Chapitre 25
Disciples
Non loin du centre d'Atlas, un rugissement naquit dans la nuit. Mais l'origine de ce grondement inquiétant n'était pas un Grimm. C'était le processus final d'une série de mécanismes de haute précision, un mélange de métal, d'huile et de fureur. Un concentré de technologie conçu dans un seul but : la vitesse.
Pile à l'heure, songea le majordome en consultant sa montre.
Dehors aux pieds de la demeure dont il supervisait l'entretien et le quotidien de tous les serviteurs pour assurer le service le plus excellent aux membres de la famille dont il était le gardien de leur bien-être.
Deux éclairs surgirent au loin sur la route, grossissant rapidement à mesure que les grondements augmentaient en volume. Le bolide fila à plusieurs centaines de kilomètres/heure pour, dans un brio de freinage et de virage, s'engager dans la cour du domaine et dans un dernier virage serré sur le gravier, s'arrêta pile devant le majordome et le chauffeur à ses côtés.
Courtoisement, le majordome s'approcha et ouvrit la portière, laissant descendre un homme sensiblement âgé mais qui gardait encore toute sa jeunesse dans le regard. Même si l'ancienneté de son passé avait usé son corps, la couleur immaculée de ses cheveux n'était pas dû à son entrée dans le troisième et dernier âge. C'était le trait distinctif, avec ses yeux bleus cristal, d'une famille bien connue.
— Votre promenade s'est bien passée, Monsieur ?
— À merveille ! Je ne m'ennuie jamais avec cette beauté ! gloussa le vieil homme.
— Je ne vois vraiment pas pourquoi vous avez besoin d'un chauffeur si vous savez si bien conduire, se plaignit avec humour l'intéressé quand on lui remit les clés de la voiture.
— Il faut bien respecter certains stéréotypes, mon cher. Rien d'important en mon absence ?
— Des messages, comme toujours, dit le majordome en leur ouvrant la porte de la demeure.
Et quelle demeure !
De la décoration somptueuse au moindre meuble hors de prix ou même l'armée de servants à son écoute, tout évoquait un palais digne d'un roi ! Mais pour le maître des lieux, ce qualificatif était amplement mérité. À l'âge vénéré de 76 ans, Nicolas Schnee était celui qui avait bâti le fameux empire d'extraction et de revente de la Poussière. Il avait commencé tout jeune à la sortie de la Grande Guerre, dans un Mantle en plein changement idéologique. Avec ses maigres moyens, il avait personnellement mené de nombreuses expéditions à travers Remnant pour trouver des filons de Poussière et avait à chaque nouvelle découverte accrût son entreprise et sa réputation. Son nom était sur toutes les lèvres, son visage sur tous les journaux. Mais Nicolas Schnee avait une santé fragile, hérédité malheureuse d'un lointain parent de la famille. Les longues explorations, les climats ardus, les blessures dues à des rencontres malencontreuses avec des Grimms ou des brigands et bien-sûr le stress de maintenir à flot son entreprise avaient sérieusement entamés ses maigres forces. Lui-même avait admis connaître plus d'intérieur d'hôpitaux que la plupart des gens. De plus en plus fatigué, il n'était plus capable de voyager ni de diriger efficacement son entreprise. Il cherchait à lutter contre l'âge et la maladie au point de perdre de vue l'essentiel : sa famille. Il manquait des bals en son honneur, des réunions de famille, le pire fut peut-être son retard inexcusable à l'enterrement de sa mère pour simplement être sûr du cours du marché de la Poussière. Réalisant qu'il ne voyait plus sa fille chérie qu'une fois par an et que sa propre petite-fille Winter l'appelait encore « monsieur » à chacune de ses visites, il avait finalement abdiqué et confié l'héritage de la Schness Dust Company à son gendre, Jacques. Dès sa prise de pouvoir, l'entreprise avait connu une véritable explosion des bénéfices ! Cependant, des voix s'élevaient quant aux conditions de travaux des Faunus ou des partenariats douteux pour ne pas dire plus…
Nicolas avait entendu parler bien des critiques mais n'y prêtait qu'une attention modérée. Il pensait que des compagnies étrangères cherchaient à briser la réputation de son entreprise. Jacques était… Autoritaire, Nicolas ne le niait pas, mais de là à le mêler à la criminalité et l'esclavagisme de Faunus, c'était impensable !
