CHAPITRE 29

Abordage !


Une lueur réveilla Summer.

Elle se sentait groggy, et ses oreilles carillonnaient. Elle entrouvrit lentement les yeux et hoqueta de surprise !

Elle gisait par terre, dans un couloir couvert de flammes ! C'était leur éclat qui l'avait réveillée. Comme une bulle qui éclata, son ouïe revint et le hurlement des alarmes incendie lui vrilla les tympans !

Au sein de cet enfer, elle s'ébroua pour chasser les débris incandescents qui grésillaient sur sa peau et ses vêtements. Après de longues secondes à reprendre son souffle, elle finit par rassembler assez de forces pour se relever en se servant d'un mur comme appui. Ses bras et ses jambes étaient couverts d'ecchymoses et elle avait un étrange goût ferreux dans la bouche. Elle s'essuya les lèvres et découvrit du sang sur sa main.

Elle fit un pas malaisé en avant et manqua de tomber. Ses oreilles commençaient à identifier d'autres bruits entre deux hurlements de sirène. Des détonations, des tirs d'armes à feu, ponctués de cris…

On se battait à bord du Transporteur.

Cette révélation lui donna la volonté de rester éveillée. Elle devait retrouver ses amis, défendre les Quatre…

Une violente explosion secoua le vaisseau. Summer s'envola, son dos alla cogner contre le mur qui lui avait servi d'appui et elle roula sur elle-même, étourdie par la douleur.

Comment en était-elle arrivée là ?


Vingt minutes auparavant…


Les pas précipités de Summer résonnèrent à travers les couloirs du Transporteur. Elle passa à côté de soldats qui ignoraient encore tout de la menace à venir. Elle courut à tout rompre, ne s'arrêtant pour rien n'y personne ! D'une main, elle se connecta à la passerelle et joignit le capitaine.

— Mademoiselle Rose ? Que puis-je pour…?

— Capitaine ! Est-ce qu'à tout hasard on vous a signalé quelque chose d'étrange ?

— Non. Rien sur notre radar, mais il est trop archaïque pour repérer quoi que ce soit de toute façon. Nous sommes obligés de compter sur ceux des Bullheads plus perfectionnés pour...

— Vous en êtes sûr ? le coupa Summer en se précipitant à travers une coursive qui menait à un pont extérieur.

— Il y a bien une vigie qui a repéré un éclair parmi les nuages mais…

— Ça pourrait être une explosion ? s'inquiéta-t-elle en ouvrant l'écoutille aussi vite qu'elle le put avec son autre main.

Devinant la panique chez la Huntress sans néanmoins en comprendre la raison, le capitaine chercha d'abord à la rassurer. Peut-être avait-elle simplement le vertige ?

— Rassurez-vous, il s'agit de l'un de nos Bullhead. Aux dernières nouvelles, il engageait le combat avec un Nevermore. Ces éclairs sont la réflexion de ses tirs sur les nuages, voilà tout.

— Un Nevermore ?

Sortant finalement des entrailles du vaisseau, Summer s'arrêta devant un garde-corps, circonspecte.

— Quelque chose ne va, Mademoiselle Rose ?

— Capitaine, vous êtes certain qu'il s'agit d'un Nevermore ?

Troublé par la question de la Huntress, le capitaine consulta sur un ordinateur l'historique des incidents survenus pendant les dix derniers mois.

— Et bien, deux cargos ont disparus dans ce secteur il y a deux semaines environ. On en a conclu à soit un Sea Feilong, soit un Nevermore. C'est pour cela que le Conseil de Vale a tenu à armer le navire et envoyé des navettes pour la protection…

— Ça ne colle pas…

Summer avait affrontée suffisamment de ces Grimms pour connaître leur comportement. Et les Nervermores étaient parmi les courants qu'elle puisse trouver à Vale.

— Vous ne croyez pas à un Grimm ?

— Les Nevermores n'attaquent pas au-dessus des mers. Leur masse ne leur permet pas de voler longtemps, ils ont besoin de se poser à un moment où un autre…

Selon cette seule connaissance, Summer rejetait le raisonnement du Conseil. Mais elle ne devait pas oublier l'existence de Salem. Si elle contrôlait les Grimms, elle pouvait leur ordonner des actions contradictoires à leur comportement habituel… Les Quatre étaient à bord, c'était plus qu'assez pour la motiver à les attaquer !

.

Trop plongée dans ses préoccupations, Summer ne prit pas attention à une ombre qui profita de son dos tourné pour s'engouffrer silencieusement à l'intérieur du Transporteur…

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— Capitaine ? Faites revenir la navette, j'ai un… "Une personne de confiance" m'a signalé un danger dans les parages. Il faudrait renforcer la formation plutôt que de la disperser.

Le capitaine claqua deux fois des doigts à l'attention de l'opérateur radio.

— Entendu, Mademoiselle Rose. Nous cherchons à contacter la navette.

Elle attendit, envoyant un message au reste de la Team STRQ de la rejoindre. Quand le capitaine lui répondit, elle sût la réponse au long silence qu'il mit avant de parler.

— Nous n'arrivons pas à joindre Trespasser. Peut-être ont-ils coupé leur radio…

Le capitaine essayait de donner des explications logiques pour éviter de causer la panique, mais tous les deux savaient que ce silence était improbable pour des militaires.

— Donnez l'alerte, capitaine.

En temps ordinaire, le capitaine n'aurait pas prêté attention aux suspicions infondées d'une passagère, mais dans ce cas particulier, la nervosité de la Huntress fut contagieuse…

— Aye, aye.

Tous les deux raccrochèrent. Au même moment, Taiyang et Raven arrivèrent auprès d'elle, rapidement suivi de Qrow.

— Je crois que Salem nous attaque, expliqua-t-elle calmement.

