Petit Message de l'Auteur

Oui, je sais : je commence par un message alors que vous voulez juste lire un chapitre que j'ai presque mis deux ans à faire. Mais c'est justement à cause de ce délai que je tiens à m'excuser pour le temps que ça a prit, surtout que je vous avais laissé sur un cliffhanger. Les problèmes liés à l'épidémie et une sacrée série de pages blanches n'ont pas facilités les choses mais c'est grâce au soutien de Moony-Miya et d'Alziar, deux immenses fans autant de la série que de cette fanfic, que j'ai réussi à trouver les mots aux idées et images qui me venaient en tête. C'est grâce à eux et au fait que toujours plus de personnes étaient intéressés dans mon histoire que ce chapitre a pu être conclu. Alors maintenant, je tiens à remercier tout ceux qui suivent cette série :

Alziar, Kirino2-0, Moony-Miya, Pauchok, undeadone1, rosariorwbyfan, egenemagi, abbydobbie, Wicho Poncho, SpellCry, NekoDaemonQueenZelda, Midnight49, Lordcarroty, KumquatMan, IzukuMeliodas, HeartOfChaos13, Epic Zealot Productions 2.0, Bluearmada, grimreaper2462000, JcL107, AnImE264LoVeR

A vous et à tous ceux à venir,

Merci

Et Bonne lecture

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CHAPITRE 30

L'Éveil


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Taiyang était en train d'écouter sagement le chef de l'ingénierie, un quinquagénaire qu'on surnommait "le Balai" de par son ancienneté à bord, lui expliquer le fonctionnement d'un moteur à Dust quand les premiers tirs du Battler se firent entendre. En dépit du ronronnement régulièrement des machines, tous entendirent l'avertissement du pilote à la radio, son juron et la coupure soudaine de la liaison.

— H-Hé, les gars ? Il s'passe quoi là ?! demanda Falco, un blond aux cheveux sales et aux mains couvertes de graisse.

— Aucune idée, avoua Taiyang en sortant son Scroll.

Il voulut contacter Summer quand au même moment le plancher trembla sous leurs pieds ! La secousse fut soudaine, violente et terriblement silencieuse. Et quand elle cessa, il fallut de longues secondes au son pour faire résonner jusqu'à eux l'écho d'une explosion toute proche.

— C'était… Vo-Vous croyez que c'est les tourelles ? demanda Stilts, un jeune roux au ventre bedonnant.

— Déconne pas ! Ça tremblerait plus si c'était l'cas. C'est plus en d'sous encore !

— Quoi ? Genre sous le vaisseau ?!

— La ferme !

Alors que chacun essayait de comprendre ce qui se passait, le "Balai" rétablit rapidement l'ordre au sein de l'ingénierie alors que la radio saturait par le nombre d'exclamations. À les entendre, la seconde navette était abattue…

— ...D'où ça venait, ça ?

— Quelqu'un peut me dire ce qui se...?!

— J'arrive pas à...!

Le "Balai" tapota l'épaule du Huntsman :

— Je crois qu'on a compris le message…

Taiyang suivit son regard. Les deux autres ingénieurs étaient suspendus aux informations que leur procurait le Scroll. Inutile d'inquiéter plus encore les autres avec ce qui se passait dehors… C'était leur problème à régler, son équipe et lui, pas le leur. Taiyang éteignit le Scroll.

— Restez ici. Je me charge de voir ce qui se passe.

— Ok ! Stilts, Falco, vous vérifiez que tout fonctionne. Si on perd les moteurs, on coule tous ! Alors si vous voulez pas finir marins…!

Il ne termina pas sa phrase qu'un coup de feu retentit derrière lui ! D'un sursaut, il se retourna.

Un type qu'ils n'avaient encore jamais vu hurlait sur les ingénieurs en tirant en l'air. Pris de panique, ils levèrent bien haut les mains en essayant de comprendre ce que voulait ce taré quand ils le virent saisir le Huntsman et lui enfoncer le canon sous le menton…

Il y eut un grand silence.

C'était une première pour le pirate ! Malgré le fait qu'il tenait en joue un otage, tout le monde le regardait avec un air consterné, bien loin des regards terrifiés qu'il avait l'habitude de voir. Les trois ingénieurs lui faisant de gros yeux tout en secouant vivement la tête, l'un d'eux agitait frénétiquement son index de gauche à droite mais rien à faire, le bandit ne comprenait pas leurs avertissements...

Taiyang le lui fit comprendre… D'une torsion des poignets, il engagea une cartouche de calibre 12 dans la chambre de son gantelet droit…

Pour le reste… et bien, vous connaissez la suite, non ?


Avec le temps passé auprès de Shykra en tant que son bras droit, Nightingale avait développé une sorte de sensibilité aux emmerdes à venir, un truc aux tripes qui lui disait à partir de quand il fallait foutre le camp. Ça lui avait sauvé la mise à plusieurs occasions et aujourd'hui cette alarme lui remuait la boyaillasse comme pas possible !

Quelque chose n'allait pas avec cette attaque avant même que Nightingale n'embarque à bord du Vector. Ça se sentait dans l'air comme une blessure infectée par la gangrène. Avant le départ, Shykra tournait dans sa tente comme un lion en cage. De ce qu'il avait bien voulu partager, le Transporteur était protégé par des Huntsmen en plus de soldats, signe de l'importance de la cargaison. Les troufions de Vale n'étaient pas un problème : ils ne savaient pas se battre contre autre chose que des Grimms, les Huntsmen par contre… Shykra ne supportait pas ces connards, ce qui était normal vu ce qu'ils lui avaient fait. Mais d'habitude, il savait garder son calme face à eux. Là, c'était pas le cas. Putain, il aurait mieux fait de trouver une excuse pour ne pas partir ! Parce qu'évidemment tout partait en couilles !

Déjà, ils s'étaient fait griller par l'escorte du Transporteur, le Vector était touché et tiendrait peut-être pas assez longtemps pour le vol du retour, et maintenant…

Il se baissa d'un coup, évitant d'être aplati par l'un de ses hommes, assommé par un poing d'acier qui l'avait envoyé valdinguer dans les airs…

C'était qui ce putain de MALADE !?

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Taiyang devait l'avouer, il avait éprouvé quelques réticences à cogner les bandits. Non seulement, les combattre tout en avançant dans un couloir et en esquivant les balles était un sacré défi, mais en plus, ils faisaient parti de la Tribu…Est-ce que ça ne risquait pas de foutre le dawa avec Raven ? Tout en cherchant une solution à ce dilemme moral, Taiyang bloqua la machette d'un pirate et lui logea son coude en pleine face ! Ça faisait déjà treize types qu'il neutralisait, mais le reste de la bande ne perdait pas espoir de le transformer en passoire !

Un coup de revolver tiré à bout pourtant manqua de lui emporter la cervelle, il expédia un uppercut dans le menton du tireur, suivi d'une série de coups de poing en plein diaphragme !

À peine en finit-il avec celui-là qu'un nouvel ennemi apparut, armé d'un fusil. Il pointa le canon de son arme sur Taiyang et tira. Le Huntsman dévia le tir du revers de son gantelet et broya le canon du fusil entre ses doigts. Un autre l'attaqua avec une hache au même moment et il se servit du fusilier comme bouclier ! Si le bandit pivota à temps son manche pour frapper avec le plat de sa hache, le coup fut assez violent pour que même Taiyang l'entende clairement.

— Merde ! Désolé Jimmy…!

— Ouuuuh ! Ça doit faire maaal…, grimaça Tai, agitant la main devant lui comme pour chasser la douleur qu'il imaginait en lui.

Puis ils réalisèrent tous les deux que le bandit avait lâché sa hache après avoir frappé son allié.

— …Ah, merde…

D'un coup de pied vertical, Tai lui encastra la tête dans le plafond. Puis il reprit sa course sur les deux bandits de la Tribu encore debout !

Cette fois, son opposant fut une femme. Là, ça devenait compliqué… Sa mère lui avait toujours appris à ne pas frapper les filles ! C'était aussi pour ça qu'il s'était toujours fait battre par Raven et Summer… Mais ça, c'était une autre histoire…

Du pouce, il montra derrière lui la pile de bandits qu'il venait de rétamer.

— Dites, vous pourriez pas vous rendre… Heuuu… Madame ? Mademoiselle ?

Le bandit à la longue chevelure beugla d'une voix peu féminine :

— Chuis un mec, CONNARD !

Taiyang haussa un sourcil de surprise. Il battit plusieurs fois des cils, ses yeux brouillés repassèrent sur les longs cheveux de l'individu, ses hanches et sa poitrine ondulée alors que dans sa tête l'image d'un poisson humanoïde hurlait à tue-tête "C'est un piège !"

Profitant du plantage cérébral du Huntsman, le bandit chargea, son poignard en main ! Ce fut seulement quand il fut sur lui que Taiyang réalisa le danger !

— CRÈVE !

Soudainement, deux violentes explosions pulvérisèrent le toit du vaisseau ! L'onde de choc fit s'effondrer les niveaux supérieurs jusqu'à l'ingénierie, déversant une pluie de métal en fusion sur les occupants ! Des arcs électriques dansaient depuis des câbles arrachés et l'obscurité prit place à bord ! Une poutre en métal fut arrachée de son logement et percuta Taiyang de plein fouet !


— Accrochez-vous, avait dit la Femme en Noir.

Elle n'avait pas menti.

James et Hood furent écrasés par une pression inimaginable ! À la façon d'un œuf dans un micro-ondes, la coque du vaisseau s'ouvrit dans un hurlement de métal et de flammes ! Les tuyaux d'arrivée de Dust explosèrent, amplifiant le phénomène d'incendie. L'éclairage se coupa, plongeant le Transporteur dans le noir. Il ne restait plus que l'obscurité !

James Ironwood se releva en essuyant le sang qui coulait de sa lèvre ouverte. Sans même avoir le temps de comprendre ce qui venait de se passer, un bruit strident perça ses oreilles ! C'était le signal d'alarme des haut-parleurs. Il ne comprit pas immédiatement ce qu'hurlait la personne et son cerveau mit plusieurs secondes à déchiffrer ce qu'entendirent ses oreilles. Mais quand l'information fut comprise, il devint blême de terreur.

— Ici le magasinier, y'a le feu dans la soute à Dust ! Merde ! Tout va…!

La déflagration fut terrible.

James perdit soudainement la vue alors qu'une bulle d'air surchauffée l'arracha au sol et l'envoya percuter le plafond presque trois mètres plus haut avant de s'écrouler lourdement sur le sol désormais brûlant !

