. À l'annonce de son nom, il se tint derrière elle, en attente d'un ordre. Il avait bien-sûr tout entendu de la discussion entre Salem et Watts…
— Ma Reine ?
— Partez sur le champ pour Vale. D'ici peu, les Quatre feront route vers Atlas. Surveillez-les pendant leur voyage. Focalisez toute votre attention sur Sélénée.
— Bien compris. Concernant l'enfant, dois-je le tuer ?
Il l'avait demandé d'une voix calme. Pas le moindre scrupule ne l'avait fait hésiter. Toujours de dos, Salem tourna légèrement son visage vers lui et releva ses paroles.
— Le tuer ?
— Si Sélénée venait à perdre son enfant, le choc émotionnel lui ferait cesser toute résistance. La Mort serait une libération à ses yeux par rapport à une éternité de deuil et de chagrin…
Simple et efficace. En d'autres occasions, Salem aurait été amusée de sa froideur similaire à celle de l'Homme en Noir, mais aujourd'hui, elle n'en fit rien.
Elle avait déjà brisée maintes vies en supprimant leurs engeances. Perdre son enfant revenait à perdre son âme. Cela, Salem le savait mieux que quiconque. Cette souffrance indescriptible était comme une marque au fer rouge sur son âme… L'Envoyée du Benjamin n'avait aucun mal à transposer l'expression dévastée de ses anciennes victimes sur le visage de Sélénée. Elle pouvait l'imaginer à genoux devant elle, des larmes coulant d'yeux déconnectés de toutes sensations alors que le fruit de sa rédemption n'était plus qu'un petit corps gisant à ses pieds. Salem n'aurait eue qu'à se pencher vers elle, tendre un doigt son menton pour lui faire lever la tête et contempler tout le désespoir du monde en ses yeux…
« Si tu es mère, ça fait de moi une marraine, non ? »
— Non.
Scharnhorst cilla un instant, étonné de la décision de sa maîtresse.
— Non ?
— Vous surveillerez Sélénée et attendrez mes instructions avant de faire quoi que ce soit, est-ce clair ?
— Permettez-moi d'insister, votre Grâce. La perte de l'enfant causerait à coup sûr le coup de grâce…
De l'ombre du renégat surgit une multitude de mains griffues qui lui saisirent les jambes puis le torse, les bras et la tête. Mues par une force écrasante, les mains de Grimms le forcèrent à se prosterner devant Salem et attendre si elle lui pardonnait son affront ou non. Celle-ci se tourna lentement vers lui et le seul souffle de sa robe suffit à faire fêler les vitraux proches d'elle. Ses yeux brillaient d'une lueur malfaisante.
— Vous êtes ma plus belle création, et mon Champion le plus loyal, Scharnhorst, mais que je vous reprenne à discuter mes ordres une fois encore et le seul coup de grâce qui se fera entendre sera celui de votre tête qui roulera par terre. Suis. Je. Clair ?
— P… Pardonnez-moi… Ma Reine…
Les mains le libérèrent de leurs étreintes et se rétractèrent dans l'ombre du commandant.
Salem n'eut pas besoin d'en rajouter. Son attitude seule suffit à faire taire la moindre réplique.
Scharnhorst répondit par un hochement de tête obéissant et se retira.
Débarrassée des regards indiscrets, elle reporta son attention sur son Domaine des Ténèbres et plus précisément la Lune morcelée dans le ciel perpétuellement pourpre. Elle retira une à une les tiges qui retenaient son chignon et laissa ses longs cheveux gris retomber sur son dos, ses épaules et une longue mèche reprit naturellement sa place sur le côté gauche de son visage.
La lueur blanchâtre se refléta sur ses iris rouges alors qu'elle murmurait :
— Sélénée… Tu cours à ta perte avec cet enfant…
— …Économie maintenant : nouvelle catastrophe en provenance de Mountain Glenn, peut-être la dernière, espérons-le : le groupe industriel Merlot principalement connu pour ses recherches et développements dans les secteurs de l'intelligence artificielle et de la robotique en pleine tourmente financière après la destruction de son laboratoire principal basé dans l'ancienne colonie et la mort de son directeur et fondateur, l'éminent Docteur Merlot. Après la chute vertigineuse du capital de la société sur le marché boursier depuis une semaine, les principaux actionnaires ont prévus de se réunir prochainement pour décider de l'avenir du groupe alors que les employés des autres laboratoires craignent une fermeture définitive déjà arrangée par la Direction. C'était Loris Mako pour Vale News Network…
James Ironwood éteignit la télévision en tenant maladroitement la télécommande de son bras gauche. Il fallait qu'il s'habitue à la préhension de son nouveau membre dominant quand bien même il gardait encore la sensation d'avoir toujours son bras droit et les réflexes naturels qui le poussaient encore à se servir de la mauvaise main dès qu'il ne se concentrait pas…
Le commandant en sursis avait zappé toutes les chaînes d'informations mais personne n'avait évoqué la gigantesque explosion qui avait finie de détruire Mountain Glenn et le Conviction, et c'était à peine si on avait parlé de la présence de ses hommes là-bas. De plus, ni ses hommes ni lui-même n'avait été interrogés par un journaliste… Quelqu'un muselait la presse, c'était évident… Quelqu'un qui ne voulait pas attirer l'attention du Monde sur les Quatre.