Ses trois amis assimilèrent l'information sans broncher. Tout juste prirent-ils leurs armes en mains, l'air sérieux mais tranquille comme si le combat était inéluctable dorénavant.

Cela frappa Summer de constater à quel point ils avaient changés depuis leur dernière mission. Ils n'avaient plus ce même rapport face au danger. Avant Mountain Glenn, ils abordaient le combat avec humour et excitation. Cette attitude avait disparue maintenant. En un sens, ils avaient revenus… vieillis, plus sage. Plus besoin d'échanger de grandes paroles pour tout savoir de ce qui les attendait. En tant que cheffe, ses seuls mots leur suffisaient.

Peut-être était-ce là une des premières étapes à leur devenir en tant qu'élèves des Quatre ? Ozpin avait-il déjà perçu ce changement en eux ?

Ses réflexions furent interrompues par la voix autoritaire d'un officier via les haut-parleurs.

— Attention ! Attention ! Au personnel militaire, au poste de combat ! Je répète : au poste de combat ! Ceci n'est pas un exercice ! Trespasser est tombé !

Une sirène sonna trois longues fois alors que les soldats prenaient place à leur tourelle respective. En quelques secondes, chaque partie du Transporteur était défendue par au moins une tourelle et ses quatre canons à tirs rapide de 40mm.

— S'il s'agit d'un Grimm, il n'aura aucune chance, dit Raven d'un ton certain.

Summer n'affichait pas cette même assurance. Bien que réticente à l'idée de démotiver ses amis, elle finit par exprimer ses doutes :

— C'est ça qui m'inquiète… Vous croyez qu'un seul Grimm pourrait troubler l'Homme en Noir ?

L'Homme en Noir n'avait pas désigné de menace précise, mais elle refusait de croire qu'un Grimm isolé pouvait suffire à déclencher un avertissement de la part de cet être. Tout le poids de ses mots résonnait encore dans sa tête…

En prenant du recul quant à la situation, Taiyang eut un éclair de lucidité.

— Ça ne vous rappelle pas Mountain Glenn ? Scharnhorst avait saboté les défenses de l'intérieur. Peut-être Salem a-t-elle aussi un agent à bord ?

Un silence…

La trahison de Scharnhorst était encore vive dans leur mémoire, bien-sûr… Summer avait beau tourner et retourner les faits en boucle, elle ne parvenait pas à comprendre ce qui avait pu pousser le commandant à trahir sa patrie. Qu'avait donc pu faire Salem pour rallier cet homme exemplaire à sa cause ? Il était supposé être un héros, tout comme eux !

Et c'était en tant que tel qu'il avait péri avec ses hommes après la diffusion du message de détresse selon la version officielle… "Le monde ne doit pas perdre foi en ses héros", disait Ozpin, et Summer s'était depuis demandé combien de faux héros avaient ainsi été glorifiés pour dissimuler l'existence de Salem ?

— Et maintenant ? Qu'est-ce qu'on fait ? lui demanda Raven.

— Ce que l'Homme en Noir a dit : on se prépare… Taiyang et moi allons surveiller la passerelle et la machinerie du vaisseau. Qrow, Raven, surveillez dehors.

Tous opinèrent du chef et se dispersèrent.


L'assassine aurait bien remercié la Huntress pour avoir oubliée de refermer la porte derrière elle si cela ne risquait pas de ruiner son infiltration ! À présent qu'elle avait accès à l'intérieur du vaisseau, elle pouvait commencer ses recherches. Elle s'avança silencieusement à l'intérieur du Transporteur à la manière d'un félin. Toute vêtue de noir, il aurait été impossible pour une personne ordinaire de la voir passer entre les ombres de deux tubes néons. Pourtant, en dépit de son aisance à rester dans l'ombre, l'assassine recherchait une ouverture dans les conduits de ventilation au-dessus de sa tête. Même pour quelqu'un de son niveau, il était impossible d'emprunter trop longuement les couloirs : trop de caméras et de potentiels obstacles sur le chemin. Elle préférait la compagnie des ombres et l'étroitesse des conduits de ventilation aux grands espaces.

Un voleur à la retraite lui avait apprise à toujours utiliser les systèmes de ventilation. C'était le meilleur passe d'accès qui pouvait exister pour ceux assez agiles pour s'y faufiler. Toutes les parties d'un vaisseau avaient besoin de l'apport régulier d'air frais, aussi pouvait-elle se déplacer partout sans craindre d'être vue !

Ses recherches finirent par la conduire à ce qu'elle recherchait : une grille couvrant une bouche d'aération. Toujours en silence, elle se hissa à la force de ses bras et d'un coup de pied défonça la grille. Elle avait de la chance, la grille était mal vissée. Le premier coup suffit à déloger la plaque et la faire tomber. Elle l'attrapa entre ses jambes et s'insinua dans l'ouverture. Elle repositionna la grille derrière elle et s'accorda un instant de réflexions.

Voilà.

Elle était maintenant libre d'aller où elle voulait.

Le boyau était sombre et exigu mais elle n'en avait cure. Elle ouvrit grands ses yeux jaunes et ceux-ci se mirent à luire d'un éclat vert, phénomène propre à son peuple. Grâce à cette capacité, elle était maintenant capable de voir le fond du conduit comme en plein jour. Elle commença à ramper, indifférente à ses coudes et genoux qu'éraflait le métal.

Ténèbres et reptation étaient de bonnes occasions pour méditer, voire ressasser quelques souvenirs du passé.

Elle se laissa aller à se remémorer sa première rencontre avec les Quatre…

C'était presque dix ans auparavant, pendant la Révolution pour les Droits des Faunus.

