Bonjour/Bonsoir !
Bon j'ai vu que je n'avais encore rien écrit pour présenter cette fanfiction, je le fais maintenant. Comme vous l'aurez constaté, elle est centrée sur les mangemorts.
Voilà bonne lecture et si ça vous plaît, n'hésitez pas à suivre, commenter ou ajouter en favori (soyons fous) !
Chapitre 2
Où donc est le printemps ? Endormi sous la nue
Le soleil ne luit pas ou brille sans chaleur,
Et dans les champs, la neige, aux arbres suspendue,
Tient la sève captive et dévore la fleur.
Au printemps qui ne vient pas, Antoine de Latour
Le lendemain matin, Aidlinn se rendit directement en classe d'histoire de la magie. Elle n'avait envie de croiser personne et préférait marcher à pas lents jusqu'à sa salle, seule dans ses pensées. Elle arriva la première et s'installa en milieu de rang, sa place habituelle. La salle dégageait une odeur de vieux parchemins et de poussière, les rideaux à moitié tirés plongeaient la pièce dans une confortable pénombre. Le calme fut troublé par les bruits de piétinements enflant dans le couloir. Peu à peu, ses camarades entrèrent à leur tour et s'assirent. Sylvia vint se poster près d'Aidlinn, mais avant qu'elle pût dire un mot, le professeur Binns traversa le tableau. La jeune fille était soulagée de ne pas avoir à affronter Sylvia. Cette dernière lui avait présenté ses condoléances, la veille au soir, mais elles n'avaient pas parlé après cela, Aidlinn ne pouvant se résoudre à échanger sur ce sujet. Binns, sans un regard pour eux, commença son cours. Le fantôme flottait tranquillement au-dessus du sol, effectuant quelques aller-retours devant le tableau tout en psalmodiant sa leçon d'une voix monocorde. Depuis le début de l'année, ils étudiaient les guerres des géants et avec un autre enseignant, peut-être le sujet se serait-il révélé passionnant, mais aujourd'hui, comme à chaque cours, une atmosphère lourde régnait dans la salle de classe. La plupart des élèves finissaient leur nuit, d'autres achevaient de rédiger leurs devoirs, fixaient un point dans le vide ou s'amusaient comme ils le pouvaient.
Tout cela était d'une rassurante monotonie pour Aidlinn et elle griffonnait sur son parchemin d'un air absent. A côté d'elle, Sylvia chuchotait avec Maria Stebbins, une sang-mêlé de Serpentard. C'était visiblement sa nouvelle confidente, puisqu'elle avait à peine adressé la parole à Aidlinn depuis la rentrée. En cet instant, cette dernière s'en moquait bien ; elle pensait à sa mère. Cette dernière avait toujours adoré l'histoire de la magie et avait toujours aidé Aidlinn à réviser pendant les vacances. Comment peux-tu comprendre le présent, si tu ne connais pas le passé de ce monde ? répétait-elle souvent. Désormais, plus personne n'aiderait la jeune fille à retenir les ennuyeux chapitres du professeur Binns.
En sortant du cours, Aidlinn fut surprise de trouver Rosier, adossé contre le mur. Son estomac se tordit d'une drôle de façon lorsqu'elle se perdit dans ses prunelles sombres. Le charme se rompit lorsqu'Avery la bouscula et se dirigea vers le sixième année. Ils échangèrent quelques messes basses puis Evan tourna les talons. La jeune Rowle suivit des yeux l'élégante silhouette de Rosier alors qu'il disparaissait à l'angle du couloir.
Le cours suivant était celui de potions - c'était toujours une leçon animée car les Serpentard le partageaient avec les Gryffondor. Le professeur Slughorn leur ouvrit la porte avec son habituel sourire avenant. Dans la salle emplie de vapeur, des rangées de chaudrons bouillonnants les attendaient ; au mur, brillaient une multitude de bocaux contenant toutes sortes d'ingrédients étranges : insectes, plantes, poudres et liquides colorés… Aidlinn alla se placer à côté de son binôme, un Gyffondor du nom de Richard Jones - de toute évidence un sang-mêlé -, mais qui était agréable et qui travaillait bien. Le professeur Slughorn leur ordonna de reprendre la préparation de la potion qu'ils avaient commencée avant les vacances.
— Comment se sont passées tes vacances ? demanda Jones tout en coupant ses racines.
Ils avaient l'habitude d'échanger quelques banalités pendant la classe, omettant le fait que leurs deux maisons s'appréciaient peu.
— Je… Je suis contente d'être de retour à Poudlard, et toi ?
Comment lui dire que cela avait été les pires vacances de sa vie ?
— C'est passé un peu vite. Je n'ai pas vraiment eu le temps de réviser pour les B.U.S.E.
