CHAPITRE 27

Leçon Apprise


Taiyang et Raven était beaucoup moins présents dans l'Académie depuis quelques temps. Depuis deux jours qu'ils étaient revenus de la Forêt d'Émeraude, ils avaient l'air ailleurs, souriant parfois entre eux sans raison. Summer n'avait pas mis longtemps à comprendre pourquoi, il suffisait de les regarder ensemble ! Tout le monde à l'Académie en parlait ! Les garçons étaient déçus de ne pas avoir tentés leur chance plus tôt avec la ténébreuse Huntress et les filles de perdre un garçon aussi gentil. Certains se consolaient en se disant qu'un tel couple ne durerait pas. Taiyang et Raven était trop différents pour que ça marche. Il était gentil et affectueux, à l'inverse, elle était renfermée et froide. Mais n'y avait-il pas un dicton qui disait « qui s'opposent s'assemblent » ?

Heureuse pour ses amis, Summer arpentait les couloirs de Beacon. Quand bien même les membres de l'équipe STRQ n'étaient plus des élèves, ils étaient autorisés à séjourner dans l'Académie aussi longtemps qu'ils le souhaitaient. Privilège de la part d'Opzin.

C'était étrange pour elle de marcher ici sans avoir à faire attention à l'heure ou aux surveillants. Après tout, cela ne faisait que quelques mois seulement qu'elle était officiellement une Huntress. Une défenseuse des Hommes, et des Reliques.

Étrange aussi de penser que les Quatre qu'ils avaient tant cherchés étaient quelque part sous ses pieds. Tout comme d'imaginer que d'ici quelques jours elle serait entraînée par l'une d'entre eux…

Qu'allait-elle apprendre auprès de Raptoria, la Femme en Blanc ? De quoi serait-elle capable au bout des trois années prévues par Ozpin ?

En passant près d'une des salles de repos des enseignants, elle entendit la télévision allumée sur la chaîne des informations.

Elle regarda à l'intérieur.

Les professeurs Oobleck et Port étaient en train de profiter de leur pause pour suivre les actualités. Une journaliste finissait son compte rendu sur les rendements fruitiers de la Forêt de l'Automne Éternel.

— International maintenant : l'ancien commandant James Ironwood sera jugé à Atlas pour avoir conduit une opération militaire au sein de l'Académie de Beacon. Le Conseil d'Atlas réclame déjà la prison à perpétuité sans remise de peine possible. Des manifestations organisées par des partis réactionnaires ponctuées de violences ont eu lieu dans plusieurs…

Summer reprit son chemin, l'esprit maintenant occupé par cette affaire. C'était arrivé pendant l'arrivée de l'Homme en Noir, pourtant, elle n'avait pas gardée de grands souvenirs, toute son attention avait alors été happée par cet être à l'Aura obscure et menaçante. Elle se rappelait par contre d'Ironwood et de l'horreur à le voir perdre son bras dans un éclair rouge qu'elle seule avait pu entrapercevoir. Elle n'oublierait probablement jamais le sang et le cri de… Elle chassa ses souvenirs le plus vite possible, elle ne voulait pas, ne devait pas se rappeler de ce qui s'était passé ensuite ! Mais comment oublier la froideur de sa main serrée autour de sa gorge ?

Summer s'arrêta et posa une main sur un mur comme si cela pouvait l'aider à mieux respirer.

— Tout va bien, Summer ?

La Huntress sursauta. C'était Goodwitch qui s'inquiétait de son état, une pile de dossier aux mains.

— Oui… Ça va, Glynda. J'ai juste eu un souffle au cœur…

— hum-hum…

Glynda ne semblait pas la croire mais ne poussa pas plus les investigations.

— Le Headmaster veut te voir, lui confie-t-elle.