Dehors, les flancs du vaisseau gonflèrent pendant une fraction de seconde avant d'être éventrés par un flash de lumière incandescente. L'onde de choc faucha tous ceux qui n'avaient pas trouvé refuge à l'intérieur du Transporteur, jetant à la mer des hommes par dizaines. Elle arracha les plaques de blindage et des tourelles latérales de leurs socle et fit décoller l'une du toit comme une fusée. Elle fut si forte qu'elle renversa même Fenix, le pilote du Battler, qui avait pris place à bord de son canot gonflable plusieurs kilomètres derrière. À l'intérieur du vaisseau, l'explosion balaya les écoutilles et déversa une mer de feu à travers les couloirs. Celle-ci s'engouffra dans les cratères des roquettes et remonta jusqu'au toit dans un jet de feu si intense que la quille commença à fondre, déformant le vaisseau dont l'avant tout entier s'inclina vers le bas.

Dans la coursive des prisonniers, le sol des coursives gronda et s'effondra, libérant dans le couloir un torrent de flammes.

L'enfer était libre à l'intérieur du vaisseau.

Les alarmes se mirent à hurler et le système de prévention automatique délivra quantité d'eau sur les flammes et tout ce qui se trouvait sous les débris.

James, à moitié assommé et trempé jusqu'aux os, se releva sur les genoux. Hood l'imita. Ils s'interpellèrent, mais le vacarme des sirènes et du déluge rendait tout échange confus.

— Vous al... bien ?! s'écria James entre deux quintes de toux.

— QUOI ?

— La tête… La TÊTE !

— Ça ira !

Soufflé par l'explosion initiale, sa tête était partie cogner contre un mur. Du sang coulait de l'arrière de son crâne mais il n'en avait cure.

Brusquement, une nouvelle explosion fit piquer du nez le vaisseau ! La gravité se faussa sous leurs pieds et les plaquèrent contre le mur derrière eux ! Il sentaient dans leurs tripes le Transporteur perdre de l'altitude très rapidement ! Dans ce genre de situation, ils ne pouvaient que serrer les dents et attendre…!

Une nouvelle secousse vibra dans le vaisseau et la chute du Transporteur s'arrêta tout aussi brutalement ! Cette fois, les deux hommes s'écrasèrent face contre sol et mirent de longues secondes avant de chasser le choc de leur esprit.

Louée soit la technologie atlésienne…

Comme ils l'avaient devinés en montant à bord, ce vaisseau était une copie conforme de ceux utilisés dans leur Royaume natal : face à la descente ininterrompue du vaisseau, le pilote automatique avait activé une série de moteurs-fusées située sous le ventre de l'appareil, stoppant momentanément la chute du Transporteur. Du moins en théorie…

Ils pouvaient toujours sentir la sensation de vide sous leurs pieds. Ce n'était plus une chute brutale comme celle du Conviction mais elle ne diminuait pas pour autant ! Si les moteurs n'explosaient pas avant, la mer en-dessous d'eux les achèveraient pour sûr !

— Oh non… NON ! hurla James.

Hood décala son regard vers la cellule des Quatre et la découvrit ravagée par les flammes !

Le choc initial ou peut-être une rupture des canalisations ? En tout cas, les sprinters étaient restés inactifs et le feu avait englouti les occupants de la cellule ! Il ne voyait aucun signe de vie à l'intérieur, sans doute avaient-ils tous péris sur le coup.

James s'élança vers la porte de sa cellule. Mal lui en pris. Dans un cri atroce, il s'écarta des barreaux brûlant en soufflant sur sa main couverte de cloques. La chaleur était telle que le verrou était soudé au cadre métallique.

— Aidez-moi ! Il faut les sortir de là !

— Laissez tomber, ils sont morts ! Tenez !

Hood déchira sa veste et lui donna le foulard improvisé sur lequel il versa la moitié de leur bouteille d'eau. C'était un moyen de secours rudimentaire pour protéger leurs poumons de la fumée étouffante.

James prit le bout de tissu et Hood l'aida à le mettre. Avec ce qu'il lui restait, il posa un bandage sur la main de son chef. Ce moment d'accalmie leur permit de se concentrer sur leur situation.

— Il faut un levier ! Vous voyez quelque chose ?

Tous les deux tentèrent de distinguer quoi que ce soit d'utile à travers l'épais rideau de pluie artificielle et de fumée. Seuls les brefs spasmes de lumières des alarmes offraient une idée de l'absence totale du moindre meuble ou planche dans leur cellule. Le matelas était incrusté dans le mur et même la cuvette des toilettes était soudée au sol. Même plus confortable que d'autres, une cellule restait une cellule…

Une nouvelle explosion interne secoua le vaisseau au-dessus de leurs têtes. Ni l'un ni l'autre ne voulait s'imaginer les dégâts qu'avaient subis le Transporteur…

— HÉÉÉ Y'A QUELQU'UN ?! AU SECOURS ! ON EST LÀ !

Hood lorgna à travers les barreaux chauffés à blanc, espérant qu'on avait pensé à eux dans ce chaos. Il déchanta bien vite en comprenant que nul ne viendrait à leur secours : la fumée mêlée à la pluie artificielle bouchait complètement la coursive. Impossible d'y respirer et encore moins de s'y orienter ! Il chassa l'eau de ses yeux pour mieux scruter le sol du couloir à la recherche des balises de secours mais il lui était impossible de discerner quoi que ce soit d'autre tant la fumée était opaque. La déflagration devait avoir coupée tout le courant du niveau…

Les sprinklers finirent par cesser d'inonder l'étage, leurs réservoirs vides. Sans le déluge pour la refouler, l'étouffante fumée s'engouffra dans les moindres recoins de la cellule, aggravant plus encore la situation. Malgré leur foulard, James et Hood se mirent bientôt à étouffer. En désespoir de cause, ils se couchèrent par terre pour respirer l'air sain, conscients que cela ne faisait que retarder l'inévitable, les flammes consumant toute l'oxygène des lieux… Déjà, le feu venait de dévorer les alarmes installées à seulement un mètre de leur cellule ! Les fils fondus, le son assourdissant de haut-parleurs mourut dans un beuglement presque comique en d'autres situations, ne laissant plus que le craquement du métal en surchauffe pour seule musique aux oreilles humaines…

C'était dans ce genre de situation désespérée que le cerveau fonctionnait à pleine puissance, et ce fut le cas dans l'esprit du lieutenant. Possédé par l'instinct de survie, Hood se mit à ramper sous la fumée jusqu'à la cuvette de leur WC et entreprit d'en démonter l'abattant. La plupart des lieux d'aisance à bord des vaisseaux marins ou volants étaient couverts d'une fine pellicule de cuivre, un métal notoirement connu pour être un antibactérien naturel. Si les Transporteurs valéens étaient les mêmes que ceux d'Atlas… Oui ! Il retint un hurlement de joie à la vue du cuivre entre ses mains.

— Écartez-vous ! prévint-il.

Hood extirpa l'abattant de son logement et frappa de toutes ses forces avec son arme improvisée sur le verrou de leur cellule !

En vain…

Contrairement aux attentes du lieutenant renégat, le verrou ne céda pas, à l'inverse de l'abattant qui fut déformé par le choc. Hood avait oublié un point crucial des livres de physique : le cuivre était un métal trop tendre pour servir de masse. Cela ne l'empêcha pas de tenter de prouver le contraire !

Transpirant dans ce sauna infernal, Hood s'acharna à frapper comme un dément sur le verrou, au point de manquer de perdre connaissance. Malgré ses efforts, le bloc de métal chauffé à blanc ne bronchait pas. Et les flammes se rapprochaient maintenant de leur cellule !

— Allez… MERDE ! hurla Hood.

Incapable de l'assister avec un seul bras, James se tourna vers la cellule des Quatre. Les flammes étaient si près de lui qu'il ne pouvait plus rien voir de l'autre côté, mais il pouvait imaginer des corps calcinés, contorsionnés à jamais dans une posture narrant à ceux qui les découvriraient une mort aussi subite qu'atroce...

C'était foutu à présent ! Comment le Headmaster Ozpin allait-il changer la situation à Atlas à présent ? Hood l'arracha à ces pensées en le tirant en arrière.

— Reculez, Commandant !

Les flammes commençaient maintenant à lécher les barreaux de leur cellule, les forçant tous les deux à battre en retraite. Quelle importance de songer aux Quatre quand eux-mêmes allaient partager leur sort ? Dans le chaos, il crut entendre des bribes de voix en provenance de la cellule en feu mais ne pouvait être sûr de ce que son esprit interprétait. Jamais une personne n'aurait pu survivre à une telle chaleur…

Sans s'en rendre compte, ses doigts brûlés devinrent froids…

Ses yeux, par contre, virent nettement une réaction curieuse affectée le brasier.

James crut d'abord être berné par l'effet de distorsion de la chaleur, mais changea rapidement d'avis en voyant flammes et fumées se rétracter en arrière, repoussées par une force mystérieuse et absolue. Une figure immaculée se dessina parmi les flammes, indifférente à la chaleur ou à d'air viciée, et avec un sentiment de contrôle indescriptible qui saisit même le circonspect Hood !

Tel l'ange de la mort venu récolter les âmes des défunts, l'Homme en Blanc s'avança en silence entre les deux cellules, s'assura que les deux militaires étaient indemnes puis reporta son attention sur le brasier environnant. Avec une gestuelle autoritaire, il écarta les bras, chacun levé de part et d'autre du couloir et ferma les poings.

Aussitôt, il n'y eut plus rien.

Les flammes furent soufflées, la fumée se dissipa et le vacarme du désastre se tut. Comme un roi envers ses sujets, l'autorité de Lux sur les éléments semblait absolu. Hood et James restèrent sans voix, d'abord saisis par surprise, avant de réaliser que nul son ne sortait de leur gorge. Aussi longtemps que l'incarnation de la Connaissance gardait les poings clos, nul trouble ne saurait être toléré en sa présence.

Quand, dans l'ignorance des deux militaires, Lux fut certain que l'incendie fut maîtrisé dans tout le niveau, il baissa finalement les bras et le monde autour de lui fut libre de reprendre son cours naturel.

— Par les Dieux…, lâcha Hood en respirant de grandes goulées d'air pure.

— Laissez-les là où ils sont. Ils n'ont aucune envie d'être mêler à cela, dit l'Homme en Blanc d'un ton neutre.