Avec son majordome, il monta les marches d'un large escalier gardé par deux splendides statues de chevaliers. Nicolas avait toujours adoré ces armures, écho du lointain passé familial. Aux fondations de Mantle, ses ancêtres s'étaient distingués en servant maints seigneurs et lords avant que cet ordre ne soit dissous et remplacé par les Huntsmen. Arrivé en haut, l'ancien chef d'entreprise grogna en pensant aux messages, tant qu'il ne saurait pas de quoi il en retournerait, il ne parviendrait pas à les chasser de son esprit…
Oh et puis zut ! Réglons ça en vitesse !
Il s'engagea en direction de la porte de son ancien bureau et le majordome ne put s'empêcher de lui rappeler quelques réunions plus importantes à cette heure.
— Si je puis me permettre, monsieur, madame votre fille vous attend pour un repas de famille prévu pour… En fait, depuis déjà six minutes.
— Je n'en ai que pour une minute.
— Madame va encore dire que « vous restez trop… »
— « …Attaché au passé », je sais. Et comme toujours je vais lui répondre : « Qu'est-ce qu'un vieil homme si ce n'est la collection de ses actions passées ? »
— Ce à quoi elle affirmera que « philosopher ne vous mènera nulle part. »
— Si, dans mon bureau !
Avec un clin d'œil complice, ils entrèrent dans son bureau. Une diode clignotait à intervalle régulier sur son Scroll. Il l'alluma et consulta brièvement sa messagerie. Des messages complaignants d'actionnaires qui persistaient à croire qu'il gardait toujours le contrôle de l'entreprise derrière l'effigie plus attractive de son fils… Des vœux de bonne santé du Conseil d'Atlas pour son anniversaire passé depuis déjà une semaine… Combien de fois devrait-il leur dire que c'est le 8 et pas le 15 ! Il allait éteindre son Scroll quand il vit en bas de page un courriel de l'armée atlésienne. Rien d'important au final, comme il s'en doutait. Mais en y regardant de plus près… Le dernier message était signé « J. Ironwood. »
— Ironwood ? marmonna-t-il pour lui-même.
— Monsieur ?
— Non… Rien, rien d'important…
Pourtant c'était tout le contraire. Ce nom lui évoquait quelque chose mais impossible de mettre un visage sur ce nom ! Il se remua les méninges à travers sa mémoire vieillissante pour retrouver qui était cet homme. Ironwood… Ironwood… Jaime… James…?
JAMES IRONWOOD !
Ça y est ! Il se rappelait ! James Ironwood ! Le plus jeune commandant de l'armée atlésienne depuis sa création ! Son opinion progressiste et ses points de vue réalistes sur Remnant lui avait valu une certaine attention de la part de personnes comme Nicolas ou même d'Ozpin, le célèbre Headmaster de l'Académie Beacon. Il avait réussi à discuter avec ce militaire à une soirée il y avait deux années de cela. Nicolas avait apprécié chez lui son franc-parler et ses critiques contre ses supérieurs qui cherchaient toujours plus à moderniser l'armée dans un monde enfin en paix au lieu de mieux distribuer tout cet argent dans le domaine social… Comment avait-il pu oublier ? Décidément, sa mémoire n'était vraiment plus ce qu'elle était jadis… Mais qu'est-ce que ce commandant lui voulait-il ?
Pour le savoir, il consulta enfin le message.
.
Le commandant n'avait omis aucun détail et à mesure que Nicolas Schnee lisait, son visage prit une forme qu'il n'avait plus arborée depuis des années…
— Monsieur ?
Le majordome sut que quelque chose n'allait pas chez son maître. Même de dos, il pouvait deviner que son humeur avait radicalement changé à la lecture du message.