Maintenant qu'elle était devenue la secrétaire personnelle d'Ozpin, Glynda était plus stricte et formelle qu'à l'époque où elle était étudiante. Elle qui était un vrai de rat de bibliothèque était maintenant aussi sévère qu'une enseignante ! Summer pouffa !

— Quoi donc ?

— Non, non ! Rien !

Pendant qu'elles marchaient toutes les deux, Summer ne peut s'empêcher de lui poser une question.

— Glynda ? Depuis combien de temps fais-tu partie de cette « Fraternité ? »

— Depuis six mois à peu près, juste avant d'être confirmée Huntress. Ozpin m'a proposé de devenir son adjointe et les conséquences qui en découlent… Je suppose qu'il vous a fait le même discours qu'à moi avec son « je n'aime pas les mensonges mais certaines choses doivent être gardées secrètes… »

— Plus ou moins ! gloussa Summer avant de prendre une mine sérieuse. C'est terrifiant, pas vrai ?

— Je dirais que c'est frustrant.

— Frustrant ?

Elles entrèrent dans l'ascenseur. Avec ses mains chargées de paperasses, Glynda laissa volontiers son amie presser le bouton à sa place pendant qu'elle s'expliquait.

— Pendant des siècles, nous avons affrontés les Grimms en pensant qu'à force de les tuer, il finirait par ne plus en avoir. Maintenant que je sais qu'aussi longtemps qu'il y aura cette Salem, les Grimms n'en finiront jamais de vouloir nous exterminer. Je t'avoue que je regrette d'avoir acceptée la proposition d'Ozpin.

— C'est dur à encaisser…

— Non, loin de là. Maintenant que je suis adjointe, je ne peux plus affronter les Grimms. Mes seules assignations sont limitées à Vale désormais. Et il y a des jours où j'ai vraiment envie d'écraser ces monstres pour me changer les esprits…

— Tu n'as pas changée ! Tellement stricte devant les autres mais jamais avec moi !

— Tu sais garder un secret ! (Glynda reprit un air sévère.) Je te plains, tu sais ? Être une Maiden et une Guerrière Argentée…

— C'est une sacrée pression…

L'ascenseur atteignit au même moment le bureau du Headmaster.

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Ozpin prit son temps pour verser délicatement le café dans la tasse de son élève avec l'aisance de l'habitude. C'était tout un art avec lui, une fascination qu'il exerçait inconsciemment par ses gestes et son expression concentrée qu'il parvenait à faire paraitre insouciante auprès de beaucoup.

— Bien chaud avec du sucre. Comme vous l'aimez, fit Ozpin en tendant à la Huntress une tasse de café.

Summer accepta la tasse et ferma les yeux quelques instants en appréciant la sensation de chaleur sur ses mains. C'était une sorte de rituel quand ils étaient seuls. Depuis aussi longtemps qu'elle s'en rappelait…

Depuis qu'elle était toute petite, Ozpin avait toujours été là. De sa première école pour éveiller son potentiel de Huntress jusqu'aux bancs de Beacon, il avait supervisé chaque étape de son éducation pour qu'elle devienne la femme qu'elle était désormais, sans toutefois lui avoir jamais forcé à persister dans cette voie.

Plus jeune, Summer avait cru qu'il avait peur pour celle qu'il considérait peut-être comme sa propre fille… Maintenant qu'elle connaissait la vérité sur plusieurs choses, ses origines incluses, elle voyait ce sentiment sous un autre jour : il était réticent à laisser la dernière de son peuple partir au combat, mais au moins était-elle en mesure de se défendre face à Salem…

La Huntress regarda autour d'elle. Le bureau auquel ils étaient attablés était toujours le même, basé sur un style de rouage semblable à ceux bien actifs au-dessus d'eux. Ce mécanisme perpétuel, cet esthétisme digne d'un horloger, ces colonnes rappelant les temps anciens… Chaque élément semblait raccrocher le Headmaster au Temps. Pourquoi tant de rappels ? Que devait-il tant se souvenir en chaque instant ?