Il ferma les yeux et laissa les flots invisibles d'Énergie le traverser et l'informer du monde autour de lui.

— Vous devriez vous préparer, vous aussi, fut sa conclusion.

— Contre quoi ?

Avec un bruit cadencé, les balises de secours se rallumèrent toutes à la suite, rétablissant un semblant d'éclairage à travers le niveau, suffisant pour constater les ravages des flammes à bord. Sans l'intervention de l'Homme en Blanc, cela aurait été bien pire encore…

D'une simple volonté de l'Incarnation, la porte des deux prisonniers s'ouvrit.

James sortit, suivi de près par Hood. Dans la lumière verdâtre de l'éclairage de secours, les deux hommes se tenaient maintenant face à l'Homme en Blanc et sa fratrie. Tout était différent à présent, à des années-lumière de Mountain Glenn. La fierté mal placée de James n'était plus, remplacée par un malaise variant entre intérêt et rejet pour ses bourreaux et sauveurs. Il préférait presque que la porte de la cellule les sépare au final…

Le point de vue de Hood aussi avait changé, ce n'était plus par professionnalisme qu'il voulait les voir jugé par les autorités d'Atlas, c'était une profonde aversion pour ces êtres qui restaient indifférents face à leurs responsabilités dans le crash du Conviction. Dire que la chute de Mountain Glenn ne remontait qu'à un mois…

— Ces explosions dehors… Vous savez ce qui se passe, pas vrai ? Ce que vous disiez à la Huntress… C'était de ça qu'elle devait se préparer ?

L'Homme en Blanc ne considéra pas un instant la question du commandant. Son attention se portait sur sa sœur. Affreusement pâle, l'Incarnation de la Création s'accrochait désespérément à l'épaule de l'Ainé pour ne pas tomber, incapable de tenir debout par elle-même. Elle respirait à grand-peine et sa main serrait sa poitrine douloureuse alors qu'elle luttait pour ne pas perdre conscience.

Le peu d'Énergie qu'elle avait récupéré dans la Voûte ne suffisait pas à protéger tant de monde à bord du vaisseau sans mettre sa vie en danger…

Et pourtant, en dépit de son état, elle soutenait le regard de son frère avec détermination. Ce regard n'implorait ni imposait, mais il était impossible de n'en comprendre le message.

Les réserves de l'Homme en Blanc n'étaient pas non plus grandes, mais la demande de sa sœur ne contrevenait pas au signal. Il accepta la requête :

— Vous trouverez un râtelier deux étages plus haut, déclara-t-il à James et Hood. Allez à l'ingénierie si vous souhaitez aider.

— Dites-moi au moins de quoi vous parlez !

La réponse ne vint pas.

Avec un claquement assourdissant dans l'espace restreint du couloir, les tubes néons se rallumèrent un à un. Quand le courant rétabli celui entre les cellules, la soudaine luminosité éblouit les deux militaires.

Quand ils purent rouvrir les yeux, les Quatre avaient disparu.

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Désormais seul, James Ironwood expira profondément, le bras ballant, le regard perdu. Une chape de plomb reposait sur ses épaules. La succession trop brutale de la situation était difficile à gérer, surtout pour quelqu'un dans sa condition…

— Que comptez-vous faire, commandant ?

Il fut reconnaissant à Hood de sa question. Comme toujours, son second savait comment le remettre en selle quand plus rien ne semblait avoir de sens. Il se concentra sur sa respiration et organisa sa pensée. Quand il s'exprima, ce fut d'une voix ferme :

— Notre priorité est de nous armer puis de rejoindre l'ingénierie. Si les moteurs lâchent, nous sommes perdus.

— Qu'en est-il des Quatre ?

— Où voulez-vous qu'ils aillent ?

L'ironie de la situation n'échappa pas à Hood. À bord d'un vaisseau en perdition, il n'y avait nulle part où fuir…

Opinant du chef, Hood suivit finalement son chef, ignorant tous les deux la présence d'une troisième personne au-dessus d'eux…


Le capitaine du Transporteur s'étonnait d'être toujours vivant.

Son équipage et lui avaient été pris par surprise quand cette moitié de roquette avait surgit au-dessus du vaisseau et foncé sur eux, ne laissant nul temps pour quiconque d'évacuer les lieux, tout juste celui d'affronter la mort dans les yeux ou de les clore à jamais. Le capitaine avait choisi cette dernière option… Que son équipage lui pardonne, il n'avait jamais été un homme d'action…

Quand les flammes l'avaient englouti, il avait prié pour que ce soit rapide. Mais au lieu de brûler vif, il s'était découvert abrité sous un dôme de lumière. Au début, il se crut mort. Plongé dans le Purgatoire, forcé de voir sa mort en face pour avoir flanché au dernier moment…

Mais la fin ne vint pas. Le dôme ne céda pas aux flammes. Sans matière à consumer, les flammes autour de lui finirent par s'étouffer et disparaître, de même que la lumière salvatrice.

Le capitaine cligna plusieurs fois des yeux, incapable de bouger, son cerveau mettant de longues minutes à réaliser qu'il était toujours autorisé à vivre. Il porta la main à sa bouche grande ouverte, abasourdis. Son premier réflexe fut de tâter son corps à la recherche de blessure. N'en trouvant aucune, il se laissa aller à un soupir de soulagement mérité. Une brise souffla sur son torse et il accueillit cette fraîcheur bienvenue en fermant les paupières… L'éclairage brillait fort au-dessus de sa tête, se coupant parfois brusquement, parfois doucement. Surtout, cette lumière s'accompagnait d'une plaisante vague de chaleur… Ce phénomène étrange le poussa à rouvrir les yeux. Et découvrir le soleil derrière un nuage de fumée !

Il n'y avait plus de toit, plus de néons, même plus l'écho particulier qu'il trouvait seulement en ce lieu.

L'explosion avait éventré la passerelle, son toit et ses parois en métal avaient été soufflés pour donner à la superstructure une forme de bulle éclatée. De l'intérieur, les dommages étaient encore plus catastrophiques.

Là où le feu s'était éteint, d'énormes traînées noires maculaient les murs et les consoles de contrôle. La table numérique gisait en deux, brisée au centre par un morceau du toit, crachant des flashs bleutés en lieu et place d'images. Tous les appareils électriques hors de prix étaient détruits ou brûlés par des flammes encore vivaces à plusieurs endroits. La fumée qui s'en dégageait grimpait jusqu'au ciel ou étaient refoulées par le vent qui soufflait par la baie vitrée maintenant réduite en éclats.

Le capitaine se leva, cherchant à comprendre comment il avait survécu à l'inévitable. Il connaissait chaque membre de son équipage, aucun d'entre eux n'avait ce genre de Semblance. À condition que cette lumière en était une… Il avait l'impression d'assister à un tour de magie comme dans les contes pour enfants !

Il fit un pas en avant et s'effondra par terre, à bout de souffle. C'est à ce moment-là qu'il réalisa à quel point son corps tremblait, mélange d'adrénaline et de peur. Sa survie l'avait laissé en état de choc, un miracle difficile à accepter.

Il fouilla des yeux les décombres à la recherche d'autres survivants, mais n'en vit aucun. Étaient-ils prisonniers des gravats ou…?

Un bruit de verre cassé retentit de l'autre côté, et il se tourna vers la baie vitrée…

Et retint son souffle, désormais certain d'être mort.

S'intercalant entre la lumière et le capitaine se trouvait un fantôme. Un militaire de légende, déclaré mort au combat à Mountain Glenn…

— Co… Commandant Scharnhorst ?

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Le fantôme leva la tête à l'annonce de son nom. Il vit tout de suite le capitaine malgré les flammes et la fumée encore épaisse.

— Toujours vivant ? Vous êtes un sacré dur à cuire !

Il pénétra la passerelle, insensible aux flammes toujours persistantes qui léchait ses vêtement déchirés ou aux morceaux de verre sous ses pieds nus, et se précipita pour serrer la main du capitaine déboussolé. C'était irréel… Il était là, en enfer, avec un défunt Scharnhorst agissant comme si rien du chaos autour d'eux n'existait à ses yeux.

— Qu… Les infos vous disaient mort…?

— Je suis en mission spéciale. Pour les besoins de l'opération, on a dû me faire passer pour mort…

Le capitaine tomba à genoux, hagard entre les bras du héros disparu.

— Hé ! Restez avec moi. Comment vous sentez-vous ?

— Je… Je ne suis pas mort ?

— Pas encore que je sache ! Mais il va falloir qu'on s'active. La radio a l'air fichue, alors oubliez toute aide extérieure.

Le rescapé hocha mollement la tête. C'était un rêve… Il était en état de choc et son cerveau lui avait inventé l'apparition de ce type. C'était la seule explication logique… Pourtant, des indices laissaient penser le contraire… Son uniforme d'aviateur était en charpie et portait des marques de brûlures. On aurait dit qu'il était passé au hachoir, puis au barbecue… Des hallucinations ne pouvaient pas être aussi détaillées.

— Vous êtes… vraiment là ?

— Et comment ! J'ai eu de la chance, faut le reconnaître… (Il l'aida à se relever.) Et vous ? Comment avez-vous survécu à ça ?

— Je ne sais pas… Une sorte de lumière a bloqué le feu. J'ai jamais vu une telle Semblance…

— Une lumière, hein ?

Le regard du héros devint vague, mais il n'eut pas le temps de se perdre dans ses pensées car presque aussitôt les mains du capitaine s'agrippèrent à ses épaules.

— S'il vous plaît, on perd de l'altitude, il faut relancer les moteurs !

Hochant la tête avec un sourire inapproprié pour l'occasion, Scharnhorst laissa là le rescapé et s'approcha d'un ordinateur encore fonctionnel.

— Vous êtes un vrai héros, vous savez ? commenta le commandant. Pas mal de gens auraient cherché à sauver leur peau avant de penser à celle des autres.

— Ce vaisseau, c'est… un peu ma maison. J'ai toujours connu que ça… Je…je considère… mon… équipage comme ma famille…

— Vos hommes doivent vous adorer.

— Ma seule fierté en ce bas-monde… Alors ?

— Un instant…

Ses doigts tapèrent brièvement le clavier avant de s'arrêter à l'apparition d'un message sur l'écran fissuré.

— Hum… L'explosion a bousillé la plupart des systèmes du vaisseau. Les moteurs aussi. Les fusées de secours sont activées mais elles vont bientôt manquer de carburant. Il faut votre identifiant pour les réinitialiser, vous l'avez sur vous ?