Elle avait à peine dix-huit à l'époque, un âge où elle n'était plus une enfant mais pas encore une adulte. Pourtant, tout ce qu'elle se rappelait était le reflet de ses yeux morts dans les flaques d'eaux croupies…

La Révolution avait tournée aux lynchages et aux rejets des Faunus par les Humains, et maintenant, les dernières forces de la Révolution s'étaient rassemblées près de Fort Castle abandonné depuis longtemps. Ils étaient victimes du froids, des maladies et pris au piège. L'avant-garde de l'armée du général Lagune gardait les cols et les échappatoires possibles en attendant que le gros de la troupe arrive pour détruire leur campement.

Que les Faunus perdent et ils seraient à jamais considérés comme des citoyens de seconde zone, coupés du monde dans leur Ménagerie… Mais comment gagner ?

On pleurait autour d'elle mais elle ne faisait même plus attention. Elle avait rejoint la Révolution, convaincue que le bien-fondé de ce soulèvement changerait les mœurs des Humains. Qu'aurait-elle dit si elle s'était vue deux ans plus tard, perdue parmi des tentes chambranlantes aux tissus pourris par la pluie constante et épuisante ? Le temps des espoirs étaient perdues.

Alors qu'elle croupissait sous la pluie, un homme s'approcha d'elle et…

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L'assassine se mit à sourire, soupirant de bonheur à l'idée d'être (du moins l'espérait-elle) bientôt de retour chez elle dans les bras de son mari.

Elle émergea de l'étroit tunnel dans l'un des principaux conduits d'aération du Transporteur. Elle put se redresser et ne s'empêcha pas un étirement peut-être immérité. Ses oreilles pivotèrent à la recherche d'un son particulier. Seul le ronronnement de la machinerie d'air conditionné lui parvenait aux oreilles.

Connaissant les préférences de sa cible, elle savait que celle-ci devait se trouver au plus profond du vaisseau. Le plus isolé possible de tout bruit, de tout trouble. Calme et repos étaient des denrées rares et précieuses pour elle. Se remémorant le plan du système de ventilation de cette classe de vaisseau, elle s'aventura sans hésitation à travers les différentes jonctions. Dans ce labyrinthe, elle était sans rival. Ses sens aigus étaient plus efficaces que des radars ; des effluves d'odeur, des sons inaudibles pour des Hommes, et plus particulièrement la terreur qui lui saisissait les tripes l'orientaient avec une précision chirurgicale vers sa cible…

Faites que ce ne soit pas lui… Elle donnerait beaucoup - et par beaucoup, elle voulait dire BEAUCOUP - pour qu'il ne s'agisse pas de l'Homme en Noir…

.

Son instinct lui prévint à l'avance qu'elle était sur la bonne voie. Elle se trouvait à présent dans un nouveau conduit étroit et aucun son ne se faisait entendre devant elle. Comme si même les composants artificiels du vaisseau retenaient leur souffle à proximité d'un prédateur. Ce silence la réconfortait "presque", au moins était-elle certaine désormais que ses informations étaient bonnes.

Dommage que ses espérances soient déçues, par contre…

Elle ferma les yeux et réprima un frisson instinctif. Elle se remit à ramper jusqu'à ce que ses oreilles perçoivent les bribes d'une conversation devant elle.

— …Vous ne les aidez pas ?

Elle rampa plus en avant et sut qu'elle avait réussie en reconnaissant cette voix unique au monde :

— Nous ne nous mêlons pas des conflits des Humains. Ce combat est le leur… Et le vôtre, aussi.

— Notre combat ? fit une troisième voix irritée.

Elle poursuivit sa reptation et observa la pièce en-dessous d'elle par une grille de ventilation… Et retint son souffle !

Les Quatre étaient là. Au grand complet.

Les quatre plus grands héros de Remnant étaient tous réunis sous ses yeux ! Elle resta bouche bée un long moment, stupéfaite de cette réunion ! Elle s'était attendue à un seul des Quatre, voire deux, mais qu'ils soient tous présents…!

— N'est-ce pas le but de l'existence de l'armée ? N'avez-vous pas fait vœu de protéger les Royaumes et les Humains ? déclara la Femme en Blanc en s'adressant à un officier manchot d'Atlas.

— J'ai souvenir que ce serment était réservé à Atlas et ses habitants, corrigea James avec un sourire froid.

— Si c'était réellement votre pensée, vous ne seriez jamais venu à Mountain Glenn.

Elle avait l'air d'avoir marquée un point auprès du blessé.

— Cela pourrait changer, vous savez ? Les gens changent dans ce genre de situation.

Cette fois, l'Homme en Blanc répondit. Surprenant James et l'assassine par ses propos presque chaleureux.

— Les gens changent quand ils commettent des erreurs, ce n'est pas votre cas.

— ...Je suppose que c'est le meilleur compliment que je pourrai recevoir de vous, ironisa Ironwood après un long moment.

Pendant qu'ils poursuivaient leur discussion, l'assassine entreprit de dévisser la grille d'aération, lentement et en silence. Presque naturellement, ses yeux se posèrent sur Raptoria, assises sur ses genoux comme pour prier. Elle fronça les sourcils, méfiante. La dernière fois qu'elle avait vu la Femme en Blanc agir ainsi, c'était pendant la bataille de Fort Castle…

— Je n'aurai jamais pensé que vous étiez croyante, fit remarquer Ironwood.

Cela fit sourire l'intéressée qui réfuta poliment par une secousse de la tête.

— Non, mais… Priez et espérer ne sont point différents au final. Nous désirons tous la même chose au fond…

— Quoi donc ?

— Agir à temps.

— Ah~ !

Sélénée leva la tête, plongeant brusquement ses yeux dans ceux de l'assassine avec son sourire plein de malice. Prise par surprise, l'assassine eut un mouvement de recul en se perdant dans l'abîme de ce regard ! Depuis combien de temps était-elle repérée était un mystère, mais plus encore fut le conseil qu'elle adressa aux deux soldats, mais aussi à l'assassine.