Summer avala son café par petite gorgée et n'osa pas rompre le moment de tranquillité qui s'était installé. Comme à leur habitude, Ozpin fut le premier à s'exprimer.

— Vous allez bien ?

Summer sourit de son mieux, mais ça n'aidait pas.

— Pas vraiment…

Elle resta silencieuse quelques instants, tâchant de faire de son mieux pour choisir les mots qui exprimeraient le mieux son malaise.

— Je me rappelle encore des contes que vous me racontiez sur l'homme aux deux âmes… Ou les Maidens… J'étais trop naïve pour comprendre le fond de vérité derrière ces histoires…

— Comment l'auriez-vous pu ? Rien ne pouvait vous faire croire qu'elles fussent vraies. Vous n'étiez encore qu'une enfant à l'époque et je ne faisais que vous racontez une histoire. Une vieille histoire que Remnant se rappelait, voilà. Je ne cherchais pas déjà à vous lier au secret.

— Tout de même…

Elle soupira, ne sachant comment s'expliquer, mais les siècles d'existence d'Ozpin surent exprimer pour elle ses émotions.

— Vous m'en voulez de vous avoir caché la vérité ?

Summer écarquilla quelque peu les yeux avant de se ressaisir et de secouer la tête. Non… Bien-sûr que non…

— Je comprends pourquoi vous avez agi ainsi, mais j'ai du mal à l'accepter… J'ai… J'ai toujours su que j'avais quelque chose de différent des autres élèves. Je l'ai compris quand j'ai réalisée pour la première ce que représentait vraiment votre position. Je pensais être appelée à devenir une grande Huntress, à sauver des gens et combattre les Grimms et les criminels…

— Ce n'est pas le cas ?

— Pas comme je l'avais imaginée… Je l'avais déjà réalisée lors des missions avec des professeurs, mais en devenant Huntress, je pensais changée cela… Je voyais quelque chose de noble et d'humble… C'est ridicule, pas vrai ?

Le Headmaster l'écouta, sans chercher à la couper ou la critiquer. En réalité, il éprouvait un sentiment de fierté à l'entendre. Entendre un écho du passé encore vibrant de vie et de volonté.

— Ce n'est pas une désillusion, Summer. Pas plus qu'un idéalisme mal placé. Soixante ans auparavant, quand j'ai proposé pour la première fois l'idée d'Académies pour former les Huntsmen, on m'a critiqué de façon si violente que peu s'en serait relevé. On me prenait pour un idiot au projet ridicule. De ce que l'Histoire retient, peut-on toujours me juger comme tel ?

— Ce n'est pas la même chose, vous… Vous êtes un Envoyé…

— Et vous êtes une Huntress. Une femme remarquable qui désire mettre fin aux souffrances de Remnant, est-ce ridicule ?

Summer sourit.

— Vous savez réconforter les gens…

— J'ai eu le temps d'apprendre, lui répondit Ozpin avec un sourire égal.

Elle accepta une nouvelle tasse de café de la part d'Ozpin. Il saisit la cafetière et lui remplit sa tasse. Summer finit par lâcher ce qui lui tenait à cœur.

— Pourquoi l'Homme en Noir a-t-il tenté de me tuer ?

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Le visage du Headmaster se crispa et le flot régulier de café qui coulait tranquillement dans le récipient devint saccadé l'espace d'un instant.

Ce n'était pas vraiment une surprise, il s'y attendait, mais il aurait préféré qu'elle en apprenne plus sur lui via Raptoria.

Il réfléchit à son tour en posant soigneusement la cafetière.

— Il ne voulait pas vous tuer, sinon croyez-vous, vous et moi n'aurions pas cette discussion.

— Alors pourquoi ?

Le Headmaster posa ses mains sur les siennes pour l'apaiser.

