Contribution : Isa'ralia Faradien
#37 - Une matinée mémorable
Les larmes qu'il avait retenues pendant que son père le rossait finirent par couler, des larmes chaudes inondant son visage violacé et gonflé.
« J'espère que tu vas mourir... mourir... mourir… »
.
La douce lumière du matin perça à travers la petite fenêtre de la chambre-logement des Heldane père et fils. Dess grogna doucement, et retrouva graduellement la sensation de son propre corps. Immédiatement, celui-ci lui renvoya des signaux de douleur, provenant d'un peu partout, mais surtout de son visage et de sa cage thoracique. Il tenta d'ouvrir les yeux, mais il ne parvint qu'à les conserver entrouverts, au milieu d'énormes gonflements.
Lentement, il se tourna pour se lever. Ses muscles le faisaient souffrir de sa précédente journée de travail, et ses côtes hurlaient de douleur – elles étaient, selon toute vraisemblance, cassées.
Assis sur le bord de sa couchette, reprenant difficilement son souffle, il faisait face à Hurst, étalé de tout son long sur sa propre couchette. Il dormait encore profondément de son sommeil d'alcoolique.
Dess soupira à la perspective de la journée de travail qui l'attendait malgré ses blessures, puis il décida de se tenir debout. Il chancela et se rattrapa de justesse au bord de sa couchette, étouffant un grognement de douleur. Il fit un pas, puis deux, s'éloignant peu à peu de son père ivre mort.
Soudain, une réalisation le frappa. Hurst ne ronflait plus.
Il tourna la tête vers lui, fronçant les sourcils – ce qui tira désagréablement sur son visage contusionné. Si ses yeux à peine ouverts ne le trompaient pas, il lui semblait que la poitrine de son père ne se soulevait plus.
Dess vint se tenir à côté de Hurst, et il posa une main sur la bouche de son père. Il ne sentait pas de respiration. D'une rapide prise de pouls au poignet, il confirma son pressentiment.
Hurst était mort.
Et tout ce que le jeune homme parvenait à ressentir face à cette perspective, c'était une joie incommensurable.
- Bon débarras, vieil homme, grommela-t-il au-dessus du cadavre du monstre qui avait hanté toute sa vie.
Son seul regret était de ne jamais avoir été suffisamment fort pour lui rendre, ne serait-ce qu'une fois, les coups qu'il lui avait infligés depuis l'enfance.
Texte extrait de la saga "Dynasties" (Chronique égarée n°15).