— Toujours.

Le capitaine lui remit machinalement sa plaque d'identification qu'il portait d'ordinaire autour du cou. Il ne prit conscience de l'étrangeté de la chose que lorsque Scharnhorst la récupéra. Pourquoi un commandant avait-il besoin de son identification ? Les réglementations internationales permettaient à tous gradés du rang de major ou plus d'accéder aux systèmes de n'importe quel vaisseau, peu importe son Royaume d'origine…

Avec toujours cette réflexion en tête, le capitaine leva les yeux et croisèrent par mégarde ceux de Scharnhorst. Dans un silence révélateur, tous les deux surent alors que l'autre savait.

— Je vois…, lâcha Scharnhorst avec un sourire devenu malaisant. Qu'est-ce qui m'a trahi ? Ah… Les codes, hein ?

Le capitaine déglutit. Mais cette fois-ci, il ne détourna pas le regard.

— Qui êtes-voHEURG ?!

Un bruit affreux éclata dans la passerelle.

Le capitaine se pencha en avant et s'affaissa sur les genoux, les yeux exorbités sur le bras de Scharnhorst enfoncé jusqu'au coude dans son abdomen. Il ne sentait plus rien, sa colonne vertébrale était rompue en deux et pendait dans son dos, avec l'avant-bras de son tueur se mouvant entre ses omoplates. Il leva la tête vers le commandant. Un filet de sang coulait à la commissure de ses lèvres quand il voulut proférer une dernière parole, mais ses poumons perforés ne laissaient plus passer qu'un souffle d'air à peine audible. Seuls ses yeux parvenaient encore à transmettre une émotion, mais le meurtrier n'en avait cure. Sa main couverte de sang encore chaud remonta jusqu'au crâne de sa victime, ses doigts se refermèrent sur sa nuque et lui broyèrent les os. Scharnhorst dut mal s'y prendre car la lumière ne s'éteignit pas immédiatement dans l'esprit du capitaine, il eut le temps de voir une dernière fois les yeux du fantôme. Des yeux insensibles et impénétrables. Des yeux de mort. Comme ceux d'un Grimm…

Puis vint le néant.

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Scharnhorst extirpa son bras du corps sans vie de sa victime. Nulle once d'hésitation n'avait fait trembler sa main quand il avait frappé, et pas le moindre remord ne troublait sa conscience après-coup. C'était une simple question de logique. Nul ne devait savoir que Scharnhorst était toujours de ce monde.

Il fit jouer la plaque codée entre ses doigts et mémorisa la série de chiffres frappée sur le métal.

Maintenant qu'il avait le contrôle du Transporteur, il pouvait consulter les caméras de surveillance.

Comme il s'y attendait, aucun mort ne semblait être à déplorer. La Femme en Blanc était si prévisible… Où étaient-ils, d'ailleurs ? Les Quatre devaient s'être mis à l'ouvrage…

— Hé, il y a quelqu'un ? Aidez-moi, s'il vous plaît !

Scharnhorst fronça des sourcils, agacé par cette interruption. Il pouvait entendre des bruits sous les décombres. Comme il fallait s'attendre de Raptoria… Elle devait avoir dépensé toute son Énergie pour sauver chaque personne à bord. Au moins n'était-elle plus un problème…

Bientôt, d'autres voix s'ajoutèrent à la détresse générale, et Scharnhorst porta sa main à son holster, où reposait son revolver. Il était tenté de les éliminer, mais sa présence risquait d'être repérée par l'Homme en Noir. Tenant plus à la discrétion, il posa les yeux sur le corps encore chaud du capitaine à ses pieds…

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Le major dégagea une main des gravats qui l'ensevelissaient. Son torse était comprimé sous une plaque de métal si lourde qu'il étouffait ! Il se débattait pour grappiller quelques goulées d'air alors que des étoiles dansaient devant ses yeux. Quand bien même il ne fallait pas y penser, il ne pouvait empêcher la panique de l'envahir !

Si une quelconque divinité existait en ce monde, maintenant serait le bon moment pour se manifester !

Cette prière fut exaucée.

Des doigts saisirent sa main et il sut qu'il était sauvé ! Avec tout ce qui lui restait de volonté, il la serra aussi fortement qu'il le put pour faire comprendre qu'il était toujours vivant ! Il entendit une voix puis les doigts se défirent de sa main et il n'entendit plus rien.

Le major prit peur. Le silence paraissait si lourd que s'en était devenu terrifiant. L'avait-on abandonné là ?

Ce ne fut qu'au bout de longues minutes qu'il perçut des bruits près de lui. La lourde plaque de métal remua puis lui fut écartée du torse, permettant au major d'enfin respirer ! Des mains retirèrent le plus gros des gravats sur lui et une lumière - naturelle, cette fois - l'éblouit au point qu'il ne pouvait rien voir à l'exception d'une ombre aux contours floues. Son ange gardien, pour sûr. Ce dernier tâta son visage à la recherche de blessure. Le major repoussa les bras de l'autre et tendit son pouce pour indiquer son état. Son sauveur comprit le message et le saisit par les épaules. Le major fut traîné hors des décombres jusqu'en un lieu frais, mais plus lumineux encore…

On lui colla de force un masque et ses poumons aspirèrent goulûment l'air pur ! Il ouvrit les yeux, mais il lui était toujours trop difficile de voir clairement quoi que ce soit.

— Major, vous m'entendez ?

Le major hocha la tête. Il cilla plusieurs fois et laissa ses rétines s'adapter à la luminosité et à la fumée toujours irritante. Alors seulement il le reconnut. Sa voix n'était plus tout à fait la même, son teint pâle et ses vêtements déchirés étaient couverts de sang, pourtant il semblait aussi indemne que lui.

— Capitaine ?


Qrow et Raven reprirent forme humaine sur le toit du Transporteur en feu.

Le Huntsman n'arrivait à croire qu'il s'agissait du même vaisseau qu'ils avaient fuis quelques minutes auparavant. Il avait assisté de loin à la terrible explosion de Dust et ses os fragiles avaient bien failli être brisés par le souffle, mais maintenant qu'il se tenait sur cet amas de métal tanguant, l'étendue des dégâts se présentait à lui avec toutes les craintes qui s'ensuivaient…

Il dégaina son épée et il entendit sa sœur l'imiter derrière lui. Le vol forcé avait au moins permis à Raven de reprendre ses esprits. Pour l'héritière de la Tribu, l'accusation de trahison était un coup dur. Elle tremblait toujours sous le poids de ces mots. Qrow ne l'avait jamais vu dans cet état…

Gardant un œil sur sa sœur, il se pencha au-dessus du "cratère", en plein cœur de la fournaise, là où s'était trouvé Shykra. Il n'y avait que des flammes et du métal en fusion, dégageant une telle chaleur que des cloques apparurent sur sa peau, le forçant à reculer en se couvrant le visage avec son bras. Une secousse venant du cœur secoua l'épave tout entière, le puit infernal se mit à vomir une épaisse fumée noire et la gîte s'accentua. Les moteurs avaient certainement dégusté… C'était la technique préférée de la Tribu : aborder un vaisseau isolé, prendre tout ce qui avait de la valeur puis neutraliser les systèmes de propulsion et fuir pendant que le vaisseau s'écrasait. Ainsi, les forces envoyées à leurs trousses étaient obligées de secourir les survivants pendant que les bandits disparaissaient du radar… Shykra avait juste foiré l'ordre des choses… Mais cela voulait aussi dire qu'il y avait du monde en dessous. Taiyang devait pouvoir gérer une bande de bandits sans trop de soucis…

Mais où était Shykra ?

Son cousin était loin d'être un idiot. Il devait avoir profité de la double explosion pour se cacher. Ses yeux fouillèrent l'épave, attentifs à chaque mouvement suspect.

Bien-sûr, impossible de le repérer, mais cela ne signifiait pas pour autant qu'il avait fui le combat… Pendant qu'il profitait de quelques minutes de répit, son esprit s'intéressait à sa cheffe. Comment allait Summer ?

Qrow se tourna vers la passerelle. Bien que complètement dévastée, il aperçut des mouvements à l'intérieur. Ses occupants semblaient indemnes même s'il ne reconnaissait pas son manteau blanc. Sûrement allait-elle bien. Elle devait l'être… non ?

Il se tourna vers sa sœur et par une série de signes de la main, lui décrivit sommairement son plan.

Raven hocha la tête et commença à patrouiller en silence les ruines du toit, à la recherche de leur cousin. Pour sa part, Qrow priait pour qu'il ait la chance de le retrouver le premier et de l'achever au plus tôt…

Tous les deux tournèrent le dos à la fournaise et aucun ne vit la main puissante surgir des flammes et s'agripper à la coque déchiquetée, puiser dans cette poigne d'acier pour hisser le corps brûlé mais puissant de Shykra. Le membre de la Tribu se releva derrière Qrow et ses muscles gonflèrent quand il souleva son marteau pour frapper son cousin.

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Cette fois, Qrow fut le plus rapide.

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Le Huntsman se jeta en avant, évitant la masse qui manqua de lui briser le dos et d'un mouvement en demi-croissant, son épée grésilla dans la carlingue avant d'atteindre la chair, tranchant de bas en haut le bandit ! Shykra avait de bons réflexes, l'épée ne coupa que la peau de son torse mais laissa une profonde coupure de la mâchoire à la joue.

Qrow fronça les sourcils, déçu. Dommage qu'il n'ait pas atteint la gorge…

Le Huntsman prit de la distance face à son cousin et pointa son épée vers lui.

— T'as oublié que j'étais un Huntsman ?

Entendre sa propre réplique dans la bouche d'un traître fit hurler le bandit qui chargea une roquette dans son bazooka contondant.

— C'est PAs tON ÉPÉe quI va m'arrÊtER !

— Ce n'est pas une épée…

D'une torsion du poignet vers le bas, l'imposante épée de Qrow se rétracta vers le bas, laissant le champ libre aux deux canons sur la garde de faire feu !

Là encore, Shykra dut sa vie sauve à ses réflexes ! L'une des balles l'atteignit au-dessus de l'œil droit. Le sang gicla sur sa face, gênant considérablement sa vue.

Pris de rage, il leva son lance-roquette et visa Qrow, décidé à en finir avec ce traître ! Il n'avait même pas à s'inquiéter d'être pris dans l'explosion de sa propre arme, vu que cette pourriture se trouvait à une dizaine de mètres de lui !