—Vous êtes la dernière Argentée encore en vie. Cela a dû réveiller quelque chose en lui. Devinant vos forces, il a dû craindre pour votre vie alors…

— Vous voulez dire qu'il a failli me briser le cou juste pour me faire peur ?!

— Il a instillé la peur en vous. Si vous voulez progresser auprès des Quatre, il vous faudra vous en défaire. Vous comprenez ? C'est une épreuve.

— Mais pourquoi, bon sang ?

— Pour savoir si vous êtes capable…

Ozpin marqua un arrêt, réfléchissant s'il devait pousser plus loin ses révélations. Il leva les yeux vers Summer et des souvenirs presque oubliés des Guerriers aux Yeux Argentés lui revinrent en tête… Oui. Elle avait le droit de savoir. Au moins cela…

— De faire ce qu'aucun n'a eu la force de réussir jusqu'à présent.

La Huntress aux yeux Argentés retint son souffle.

L'immensité de la tâche qui venait de lui être révélée lui donnait l'impression qu'un gouffre sans fond s'était ouvert sous ses pieds.

— Headmaster… De quoi parlez-vous ?

Ozpin la regarda droit dans les yeux.

— Est-il vraiment nécessaire de ma part de vous le dire ?

— Oui… J'ai besoin de vous l'entendre dire… S'il vous plait !

Alors Ozpin obéit.

Et ce qu'il dit marqua un nouveau changement dans l'existence de Summer Rose.

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— Je base mes espoirs sur vous pour vaincre Salem. Pas seulement déjouer ses plans et battre ses Champions, je parle de la mettre hors d'état de nuire. À jamais. Les Quatre et moi n'avons que cela en tête.

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Cette fois, Summer ne put se retenir à la réalité. Elle s'écroula presque sur son fauteuil, perdue dans un océan de confusion. Une chape de plomb se posait sur ses épaules comme l'hermine d'une reine. C'était un Manteau de responsabilité qu'elle refusait !

— Je… Je ne peux pas… Vous… Vous avez dit… Salem a exterminée les Guerriers…

Le Headmaster devina la panique grandissante en elle et posa ses mains sur les siennes pour lui apporter chaleur et réconfort. Il sentit le froid dans les doigts de son élève et utilisa discrètement ses pouvoirs pour contrôler le flot d'Énergie en elle. Il savait - oh par les dieux il ne savait que trop bien ! - à quel point sa demande était cruelle et accablante pour Summer. Salem n'était encore qu'un nom pour la jeune femme mais elle représentait déjà pour elle une entité en apparence hors d'atteinte avec ses pouvoirs actuels. Ozpin avait fait de son mieux pour la préparer à cette confrontation mais il devait à présent céder sa formation à un maître supérieur à lui-même. En compagnie de Raptoria, Summer sera capable de merveilles telles que le monde n'avait plus vu depuis des millénaires ! Les deux défenseurs de l'Humanité le savaient parfaitement, cependant, Ozpin tenait à ce que Summer ne se sente pas forcée dans son choix.

— Ne répondez pas, Summer. Pas maintenant. Pensez-y, c'est tout. J'attendrai votre réponse dans trois ans, pas avant. Sachez seulement qu'il est possible de vaincre Salem et les Quatre et moi comptons l'affronter. Votre aide sera précieuse, je l'admets, mais nous pourrons nous en passer. Le sang des Guerriers aux Yeux Argentés a suffisamment coulé par notre faute…

C'est encore plus culpabilisant pour Summer ! Elle était déchirée entre son devoir de Huntress et sa peur nouvelle de Maiden, survivante d'un holocauste qu'elle ignorait il y avait encore quelques jours… Si elle voulait participer à la victoire finale contre les Grimms, elle allait devoir vaincre son traumatisme et découvrir bien des secrets sur ses origines. Elle n'avait pas peur de l'inconnu, mais de ce qu'il en ressortirait…

— Qu'est-ce qui se passe maintenant ? demanda-t-elle, indiquant clairement qu'elle voulait changer de sujet.