Finalement, Nicolas se mit à parler d'une voix forte et autoritaire. Une voix qui n'avait rien à voir avec l'homme humble et gentil qu'il était d'habitude. Mais que le majordome reconnut instantanément ! Depuis combien de temps ne l'avait-il pas entendu ? Depuis combien de temps son cœur n'avait pas vibré de cette voix ? C'était celle de la flamme ! Celle du feu passionné qui résidait jadis dans le corps du jeune explorateur de nouvelles mines de Poussière ! Nicolas Schnee le Grand de Remnant !
— Mon cher, auriez-vous l'amabilité de prévenir ma fille que je ne pourrai être avec elle ni aujourd'hui, ni dans les prochains jours, j'ai une urgence à résoudre au plus vite.
— Bien monsieur, dois-je contacter le Conseil d'Atlas ?
Nicolas se tourna vers lui avec le même sourire de loup que lorsqu'il affrontait ses concurrents pour gagner un marché juteux.
— Je vois que vous ne me connaissez que trop bien.
Son majordome porta la main à son cœur en s'inclinant comme il le devait face à un homme de son statut.
— Ma famille sert votre lignée depuis trois générations. Cela doit être dans le sang.
Arthur Watts entra dans la chambre de Tyrian. Ou plutôt sa prison. Une chambre froide, bâtie dans la pierre et sans décoration. Une seule fenêtre et quelques bougies constituaient les seules divertissements auxquels l'occupant des lieux avait droit, mais de toute évidence, il n'y prêtait aucune attention.
Le Faunus était pieds et mains liés à son lit, le visage déformé par un rictus sardonique. À peine Watts avait-il ouvert la porte que son rire de dément lui avait irrité les tympans. À le voir, il n'avait plus rien à voir avec celui qu'il était auparavant. Sa blessure au torse était en phase de guérison mais n'était pas la plus importante.
Sélénée l'avait mentalement brisé.
Un seul regard avait suffi à détruire l'identité même du Champion. L'Abysse au fond des yeux de la Femme en Noir n'était pas à prendre à la légère.
Qu'est-ce que Salem attendait de lui ? Tyrian était une épave incapable de les servir. Autant libérer la place pour son successeur…
Il leva une main vers la gorge du Faunus pour réduire à néant le rire du fou. Une simple pression sur la trachée et c'en était fini. Ses doigts serrèrent le cou de Tyrian et les cris cessèrent aussitôt. Son sourire se crispa et ses yeux se tournèrent vers Watts. Ses yeux violets étaient la folie même !
Un éclair manqua de frapper Arthur en plein cœur et ce ne fut que par pur réflexe qu'il esquiva le dard empoisonné !
Il se laissa tomber en arrière pour créer de la distance entre lui et le Faunus. Tyrian sectionna ses liens d'un coup de queue. Libéré de ses entraves, le dément se dressa hors de son lit, dos en arrière à la manière d'un zombie, sans gravité pour restreindre ses mouvements. Il ne riait plus que par intermittence mais Watts n'était pas dupe. Tyrian restait un redoutable adversaire au corps à corps.
— Reine reine reine reine reine…, marmonnait-il sans cesse.
Watts observa prudemment la posture de son adversaire mais fut stupéfait de le voir bondir sur lui, les membres sans coordination comme un pantin désarticulé. Watts prit appui sur le mur derrière lui pour lui loger un coup de pied précis en plein plexus ! Tyrian vola en arrière mais sa queue insectoïde s'enroula à sa jambe. Entrainé à son tour, l'ancien docteur se trouva à terre, Tyrian à califourchon au-dessus de lui, criant à tue-tête.
— MA REEEEEINE ! OÙ EST MA REINE !?
Watts tendit une main brûlante vers le torse du Faunus qui se servit de nouveau de sa queue de scorpion, cette fois en la plantant dans le plancher pour attirer le reste de son corps hors de la portée de la Semblance dangereuse. Il arracha son dard du bois et fit la moue en voyant la profonde entaille qu'il y avait laissée.