— Accrochez-vous, ça risque de secouer.

Son avertissement à peine annoncé, un violent choc secoua le vaisseau et l'éclairage se coupa, plongeant ses occupants dans le noir !


Fenix Atar, le pilote du Battler, suivait le Transporteur de près. Il jetait des coups d'œil fréquents à son écran radar presque toutes les minutes. Ce qui avait abattu le Trespasser devait toujours rôder dans les parages. Mais comment cette chose pouvait apparaître sur le radar plus tôt et disparaître maintenant. Ce truc comprenait ce qu'était un radar et sa portée ou quoi ?! Tout ça n'allait pas dans le bon ordre. Ce genre de situation s'apparentait plus à des combats aériens comme lors des manœuvres militaires qu'à une confrontation avec un Grimm…

— Transporteur, ici Battler. Autorisation de parler ?

— Allez-y.

— On ferait mieux de rentrer et retenter le voyage avec une escorte renforcée. Je ne suis pas en mesure de vous couvrir efficacement tout seul.

— Je fais remonter la demande au major.

Le contact fut coupé.

"Ouais, c'est ça… Comme s'il allait m'écouter" songea amèrement le pilote.

Il termina sa ronde derrière le Transporteur quand il remarqua un problème au niveau des propulseurs. Il y avait quatre traînées alors que le vaisseau ne comptait que trois moteurs.

— Transporteur, vous n'avez pas de soucis aux moteurs ?

— Un moment, je vérifie… Euh… Négatif Battler, tout est en ordre d'après les ingénieurs.

— Reçu.

Si l'ingénierie n'avait rien signalé de particulier, cela voulait dire que soit il y avait un problème qu'ils ne connaissaient pas, soit…

C'était cette deuxième possibilité qui motiva le pilote à verrouiller toutes ses armes, au mépris du règlement qui l'interdisait si proche d'un vaisseau allié.

Une soute s'ouvrit sous le nez du Bullhead, révélant deux mitrailleuses de gros calibre. Le pilote était prêt à déchaîner leurs puissances de feu si ses soupçons s'avéraient fondés...

Sa navette commença à descendre sous le vaisseau, son doigt sur la gâchette…

.

Au même moment, Summer entrait dans la passerelle de commandement. Des sous-officiers entraient et sortaient au pas de course, l'arme au poing, manquant presque de la bousculer alors qu'ils donnaient des ordres à la radio. Sa première impression s'avéra la bonne.

La tension était palpable, pour ne rien dire.

Si le poste de l'opérateur radio débordait de transmissions radio, le reste de la passerelle était plongé dans un silence de mort. Les timoniers gardaient un silence tout professionnel. Seuls le capitaine et le major responsable des militaires s'entretenaient gravement, indiquant des positions sur une carte numérique. Entouré par son état-major, le major coordonnait la défense et la répartition des soldats dans chaque secteur du vaisseau. Il arborait un air grave en analysant la géographie des lieux. Summer reconnut la côte familière de Vale en s'approchant.

— Capitaine.

— Mademoiselle Rose ? Vous arrivez au bon moment !

Il l'invita à se rapprocher et le major la salua d'un hochement de tête.

— Vous étiez à Mountain Glenn, m'a-t-on dit. Parfait.

— "Parfait" ?

— Vous avez connu le champ de bataille, développa l'officier. Ce n'est pas le cas de beaucoup de Huntsmen.

Il se racla la gorge avant de poursuivre :

— Comme vous le vouliez, le vaisseau est en alerte maximale. Alors ? Vous avez une idée de ce qu'il y a dehors ?

Summer secoua la tête.

— Non. L'une des personnes que nous accompagnons a repéré une menace...

— De quelle nature ?

— Il ne me l'a pas précisé…

Summer reconnut elle-même que ce manque de détail n'aidait pas à crédibiliser ses propos. Le major soupira :

— C'est bien ma veine ! Comment puis-je établir une défense organisée si je ne sais pas contre quoi je me bats ?

— Vous pouvez me croire. Je ne cherche pas à vous faire perdre du temps. Mais cet homme a plus d'expérience du combat que vous et moi réunis. Alors on pourrait faire confiance à son intuition…!

Summer se mordit la langue en réalisant qu'elle avait parlée trop vite ! Le major battit des yeux comme s'il l'avait entendu proférer une insulte à travers ses mots.

— Son "intuition" ? Vous plaisantez, j'espère ? Mademoiselle Rose, j'agis à partir de preuves concrètes. Enfin, vous êtes une Huntress ! Vous agiriez ainsi si l'un de vos équipiers avait une simple intuition ?

Sa tirade fut interrompue par le bruit cadencé de mitrailleuse là-dehors ! La radio retransmit la voix paniquée de Battler !

— Transporteur ! Ils sont en dessous de vous ! Dégagez ! Dégagez !

Délaissant Summer, le major se rua sur le pupitre de la radio.

— Répétez, Battler ! Qu'est-ce qui se passe en bas ?

— Ooh meeerde !

La connexion fut coupée brusquement. Juste après, le sol se mit à trembler sous leurs pieds !


La première chose que vit Fenix fut la navette. Malgré sa couleur sombre et ses lourdes modifications, le pilote la reconnut immédiatement à son moteur unique entre les ailes. C'était un Vector, un ancien appareil dépassé en tout point par les nouveaux Bullheads. Il eut un instant de naïveté en se demandant ce que pouvait faire une telle ancienneté ici ?

La navette lui tournait le dos aux trois-quarts, ce qui lui laissa le temps d'analyser la situation. Il pouvait voir partir depuis le Vector une multiple de cordes qui s'étiraient jusqu'aux deux tourelles ventrales inactives. Il était même capable d'apercevoir des éclairs de coup de feu à travers les hublots !

Un foutu abordage !