Ozpin accepta volontiers.

— Je ne pense pas vous apprendre quoi que ce soit concernant la situation de crise à Atlas. Cela empire d'heure en heure…

La Huntress hocha la tête.

— Je connais une personne là-bas qui désire autant la paix que nous. Il est capable de mettre un terme à tout cela mais pour que son plan réussisse, les Quatre ont besoin d'être sur place pour l'aider.

— À Atlas ? Mais… Comment connait-il l'existence des Quatre ? Je croyais que personne ou presque ne savaient qu'ils étaient réels à part votre Fraternité ?

— Ce n'est pas un Headmaster, ni même l'un des « nôtres », si je puis dire. Tout comme j'ai établis un réseau d'informateurs à travers Remnant, les Quatre ont eu vingt ans pour développer le leur.

— Je vois… Et vous voulez que nous accompagnons les Quatre, c'est ça ?

— Oui. Quand bien même ils n'en ont pas l'air, ils sont encore faibles. Connaissant Salem, elle n'hésitera pas à en profiter pour les capturer en cours de route.

Summer l'écouta et la curiosité lui vit remonter une question importante.

— Headmaster, qui est cette personne ?

Cette fois, un sourire énigmatique se dessina sur les lèvres du Headmaster.

— Avez-vous déjà eu envie de rencontrer Nicolas Schnee ?


Quelques jours plus tard…


Il les entendit arriver longtemps avant de les voir. C'était ça, d'avoir des bottes cirées à l'extrême : ça claquait bien sur le carrelage. Il resta couché dans son matelas, profitant des dernières secondes de répit qui lui était accordé, se demandant si c'était cela que ressentait un condamné à mort quand on venait le chercher pour l'exécuter ?

Ils entrèrent comme la première fois, toujours en duo, toujours insensibles à son état. Il leur fut reconnaissant de ne pas perdre de temps en formalité.

— Il est l'heure, James Ironwood.

Le commandant hocha simplement la tête, sans crainte ni surprise. On l'avait prévenu qu'aux vues de son état de guérison miraculeux, son extradition allait être plus rapide que prévu.

Un infirmier vint l'aider à se lever, le raser et - étrange privilège - l'habiller avec son uniforme militaire. Vale voulait sans doute profiter de son rang pour le rabaisser plus encore… Sa main et ses pieds furent menottés puis les deux PM le guidèrent à travers l'hôpital jusqu'à une porte de secours où l'attendait une voiture et plusieurs autres PM. On le fit monter à bord et le véhicule démarra aussitôt, aussitôt imités par deux véhicules blindés chargés de l'escorte.

— Prévenez le QG : ETA dans 10 minutes.

Le convoi se dirigeait au sud de Vale, au-delà du secteur réservé à l'agriculture. James connaissait mal la géographie de Vale, mais s'il devait se fier à ses vieux souvenirs à l'école des officiers, il devait se trouver au sud de la ville la principale base aérienne du Royaume.

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— QG, nous avons le convoi en visuel. Oui, bien compris.

Une sentinelle fit signe à un camarade et tous les deux se dirigèrent vers la porte de la base.

L'équipe STRQ attendait l'arrivée du convoi aux pieds d'un Transporteur Aérien affrété pour les besoins de la mission. C'était un des vaisseaux qui assuraient le trafic aérien entre les différentes régions du Royaume. Avec sa vitesse lente et ses quatre ailes caractéristiques, c'était un des aéronefs les plus connus des habitants de Remnant. Summer connaissait très bien l'intérieur de ces vaisseaux, en tant que Huntress, elle avait maintes fois empruntée ces véhicules pour affronter les Grimms… Mais cette fois-là, plusieurs modifications avaient été apportées au vaisseau de transport. Des plaques de blindage avaient été rajoutées sur les flancs et aux parties vitales de l'aéronef. De plus, des tourelles anti-aériennes avaient été installées. Elle comptait une sur le ponton avant, un sur le dos, deux autres sous le ventre et plus de six sur les pontons latéraux, trois de chaque côté. Ce n'était plus un transporteur, c'était un véritable vaisseau de guerre !