Ozpin.
Il consulta l'heure : cela faisait trois heures que l'opération de capture de l'Homme en Noir avait été lancée, depuis lors, silence radio… Hood avait-il échoué ?
Soudain, Ironwood eut peur d'avoir envoyé ses hommes au-delà du danger. Si Ozpin couvrait les Quatre d'une façon ou d'une autre, n'en profiterait-il pas pour se débarrasser de témoins gênants ? Qui oserait venir s'enquérir de la disparition d'une unité hors-la-loi Atlésienne au sein de Beacon ?
L'inquiétude se changea en angoisse et il se saisit de son Scroll pour contacter Hood, rompant le silence radio qu'il avait lui-même imposé ! Il composa le numéro mais retint un juron en remarquant que son appareil était hors ligne… Comment pouvait-il l'être au sein même de Vale…?
Il sursauta. Une mystérieuse appréhension le prévint que quelque chose ne tournait pas rond.
Il décrocha les yeux de son Scroll et les tourna vers l'entrée de sa chambre d'hôpital…
…Où se tenait l'Homme en Blanc.
.
Pris de panique, James poussa un hurlement en écrasant le bouton d'appel pour alerter le personnel médical. Mais en dépit de ses hurlements et de ses demandes répétées, personne ne se précipita dans la chambre. En fait, il semblait même que le monde en était réduit à cette pièce !
— Époumonez-vous autant que vous le voudrez ou brisez-vous les doigts à force de serrer ce bouton, personne ne viendra, expliqua calmement l'homme sous sa capuche. Il n'y a que vous et moi à présent.
L'Homme en Blanc s'avança jusqu'à son lit et sans le moindre geste apparent, une chaise se mit mystérieusement à glisser sur le sol pour lui permettre de prendre place juste à côté du blessé. James Ironwood n'en revenait pas… De la télékinésie ! La Semblance la plus recherchée de tout Remnant ! Son possesseur se voyait attirer toute l'attention des puissants de ce monde ! Est-ce pour ça que les Quatre fuyaient la civilisation ? Est-ce pour ça que les Grimms les traquaient où qu'ils aillent ?
L'Homme en Blanc s'installa sur sa chaise, les mains croisées à hauteur de poitrine, à la manière d'un interrogateur. Comme l'Homme en Noir, sa capuche recouvrait son visage à l'exception de son menton, mais sous l'ombre de son visage, il vit l'éclat glacial d'un œil bleu rivé sur lui.
Ce fut le choc.
Face à cette mystérieuse lueur, James se sentit désintégré ! La douleur de son bras manquant, l'effet assommant de la morphine, tout avait disparus avec ce regard. Il aurait pu croire que son bras était revenu mais n'osa détourner les yeux de ce regard. Si celui de l'Homme en Noir était vide de toute émotion, celui de cet Homme en Blanc était un concentré de force dominatrice et James Ironwood était au cœur de cette attention.
— Inutile de nous présenter, n'est-ce pas ?
James déglutit péniblement comme seul preuve raisonnable de son approbation. Son état pitoyable n'amusa en rien l'Homme en Blanc. Il était au-dessus de la mesquinerie et de la raillerie. Même dans sa condition, James savait qu'il n'aurait droit à aucune clémence. Mais cela n'empêchait pas son cerveau de fonctionner à pleine capacité, maintenant débarrassé de l'engourdissement des médicaments. Si l'Homme en Blanc avait voulu le tuer, il n'aurait pas perdu de temps à se présenter. Il voulait quelque chose de lui… James comprenait et il lui semblait que l'homme en face de lui avait suivi le cheminement de sa pensée.
— Allez-y.
— Je ne suis ici que pour une chose : savoir quel membre du Conseil d'Atlas vous envoie.
