Contribution : Isa'ralia Faradien
Un UA plus long que les textes habituels, mais pas moins déprimant. TW : viol.
#35 - Traumatisme
Elle n'aurait jamais dû venir ici. Elle ne s'en rendait compte que maintenant. Une jeune fille seule sur une planète de seconde zone, aux sombres quartiers grouillant de délinquants et de criminels ? Très mauvaise idée. Mais la pression du ravitaillement du camp sommaire d'Ambria ne lui avait guère laissé de choix.
Elle était une apprentie Sith, nom de la Force !
Et pourtant… la voilà qui se retrouvait en très fâcheuse posture. Un homme, ses bras musclés recouverts de tatouages et son crâne en partie rasé, venait de la coincer dans une ruelle. Zannah avait usé toutes ses ruses verbales, et se retrouvait dos au mur - métaphoriquement et littéralement. Le recours à la Force était impossible, en raison d'un trop grand nombre de témoins retranchés dans cette ruelle, bien que la plupart planaient en raison de l'ingestion chronique de Bâtons de la Mort et autres épices.
- Allons ma jolie, laisse-toi faire…, souffla l'inconnu en la toisant de toute sa taille.
Son haleine puait l'alcool, et ses dents étaient en très mauvais état. Ses yeux injectés de sang la regardaient comme si elle était une succulente proie.
- Va te faire voir, répliqua sèchement la jeune Sith.
- Tss tss, ça ne marche pas comme ça ici… Mais ça ne fait rien, tu vas bientôt apprendre…
Zannah tenta de se glisser sur le côté pour lui échapper, mais l'homme la rattrapa par le bras gauche et la retourna violemment en lui plaquant le visage contre le mur sale.
Cette action signifia la défaite de l'apprentie Sith, et sa soumission aux pulsions sadiques de son violeur anonyme.
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L'entraînement au combat au sabre-laser avait pris une tournure autrement plus sauvage. Bane avait été habilement désarmé par Zannah, mais il avait refusé de plier, l'attaquant à mains nues et esquivant les doubles-lames qui continuaient de le viser. Il ne risquait pourtant que très peu de blessures, avec cette armure d'orbalisks le recouvrant désormais presque entièrement.
Habilement, il finit par arracher le long manche des mains de son apprentie et l'envoya s'écraser plus loin au sol. Avant que Zannah ne puisse invoquer la Force pour l'attirer de nouveau vers elle, elle fut forcée d'esquiver un coup de poing. Bane la saisit alors brusquement par le bras gauche et la retourna à la seule force de sa main.
La vision de Zannah se brouilla subitement. Son rythme cardiaque s'accéléra jusqu'à devenir parfaitement erratique, et une sueur froide coula le long de son dos. Un goût de bile remonta dans sa gorge.
- Arrêtez ça, lui ordonna-t-elle.
- Cela signifie-t-il que tu reconnais ta défaite ? répliqua Bane, inconscient de son trouble.
- Arrêtez ça ! cria-t-elle en tentant de se dégager de sa poigne.
Elle tourna la tête vers lui, mais distingua à peine le visage de son Maître. C'était comme si elle flottait dans une matière lourde, cotonneuse mais liquide à la fois, dont elle ne pouvait se dépêtrer.
Bane la relâcha, mais il garda sa main près du bras de son apprentie, la jaugeant d'un air interrogateur.
Zannah se massa machinalement le biceps douloureux après l'attaque, mais ses pensées étaient incohérentes. Cependant, elle se rendait compte que perdre pied ainsi était indigne de son rang.
- Quel est le problème, apprentie ? questionna Bane.
- Ce… c-ce… rien, Maître, balbutia-t-elle en baissant la tête.
- Regarde-moi dans les yeux, commanda-t-il.
Elle releva de nouveau péniblement le regard vers lui, mais la sensation de flottement et de peur ne s'était toujours pas dissipée.
- Si quelque chose vient troubler ton apprentissage, tu dois m'en parler, la sermonna-t-il. J'attends.
- Ce… n'est pas grave, Maître, je vous assure…
- Je t'ai donné un ordre, Zannah. Pourquoi as-tu réagi ainsi à cette prise d'immobilisation ?
Elle ne pouvait tout de même pas lui raconter ce qu'il s'était passé, quelques semaines plus tôt. Avoir été prise de court ainsi était indigne d'elle, indigne d'une Sith. Bane allait forcément la sermonner, voire la rejeter et sélectionner un autre candidat à sa place. Elle n'aurait plus qu'à fuir, ou à mourir de sa main…
- Zannah ? la pressa-t-il.
Prudemment, il posa sa main toujours en suspension sur l'épaule de l'adolescente blonde. Elle n'était clairement plus en état de réfléchir, autrement qu'en mode fataliste, et plus non plus en état de lui masquer l'ampleur de son trouble.
Mais il a posé sa main. Dans un geste d'invitation. De réconfort.
Se pourrait-il qu'elle soit à l'abri de représailles futures ? Elle parvenait à peine à l'envisager. Bane ne punissait pas abusivement, mais il était strict dans ses convictions et dans ses méthodes.
- Je… je suis désolée, Maî-maître… J'ai échoué…
- En quoi as-tu échoué ? Pas dans ce duel, en tous cas. Tu as montré de nets progrès.
- Je ne suis… pas d-digne de vous… Je me suis laissée… prendre par surprise. Récemment. Sur Bimmiol.
- Dans quelles circonstances ?
- Alors que je quittais le spatioport… un homme m'a interceptée. Je ne sais pas de qui il s'agit, mais il m'a coincée, dans une ruelle… Je n'ai pas pu riposter, car il y avait des témoins, alors il m'a… il m'a…
Le mot refusait de sortir. Tant qu'il n'était pas prononcé à haute voix, elle pouvait encore prétendre que cela ne s'était jamais produit, ailleurs que dans un cauchemar aux relents de réel.
- Je vois, commenta Bane.
Elle ne pouvait même plus supporter sa main sur son épaule. Elle avait honte. Et elle faisait honte à son Maître.
À sa grande surprise, Bane l'attira contre lui. Elle se retrouva plaquée contre son torse recouvert d'orbalisks. Il referma ses deux bras puissants sur elle, et baissa la tête jusqu'à ce que son menton se pose sur le sommet de la tête blonde de Zannah.
C'était sa manière de lui montrer qu'il ne lui en voulait pas… et de lui signifier qu'elle n'était plus seule. Ils restèrent un long moment enlacés, jusqu'à ce que la respiration de l'apprentie reprenne un rythme normal et que l'étourdissement s'estompe.