— Non, non, non, non, non, NON ! Pas ici ! Il n'y a pas de tare au Paradis !
Il y avait une bougie sur la table de chevet du dément, d'un coup de queue, celui-ci la jeta à terre. Le feu commença aussitôt à dévorer le plancher et le lit.
Arthur ne comprenait pas ce qui passait par la tête de Tyrian mais devait le neutraliser avant qu'il n'incinère tout le Domaine ! Il brandit son poing au-dessus de lui et aussitôt un tourbillon d'air chaud se canalisa au creux de sa main. Les flammes qui menaçaient de tout consumer s'éteignirent rapidement. Quant au Faunus, il gisait à terre, les yeux exorbités, ouvrant grand la bouche pour happer l'air qui manquait à ses poumons. Watts n'avait plus qu'à le laisser s'asphyxier tout en raréfiant de plus en plus l'oxygène dans la pièce. C'était un atout qu'il comptait utiliser contre Sélénée s'ils se s'affrontaient dans un lieu clos. En créant un courant d'air chaud par la chaleur de sa paume, il jouait sur la pression atmosphérique en modèle réduit, provoquait un échange entre oxygène et dioxyde de carbone, la première étant attirée vers l'air chaude et la seconde poussée vers les lieux plus froids.
En voyant le Faunus s'étouffer à ses pieds, Watts pouvait confirmer l'efficacité de cette technique ! Il n'avait plus qu'à attendre quelques minutes et…
— Il suffit.
Arthur se tourna brusquement vers l'entrée de la chambre où se tenait plongée dans l'obscurité de sa nature Salem, les ornements sur sa chevelure restaurée étaient aussi immobiles que la glace qui semblait s'amasser autour d'elle dans le froid de la pièce. L'Envoyée du Benjamin leva la main et la Semblance du docteur s'estompa à son ordre silencieux. Les poumons encore en feu par le manque d'oxygène, Tyrian se jeta aux pieds de la déesse de la mort.
— Ô Déesse ! Ô Reine de l'Apocalypse ! Quelle joie, quel honneur de vous présenter devant cet indigne, que dis-je ? Ce misérable serviteur que je suis ! Oh… Puissiez-vous pardonnez l'insecte qui se prosterne devant vous pour l'état déplorable des lieux. Cet endroit est indigne de votre stature, de votre prestance !
Salem l'écouta louer ses louanges avec un sourire malfaisant aux lèvres. Calculatrice, elle analysa le comportement de Tyrian, chacune de ses réactions et propos. Elle jaugea la profondeur de sa dévotion et rendit son avis.
D'un doigt glissé sous son menton, elle lui fit relever la tête et plongea ses yeux cruels dans ceux fous de son Champions.
— Relevez-vous, Tyrian, je pense que nous avons encore un rôle à vous confier…
Loin de là, à Beacon, l'équipe STRQ s'était réunie au bord d'une falaise qui surplombait le fleuve et Vale au loin. C'était leur lieu de réunion quand ils voulaient être entre eux, et aujourd'hui, ils avaient tant à dire sur les derniers événements…
— J'ai vraiment du mal à croire tout ce que je viens d'entendre… Pas vous ? demanda Taiyang en tournant en rond comme un lion en cage.
— Les Quatre vont nous entraîner. Summer est une sorte de magicienne et la Femme en Noir a un polichinelle dans le tiroir, j'ai tout bon ? récapitula nonchalamment Qrow.
— En tout cas, ta maîtresse est toi allez bien vous entendre vu ton caractère, commenta Raven.
Summer ne dit rien. Elle repensait encore à la fin de la discussion avec les Quatre…
Plus tôt dans le Reliquaire…
Ce fut probablement l'Homme en Noir le premier à les entendre, mais nul ne pourra probablement jamais le savoir, tant il ne faisait qu'un avec les ténèbres. Il fallut attendre la Femme en Noir qui, en détournant les yeux de ceux de Summer pour les fixer vers le lointain derrière la Huntress, informa les autres d'une neuvième personne parmi eux. Des bruits de pas résonnèrent dans la Voûte. Les Hunstmen se tournèrent tous d'un coup, la main à portée de leur arme.