Un battement d'ailes lui fit lever les yeux au ciel. Qrow se métamorphosa discrètement parmi eux.

— Ils sont là…, marmonna-t-il.

Curieusement, il arborait une étrange marque sur la joue droite, comme s'il avait reçu une baffe… Raven et Taiyang lui jetèrent un regard très mécontent et il se détourna d'eux. Summer n'eut pas le temps de s'enquérir de cette soudaine hostilité au sein de l'équipe que le convoi arrivait aux portes de la base.

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Plusieurs reporters et plus encore de manifestants attendaient à l'entrée du périmètre pour voir les véhicules arrivés avec des raisons bien différentes : si les premiers voulaient grappiller des miettes d'information pour leur journal, les seconds lâchaient des propos orduriers au passage de la voiture de James ou brandissaient des panneaux où l'on pouvait lire « criminel », « chien de guerre », et d'autres joyeusetés plus terribles encore.

James ne se soucia même pas d'eux, de leurs insultes ou de leurs panneaux. Il savait que cela faisait partie du jeu… La fameuse rançon de la gloire, comme ils disaient !

Le véhicule passa la porte et on le fit descendre. Il vit le vaisseau chargé de son transport et l'équipe de Huntsmen chargée de le surveiller. L'équipe STRQ, s'il se rappelait bien. Eux aussi avaient changés, dans leurs yeux, probablement la chute de Mountain Glenn les avait secoués. Ils n'avaient plus l'air d'une bande de jeunes Huntsmen insouciants, ils avaient quelque chose d'adulte en eux…

L'innocence est toujours la première victime de la guerre...

— Commandant ? Commandant ! le héla-t-on soudainement.

Il se retourna et fut stupéfait de voir descendre d'un autre véhicule son fidèle lieutenant, lui aussi menottés et sous la surveillance de PM !

— Hood ?! Qu'est-ce que vous faites ici ?

— Je n'ai pas eu le choix, expliqua son second. Ils étaient plus malins que je ne le pensais…

— Et le reste de l'unité ?

— Sains et saufs.

James en fut soulagé et immensément reconnaissant pour le sacrifice de son second. Heureux d'avoir au moins épargné ses hommes de son sort, il prêta à peine attention aux soldats qui l'entrainaient vers le vaisseau. Une fois à bord, on l'amena vers un couloir spécialement aménagé pour les deux prisonniers : deux salles de repos à l'espace confiné autrefois face à face avaient été modifiées pour comporter à la place de murs et de porte une rangée de barreaux. Les cellules étaient encore plus austères que la prison militaire ! Il n'y avait ni WC, ni lumière, ni fenêtre ! Juste un néon à peine fonctionnel dans le couloir… À la surprise des deux atlésiens, ils furent placés dans la même cellule. En général, on séparait les prisonniers d'importance pour éviter tout échange d'information.

Aussitôt qu'on referma la porte à clé derrière eux, James fit le tour de leur cellule pour s'assurer qu'ils n'étaient pas sous écoute. Hood, peut-être plus résigné à son sort, s'assit par terre, le dos contre un mur.

— Vous allez bien ? s'enquit-il.

— De quoi ?

— Votre bras.

James posa une main sur son membre manquant.

— J'ai l'impression qu'il est toujours là et qu'il disparait dès que j'y touche. Les médecins ont dit que ça prendra des années avant de disparaitre…

Hood hocha lentement la tête. Il se rappelait encore de la vue de son supérieur en sang… Mais maintenant qu'ils abordaient les évènements de Mountain Glenn…

— Vous êtes au courant pour Rook…?