— Vous vous attendez vraiment à ce que je vous réponde ? répondit sèchement James. Je suis un officier de l'armée Atlésienne ! Je ne…
— Mais vous répondrez, Commandant James Ironwood. Un officier promis à un brillant avenir dans l'armée, enfin… Jusqu'à maintenant…
James manqua un battement de cœur. Cet homme connaissait son nom ?! Pire encore, son statut en suspens au sein de l'armée ?! Comment avait-il pu accéder à ces informations confidentielles ?!
— Qui êtes-vous, bon sang ?
— Je suis un homme de Connaissance. Et j'ai beaucoup appris ces derniers temps. Comme votre petite opération à Beacon qui vient de se solder par un fiasco…
Cette dernière révélation était comme un coup de poignard dans le corps déjà meurtri de James. Ainsi donc Hood et ses hommes avaient échoués… Qu'allaient-ils subir par sa faute…?
— Ou aussi de ce Faunus hospitalisé juste un étage au-dessus de nous… Plongé à jamais dans un monde de ténèbres. Il suffirait d'un rien pour qu'il se donne la mort dans un élan de désespoir, non ?
James retint son souffle en relevant les yeux vers l'Homme en Blanc.
— Vous me regardez comme pour me dire que je n'oserai pas. Que jamais je ne quitterai cet hôpital après avoir tué une personne. Mais qui croyez-vous soit capable de m'arrêter ici-bas ?
James Ironwood voulut hurler à nouveau, mais de rage cette fois-là, et saisit cet homme par le cou pour le faire taire ! Mais il n'était plus rien depuis qu'il avait fait face à l'Homme en Noir dans les entrailles de la gare de Mountain Glenn…
— Si vous posez le moindre doigt sur lui…!
— Que ferez-vous ?
Un silence.
James voulut exploser et emporter l'Homme en Blanc avec lui dans la tombe. Sa main blanchit tant il la serrait !
— Pour en revenir à ce Faunus du nom de Rook… J'ai bien parlé de la menace qui plane au-dessus de lui, mais ais-je aussi évoqué la possibilité qu'il puisse se réveiller demain en retrouvant la vue ? Qu'il puisse à nouveau capable de savourer l'infinité de couleurs qu'offre le monde ?
Le commandant blessé écarquilla les yeux. Avait-il bien entendu ou hallucinait-il ?
— Vous mentez…
— Qu'aurais-je à vous mentir ?
— Vous anéantissez une colonie un jour et le lendemain vous soignez un aveugle ? Vous me prenez pour un idiot ?
— Tout comme l'Humanité, nous avons un côté bâtisseur et destructeur. Il n'y a aucune différence entre vous et moi, si ce n'est que nous sommes moins nombreux pour accomplir le même résultat.
— Espèce de monstres… Il y avait peut-être encore des gens quand vous avez tout détruit ! Êtes-vous seulement capable de le réaliser !?
Nouveau silence.
La lueur dans l'œil gauche de l'Homme en Blanc restait immuable. De même, ses doigts restaient croisés. James était incapable de deviner si son insulte avait fait mouche ou non.
— Dans votre colère, vous dites vrai sur un point : nous les Quatre avons dû détruire des villes et des villages afin d'en sauver d'autres. Vous êtes libre de nous considérer comme des monstres comme on l'a souvent fait par le passé. Mais dans ce cas présent, vous et nous ne sommes guère différents.
Le sous-entendu fit grimacer le commandant.
— Quoi ?
— Grâce à nous, les colons de Mountain Glenn ont survécus. Ils ont la possibilité de tout reconstruire. Croyez-vous vraiment que les Grimms auraient épargnés un seul d'entre eux sans notre aide ? Avez-vous seulement cru pouvoir honnêtement que vous auriez pu sauver tout le monde comme dans les histoires de héros ? Je me rappelle encore de l'époque où Atlas ouvrait le feu sur des colonies perdues aux Grimms pour en abattre le plus possible, peu importe pour les survivants encore présents. C'est le Protocole 49 que l'armée d'Atlas a gardée de son passé en tant que Mantle, si ma mémoire est bonne, non ?
— Vous oubliez que cet ordre a été supprimé de nos lois, rétorqua vigoureusement James. Tous ceux qui l'ont suivi par le passé ont été condamnés pour crime contre l'humanité !
— Pourtant, depuis vingt ans que je voyage à travers Remnant, nombre de ces criminels sont toujours considérés par les Atlésiens comme des héros qui ont fait ce qui devait être fait, peu importe le prix à payer. Vous-même faites partie de ceux qui approuvent leur décision, après tout...