— Du calme, fit Ozpin en accompagnant sa recommandation d'un geste de la main.
S'adressant au nouveau venu, il lança ces quelques mots.
— Nous t'attendions plus tôt.
— J'imagine que les présentations ont été faites.
À cette voix, le visage de la Femme en Blanc s'illumina d'un soulagement silencieux.
Des ténèbres en provenance de l'ascenseur apparut l'Homme en Blanc. Il était pareil aux souvenirs que Raven et Qrow avaient de lui à Mountain Glenn. Lui aussi les reconnut.
— Nous revoilà face à face, Héritiers de la Tribu. J'ose espérer que Mountain Glenn vous a inculpée la sagesse en même temps que sa chute.
Raven fronça les sourcils comme pour l'inciter à se taire. Mais l'Homme en Blanc n'avait déjà plus d'yeux que pour ceux argentés de Summer. Une fois encore, la Huntress se retrouvait au cœur de l'attention des Quatre. Une sensation qu'elle n'appréciait toujours pas…
— Summer Rose, dernière Guerrière aux Yeux Argentés, et Maiden du Printemps… De bien lourds titres pour de si frêles épaules…
— Je n'en ai choisie aucun.
— Bien-sûr que non.
Cette dernière affirmation fit revenir en mémoire leur rencontre à Mountain Glenn.
— Je me rappelle ce que vous avez dit ce jour-là.
— Je ne regrette aucun de mes mots. Mais j'accepte de vous entraîner.
— Comment avez-vous pu entendre notre conversation ? demanda Raven.
— L'Énergie est capable de bien des prouesses, mais nous ne sommes pas ici pour en discuter. Lequel d'entre vous sera mon élève ?
Les Huntsmen se regardèrent, décontenancés.
— Vous… Vous n'allez pas nous entraîner ensemble ?
— Ce n'est malheureusement pas possible, reprit la Femme en Blanc. Même si Beacon est un lieu sûr, d'autres places requièrent notre présence. Nous allons tâcher de récupérer le plus de force possible avant de repartir.
— Mais pourquoi ne pas rest…? Commença Taiyang avant de se raviser.
Salem bien-sûr… Tant que la Femme en Noir était enceinte, le secret devait rester absolu. Le reste des Quatre devait continuer à l'attirer pendant qu'elle faisait profil bas. Pendant trois ans. Trois longues années…
— Chacun d'entre nous va choisir l'un d'entre vous pour disciple. Je crois que nous avons déjà fait notre choix, ajouta Sélénée après avoir consultée sa fratrie du regard.
— Vous ne pensez pas que nous avons notre mot à dire ? fit savoir une Raven mécontente.
— Tu veux passer les trois prochaines années avec moi ?
Sans commentaire. Son silence aurait été comique dans d'autres circonstances, mais pas ici.
— Donc c'est décidé ! Si l'honneur aux femmes est toujours de mise, je prends le mignon porte-poisse avec moi.
Qrow crut d'abord à une plaisanterie de la part de la Femme en Noir mais il réalisa bien vite son erreur en voyant son regard entendu.
— Vous n'êtes pas sérieuse ? Vous voulez rester à côté de moi, alors que vous savez que je ne contrôle pas ma Semblance ? Vous auriez pas oubliée que vous êtes enceinte par hasard ?!
— Ça donnera un peu de piment à l'aventure. En plus, rien ne vaut une manieuse de faux pour en entraîner un autre, non ?
— Mais…!
— Une dernière chose : c'est moi qui décide de l'avenir de mon enfant. Pas le destin ou la chance. Compris ?