James ne répondit pas. Il ferma les yeux en se pinçant l'arête du nez.

— Oui… C'est l'œuvre de l'Homme en Blanc.

Hood haussa les sourcils. Il n'était pas vraiment étonné. La guérison de James avait sûrement été l'œuvre aussi d'un des Quatre. Mais pourquoi un simple soldat ?

— Il s'est passé quelque chose ?

— On peut dire ça…

James saisit une bouteille d'eau que les soldats leur avaient laissée pour le trajet et lui lança. Hood réussit à l'attraper avec ses mains enchaînées et l'ouvrit. James en fit de même avec une autre et prit place à côté de son second. Ils avaient tout le temps pour expliquer ce qu'il leur était arrivé entretemps…


— L'embarquement des prisonniers est terminé. On finit de vérifier les installations défensives et nous pourrons décoller dans moins d'une heure, Miss Rose, expliqua cordialement le capitaine du vaisseau.

— Merci beaucoup, fit Summer en lui souriant.

— À votre service, saluez le Headmaster de notre part. C'est grâce à vous que les choses vont bien à Vale !

Le capitaine vint rejoindre les ingénieurs pendant que les opérateurs des tourelles et les soldats montaient à bord. Un Transporteur pouvait embarquer plus de 40 personnes en plus de l'équipage. Avec une telle puissance de feu à bord, aucun Grimm ne pourrait s'approcher du vaisseau sous peine de finir en miette ! Alors qu'elle se tournait de nouveau vers Qrow, elle ne put s'empêcher de lui demander :

— Au fait, qu'est-ce qui t'es arrivé à la joue ?

— Ah, ça…

Raven ne lui laissa pas le temps de trouver des excuses. Avec un ton acerbe, elle expliqua à la place de son frère.

— Cette enflure a essayé de se rincer l'œil quand Tai et moi étions ensembles !

— Bon sang ! Ça va ! Comment est-ce que je pouvais savoir que vous en étiez déjà à vous becqueter tous les deux ?!

— La ferme ! hurlèrent le couple en cœur.

Voyant ses amis se disputer sur un tel sujet, avec Qrow et sa marque et Tai et Raven ligués contre lui, Summer ne put s'empêcher d'éclater de rire !

C'était libérateur ! Toute sa tension accumulée ces dernières semaines s'évanouit avec ce rire. Elle qui cauchemardait encore hier de sa rencontre avec l'Homme en Noir se sentit si bien après cet éclat de vie ! Ses amis la regardèrent, sans trop la comprendre. Elle ne leur en voulait pas.

— Pardon ! C'était plus fort que moi ! dit-elle sans vouloir calmer son rire. On se croirait redevenus élèves ! Quand Qrow avais cherché la bagarre avec Tai à cause de cette histoire de kilt qui était en fait une jupe !

— Hé ? C'est vrai que ça avait été un sacré spectacle ce jour-là, fit Raven avec un clin d'œil moqueur à son frère.

— Qui aurait cru qu'il avait de si jolies jambes ? plaisanta Tai.

— C'est ça, marrez-vous ! N'empêche, j'ai des filles qui sont venues me voir après ça ! ricana Qrow.

Ils commencèrent à s'esclaffer, à plaisanter l'un de l'autre, protestant et se défendant de mauvaise foi comme au bon vieux temps où ils passaient leur journée sur les bancs de classe !

Ce fut ensembles et confiants qu'ils décidèrent de monter à bord quand l'ordre de décollage leur fut transmis.


Les moteurs du Transporteur Aérien décollèrent avec peu de bruit car alimentés avec de la Dust. Ce fut les vibrations et la sensation qui accompagnait le décollage qui informa les passagers du départ. Dehors, les personnes présentes sur place pouvait voir l'aéronef entamer son ascension vers le ciel à la verticale, puis débuter sa « transition », moment pendant lequel les moteurs inclinés vers le bas de l'appareil s'orientaient vers la arrière pour permettre le vol horizontal. Une fois la délicate opération accomplie, le personnel naviguant du vaisseau se dirigea vers Atlas.