Alors qu'il s'apprêtait à presser la gâchette, un éclair de lucidité lui traversa l'esprit. Son doigt se figea.

Une dizaine de mètres ?

Gamin, Qrow était déjà bon tireur. Jamais il n'aurait pu manquer sa cible à cette distance…

Oh…, lâcha-t-il dans un souffle alors qu'il tournait l'œil gauche vers la droite, incapable de voir avec l'autre à travers le sang, si ce ne n'était un mouvement, trop rapide pour être identifié correctement. Tout juste eut-il le temps de discerner une forme plus rouge que son propre sang.

Cela ne dura qu'une fraction de seconde, un instant infime, mais il sut. Il sut que cette fois, il n'y échapperait pas…

Personne n'était aussi doué à l'épée que Raven.


Dans les compartiments inférieurs du vaisseau, le cœur du Transporteur était sur le point de succomber. L'incendie menaçait la salle des machines et rien ne semblait capable d'arrêter la série d'explosions internes que provoquait le feu au contact de la Dust. Privés de courant, les hommes s'efforçaient désespérément d'accomplir à la force de leurs bras les tâches destinés aux machines. Des fumées asphyxiantes provenant de matières plastiques rendaient leur travail plus pénible. Ils ne pouvaient même pas ventiler l'intérieur, une eau huileuse coulait à travers les orifices des systèmes de ventilation. Pourtant, chacun tentait comme il le pouvait de relancer les machines. Leur survie à tous en dépendait.

Tous les circuits de communications étaient coupés, ils n'avaient aucune nouvelle de la passerelle de commandement. Personne ne savait s'ils étaient même toujours vivants là-haut.

— Place, tout le monde ! Dégagez !

Un soldat accompagné par trois matelots s'empara d'une lance d'incendie et durent jouer des coudes pour franchir la marée humaine et mettre leur équipement en batterie. Le soldat pointa le bec vers la base des flammes tandis qu'un matelot ouvrait l'arrivée d'eau.

— T'attends quoi ? Envoie la sauce !

— C'est ce que j'ai fait ! Y'a pas de pression dans les tuyaux !

Les malheureux ne pouvaient savoir que l'explosion avait détruit les canalisations d'eau. Sans succès, ils réclamèrent au téléphone que l'on fasse monter la pression. Aucune ligne ne fonctionnait plus. La gîte s'accentuait.

.

Taiyang se réveilla parmi le chaos, sonné comme jamais ! Il faisait noir comme dans un four et seul les étincelles des câbles arrachés l'aidèrent à s'orienter. Ça et le faisceau aveuglant d'une lampe torche pointée droit sur ses yeux…

— Bienvenue dans l'monde des vivants, jeunot, déclara le "Balai". Ça va ?

— J'ai connu des voyages plus sympa…

Le chef détourna sa lampe de son visage tandis que Falco et Stilts l'aidèrent à se relever.

— Hé Huntsman, rien de cassé ? demanda Falco.

— À part ma fierté ? Non, je crois pas…

— JE CROIS QU'IL EST INDEMNE ! hurla Stilts.

— Ah putain ! glapit Taiyang.

Ses oreilles carillonnaient comme à la foire et il tituba sur ses jambes. Bon sang ! La dernière fois qu'il avait autant eu la tête en vrac, c'était le lendemain de sa cuite avec Qrow quand ils avaient obtenu leur diplôme de Huntsmen…

— Ferme-la, Stilts ! Ah merde, c'est vrai qu'il entend plus…

— QUOI ?

— Oh putain ! En plus d'être sourd, il passe pour un con maintenant…

— Non, ça, il l'était déjà, rétorqua le "Balai".

— Pas faux.

— HEIN ? continua Stilts. MERDE, J'ENTENDS RIEN… J'AI LES OREILLES QUI SIFFLENT, UN TRUC DE MALADE !

— Et bah au moins, on pourra pas dire que c'est à cause de la b…

Pendant que les deux mécaniciens s'engageaient dans un dialogue de sourd, Taiyang se tourna dans la direction où se trouvait précédemment les pirates. Les ténèbres régnaient là, inviolées jusqu'à ce que la lampe du "Balai" ne perce le mystère.

— Les malheureux…

Cette section du couloir reposait maintenant sous un monticule de gravats et de fumée. Impossible de voir si tout l'étage s'était effondré sur eux, l'amas arrivait à hauteur de la taille et il était possible d'enjamber les décombres pour s'en assurer mais en tout cas, plus un bruit ne se faisait entendre de leur part. Taiyang lui-même était stupéfait du désastre qu'on lui présentait.

— Chef, j'ai raté quoi au juste ? demanda-t-il en se passant une main sur le visage.

— Sais pas. Ça a pété d'puis la passerelle jusque dans le magasin de Dust... Impossible de contacter quelqu'un mais j'sens qu'on est plus lourd à l'avant…

— C'est grave ?

— Ça veut dire que le vaisseau est ouvert en deux et peut se disloquer d'un instant à l'autre, expliqua Falco.

— Et encore, c'est pas le pire ! commenta sombrement le "Balai".

— QUOI LA QUILLE ? C'ÉTAIT LE DERNIER VOYAGE DU BALAI AVANT SA RETRAITE ?

— Stilts ? Ta gueule.

Un coulissement métallique attira l'attention de Taiyang. C'était le sas de l'ingénierie qui s'ouvrait…

— Ah ! Tu ferais mieux de fermer les yeux, jeunot…

Taiyang ne saisit pas à temps l'avertissement et fut ébloui par une brusque vague de lumière rougeoyante plus forte encore que la lampe torche !

— Vous foutez quoi, Chef ?! On a besoin de vous, là !

Le Huntsman reconnut un soldat de Vale, et derrière lui, découvrit un incendie incontrôlable ! Devant les flammes dansaient des ombres qui criaient des ordres inaudibles.

— J'arrive, j'arrive ! Fermez la porte !

Le soldat se retourna vers l'enfer brûlant et referma brutalement le sas, les plongeant de nouveau dans le noir. L'instant d'après, le vaisseau tremblait sous le choc d'une explosion.

— C'est la salle des machines ? s'exclama Taiyang.

— Ouais ! Quand on te dit que ça a pété, on mentait pas ! Hé, patron, z'avez des piles ? Je crois que la lampe est morte.

— C'est une rechargeable, crétin. Tourne la manivelle et t'auras du jus.

Taiyang prit peur pour son équipe. Il saisit son Scroll et examina l'indicateur de réseau. Il n'y avait aucune barre. Le grand rien. Même loin des côtes, le Transporteur devait être en mesure de capter le relais CCT de Vale.

— Et les lignes téléphoniques ?

— Laisse tomber, elles sont cramées.

— Bon… Je vais aller voir en haut ce qui se passe, déclara Taiyang.

— Attends ! On a besoin de toi ici. Il faut qu'on relance les moteurs au plus vite !

— Aah… Ok ! Qu'est-ce que je peux faire ?

— C'est l'esprit ! L'alimentation principale est désactivée, ce qu'il faut c'est utiliser les générateurs de secours pour redémarrer les moteurs ! Mais on arrive pas à les atteindre avec l'incendie à l'intérieur, on compte sur t…!

Les oreilles de Taiyang sifflèrent d'un coup et ses pieds quittèrent le sol. Il ne comprit pas ce qui se passait avant de voir le "Balai" et les autres voler dans les airs. Sa tête alla heurter le plancher de métal et des étoiles se mirent à danser devant ses yeux.

— On a perdu les fusées !

Le "Balai" s'était prononcé trop vite. Seuls quelques systèmes étaient tombés à court de carburant, mais le reste ne tarderait pas à suivre. Déjà, le vaisseau piqua du nez…

— Faut pas perdre de temps ! Jeunot, il faut…

Le chef de l'ingénierie se retourna pour expliquer son plan à Taiyang quand ce dernier entendit des claquements métalliques résonner parmi la fumée derrière eux. De l'autre côté des gravats.

Le Huntsman réagit au quart de tour ! Il donna un croche-patte à Stilts, qui entraîna Falco dans sa chute, tandis qu'il saisit le "Balai" et le plaqua au sol… Le plus délicatement possible, bien-sûr.

La lampe que tenait Falco se brisa par terre et plongea le groupe dans l'obscurité.

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Pendant une demi-seconde, le couloir devint silencieux, et subitement, les détonations d'armes à feu déchirèrent le voile d'obscurité.

Une volée de balles siffla au-dessus de leur tête ! Là où ils s'étaient tenus debout l'instant d'avant était la cible d'une multitude d'éclats et de ricochets tirés depuis l'autre côté de la barricade de débris. Contrairement aux espérances de Taiyang, certains bandits de la Tribu étaient encore en état de se battre !

— Dediou ! hurla soudainement Falco.

— QUOI ? demanda Stilts.

— J'm'en suis pris une dans l'cul !

— HEIN ?

— Laisse tomber et suis-moi...

Tandis que les deux mécanos rampèrent frénétiquement vers Taiyang et le "Balai" qui avaient trouvé refuge derrière la déformation d'une paroi pour éviter la mitraille. Le "Balai" jeta un bref coup d'œil hors de leur refuge et une balle ricocha près de son œil.

— Y'en a combien ? demanda Taiyang en faisant des moulinets avec son bras.

— Cinq pour sûr. P'ête bin sept… T'as 'besoin d'quoi pour nous en débarrasser ?

— Ne vous inquiétez pas pour moi, vous devriez aller vous réfugier dans l'ingénierie. Ils ne passeront pas si vous verrouillez les portes…

Mais le vieux ne l'entendait pas de cette oreille.

— Écoute-moi bien, espèce de petit branquignole, je m'occupais déjà de ce tas de ferraille avant que ton père ne joue la bête à deux dos avec ta mère !

— Ma mère nous a quitté il y a quelque jour, répondit Taiyang d'un ton sec

— Ah… Désolé, fiston. Mais j'pense pas qu'elle t'ait appris à tout faire tout seul, hein ? Alors j'répète : t'as besoin de quoi pour botter le cul de ces branleurs de chiens ?

Taiyang soupira, impressionné par la détermination du chef. Malheureusement, il ne put lui faire part de ses idées...

Il tourna brusquement la tête en attendant des bruits de pas arriver derrière eux et vit deux figures apparaître à travers la fumée. Il arma Celica Ember et pointa ses gantelets sur ces inconnus avant de se raviser en les reconnaissant…

— D'un bon coup dans les gencives…, déclara-t-il avec un sourire amusé alors qu'une idée germa dans sa tête.