Fenix écrasa la détente de ses deux mains tout en hurlant son avertissement au vaisseau ! La déflagration continue des canons l'assourdit malgré son casque ! Il se crut dans un jeu vidéo ! Un jet ininterrompu de lumière orange relia les canons à la navette hostile ! Les canons martelaient de centaines de cartouches la navette ennemie. Ses lourdes plaques de protection s'envolèrent, découpée comme au chalumeau ! Pris de panique, le pilote du Vector fit une embardée sur le côté pour éviter les balles et exposa son flanc. Une erreur de débutant ! Présenter ainsi toute sa longueur facilitait les chances d'être touché ! Fenix visa le poste de pilotage au même moment où s'ouvrit la porte latérale de la cabine. Un homme se présenta, mais il était trop loin pour qu'il discerne son visage, par contre, il reconnut parfaitement le lance-roquettes qu'il portait ! Quand le pirate de l'air leva son arme et tira, le pilote du Battler n'eut que quelques secondes pour éviter d'être descendu à son tour !

— Ooh meerde ! jura-t-il naturellement, oubliant qu'il était toujours en ligne.

Le pirate tira.

Une seule et unique fois.

Serrant les dents, Fenix jeta sa navette sur le côté au risque de frôler la perte de contrôle ! Cette manœuvre lui sauva la vie. Quand la roquette fila à côté de son appareil, il ne put s'empêcher de lâcher un soupir de soulagement… très vite remplacé par une envie d'en découdre ! Ce type voulait jouer avec lui ? Très bien ! Il changea de cible et braqua ses canons sur l'homme. Loin de paniquer, ce dernier leva l'index à l'intention de Fenix, poussant l'audace jusqu'à lui faire signe de s'amener !

Ce gars-là en a une sacrée paire ! reconnut le pilote en s'apprêtant à tirer.

Mais il se méprenait quant à la nature de son geste. Ce n'était pas de la provocation, mais une indication.

Derrière le Battler, la roquette opéra un brusque changement de direction. Ses ailerons à gauche se baissèrent et ceux à droite se relevèrent. Comme animée d'une vie propre, la roquette fit demi-tour vers le Bullhead, tel un requin attiré par l'odeur du sang.

Fenix ne vit pas ce changement de cap. Il ne vit pas la lueur de la roquette foncer sur lui à pleine vitesse. Ce fut tout juste s'il perçut un bruit étrange derrière lui, et l'attribua au dysfonctionnement d'un de ses moteurs.

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L'explosion emporta tout l'arrière du Bullhead. Son aile droite fut déchiquetée par les éclats de shrapnel ; le moteur explosa, emportant avec lui le reste de l'aile des éclats arrachèrent le nez de l'appareil. Déséquilibré par la perte soudaine de sa portance, le Bullhead partit en une vrille mortelle, ne laissant que quelques secondes à son occupant pour s'éjecter avant de s'écraser en mer.


Summer, tout comme le major et le capitaine, entendirent l'explosion du second Bullhead. Tout comme ils entendirent la radio bientôt saturée de voix paniquées :

— Tirs ennemis ! Battler est touché !

— Sans déconner ?! D'où ça venait, ça ?

— Quelqu'un peut me dire ce qui se passe en dessous ?!

— J'arrive pas à contacter les artilleurs en bas !

— À neuf heures ! Je vois quelque chose !

— Oh la vache ! EN APPROCHE !

Un grondement terrifiant se fit entendre. Summer tourna la tête et vit une lueur angoissante poindre à l'horizon. Impossible de dire ce que c'était mais elle ne put retenir un frisson. Le grondement s'amplifiait de seconde en seconde à mesure que l'objet lumineux fonçait à une vitesse incalculable sur le Transporteur.

— Nom de… ! Ça nous fonce droit dessus ! souffla le major, glacé d'horreur.

Tous les occupants de la passerelle comprirent que plus rien ne pouvait arrêter cette ogive. Alors qu'ils reculaient devant l'inéluctable, Summer resta immobile, plus calme qu'elle ne l'aurait cru en pareille situation. Un étrange sentiment chassait toute peur de son cœur. En silence, elle fixa ses yeux argentés sur la roquette fondre droit sur elle et, sans ciller, la vit se séparer en deux, divisée en son milieu par la lame d'un katana rouge.

Les deux parties de la roquette passèrent de chaque côté de la passerelle et tombèrent dans le vide alors que Raven se réceptionnait sur la vitre de la passerelle devant l'incrédulité de presque tous ! Summer adressa un hochement de tête reconnaissant à son amie qui, après le lui avoir rendu, disparut dans un portail.


— Tss ! lâcha le mystérieux individu, déçu de ne pas avoir atteint sa cible.

Mais peu lui importait cet échec dans l'immédiat, il atterrit sur le toit du vaisseau avec une nouvelle cible en tête. Entre lui et la passerelle se trouvait la seule tourelle dorsale du Transporteur. En voyant les artilleurs manœuvrer la tourelle vers lui, il bondit en l'air et leva son imposant marteau de guerre. Un mécanisme s'activa et la masse se scinda en deux, une roquette s'y chargea et l'allumage de la fusée accéléra le mouvement en demi-croissant de l'attaquant. Il abattit son marteau et la détonation de la roquette ajouta au carnage du choc. Le métal protecteur de la tourelle fut éventré, et les flammes brûlèrent les occupants pris au piège.

Du moins, était-ce ce qu'il escomptait…

Une épaisse couche de glace protégeait les soldats du feu. En suivant le mince fil de givre qui alimentait cette surprenante Semblance, le bourreau pouvait remonter jusqu'à la passerelle d'où il pouvait apercevoir une femme aux cheveux rouges, les mains posées sur le verre. De la glace… Une Schnee ? Non, pas de cheveux blancs. Une bâtarde, peut-être ? Cette peste était-elle la VIP que transportait le vaisseau ?