Même emporté par la colère, James restait encore capable d'être surpris par la perspicacité de son interlocuteur.
— Vous parlez de « cet ordre » sans préciser le général derrière le Protocole 49 qu'on a baptisé de son nom, expliqua calmement l'Homme en Blanc. Vous respectez ce qu'a fait un seul homme mais pas l'un d'entre nous. Pourquoi ? Parce que vous êtes orgueilleux.
— Orgueilleux ?
Curieusement, ce mot l'interpella. Sa colère cessa aussitôt alors qu'il fronça les sourcils, le regard fébrile.
— Un soi-disant honneur qui exclut toute supériorité autre que la sienne, toute étrangeté hors de la normalité basée sur l'idée d'un seul. Je pense qu'on peut aussi appeler ça de l'arrogance. Un sentiment déplacé alors que l'Humanité est en guerre.
James Ironwood se sentit piégé. L'Homme en Blanc était toujours assis en face de lui, impassible, les mains toujours croisées. Une statue. Il était comme une statue figée éternellement dans une méditation profonde. Il n'avait pas la présence écrasante de son frère mais ses mots étaient enveloppés de quelque chose… Ils l'influençaient comme un musicien était capable de transporter un public dans un monde au-delà de toute imagination.
Mais s'il disait vrai ?
James devait reconnaître une vérité dans les propos de l'Homme en Blanc. L'Humanité était en guerre pour sa survie contre les Grimms. C'était une guerre totale dont personne ne parlait et dont personne ne voyait les ravages qui se déroulaient hors des villes et de leurs remparts. Des Hunstmen partaient pour une destination lointaine et peu à peu, aucun ne revenait. Et une nouvelle génération prenait la relève. Mais entre les Grimms et les défenseurs de l'Humanité, il y avait malheureusement toujours des civils qui finissaient par en payer le prix fort, James le savait parfaitement en tant que militaire.
À Mountain Glenn, il avait vu des familles brisées, des orphelins esseulés à la recherche de leurs parents, des épouses appelant désespérément pour leurs maris tombés au combat.S'il n'avait pu sauver Mountain Glenn, l'aurait-il bombardé avec les canons du Conviction comme l'avait fait les Quatre avec leur pouvoir ? Les soutes du vaisseau avaient assez de bombes pour tout raser… Et ces femmes, ces hommes et ces enfants inclus… Entre un bouton et une Semblance destructrice, y avait-il vraiment une différence ?
Et lui… Qu'avait-il commis ?
— Vous réalisez enfin, n'est-ce pas ?
James Ironwood hoqueta en sentant son bras unique trembler. Pas de peur ni de colère, mais de faiblesse.
— Ce Faunus, Rook, vous réalisez que ce qui lui est arrivé est de votre faute ? Quand votre vaisseau s'est écrasé, vous auriez pu tout arrêter mais vous avez persisté. Quand vous avez découvert ma sœur, vous avez décidé de l'arrêter au lieu de l'ignorer… Et quand vous avez fait face à mon frère… Votre obstination vous a prélevée un lourd tribut.
James s'arrêta… Il eut l'impression d'avoir reçu une balle dans le ventre. Ce rappel à la réalité réveilla quelque chose au fond du blessé, mais l'Homme en Blanc ne le laissa pas récupérer pour asséner le coup de grâce.
— La vérité, Commandant Ironwood, c'est que vous êtes un couard. L'inconnu vous terrifie. C'est cette peur qui vous a guidée tout au long de votre opération à Mountain Glenn. Et c'est votre ego qui vous a empêché de comprendre quand est-ce qu'il fallait vous arrêter face à plus fort que vous. Votre opération à Beacon en est un parfait exemple…
La défense mentale de James s'écroula face au bélier qu'étaient les mots de l'Homme en Blanc. Il avait la manière, celle d'employer des mots simples pour véhiculer les vérités les plus complexes. Celui-ci se pencha vers le blessé.
— Permettez-moi de réitérer ma question : qui vous envoie ?
James Ironwood était maintenant face à lui-même devant un miroir que lui-seul pouvait voir. Pourtant, il garda une dernière volonté dans son échange contre ce qu'il était.
— Si je vous donne ce que vous demandez, qu'est-ce qui me prouve que vous tiendrez parole ?
— Rien.
L'Homme en Blanc avait répondu sans attendre. Sans réfléchir à faire tourner les choses en sa faveur. Il disait la vérité, et rien d'autre. James pouvait tout perdre, mais de l'autre côté, c'était la Femme en Blanc qui lui avait sauvé la vie avec sa Semblance. Y avait-il encore un espoir pour Rook ? Pour lui ?