.

James et Hood gravirent quatre à quatre les marches et tombèrent sur le râtelier, exactement comme l'Homme en Blanc l'avait indiqué. La majorité du matériel était déjà parti avec les soldats quand le branlebas de combat avait été déclenché, mais il restait encore quelques fusils et munitions. Hood saisit l'un d'eux et vérifia son état de maintenance. Satisfait, il passa la bandoulière sur son épaule et remplit ses poches de munitions. Il y avait aussi des grenades, le lieutenant en prit une pleine poignée. Il y avait une caisse remplie d'épées plus ou moins bien aiguisées. Hood ne songea même pas à s'en servir. L'armée atlésienne mettait l'accent sur le combat à distance, plus polyvalent et efficace qu'une épée qui ne pouvait servir qu'au corps-à-corps...

— Tenez, Commandant.

Il tendit à James un pistolet. Sa puissance d'arrêt était limitée mais son faible recul convenait pour un manchot.

— Vous n'avez pas besoin de me parler comme à un supérieur, Hood. Je n'ai plus de grade officiel…

— Qu'est-ce que ça change ?

Avec un sourire, le commandant accepta l'arme ; une fois prêts, ils étaient enfin en mesure de défendre le Transporteur.

— Merci, Lieutenant… Allons-y !

— À vos ordres !

Ils s'engagèrent sans crainte de se perdre. Ce modèle de Transporteur était également employé à Atlas et tous les deux avaient été entraînés sur de tels vaisseaux en cas de prise d'otages. Qui eut cru que ce genre de situation se déroulerait en leur présence ?

Hood nota que son supérieur ne prit pas le même chemin qu'à l'aller. Sans doute craignait-il que, maintenant armé, son second ne commette un acte irréparable en croisant les Quatre… Une sage décision. Lui-même ne savait pas s'il resterait maître de ses émotions…

.

C'est ainsi que les deux militaires rejoignirent Taiyang et le personnel de l'ingénierie réfugiés comme ils pouvaient derrière des débris. Ils pouvaient voir le couloir devant eux à moitié effondré mais illuminé de coups de feu.

— Couvrez-moi. Feu de suppression.

Hood obéit, il se dressa au milieu de la coursive et ouvrit le feu indistinctement sur tout ce qui pouvait sembler bouger de l'autre côté du rideau de fumée.

— Gaffe ! Sont armés ! entendit-on de l'autre côté.

Profitant du répit offert par le lieutenant, Ironwood s'approcha du Huntsman.

— Vous êtes blessé ?

— Rien de grave.

— Vous avez une idée de ce qui se passe ?

— Sur quoi ? Le vaisseau qui s'écrase ? Vale qui ne sait pas ce qui nous arrive ? Ou juste que la Tribu a décidé de s'emparer de notre vaisseau ?

— Mais c'est qu'il pourrait presque être drôle ! lâcha Falco.

— La Tribu ?! Bon sang, ce genre d'emmerdes ne peut pas s'arrêter à un moment ?

— QUOI DE LA COLLE ?

Décontenancé, Ironwood se tourna vers Stilts, cherchant à comprendre ce qui arrivait à cet ingénieur.

— Putain Stilts, ferme…! gronda Falco avant de se raviser. En fait, juste… Tais-toi. M'écoute pas.

James se retourna vers Taiyang, toujours dans l'attente d'une réponse.

— Je vous expliquerai… Le plus important pour l'instant, c'est de se débarrasser de ses types.

— Juste. Occupez-les ici pendant que nous les contournons. Avec l'effet de surprise, nous devrions…

— Pas le temps, vous avez des explosifs ?

Ironwood héla son second qui vida les dernières balles de son chargeur avant de rejoindre leur position.

— Oui ! Trois grenades !

— Parfait ! Passez-les moi.

Le militaire obtempéra, extirpant les engins explosifs de ses poches et les lui confia.

— Qu'est-ce que vous comptez faire ? demanda quand même James.

Taiyang sourit comme un gosse préparant un sale coup.

— Partir en Free'S Tai !

James ne comprit pas cette mauvaise blague. Mais ce n'était pas grave en comparaison de ce que fit le Huntsman : sous les regards stupéfaits de ses compères, il dégoupilla les grenades et les serra contre lui…


La plus redoutable Huntress de tout Vale avait parcouru la distance qui le séparait de Shykra à une vitesse qui dépassait ses estimations. Aveuglé par son propre sang et sa colère, il avait perdu de vue son environnement et de ce fait, il avait oublié les fondements mêmes des Huntsmen.

Cela lui coûta cher.

La lame lui perfora la bouche de part en part, entra par une joue, passa entre les mâchoires et ressortit par l'autre joue. Shykra hurla de douleur tandis que Raven fronça des sourcils. Elle avait visé l'œil pour atteindre le cerveau… Elle fit pivoter son poignet et voulut rediriger son katana vers sa cible initiale mais fut stoppée nette dans son élan. Les mâchoires serrées autour de la lame, Shykra lui expédia son poing en pleine figure. À cette distance, il ne la rata pas. Le choc fut violent pour Raven mais son Aura lui évita d'y laisser plus qu'une joue rougie. Shykra n'était pas de la Tribu pour rien, son coup bien placé la fit pivoter presque sur elle-même et la brusque torsion brisa la lame de Dust au niveau de la garde. Mais en dépit de sa douleur, le cerveau de la Huntress continuait de fonctionner à plein régime. Ses pieds glissèrent sur le métal jusqu'à trouver l'adhérence voulue, ses jambes stoppèrent son élan et dans la fraction suivant le coup de son cousin, Raven se retrouvait face à lui, la jambe droite pliée en avant et celle de gauche tendue en arrière pour maintenir le corps sur place, son buste à moitié accroupi et de profil pour bloquer la vue de l'adversaire quant à son angle d'attaque. Une position parfaite pour la Huntress qui rattacha la poignée de son sabre à son fourreau, actionna du pouce le barillet de Dust et sentit avec un plaisir indiscernable une nouvelle lame être enclenchée sous ses doigts. Avec une maîtrise parfaite, elle dégaina son sabre. Qrow la vit en action, et ne put retenir un sourire suffisant, un de ceux qu'il pensait avoir quitté en même temps que la Tribu… À ce stade, Shykra était déjà mort. Aucun Huntsman à Beacon n'avait jamais pu égaler la vitesse de frappe de sa sœur. Déjà, il baissa son épée, confiant quant à l'issue du combat.

Mais une nouvelle fois encore, les cartes étaient rabattues.

Comme dédaignant sa propre vie, Shykra se jeta sur le katana de Raven ! La lame en Dust de feu brûla sa chair au niveau de la hanche jusqu'à l'os, mais sans l'élan nécessaire, ne put le percer. Insensible à sa brûlure, il saisit le poignet de sa cousine pour la ramener près de lui et leurs visages se retrouvèrent face à face. Sous les yeux de la Huntress, ses dents se serrèrent autour du morceau de lame plantée dans la bouche et la brisa en morceaux. Le sang se mit à ruisseler de ses joues et de sa bouche. Mais c'était ce qu'il voulait.

Un jet ensanglanté aspergea le visage de Raven. Celle-ci, brusquement aveuglée, ne vit pas son cousin s'incliner en arrière… avant de lui expédier un coup de tête aussi puissant qu'inattendu ! Cette fois, l'Aura de la Huntress ne résista pas. Elle bascula en arrière, assommée… avant de frapper la carlingue de ses pieds pour récupérer son équilibre ! Les yeux rouges vibrant de rage, elle expédia un coup de tête aussi fort que celui qu'elle avait reçu et explosa le nez de son cousin ! Dans un instant d'hébètement, sa prise autour du bras de Raven se fit lâche et Raven se dégagea de lui.

Le visage désormais couvert de sang, celui paraissait désormais bien moins dangereux, mais ni Qrow ni sa sœur ne se laissaient avoir par cette impression. Il allait en falloir bien plus que ça pour l'abattre… À presque aucun moment cette enflure n'avait utilisé son Aura pour se défendre.

Mais si Raven était connue pour une chose, c'était de ne pas laisser une occasion passer !

Poussant un cri de guerre digne de sa Tribu, Raven frappa Shykra de toutes ses forces avec son sabre. En dépit de son état, Shykra para le coup et les deux armes s'entrechoquèrent dans un crissement éprouvant pour les oreilles !

Et un craquement se fit entendre.

Suivant l'écho du choc, la lame de Raven se fissura avant de voler en éclats, tout autour d'eux. Et cette fois, celui qui sourit fut Shykra.

Il leva son marteau et vit dans le regard de sa cousine une fatalité certaine. Il savait qu'elle savait. Il était le vainqueur de ce duel. Jamais Raven ne serait assez rapide pour armer son katana à temps, quant à Qrow, il l'entendait se mettre à courir derrière lui, mais à la distance où il se trouvait, il était trop tard pour qu'il intervienne à temps… Oh, il imaginait parfaitement le visage terrifié de son cousin, avec cette détresse dans les yeux alors qu'il tendait une main pour empêcher l'inéluctable… C'était le châtiment parfait pour ces traitres !

Avec cette pensée sadique en tête et le sourire qui s'accompagnait aux lèvres, Shykra fit basculer son marteau en avant, plongeant de plus en plus vite vers le crâne de Raven…!

Quand un cristal de Dust passa devant son œil.

Un instant, à mesure que le morceau tombait, il eut un aperçu dans son dos l'enfer du vaisseau se consumant dans les flammes mais… L'angle qu'offrait le cristal devait être trop faible car il n'y avait nulle trace de Qrow... Rien, à part ce point noir tordu qui dansait dans l'air, un peu comme… une plume de corbeau ?

L'instant suivant, une ombre bloqua le soleil au-dessus de lui. Il leva les yeux et cette fois, son sourire se figea dans la stupeur la plus totale.

C'était Qrow ! Passant dans les airs, une flasque d'alcool vissée aux lèvres. Comment et pourquoi furent les questions qui traversèrent l'esprit de Shykra, mais qui ne trouvèrent aucune réponse cohérente. Et pendant que son cerveau procédait toujours à cette surprise, Qrow lui cracha le contenu de la flasque sur le corps ! Le contact de l'alcool sur ses blessures causa un grognement au bandit, mais il en fallait plus pour l'abattre ! Et ça, Qrow le devinait bien.

Il saisit son épée et l'abattit de toutes ses forces sur Shykra ! Celui-ci para avec son marteau et dans le choc qui suivit naquit une étincelle.