— Ça s'arrête maintenant, l'ami. N'essaie pas de bouger, je te louperai pas à cette distance.

Il sentit la pointe d'une épée sur sa nuque. Mais cette piqûre ne le privait nullement de ses oreilles. Si sa mémoire ne lui jouait pas de tours…

.

Raven se téléporta auprès de son frère qui tenait en joue l'agresseur. C'était un colosse qui dépassait d'une tête son frère. Elle n'aimait pas les grandes personnes, cela lui rappelait son père… Il portait un lourd manteau en cuir trop ample pour la majorité des gens mais qui sur lui était presque moulant. Il y avait plein de retouches et de poches improvisées cousues sans le souci du visuel, si ce n'était celui du but uniquement utilitaire. Ce gars-là avait connu son lot de combat… Qrow assura plus encore sa prise sur la poignée de son épée.

— C'est bon, Qrow ? demanda sa sœur en armant son sabre d'une nouvelle lame.

— Comme sur des roulettes, assura-t-il avant d'ajouter à son prisonnier : Pas de bol pour toi, tu es tombé sur des Huntsmen. Maintenant, baisse ton arme. Et ne perds pas de temps à te demander si tu auras le temps de m'attaquer. Là d'où je viens, la vitesse est la clé.

Oh ? VraiMENt ? J'AUrais dIs AUtre chOse

La réponse du pirate était surprenante. Qrow et Raven plissèrent des yeux au son de sa voix. Elle était déraillée, entre rocailleuse et souffle à peine audible. Quelque chose de vraiment désagréable aux oreilles… Mais d'où lui venait cette assurance concernant leur origine ?

— Retourne-toi, ordonna Raven. Lentement.

Le pirate massif obéit. Bras écartés mais gardant toujours son marteau, il leur présenta sa face. La moitié gauche avait été brûlée, son œil était fixe et aveugle et le contour de sa gorge exhibait la balafre lointaine d'une griffe.

Mais l'autre était relativement indemne… et reconnaissable. Les années l'avait changées, et pas franchement en bien. Il avait un début de barbe, un nez tordu et une cicatrice au sourcil droit, mais c'était la seule personne qu'ils connaissaient qui portait le même bandeau violet crasseux et déchiré en toutes occasions.

— La FAMIlle. C'est pAs ça le plUs important pour la TRIbu, COUsins ?

Les jumeaux Branwen restèrent un long moment silencieux. Raven la première rengaina et répondit finalement :

— Si… Ça fait un bail, Shykra…

Elle s'avança d'un pas avec confiance, ignorant que derrière elle Qrow tremblait, terrifié par les conséquences que cette réunion pouvait avoir sur sa relation avec sa sœur !


Tout en bas du Transporteur, dix-huit hommes achevèrent leur infiltration à bord des tourelles ventrales. Tout autour d'eux gisaient des soldats. Les servants d'artillerie qui avaient eu la malchance de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment… Armés d'armes à feu diverses et de poignards, ils entreprirent en silence d'achever les blessés. C'était encore plus facile que de tuer des poulets ! Les soldats neutralisés gisaient tous à terre, incapables de s'opposer à leur exécution. Mais le résultat fut pour le moins… Déconcertant.

Ils avaient beau tenter de frapper, étouffer ou d'égorger leurs victimes, un étonnant auréole de lumière protégeaient ces derniers comme un voile impénétrable. C'était la première fois qu'ils observaient une telle Semblance !

Ils n'avaient pas le temps de trouver qui en était le propriétaire. Incapables de deviner la magie à l'œuvre par Raptoria, ils laissèrent tomber. Le temps comptait !

Aucun des trouffions n'était en état de bouger ou de les attaquer, aussi les abandonnèrent-ils à leur sort.

Ils gravirent en silence les marches menant à l'ingénierie. Le plan était simple : une fois maîtres de la propulsion du vaisseau, ils auraient tout le loisir de piller le matériel important et de kidnapper les passagers importants pour les rançonner plus tard…

Le premier pirate à atteindre le sas dégaina son pistolet. Il ne vérifia pas si le chien était armé ou le chargeur bien en place, son arme faisait partie intégrante de son corps.

Il n'était pas inquiet de la réaction des mécanos. À part des marteaux et des clés à molette, ils étaient sans défense. Un coup de feu en l'air suffirait à les convaincre d'obéir, et sinon, un de moins ne pourrait gêner leur opération… Mais il pêcha par excès de confiance en entrant sans attendre ses alliés…

Ce fut sa première erreur.

Il arriva parmi les mécanos ahuris et tira en l'air, hurlant des ordres maintes fois dit et redit lors de précédents raids :

— Personne ne bouge ! Le premier qui tente de jouer au héros s'en prend une, c'est compris !?

Il saisit l'homme le plus proche et enfonça le canon de son arme sous son menton.

— J'déconne pas ! Il passe le premier au moindre coup foireux !

Son otage écarta docilement les mains. Le pirate ne fit pas attention à son épaulière en cuir ou ses étranges gants dorés, accoutrement atypique pour un type supposément avoir toujours les mains dans l'huile et la crasse.

Ce fut une erreur monumentale…

Les autres pirates de l'air entendirent un bruit sourd à l'intérieur de l'ingénierie, comme un tir de fusil à pompe.

Le second pirate à entrer fut projeté contre le mur opposé, heurté par un projectile qui ressemblait à s'y méprendre au premier pirate, sans connaissance, le ventre couvert de fumée.

— Ah, désolé ! s'excusa un jeune homme aux cheveux blonds en barrant le chemin à la salle des machines. Ça fait un bail que je ne me suis pas servi de ces gantelets, j'ai du mal à maîtriser mes coups avec. Alors…

Taiyang entrechoqua ses poings l'un contre l'autre avec un sourire amusé.