Un silence interminable.
— Le Général Arnold Drax. Commandant en chef de l'armée de l'air Atlésienne…
L'information qu'il venait de révéler était maigre mais n'en restait pas moins de la haute trahison. Il venait de se rendre coupable d'intelligence avec l'ennemi, de révéler le processus de décision hiérarchique de son Royaume à l'un des membres d'un groupe ayant séquestré un citoyen Atlésien. Il risquait de passer le restant de sa vie dans une prison de haute sécurité pour cela…
L'Homme en Blanc semblait comprendre lui-aussi l'importance du crime que venait de commettre le commandant sans troupe. La lueur dans son œil s'estompa dans les ténèbres et il se leva en réarrangeant sa capuche pour soustraire son regard au sien, à moins qu'il ne salua son sacrifice honorable.
— Vous avez bon cœur, Commandant Ironwood. C'est juste que vous n'avez pas ce qu'il faut pour vous mêler à notre combat. Rentrez chez vous, trouvez-vous quelqu'un et fondez une famille. Puissiez-vous mourir un jour dans votre lit sans jamais nous revoir.
.
L'Homme en Blanc disparut.
Rapidement, la réalité du temps et de l'espace reprit ses droits sur James et la douleur et les médicaments refirent effets. Le bruit des machines médicales se fit entendre à nouveau. Un brouillard se forma devant ses yeux et rien n'y fit pour s'en débarrasser. Avait-il rêvé de cette rencontre ? Tout ceci n'avait-il été que le fruit de son imagination ? Ou celle de sa culpabilité ? Pourquoi était-ce seulement maintenant qu'il réalisait l'homme qu'il était vraiment ?
On toqua à sa porte mais il prêta à peine attention. Ce fut seulement quand les deux policiers de la brigade militaire entrèrent qu'il les remarqua alors. Comme souvent chez ces militaires au rôle très détesté de coffrer leurs propres camarades, ils n'avaient aucune compassion pour lui malgré son état.
— Monsieur Ironwood ? Police militaire de Vale. Nous avons un mandat contre votre personne. Le Conseil de Vale vous assigne en hospitalisation surveillée en attendant votre extradition vers Atlas. Vous êtes suspecté d'être l'auteur d'une tentative d'enlèvement d'un VIP dans l'Académie Beacon.
Alors Hood avait bel et bien échoué… L'Homme en Blanc avait dit vrai… Tout était donc perdu pour lui…
— Pouvez-vous juste me laisser envoyer un message ? Ça ne sera pas long…
De retour dans la Voûte...
— Vous êtes enceinte…, souffla finalement Taiyang.
Il en tomba presque par terre. Ce n'est pas tant que cela paraissait impossible de la part de la Femme en Noir étant donnée qu'elle était... Et bien une femme ! Mais il se rappelait encore de la violence de l'onde de choc qui avait secoué tout Mountain Glenn lorsqu'elle s'était battu contre les « Champions » de cette Salem…
— Vous vous êtes battue alors que vous êtes enceinte ?
— Je n'avais pas vraiment le choix…, dit-elle en lançant un regard assassin en direction d'Ozpin.
Le Headmaster baissa brièvement la tête en signe d'excuse.
Raptoria posa ses deux mains sur les épaules de Sélénée et le long manteau d'obscurité de sa sœur se matérialisa sur sa peau, la réchauffant alors qu'elle pouvait la sentir grelotter sous ses paumes. Le simple fait de se lever était un supplice pour la malheureuse. La serrant dans ses bras, elle l'aida à prendre place au bord du puits d'Énergie où elle se mit à parler de sa voix douce mais sérieuse.
— Comment est-ce possible ? C'est trop tôt…
Sélénée soupirait alors que ses jambes baignaient dans le liquide qui recommençait à la ressourcer.
— J'ai surestimé de mes forces apparemment… C'est pour ça que j'ai cherché à vous retrouver, quitte à laisser des traces derrières moi. L'ironie, c'est qu'au final, ça n'a servi à rien… Grâce au Gardien, même le signal peut devenir notre ennemi à présent.
Sélénée se tourna vers la jeune Argentée qui la regardait avec la même expression stupéfaite que son camarade blond à côté d'elle. Elle était presque amusée de les voir si troublés pour elle.
— Tu es bien silencieuse, Summer Rose.
— Pardon… C'est juste que… C'est si incroyable que vous…
— Pourquoi ? Parce que je suis l'Incarnation d'une Relique ?