Le bref éclat révéla un sourire chez Qrow, le même sourire que Shykra arborait quelques secondes auparavant. Il vit cette boule de feu miniature voler au gré du vent et descendre innocemment vers les pieds du bandit.

Et Shykra prit peur.

Ses yeux s'écarquillèrent en réalisant qu'il était fait ! L'alcool imprégnait en profondeur ses vêtements, sa peau, le sol à ses pieds, là où gisaient les morceaux de Dust… de feu.

S'il tentait de la chasser avec sa main, il n'aurait plus la force nécessaire pour contrer celle de Qrow. S'il faisait de même avec sa jambe, son équilibre serait compromis et le résultat serait le même : il était foutu !

Dans un dernier réflexe, il activa son Aura et retint son souffle alors que le point incandescent n'était plus qu'à quelques centimètres de la Dust.

— Game over, cousin, glissa Qrow.

.

Et la malchance advint. Et la balance pencha en défaveur de Qrow…

Une brusque bourrasque chassa l'étincelle des deux héritiers.

Et Qrow eut un soupir de lassitude alors que Shykra se tournait sombrement vers lui.

GAme OvER, TRAÎTRe.

— Bien dit.

Dans le dos de Shykra, un portail déchira l'air et laissa passer Raven, toujours armé de son katana à la lame brisée. Sans laisser le temps à son cousin, elle plongea sa dague improvisée dans son dos. Au contact de la chair, la Dust s'activa et Shykra s'embrasa comme une torche !

Ses hurlements furent horribles à entendre. Il se débattit, se contorsionna, se roula par terre pour éteindre le feu qui mordait sa chair. En silence, les jumeaux le regardèrent se débattre, impuissant, jusqu'à observer l'Aura de leur cousin se volatiliser dans une brume violâtre parcourue d'éclairs. Alors seulement Raven éteignit les flammes avec une lame de Dust d'eau.

— Te voilà cuit à point des deux côtés du visage, fit Qrow, pince-sans-rire. Je dois avouer que ça te va mieux.

FIls de PUte !

— Ouais. Notre mère était une pute. Mais elle au moins l'était par profession et non par envie, comme la tienne…

Shykra hurla de rage mais ne céda pas à son envie de lui sauter à la gorge. En dépit de sa fureur et de la douleur inimaginable, il le vit se tourner vers la passerelle de commandement avec un air… inquiet ? De qui pouvait-il se soucier ? Il n'y avait que des marins à la con là-dedans. Et aussi…

Ah… Je vOIs... NON seulement T'ES un TRAÎTRe mais TU es TOMbÉ AmOUreux d'UNE sAlope de HunTREss !

— La ferme.

TU auRai DU la vOIR TOMBER DANs le feu QUANd je lui AI BAlancÉ MA roQUETTe dans la GUEUle !

— Je t'ai dit de la fermer.

— Elle ÉTAIt sesPÉRÉe ! COMme sI Elle s'AttendAIt À ÊTRe sAUvÉe pAR sON pRINce chARmant !

Le sabre de Raven s'arrêta près de la gorge de son cousin.

— Donne-moi une raison de le faire. Une seule.

QUOI, tOI AUssi TU te la taPAIT ? Ça se PAssait COmment AU lit ? VOUs vOUs la faisIEZ l'un aPRÈs l'auTRE OU c'ÉTAIt un plan À TROIs ?

Sans prévenir, Raven lui enfonça le sabre dans la cuisse. Immédiatement, Shykra retint un hurlement entre ses dents serrées sous le regard sévère de sa cousine. Il pouvait s'estimer chanceux… Un peu plus à côté et c'était l'artère fémorale qui était touchée. Il savait aussi qu'il ne devait pas sa vie à un coup de chance, la Tribu adorait enseigner l'anatomie humaine avec l'aide de prisonniers…

.

Qrow plissa les yeux pour mieux discerner les rescapés qui s'étaient rapproché de la baie vitrée en morceaux. Parmi eux, il reconnut le capitaine du Transporteur.

Ce dernier le regardait en retour.

Un échange silencieux s'engagea entre les deux hommes et après une courte hésitation mais qui sembla une éternité, le capitaine tourna tristement la tête de gauche à droite…

.

Quelque chose se brisa chez Qrow.

Le souffle lui manqua brusquement alors qu'un gouffre béant se creusait dans sa poitrine. Il chancela sur ses pieds… Il avait l'impression de tomber… Ses yeux brûlaient, sa vision devenait brouillée. Non… C'était impossible… Il ne voulait pas y croire !

Et puis, il entendit un ricanement derrière lui. Un raclement terriblement déchirant pour les oreilles. Un son qui remua le Huntsman jusque dans les tripes, et ramena à la surface un passé depuis très longtemps refoulé.

— VOIlà… C'ESt ça ce QUE TU mÉRIte. COmme TOUs lES TRAÎTREs !

Silence.

Qrow se tourna lentement vers son cousin et Raven tressaillit. Son regard n'était plus celui de Qrow Branwen. Elle n'y lisait plus la détermination et le courage qu'elle reconnaissait d'habitude en lui. Dans ces yeux dévastés, elle ne trouvait plus que l'envie de meurtre la plus totale. Ce n'était plus Qrow Branwen auquel elle faisait face. Il était celui d'avant, celui qu'on avait battu pour sa couardise, forcé à commettre l'irréparable pour le briser et le reconstruire à l'image du reste de sa famille…

Il avait le même regard que leur père,

celui d'un meurtrier.

Il fit pas un mal assuré en direction de Shykra, comme un pantin, avec une démarche saccadée et hésitante, mais son épée bien en main…

Il en fit un deuxième mais pas un troisième. Car Raven s'interposa entre son cousin et son frère. Ce dernier semblait à peine la voir tant son attention était obnubilée par Shykra.

Pousse-toi, Raven, lâcha-t-il d'une voix graveleuse.

Raven prit un air sombre. Elle assura la prise de ses mains autour de son katana et déclara :

— Hors de question.


Réveille-toi.

Summer ouvrit les yeux au son de cette voix douce et croisa ceux de Raptoria.

Toutes les deux se tenaient dans un halo de lumière dont la rose de Summer en était l'épicentre.

Une fois encore, le cadeau de la Femme en Blanc s'était montré précieux pour la Huntress : sa chute dans les flammes avait entamés plusieurs pétales restants, le dernier brilla encore quelques secondes avant de se faner définitivement et de rompre le sort.

— Il faudra… t'offrir une nouvelle fleur, commenta l'Incarnation de la Création avec difficulté.

À mesure que Summer reprenait connaissance, son inquiétude gagnait en intensité devant l'état de plus en plus critique de sa tutrice. Le seul bruit qu'elle faisait en respirant était plus que préoccupant, sans évoquer son teint qui aurait fait paniquer n'importe quel médecin présent, mais le pire était le changement opéré chez ses yeux. Ils étaient tristes et fatigués, plus encore que lors de leur première rencontre… Il n'y avait plus d'éclat, plus d'émotion palpable. Ils étaient...

Dénudés de vie…

Cette pensée alarma Summer, comme si Raptoria ne devait pas exprimer une telle émotion. Ce trait était celui de l'Homme en Noir, pas d'elle !

— Vous allez bien ?

— Ce… n'est rien… Le vaisseau...

Quelque chose secoua le Transporteur avec une telle force que l'incarnation de la Création en fut renversée. Summer l'attrapa à temps pour empêcher sa tête de heurter le sol !

Raptoria avait le regard vitreux, mais tentait malgré tout de se relever… en vain... Confinée sans force entre ses bras, Summer ausculta son état. Raptoria présentait ce qu'elle avait vu des cours sur certains Huntsmen qui dépensaient plus d'Aura que leur corps n'était censé supporter. C'était grave, très grave ! Qu'elle réussisse à garder conscience tenait du miracle !

— Je dois aller chercher un docteur !

Raptoria saisit sa main, les yeux bleus plongés vers elle et tourna lentement la tête de gauche à droite. Sa détermination était admirable.

— Non… I… Il faut...

— Quoi ? Qu'est-ce qu'il vous faut ? s'empressa de demander Summer en tenant sa main entre les siennes.

Sa main était froide et elle dut serrer ses doigts pour que Raptoria y puise un peu de sa chaleur.

Elle trembla et tourna la tête vers le fond du couloir, ce à quoi Summer l'imita. Au loin, derrière des flammes qui léchaient les dalles du plafond, la Huntress discernait la forme courbée d'une écoutille.

— Il faut... réparer les moteurs… ou tout le monde va mourir...

— Non ! Si vous faites ça, c'est vous qui allez mourir !

Une violente explosion détonna plusieurs étages sous les deux femmes et le sol sous leurs pas en fut gauchi. Les couloirs vibraient et ondulaient. Le vaisseau se désagrégeait de plus en plus.

— Je ne peux pas… Mais toi si...

Summer écarquilla les yeux.

— Non… Je n'y arriverai pas !

Ce n'était pas une question de manque de volonté ou d'appréhension. Elle avait été entraînée par Ozpin. Elle était aussi capable que n'importe quel Huntsman. Mais ce que Raptoria demandait était au-dessus de ses forces !

— Même avec mes pouvoirs…! La glace ne peut pas supporter un tel poids !

— La glace... n'est qu'un des pouvoirs qu'une Maiden peut utiliser. Tous les éléments… se soumettrons à ta demande… Il faut juste…

Elle ferma les yeux et toussa. Mais c'était tout juste si cette simple réaction ne la fit perdre connaissance. Summer la sentait à travers ses mains, son corps se refroidissait malgré les flammes tout autour.

Au même moment, une énième détonation fit trembler le vaisseau, suffisamment proche cette fois pour que quelque chose tombe du plafond. Summer reconnut un rivet. Puis un grondement inquiétant résonna depuis la bouche d'aération au-dessus de leurs têtes…

Tout allait s'effondrer !

— Laisse-moi ici…, murmura Raptoria dans un souffle.

Et Summer retint le sien. Elle voulait la rassurer que son état n'était pas si grave mais elle ne pouvait pas se résoudre à lui mentir.

— V-vous ne pouvez pas mourir ! Vous… Vous êtes une Incarnation !

Raptoria ne répondit pas. Ses yeux n'arrivaient plus à rester ouverts.

Summer ne savait pas quoi faire ! Il fallait chercher un médecin pour Raptoria, mais la laisser ici revenait à la laisser mourir. Il fallait qu'elle garde conscience à tout prix !