— Pardon d'avance si je vous casse une côte ou deux !

Loin d'être impressionnés par l'arrogance du Huntsman, les pirates pointèrent leurs armes à feu sur lui.

— Tu vas regretter d'avoir croisé la Tribu !

.

Le chef du groupe eut un sourire cruel en voyant le blond avoir la réaction escomptée : il écarquilla les yeux, devint blême et sans voix. Les autres criminels ricanèrent à la vue de son air stupéfait. Cet idiot comprenait-il enfin à quel point il s'était foutu dans la merde ? Le seul nom de la Tribu suffisait à faire flancher les forts en gueule ! Tout le monde savait ce qui arrivait à ceux qui résistaient à la Tribu à Anima, alors ici, au milieu de l'océan, sans secours proches ? Oooh, c'était comme jouer avec la nourriture à ce niveau-là ! N'empêche, l'attirail de ce type avait l'air vraiment pas mal… Shykra sera très content d'ajouter ces gants à sa collection. Au pire, rien ne disait qu'il devait lui passer de tels engins…

Alors que le chef se frottait les mains d'avance, le Huntsman prit une position de combat ! Les gantelets armés et verrouillés. La stupéfaction fut renvoyée aux membres de la Tribu. Qu'est-ce que ce con n'avait pas compris dans « TRI-BU » ?!

— Oh mec… Et après, on dit que c'est moi qui fait les pires blagues !

Il prit une position de combat ! Les gantelets armés et verrouillés. La stupéfaction fut renvoyée aux membres de la Tribu. Qu'est-ce que ce con n'avait pas compris ?!

— T'as un pète au casque ou quoi ? Tu crois pouvoirs survivre aux meilleurs de la Tribu ?

Taiyang haussa les épaules et assura, confiant :

— Les meilleurs ? Je les côtoye tous les jours !

Et sans plus en rajouter, il se jeta sur ses ennemis !


Shykra et Raven restèrent silencieux un long moment, à se jauger, s'épier, déterminer si ce membre de la famille était une menace ou non. C'était comme ça dans les Branwen…

— J'ignorais que tu avais aussi suivi un entraînement de Huntsman, déclara finalement Raven.

Ordre de TON pÈre. Il m'a envOYÉ à VacUo au cAs vous foirIEz à VAle. J'ai partIr au bOUt d'Un an mais j'Avais dé maîtrISÉ l'essentIEl.

Puis il ajouta avec un sourire de loup en désignant son visage ravagé :

— Les HUNstmEn n'aimEnt pAs QU'ON lES prENnent pour DES CONs.

— J'imagine que ça n'a pas été facile. Mais en tant que cousine, je te demande de laisser ce vaisseau tranquille. C'est crucial pour notre entraînement.

— Sûr.

Raven se détendit. Tout le contraire de Qrow.

UNe fois QUE je vOUs AUrai tuÉ, TRAÎTRes !

À la surprise de Raven, Shykra balança son énorme marteau et visa la tête de sa cousine ! Qrow fut plus rapide. D'un bond, il fit décrire à son lame une courbe qui, si elle manqua la tête du colosse, le força à changer de cible ! Le coup que reçut Qrow aurait suffi à tuer un homme ordinaire, heureusement pour le Huntsman, son Aura encaissa le choc ! Propulsé dans les airs, il enclencha le pistolet logé dans la garde de son épée et tira sur son cousin, qui également maître de l'Aura, reçut les balles de Dust comme des piqûres de moustique !

— Qrow ! Qu'est-ce qui se passe ? demanda Summer depuis la passerelle.

— Pas le temps !

Il para de justesse le coup de marteau suivant sous les yeux choqués de Raven. Elle n'avait pas encore réagi, non pas troublée par l'agression de son cousin mais dévastée par ses mots...

Qrow et elle…

Des traîtres ?

— Impossible…, murmura-t-elle, incapable de réaliser que le combat se déroulant devant elle était réel.

Les étincelles de métal crissant contre le métal brillèrent devant ses yeux comme mille étoiles filantes, l'écho des chocs vibrèrent dans ses canaux auditifs comme la vague contre les hauts-fonds. Elle voyait, entendait, mais son cerveau engourdi par l'émotion ne pouvait l'aider à prendre une décision…

CLANG

Shykra et Qrow furent tous les deux rejeté en arrière après un nouveau choc frontal. Shykra était couvert de coupures mais toutes mineures, à l'inverse, Qrow était visiblement indemne mais couvert de sueur.

C'était la merde et le Huntsman le savait.

Le coup de marteau avait grandement affaibli son Aura, et Shykra était si peu en danger qu'il ne cherchait même pas à utiliser son Aura pour se défendre. Avait-il vraiment quitté l'Académie Shade au bout d'un an ?!

— TU t'ES RAmolli aVEC les HUNstmEn. Avant tU AUrais visER la tÊte, mainTEnant, tU vIses mEs tENdONs. Moi, j'ai gARdÉ ma pUre.

— Tu m'en diras tant…

C'était un sacré morceau auquel se frottait Qrow, mais il n'était pas inquiet par l'issu du combat. Son cousin n'était rien par rapport à Sélénée… Et encore moins comparé à l'Homme en Noir ! Il n'avait pas cette force intérieure qui terrifiait et étouffait quiconque désignaient-ils comme cible. L'entraînement avec la Femme en Noir allait être plus éprouvant que tout ce qu'il avait pu subir jusqu'à présent, autant commencer avec Shykra !

Son cousin tapotait d'une main son marteau, deux doigts pointés vers le ciel. Qrow respira profondément, alimentant son esprit surchargé d'informations et de questionnements. La plus importante était la Semblance de son cousin…

Quand Raven et lui avaient quittés la Tribu, Shykra n'était qu'un garçon "ordinaire" : un jeune tueur en herbe, certes, mais sans les capacités de Huntsmen. Quelle Semblance avait-il découvert à Vacuo ?