Aucun des Quatre n'avait encore révélés si ouvertement leur véritable nature. Qu'elle lâche cette information avec autant de désinvolture était désarmant, mais tel était le caractère de l'Incarnation du Choix.
— Alors c'est vrai…, murmura Qrow. Vous êtes vraiment des Reliques ?
— Des Incarnations, pour être tout à fait exact. Ce qui s'apparenterait à une Relique se trouve plus bas, indiqua-t-elle du doigt le bassin à ses pieds.
Les Huntsmen baissèrent tous les yeux vers les eaux étranges qui nourrissaient la Femme en Noir. Taiyang voulut s'approcher un peu plus du bassin mais Ozpin tendit sa canne pour lui barrer le passage.
— Ce liquide vous tuerait en un instant, prévint-il. C'est une sécurité. La véritable Relique y repose au fond. Seuls les Quatre y sont insensibles.
— Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il en voyant Sélénée y baigner ses pieds.
Ce fut Raptoria qui lui répondit.
— Ce que vous voyez est un point d'ancrage vers une source de pouvoir que les Dieux ont nommée Énergie. C'est de cet élément que nous tirons notre force et nos pouvoirs que vos ancêtres ont appelé Magie par le passé. Considérez cela comme l'utilisation que vous faites de la Poussière pour y déchaîner la force qui y est renfermée.
— Un point d'ancrage… Vers quoi ? s'enquit Taiyang.
— Le Flux.
Les Huntsmen n'eurent pas de réaction particulière malgré l'effet voulu par la Femme en Blanc. Celle-ci afficha un petit sourire partagé entre tristesse et confort.
— Il est normal que ce nom ne vous dise rien. Jusqu'à aujourd'hui, il n'y avait plus que Salem, le Gardien et nous-même qui en connaissions l'existence… Il est temps pour vous d'apprendre.
— À toi de briller ! lui lança Sélénée avec un clin d'œil fatigué.
Raptoria hocha la tête puis se leva pour s'écarter de sa sœur et faire quelques pas le long du bassin. Une partie de l'Énergie qui n'était pas liée à Sélénée se mit à la suivre le long du bord.
— Il n'est pas évident d'évoquer l'Énergie sans parler du Flux tant l'un et l'autre sont liés. Mais pour que vous puissiez saisir clairement, les mots ne suffiront pas…
Elle s'arrêta près de la source d'Énergie et tendit une main au-dessus du centre du bassin.
— Pour comprendre le Flux, vous devez comprendre comment fonctionne l'univers…
Aussitôt, les flammes vertes qui offraient une lumières tamisée furent soufflées. Il ne resta dans l'obscurité de la Voûte que les lumières étranges du bassin gardien de la Relique. Puis Summer crut reconnaître le firmament d'une étoile dans le ciel mais réalisa après-coup que c'était chose impossible. Mais ce n'était pas son imagination. D'autres étoiles vinrent briller dans le plafond de la Voûte ! Il y en avait des centaines de millions ! Plus qu'ils n'auraient pu en voir même après tout une vie passée derrière un télescope. Ils avaient quittés sans le savoir la Voûte, l'Académie et même Remnant pour se retrouver au milieu de la galaxie, dérivant dans le vide sidéral, admirant hagards les merveilles et prouesses astrophysiques de l'univers. Des anneaux planétaires aux formes parfaites aux rémanents éclatants de milles nuances des supernovas ou même le simple éclat unique de chaque soleil étaient un spectacle dépassant tout ce que les Huntsmen auraient pu imaginer. Puis, comme une toile appliquée aux murs, une œuvre d'art prit vit devant eux.
Du bassin d'Énergie naquit une étoile, plus grosse et brillante que toute autre. Un astre rayonnant de mille feux qui s'éleva dans le néant jusqu'à se poser sur la main tendue de la Femme en Blanc. Sa chaleur était palpable sur la peau des Hunstmen comme s'ils étaient réellement proches du Soleil.
Leur Soleil…
Raven le reconnut comme tel sans pouvoir pour autant être capable de le prouver. Il y avait une familiarité dans les flammes qui s'y trouvaient, dans la lueur qu'elles produisaient. Puis elle vit quelque chose d'étrange à la périphérie de son champ de vision : quelque chose de lumineux émanait de Summer ! Craignant instinctivement un piège, elle réagit en un éclair et écarta Summer en arrière mais la source de lumière qui entourait le corps de Summer la suivit.
— Qu'est-ce que…?