— Vous avez promis de m'entraîner ! Vous… Vous… Vous devez revoir vos enfants ! C'est ce que vous m'avez dit à Mountain Glenn, pas vrai ?

Au grand bonheur de Summer, Raptoria réagit à ces mots. Mais pas de la façon qu'elle espérait. Elle fronça les sourcils, le regard confus. Il lui fallut plusieurs secondes pour répondre.

— Non… Je n'ai pas d'enfants…, avoua-t-elle dans un souffle, sans savoir si c'était pour l'expliquer à la Huntress, ou se convaincre elle-même.

— Si ! Rappelez-vous : vous disiez qu'ils vous attendaient…

— Non… C'était… une couverture… Je n'ai…

Elle ne termina pas sa phrase que les limbes s'emparèrent à nouveau d'elle et la plongèrent dans un coma dont Summer ne put la sortir. La Huntress prit peur et chercha son pouls. Dans la panique, elle n'était même pas sûre de sentir celui de la Femme en Blanc ou le sien !

— S'il vous plaît…, gémit-elle avant de fouiller frénétiquement dans ses affaires.

Rien de ce qu'elle disposait ne pouvait aider. Ses mains cherchaient, creusaient et déchiraient à la recherche d'un miracle…

C'est parce que je suis une Maiden, c'est ça ?

La discussion qu'elles avaient eu dans la Voûte lui revint en tête ! Raptoria avait dit que la Magie qu'elle utilisait faisait partie du Flux et les Quatre vivaient grâce à l'Énergie qui y circulait, alors…

Délaissant ses affaires, elle appliqua ses mains sur la poitrine de Raptoria et là…

.

Rien ne se produit. C'était trop beau pour y croire…

Comment pouvait-elle utiliser ses pouvoirs ? Comment les Quatre y arrivaient-ils ? Elle avait toujours utilisé la magie de glace de manière naturelle parce qu'elle croyait qu'il s'agissait de sa Semblance, mais ces dernières semaines avaient replacé ses connaissances au niveau d'une novice. Elle ignorait comment faire de même avec l'étendue de ses autres pouvoirs. C'était tout sauf simple ! Qui sait si elle ne risquait pas de brûler Raptoria ou d'endommager encore plus le Transporteur, ou bien…!

— Du calme. Du. Calme…

Elle inspira, expira longuement. Une fois suffit.

Elle était la leader de l'équipe STRQ, une Guerrière aux Yeux Argentés et une Maiden. L'Homme en Blanc avait vu juste en disant que ces titres étaient trop nombreux à porter seule. Summer n'avait jamais demandé tout cela. Elle voulait juste être une Huntress, mais elle avait bien appris avec le temps qu'être "juste" quelqu'un ne suffisait pas. Elle ne pouvait pas être juste une Huntress, elle devait être la meilleure de Beacon. Elle ne pouvait pas juste faire partie d'une équipe, elle devait en être la cheffe. Elle avait toujours été amenée à devenir plus qu'elle n'était. Par Ozpin, et maintenant par les Quatre...

Mais peut-être devait-elle voir les choses sous un autre angle. Si elle devait être celle qui sauvait Remnant des griffes de Salem, être une simple Huntress ne suffisait pas. Ces titres n'étaient pas que des poids, ils étaient aussi des récompenses aux défis qu'on lui avait donné… Et aujourd'hui, une nouvelle épreuve devait être franchie...

— La seule chose qui diffère entre Remnant et moi, c'est la connexion au Flux, hein ? murmura-t-elle en se rappelant des mots de Raptoria.

— C'est l'idée…

Avant même qu'elle ne réalise que ces mots n'étaient pas les siens, une main surgit du néant et se posa de force contre sa bouche ! Incapable de se défendre avec Raptoria dans les bras, Summer fut tirée en arrière. Elle sursauta en reconnaissant face à elle le visage sublime de Sélénée, mais avec une expression sérieuse, bien loin du masque malicieux qu'elle arborait d'habitude.

Sans échanger un mot, elle délaissa la Huntress et se pencha auprès de sa sœur toujours inconsciente malgré sa présence.

Un hurlement presque surnaturel déchira les tympans de Summer ! Un jet de flammes dégueula de la bouche d'aération et commença à dévorer le plafond. La chaleur combinée aux précédents dégâts creusa de larges fissures dans le plafond et firent céder les dernières structures porteuses…

— Ne bouge pas, ordonna Sélénée sans même y regarder, toute concentrée qu'elle était au chevet de sa sœur.

La Huntress retint un cri quand ses craintes se réalisèrent ! Dans un réflexe tout naturel, elle serra Raptoria entre ses bras et se pencha en avant pour la protéger le plus possible alors que le plafond céda avec fracas !

.

— On affronte pas le danger les yeux fermés, tu sais ? commenta l'Incarnation du Choix.

Summer entrouvit un œil prudent et manqua un battement de cœur ! À quelques centimètres des jambes de Raptoria gisait un bloc épais de métal ! Si Sélénée ne les avait pas tirées en arrière, Raptoria et Summer auraient fait partie des décombres…

— Ah~..., soupira Sélénée à l'attention de sa sœur, cette fois-ci. Je sais que la Vie te sera toujours plus importante que le reste mais tu devrais penser plus souvent à la tienne…

Son inquiétude fut contagieuse :

— Il faut lui chercher des secours ! s'exclama Summer. Je pensais pouvoir utiliser mes pouvoirs pour la soigner mais je ne sais pas comment utiliser l'Énergie comme vous !

Il y eut un soupir chez l'Incarnation du Choix.

— Ton idée est bonne… mais tu n'arriveras à rien en essayant comme ça. Ozpin t'a appris à utiliser la Glace comme si elle était ta Semblance. Pratique pour former quelqu'un à un domaine de magie en particulier, mais cela rend l'apprentissage des autres plus difficiles. Il va falloir forcer les choses...

— Dites-moi quoi faire alors !

Sélénée eut un sourire en coin.

— Recommence, mais cette fois… Tends une oreille à ce que je dis.

Summer reposa ses mains sur Raptoria et attendit les instructions.

— Ferme les yeux, et écoute.

Elle obéit et chassa les bruits de son environnement. Ce n'était pas une mince affaire… Elle pouvait entendre et ressentir les explosions qui réduisaient le vaisseau en pièces. Il fallut attendre pour qu'elle arrive à percevoir les battements saccadés de son cœur. Elle ne parvenait pas à ne pas penser à ses amis. Elle ignorait comment ils allaient… S'ils avaient besoin d'aide…

— Je sais à quoi tu penses. Laisse-les. Si ton équipe est aussi forte qu'on le dit, tu peux leur faire confiance, non ? Summer hocha presque à contrecœur. Elle se força à les chasser de son esprit et enfin capta pleinement le rythme régulier de son cœur.

— É. Cou. Te. L'Énergie est en toi. Elle fait battre ton cœur, fait circuler ton sang dans tes veines. Sens-la. Et rappelle-toi : sous la glace coule les rivières…

Summer écouta les mots de Sélénée et rechercha la sensation décrite en elle. Comme un mantra, elle répéta les derniers mots de l'Incarnation du Choix.

Sous la glace coule les rivières.

L'analogie de la glace trouva un cheminement en elle. Elle se força à visionner en elle cette idée de glace. En dépit de ses tentatives, elle ne parvenait qu'à imaginer une forme blanche sans contours. Alors elle se força sur cette représentation et sans le réaliser, le bruit de sa respiration devint lointain. L'écho de son rythme cardiaque se fit de plus en plus ténu. Et lentement, très lentement, un espace silencieux se construisit entre les battements distants de son cœur, jusqu'à... ce qu'il n'y ait plus rien...

Le monde autour de Summer disparut brusquement.

Sélénée, Raptoria… Le Transporteur en feu… Tout avait disparu. Mais Summer ne s'inquiétait pas, pas plus qu'elle ne s'étonnait du calme en elle qui contrastait avec son comportement précédent. Tout était noir ici. Tout, sauf la glace sous ses pieds. Elle ne pouvait dire s'il s'agissait d'un lac gelé mais elle savait que si elle regardait au loin, elle ne verrait que le noir et aucune limite à la glace. Comme hypnotisée, elle fixait intensément la glace, sentait le froid remonter dans ses jambes.

Sous la glace coule les rivières.

Ses yeux cillèrent et se portèrent à ses bras dénudés. Elle était nue ici, mais ne ressentait aucune gêne.

Sous la glace…

Elle oublia le froid et l'univers qu'elle s'était créée et se concentra sur sa chair. Elle pouvait voir les muscles se mouvoir sous la peau, les os, les tendons… C'était une mécanique parfaite… mais ce qu'elle voyait n'étaient que les rouages les plus visibles… les plus simples… Il y avait quelque chose de plus grand en dessous, et pour l'atteindre, elle plongea dans l'inconnu qu'abritaient ses veines…

coule les rivières…

La conscience de Summer fut happée par une force qui n'était pas la sienne ! Aspirée dans ces courants de vie, elle fut guidée jusqu'à la source. D'elle-même et de toutes choses…

.

Ce fut un frisson qui indiqua d'abord à Sélénée que Summer Rose avait trouvé la voie. Avec un sourire satisfait, l'Incarnation contempla les flammes être soufflées dans la coursive tandis que des serpents d'Énergie émanèrent de la Huntress et se mirent à danser, de plus en plus nombreux et intensément autour d'elle. Sélénée observa sans dire mot le phénomène, mais le cœur battant d'excitation ! Il y avait toujours quelque chose de particulièrement grisant à voir naître une Maiden…

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Summer sentit quelque chose d'étrange se produire en elle. Une sorte de chaleur réconfortante naquit en son cœur et se répandit à travers son corps. Elle le sentait comme une extension de soi-même, comme un organe ou un muscle qui avait toujours été là et qu'elle utilisait que maintenant tout en sachant instinctivement comment l'employer. Cette chaleur grandit et resplendit entre ses mains. Elle fut si forte que même derrière ses paupières closes elle pouvait voir ses veines s'illuminer. Pourtant, cette lumière ne l'éblouit nullement. Elle pouvait ouvrir les yeux, aucune souffrance ne l'empêchait de le faire. Elle ignorait pourquoi mais elle attendait. Et ce fut la voix de Sélénée qui la délivra de cette attente :

— Ouvre les yeux, Maiden du Printemps.

.

Alors Summer obéit,

et des flammes d'un blanc pur naquirent aux bords de ses yeux.