— VraimentRAmolli, ajouta plus durement son cousin en fronçant des sourcils. COmment un faiblE comme TOI A-t-il PU tROUvER la force de nOUs TRAhir ?

Sans attendre de réponse, il baissa ses deux doigts et un frisson parcourut le corps de Qrow. Son instinct hurlait danger mais il ne voyait rien !

Des renforts ennemis ? Non, rien en vue. D'autres roquettes ? Impossible, il les aurait entendus avec leur fusée. Pourtant, à bien entendre, il jurait entendre un léger sifflement…

Quoi que manigancez son cousin, Qrow n'allait pas lui laisser le temps de mettre son plan en œuvre !

— Summer ! MAINTENANT !

Shykra ressentit un frisson dans son dos et instinctivement para la stalactite de glace lancée derrière lui ! Se jetant sans crainte de la passerelle, Summer projeta une vingtaine de ces mêmes pics de glace sur le membre de la Tribu. Sans surprise, Shykra les détruisit les uns après les autres. Mais c'était précisément ce que voulait la Huntress ! Plus la glace se désagrégeait en eau aux pieds du colosse et plus une flaque prenait forme. Ne voulant surtout pas que son cousin soupçonne quoi que ce soit, Qrow se jeta dans la mêlée, sa Semblance en action !

La malchance pencha en faveur du « traître » : l'eau imprégnée sur la hampe du marteau la fit glisser des mains de son porteur ! Cette fois, Shykra parut surpris de perdre la maîtrise de son arme fétiche au beau milieu du combat !

Cet instant d'inattention fut ce qu'attendait Summer pour mettre sa technique à exécution ! Alors que le membre de la Tribu se trouvait de la flaque maintenant étendue, Summer y posa la main et l'eau se gela à une vitesse surnaturelle ! En un instant, elle fut sur Shykra avec une dureté comparable à de l'acier ! Ce n'était plus qu'une question de secondes pour en finir avec le combat ! Summer se laissa aller à un sourire satisfait !

— Il est à toi, Qrow ! lança-t-elle.

— Merci !

Qrow attaqua Shykra de front et tourna son épée de façon à l'assommer avec le plat de sa lame ! Quand il chercherait à esquiver le coup, ses pieds prisonniers de la glace le maintiendront sur place et là…!

.

— T'as OUbliÉ que j'Étais un HUNstmAn? fit Shykra, peu impressionné par sa défaite imminente.

Quand la glace allait saisir Shykra, ce dernier sauta en l'air, bien plus haut que ce que sa stature laissait supposer ! Il évita l'étau de glace, l'épée de son cousin et attrapa son arme au vol. Il actionna une nouvelle fusée dans son marteau-bazooka et avec sa vitesse amplifiée fracassa la glace et le métal, transformant l'eau en brume éphémère qui enveloppa Qrow et lui-même.

Summer resta bouche bée devant la réaction inattendue du colosse et hésita à rejoindre Qrow dans le brouillard. Il s'agissait peut-être d'un piège, ou bien risquaient-ils tous les deux de se gêner avec cette visibilité limitée. Elle entendit les réverbérations de multiples coups à l'intérieur… métal contre métal, métal battant le métal… Seule la chance pouvait dire qui en ressortirait gagnant…

Mais ce n'était pas une question de chance… Pas quand l'un des deux camps était Qrow Branwen…

Vint un cri et Summer le vit bondir hors de la brume, une main couverte de sang sur son cou !

— Tu vas bien ?

— Ouais ! Gaffe à lui !

La brume était tombée. Shykra était toujours là, au milieu du champ de bataille comme on l'attendait d'un chef. Il dressait fièrement un doigt puissant vers le ciel, le marteau en arrière comme une rock-star, mais la comparaison s'arrêtait là.

— Mon TOUr, mainTEnant.

Dans la foulée, il abattit son index sur eux comme un jugement implacable et le fin sifflement que Summer et Qrow percevaient devint un hurlement terrible ! S'arrachant de chaque côté du vaisseau, ils virent les deux parties sectionnées de la roquette se mouvoir comme si elles étaient unies !

Elles grimpèrent haut dans le ciel avant de piquer férocement vers le Transporteur. L'une des parties visait la passerelle et la seconde le toit. Plus précisément, leur position ! Si Skykra était bien le pilote de ces ogives, il devait être encore plus fou qu'il ne le laissait penser !

Summer et Qrow s'échangèrent un regard. Il n'y avait pas de temps pour les mots. Tout juste celui d'un hochement de tête de la part de la Huntress. Qrow comprit, la mort dans l'âme. Tacitement, ils s'attribuèrent leur propre tâche.

Summer sauta en l'air tandis que Qrow bondit en arrière. Libérant mutuellement leur Aura, les deux Huntsmen se séparèrent en un éclair ! Qrow se jeta sur Raven et tous les deux sautèrent dans le vide pendant que Summer, propulsée par ses pouvoirs de Maiden, rejoignit la passerelle quelques secondes avant la roquette. Elle se précipita à l'avant de la passerelle et invoqua ses pouvoirs à l'aide.

Elle appliqua ses mains sur les parois de métal et toute la superstructure du Transporteur se recouvrit d'une épaisse couche de glace. L'effort était prodigieux mais Summer persistait ! Il lui fallait compacter la glace le plus possible avant le choc !

Une noble tentative qui s'avéra inutile…

.

La première chose que ressentit Summer fut l'air chassée de force de ses poumons par une force innommable.

Un vent aussi puissant que la main d'un géant l'arracha du vaisseau en même qu'une lumière l'aveugla comme si le soleil s'était levé devant elle.

Puis alors vint une intense chaleur qui l'enveloppa en même temps qu'elle disparut dans le monstre en fusion qu'était devenu le Transporteur…