Tous les Huntsmen virent un fil de lumière s'étirer hors de la Huntress et se joindre au Soleil de leur système. Rapidement, ils constatèrent qu'eux aussi étaient reliés par un fil vers l'étoile. Bientôt, d'autres connections se virent et s'étendirent jusqu'à recouvrir chaque monde, chaque étoile, chaque galaxie possible pour former un entrecroisement de fils de lumière. La Femme en Blanc commenta :
— Ce que vous voyez est le Flux. C'est un réseau de veines qui alimente en Énergie toute chose dans l'univers. Que ce soit vous ou une planète, la seule différence est la connexion qui vous relie au Flux.
Summer passa une main sur le fil de lumière sans provoquer de réaction. Une fois encore, les réponses qu'on lui proposait n'amenaient qu'à plus de questions. Elle leva ses yeux argentés vers ceux bleu ciel de la Femme en Blanc. Alors qu'ils dérivaient au centre de l'univers, Summer n'était plus tout à fait sûr de qui se tenait en face d'elle. Au cœur de toute chose, une étoile entre les mains, la ravissante femme aux tristes yeux fatigués n'avait plus l'air aussi humaine que son apparence fragile semblait lui donner. Difficile de croire qu'Ozpin et elle partageait une origine commune tant l'atmosphère qu'ils dégageaient était différente ! Ozpin inspirait confiance et détermination en sa présence, mais dans le cas de la Femme en Blanc, le ressenti était autre… Il y avait un nom qui lui vient en tête, un qui paraissait adapté à l'étrange environnement dans lequel elle était : gravité. Elle ne provoquait aucunement mais le moindre de ses gestes ou parole attirait l'attention sur elle. Elle imposait la sérénité éternelle des astres, et la chaleur réconfortante des étoiles...
Elle était une étoile parmi elles !
— Vous parlez d'Énergie… Mais à Mountain Glenn, je ne vous ai pas vue utiliser votre Aura ni votre Semblance.
— Parce que, tout comme les Grimms, nous en sommes démunis. Notre organisme ne marche pas de la même façon que pour vous. Seuls les habitants de Remnant sont capables d'utiliser ces dons, ce qui fait de vous l'une des rares privilégiés à pouvoir accéder à l'Énergie.
Summer resta un long moment sans réponse, avant de contempler ses mains d'où elle pouvait sentir la froideur de son pouvoir. Le lien qui la reliait à ce « Flux » était nettement plus brillant que celui de ses amis.
— C'est parce que je suis une Maiden, c'est ça ?
L'Avatar de la Vie hocha la tête.
— Tout comme chez vos amis de la Tribu, nous sommes capables de ressentir l'Énergie qui circule en vous. Mais elle est limitée chez vous… Incomplète…
— Et sous votre tutelle, je serai capable d'un tel pouvoir ? demanda-t-elle en faisant référence à l'univers autour d'elle.
— Non.
Comme une sentence à toute chose, la Femme en Blanc referma les mains sur le Soleil, mettant un terme à l'illusion dans laquelle étaient plongés les Huntsmen, les faisant revenir dans la Voûte.
— Tout comme la Poussière, une Maiden est limitée à un seul élément, cela afin d'éviter qu'une seule Maiden ne soit tentée de dominer Remnant avec tant de pouvoirs. Mais ne soyez pas déçue, une fois vos pouvoirs parfaitement maîtrisées, vous serez capable de geler des déserts si telle est votre envie.
— Geler des déserts ?…, répéta Summer sans y croire vraiment.
— Summer…
Raven fit clairement comprendre à son amie qu'il fallait remettre la discussion sur les rails. Ce fut elle qui interrogea la Femme en Noir, toujours baignant dans le puits d'Énergie.
— Cette Énergie, ça affecte votre grossesse, pas vrai ?
Ce à quoi Sélénée exprima un certain enthousiasme pour la perspicacité de la Huntress.
— Oh~… Bonne déduction ! Tu es digne des ancêtres, guerrière de la Tribu… Le fait est que notre organisme est si baigné d'Énergie qu'il est un poison au développement d'un fœtus. Je dois la réguler pour n'en garder que le strict minimum en cas de problème, quitte à prolonger considérablement la grossesse…. C'est comme jouer à l'équilibriste : la moindre erreur et… Vous avez compris.
— C'est pour ça que vous vous êtes retrouvez dans cet état à Mountain Glenn, continua Raven.
— Nous y avons tous laissé des plumes là-bas, j'ai juste plus dégustée que les autres… se défendit Sélénée avec son sourire ironique.
— C'est douloureux ?
La question venait de Summer. Elle l'avait posée sans intention morbide, juste par empathie pour les souffrances de la Femme en Noir.