Cela ne dura qu'un instant, moins d'une seconde, mais les yeux de Sélénée perdirent pendant ce bref moment leur moquerie, remplacé par un éclat rouge qui brilla comme un incendie au cœur d'une tempête. Cet instant parut très long au Huntmen... Il n'y avait rien d'autre à dire. Il devait accepter, peu importe ses inquiétudes à son égard.
Sélénée claqua des mains pour restaurer une bonne ambiance.
— Maintenant que c'est dit, à qui le tour ? demanda-t-elle à sa sœur.
Taiyang eut un frisson quand la Femme en Blanc se tourna vers lui. Elle n'avait pas voulu la mort de sa mère et de ses amis à Peach, mais elle n'en gardait pas moins une certaine responsabilité… Il fut soulagé quand elle s'adressa à Summer derrière lui et non pas lui-même.
— La maîtrise du Flux est le précepte le plus complexe au monde. Seul mon frère cadet ou moi-même pouvons vous offrir cet enseignement. Si vous préférez sa compagnie à la mienne, je comprendrais…
Summer hésita à se décider aussitôt. Elle posa la main sur la rose que la Femme en Blanc lui avait offerte, cette fleur qui lui avait maintes fois sauvé la vie. C'était encore la Femme en Blanc qui avait su la calmer quand elle avait perdu le contrôle de ses pouvoirs.
En comparaison, l'Homme en Blanc avait ouvertement déclaré son dédain envers eux ou la vie en général.
« Si vous continuez à vous battre seuls, vous finirez par en mourir ! »
« Vivement ce jour… »
Il n'avait pas abandonné, mais il avait perdu foi en leur victoire. Summer pouvait-elle vraiment lui en vouloir ?
Après mûres réflexions, elle se tourna vers la Femme en Blanc et s'inclina respectueusement.
— J'espère ne pas vous décevoir.
— Je vous retourne le souhait.
— Ce qui nous laisse deux finalistes, reprit Sélénée. Alors ?
Taiyang sentit une pression terrible peser sur ses épaules. Il n'eut pas besoin de se retourner pour deviner que l'Homme en Noir était juste dans son dos. Sa puissance opprimante était si palpable à cette distance qu'il en tremblait malgré lui et dut se faire force pour ne rien en montrer. Il comprenait mieux le sentiment de peur que Raven avait décrite quand il l'avait surprise avant l'attaque de Mountain Glenn…
— Je viens avec vous.
C'était Raven qui venait de s'exprimer. Sans même attendre une réponse de l'Homme en Noir, elle s'avança juste qu'à lui et osa même le regarder droit dans les yeux.
— Ça ne pose pas de problème, si ?
Mais elle oublia qu'en regardant au fond de l'Abîme, l'Abîme aussi regardait au fond d'elle.
Les yeux devenus rouges et reptiliens de l'Ainé des Quatre se reflétèrent dans ceux de la Huntress.
— Ainsi soit-il.
Lentement, très lentement, le feu dans ses yeux s'estompa. Comme pour mieux s'assurer qu'elle n'oublie jamais, il abaissa avec la même gravité sa capuche. Pour la toute première fois, les Huntsmen découvrirent son visage.
Il avait les cheveux noirs, d'un noir aussi profond que ses yeux, des mèches rebelles au front et à l'arrière du crâne. Il aurait pu être considéré comme séduisant par les standards, si on omettait l'expression étrange qui ressortait de son regard, figé entre deux émotions, l'épuisement et la colère.
L'Homme en Noir s'approcha plus près de Raven comme pour l'embrasser, mais se pencha près de son oreilles et murmura de sa voix terrible :
— Il n'y a pas de retour en arrière... Celle que tu es maintenant. Plus jamais tu ne le seras... Ce qui t'attends va te détruire.
Elle frémit, mais en tant qu'Héritière de la Tribu, eut l'audace de lui rétorquer.
— Il n'y a pas de succès sans souffrance.
« En tout cas, ta maîtresse est toi allez bien vous entendre vu ton caractère. »
Taiyang regarda Raven sans pouvoir cacher plus longtemps son énervement.
— Mais pourquoi as-tu fait ça ? Ce type est encore pire qu'un Grimm !