Summer s'approcha des doubles pièces reconverties en sombres cellules. Le commandant James Ironwood et son second étaient dans celle de droite, en train de discuter de leurs péripéties. En l'entendant arrivée, James se retourna et reconnut la Huntress.

— Je n'ai pas vraiment eue le temps de vous voir depuis Mountain Glenn…, fit-il en se levant.

— J'aurai pu passer vous voir à l'hôpital si vous le vouliez.

— Ça n'aurait servi qu'à vous mettre dans une situation délicate. (Il marqua une pause.) Vous aviez l'air d'avoir changée, mais je crois mettre trompé… Vous avez toujours de la joie au cœur, c'est agréable à voir.

Summer sourit. Au moins ne lui demandait-on plus si elle allait bien à présent !

— Je tiens à vous remercier.

— Pourquoi ?

— C'est grâce à vous que je suis en vie parait-il.

Sans doute quelque lui avait raconté son intervention quand l'Homme en Noir avait failli l'achever. Elle n'avait vraiment pas cru qu'il allait voir le jour suivant se lever…

— Je suis désolée pour votre bras…

— C'est ma punition, je suppose. Au lieu de remercier la Femme en Noir, je n'ai cherché qu'à profiter de l'occasion pour la capturer. Je ne vaux vraiment pas d'être commandant…

— Monsieur ? fit Hood.

— Beaucoup de gens sont morts à cause de moi, mais je suis heureux de savoir qu'au moins, les habitants de Mountain Glenn sont indemnes grâce à vous.

La cheffe de l'équipe STRQ baissa les yeux en songeant aux civils pris dans l'explosion, piégés dans leur habitation en ruines quand les Grimms arrivaient ou aux militaires qui les ont combattus jusqu'à la fin.

— Pas tous, malheureusement…

— Vous ne pouvez pas sauver tout le monde. Personne ne le peut…

— Des paroles pleines de sagesse, il est satisfaisant d'entendre ses leçons apprises, fit savoir un quatrième individu.

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James crut défaillir au son de cette voix !

Il regarda vers le fond du couloir derrière la Huntress mais les barreaux l'empêchaient de bien voir ! Un soldat arriva et ouvrit la seconde cellule.

C'est alors qu'il vit arriver les occupants de la cellule. D'un commun accord, ils se mirent au fond de la pièce, là où la lumière éclairait le moins, et se laissèrent choir par terre, dos au mur, les visages perdus dans l'ombre des capuches.

— Putain de merde…, lâcha Hood.

James était incapable de le corriger. Bouche bée, il sentait monter une douleur terrible depuis son bras manquant ! Ils étaient là ! ILS ÉTAIENT LÀ ! FACE À LUI !

L'Homme en Blanc et son homologue féminin, la Femme en Noir, cause de son état actuel, et lui… Indissociable des ténèbres auxquels il restait fidèle, avec cette seule lueur rouge annonciatrice de mort et de sang, l'Homme en Noir…

Son assaillant, responsable de la perte du Conviction, de son équipage et de son bras ! L'insulte et l'ironie de la situation le dominaient et il voulut démolir les barreaux pour venger son bras perdu et…

Il n'en fit rien.

Il serra son poing et jugea l'effort inutile. Cela ne servait à rien de chercher à se battre avec lui. C'était la faute de James s'il se retrouvait dans cet état et la dure leçon de l'Homme en Blanc était claire. De toute façon, il ne vaincrait pas cet être. Il n'y avait ni valeur, ni morale capables d'abattre cet individu. Lui et James vivaient dans deux mondes différents. Il n'y avait rien à faire sinon attendre et comprendre pourquoi les Quatre étaient là…

Le voyage promettait d'être intéressant…