— La dernière fois que je vous ai vue, vous…
— Si tu veux parler de mon bras, ce n'est rien que l'Énergie ne peut m'aider à régénérer ! assura-t-elle en faisant des moulinets avec son bras.
— Vous étiez à deux doigts de mourir…
Cette fois-là, Sélénée n'eut pas de sourire assez espiègle en réserve pour détourner le sujet de la conversation. L'air morne, elle baissa les yeux vers ses deux mains. Particulièrement celle qu'elle avait perdue avec la destruction de Mountain Glenn.
— J'ai passé ma vie à souffrir… Mais vous n'avez pas à vous inquiéter pour moi.
— Ne pas s'inquiéter…? Mais vous êtes enceinte, putain ! s'exclama Qrow, furieux d'être considéré comme des enfants par cette femme encore en convalescence. Vous devriez être à l'abri, loin de Salem…!
La réponse de la Femme en Noir aux considérations du Hunstman fut cinglante.
Elle éclata d'un rire sans joie ni raillerie.
C'était plutôt comme une crise de larmes refoulée derrière un rideau d'humour noir.
— Tu n'as pas dû écouter quand ton professeur parlait, toi… Vous ignorez tout de la facilité avec laquelle Salem est capable d'exercer son influence sur Remnant. Il n'y a pas de limites assez immorales ou ignobles pour l'arrêter. Ce qu'elle veut, elle l'aura.
— Alors quoi ? Tout est perdu avant même d'avoir commencé ? fit Raven.
— Si c'était le cas, vous croyez vraiment que nous serions ici pour vous entraîner ?
La répartie piquante mais honnête de Sélénée déplut à Raven.
— Si c'est le cas, comment allez-vous pouvoir nous entraîner dans votre état ? dit-elle avec un certain mépris dans la voix.
— Raven, bon sang…, soupira Taiyang derrière elle.
— J'adore déjà cette fille, se moqua Sélénée.
Après avoir failli le décapiter avec sa faux, Qrow n'était pas sûr que chercher à la provoquer soit une bonne idée de la part de sa sœur.
Ozpin le savait parfaitement, ce fut peut-être pour cela qu'il reprit la parole depuis sa critique.
— Je ne peux parler au nom de vous tous, mais en constatant l'état de Sélénée, je calcule qu'il faut au moins une année pour que vous récupériez votre Énergie. Malheureusement, le temps joue contre nous. Maintenant qu'Atlas s'intéresse à vous, il va falloir désamorcer au plus vite la situation là-bas avant que Salem n'en profite…
Si la remarque aurait pu paraître accusatrice envers les actions de Sélénée, celle-ci se contenta de hausser les épaules et de commenter avec ironie.
— J'ignorais qu'un petit comte pouvait conduire toute une armée à vouloir me choper. Mais on trouvera bien le temps pour vous entraîner.
— Du temps ? répéta Raven. On parle de quoi ? Trois mois ? Quatre grand max ?
La Femme en Blanc, qui avait désormais prise place elle aussi aux bords du bassin, ne dit mot. Ses yeux se tournèrent lentement vers les ténèbres et leur plus fidèle amant. Ce fut de cette part d'ombre vivante que s'éleva une voix dénuée de vie. Deux mots résonnèrent dans la Voûte.
— Trois ans.
Un silence. Avaient-ils bien entendu ?
La Femme en Noir s'exprimait à présent d'une voix lente.
— Quand je disais que la grossesse était prolongée, je ne parlais pas en mois…Nous mettons des années pour accoucher.
Et en voyant leur expression incrédule, même sur le visage de cette « Raven », elle ne put retenir un sourire de loup.
— Vous avez intérêt à vous accrocher !
PS :Bonjour à tous !
Premièrement, bonne année à tous ! Meilleurs voeux, la santé, tout ça... Vous connaissez la chanson.
Deuxièmement... Vous n'avez pas idée à quel point ce chapitre 24 a été dur et looooong à faire ! Début février, j'avais déjà terminé le passage de Salem et d'Ironwood. Je n'avais plus qu'à terminer le passage dans la Voûte et soudain ! PAGE BLANCHE
Face à une panne d'inspiration, j'ai mis plus de trois mois pour enfin trouver les mots et établir un ordre correct dans mes phrases. Je n'ai pas souvenir d'avoir autant perdu de temps sur un seul passage jusqu'à présent ! Et j'en ai pourtant connu des moments où on ne trouve pas les mots ! ^^
Au final, je vous remercie pour votre lecture et je vous souhaite bon courage si un jour il vous arrive une situation similaire à la mienne !