— C'était mon choix ! se défendit Raven avec une colère non cachée. Qu'importe ton avis, ma décision est prise !
— C'est de la folie !
— LA FERME !
Taiyang battit des yeux, se trouvant sans réponse face à la colère éruptive de la Huntress.
— Raven ! s'exclama Summer.
— Vous avez oublié qu'on affronte quelqu'un d'encore plus puissant que les Quatre et tous ce qui vous inquiète c'est qui va entraîner qui ?! Vous êtes des pires que des idiots si vous croyez qu'on n'a pas besoin de leur entraînement !
— Hé, calmos sœurette ! fit Qrow en s'interposant entre eux.
— Qu'est-ce qui se passera la prochaine fois qu'on affrontera ces Champions ?! Je ne veux plus…! Je ne veux pas te revoir en train de te vider de ton sang à cause de moi !
Elle se passa une main sur le visage pour chasser les larmes qui rougissaient à présent ses yeux. Personne ne savait quoi dire à part peut-être son frère…
— Raven…
N'y tenant plus, elle se changea en corbeau et s'envola en direction de la Forêt d'Émeraude. Qrow se tourna vers Taiyang, le regard dur.
— Va lui parler.
— Qrow, je-je ne voulais pas…
— Va lui parler !
Cette fois, Taiyang ne discuta pas et s'élança à la poursuite de Raven, laissant Qrow et Summer seuls.
— Qu'est-ce qui lui arrive ? s'inquiéta la leader de la team STRQ.
Qrow haussa les épaules en signe d'impuissance.
— Je sais pas… Elle avait l'air de cacher quelque chose depuis Mountain Glenn. C'est bien elle tout craché… À force de cacher ses sentiments, ça finit toujours par sortir au pire moment…
.
— Raven ! Attends !
— Laisse-moi tranquille !
À l'aide du recul de Ember Celica, Taiyang parvenait à garder le contact avec Raven, qui avait reprise forme humaine pour sauter d'arbre en arbre. L'un comme l'autre semblait se moquer des risques de s'éloigner trop loin de l'Académie et d'entrer sur le territoire des Grimms.
— Écoute, je suis désolé ! Je… Je ne pensais pas que…
— La ferme !
— Attends !
Par une ultime propulsion, il parvint à lui saisir le poignet avant qu'elle ne lui échappe. Tous les deux retombèrent des arbres au milieu d'une clairière. Taiyang la retenait toujours sans vraiment quoi dire !
— Lâche-moi. Tout de suite, ordonna-t-elle entre ses dents serrées.
— Ce n'est pas ta faute !
Elle resta sans voix, et il en profita pour se répéter plus doucement.
— Ce n'est pas ta faute, ok ?
Il la lâcha et elle ne chercha pas à fuir. Raven était complètement bouleversée et elle essayait vainement de le cacher derrière ses mains.
— Tu… Tu te rends pas vraiment pas compte, idiot…! Tu as failli mourir ce jour-là ! À cause de moi !
Il saisit ses deux mains pour qu'elle le regarde. Ses beaux yeux rouges étaient presque noyés par les larmes à présent. Elle lui donnait l'impression d'une enfant terrifiée par ses erreurs…
— Si je n'étais pas intervenu, c'est toi qui te serais retrouvée dans mon état. Jamais je n'aurai pu me le pardonner.
— Comment tu peux dire ça ?
— Parce que je t'aime.
Et sans lui laisser le temps de répondre, il l'embrassa.
Dans la tête de Raven, il y eut comme une explosion nucléaire. Toute réflexion ou pensée furent balayées par quelque chose de totalement nouveau ! Elle devint rouge pivoine et se mit à trembler et à vouloir rejeter le contact des lèvres de Taiyang aux siennes, mais quand elle put le pousser, elle se retint, et finalement, passa ses bras autour de son cou.
Ils restèrent pendant un temps indéfini enlacés l'un contre l'autre, savourant sans vergogne l'amour naissant dans le couple.