Aidlinn avait eu le temps de réviser. Elle envia la vie trépidante que semblait avoir son camarade. Elle savait qu'il faisait partie de l'équipe de Quidditch et qu'il était très populaire parmi ceux de sa maison mais aussi chez les Serdaigle et les Poufsouffle. Richard était tout à fait le type de garçons qu'appréciait Sylvia. Aidlinn avait déjà entendu dire qu'il s'était battu avec plusieurs Serpentard, mais il s'était toujours montré sympathique envers elle.
Devant eux, Avery, installé aux côtés de son fidèle compère Mulciber, ne semblait pas vouloir laisser le cours se dérouler sans incident. Il sortit discrètement un pétard de sa poche et fit un clin d'œil à Aidlinn. Cette dernière jeta un coup d'œil anxieux à Jones à côté d'elle, il était heureusement penché sur son manuel. Edern se leva pour aller chercher ses ingrédients, de même que d'autres élèves. Un instant plus tard, le chaudron d'une fille de Gryffondor explosa. La pauvre fille se mit à hurler alors que des cloques vertes apparaissaient sur ses mains et son visage. Quelqu'un se décida à l'emmener à l'infirmerie, sous les rires de quelques Serpentard. Évidemment, lorsque Slughorn demanda ce qu'il s'était passé, un silence religieux s'abattit sur la pièce. Il y avait ceux qui ne savaient pas et ceux qui ne diraient rien.
— C'est encore ton ami, n'est-ce pas ? marmonna Jones alors qu'ils reprenaient leur préparation.
— Qui donc ?
Jones fit un signe de tête furieux en direction d'Avery.
— Je ne pense pas, dit Aidlinn.
Comme toujours, elle ne dirait rien, défendrait ses amis. Jones grogna et ne lui parla plus de l'heure. Il y aurait sûrement toujours ce fossé entre eux, Aidlinn n'y pouvait rien, elle était simplement dans le mauvais camp, comme ils disaient.
oOo
Rogue avait été finalement réintégré – Aidlinn ne trouva pas d'autres mots lorsqu'elle le vit en compagnie d'Avery et Mulciber. Il était assis à l'extrémité d'un des grands sofas verts de la salle commune. La bande rigolait à propos d'une Gryffondor : Mary MacDonald. Aidlinn ne savait pas ce qu'ils avaient fait à cette fille et ne voulait pas le savoir, elle avait peur de ne plus pouvoir les regarder en face après cela.
La jeune fille se posa à l'écart, déterminée à se concentrer sur son devoir de métamorphose. Les professeurs les surchargeaient de travail en vue des examens de fin d'année.
Donner et expliquer les principaux sortilèges de Disparition. Illustrer votre texte par des exemples.
Quelles sont les précautions à prendre quand on applique ces sortilèges aux animaux vertébrés ?
— Toujours en train d'étudier, Rowle ?
Dan Heston venait de se laisser tomber dans le canapé en face d'elle. Il avait un grand sourire et ses yeux verts pétillaient. Aidlinn sentit son visage s'empourprer.
— Qu'est-ce qui te met de si bonne humeur, Heston ?
— L'entraînement s'est vraiment bien déroulé ! Cette année, nous allons gagner la Coupe, c'est sûr.
Le mur gardant la salle commune pivota et bientôt le reste de l'équipe verte et argent débarqua. Éreintés, ils s'installèrent dans les fauteuils près du feu pour se réchauffer. Le regard d'Aidlinn fut attiré vers Evan Rosier, poursuiveur dans l'équipe. Il avait les joues rosies par le froid et les cheveux bruns ébouriffés mais, contrairement aux autres, il gardait une expression relativement neutre. Il disparut dans l'escalier menant aux dortoirs des garçons. Isaac vint s'asseoir à côté de sa sœur, il semblait fatigué, lui aussi, mais tentait de contenir sa bonne humeur, comme s'il aurait été indécent de se laisser aller à fanfaronner. Aidlinn aurait voulu lui dire qu'il pouvait se laisser aller, maintenant que Rosier n'était plus là. Il retira ses gants de cuir et ses genouillères. Son fère était attrapeur dans l'équipe depuis l'année dernière ; il s'en sortait bien, mais Aidlinn ne pouvait s'empêcher de détourner les yeux avec angoisse quand un cognard volait dans sa direction. Isaac jeta un coup d'œil à son devoir, pencha la tête en arrière et ferma les yeux, sans un mot. C'était sa manière à lui de passer du temps avec elle : il lui offrait une présence discrète mais rassurante. De l'autre côté, Heston était en pleine conversation avec Wilkes, batteur dans l'équipe, sur les techniques à adopter pour leur premier match de la saison. Dans un mois, ils rencontreraient Serdaigle, qui avait perdu face à Gryffondor. Les prochaines semaines promettaient d'être lourdes de tensions.
Aidlinn reporta son attention sur le devoir, lut la leçon de son manuel et se mit à écrire sur son parchemin, calé au-dessus d'un épais manuscrit.
Il existe plusieurs sortilèges de Disparition. Le plus utilisé est
Elle se rendit compte que le silence était revenu dans la salle commune. Isaac était toujours près d'elle, elle sentait son bras contre le sien. Heston était parti mais elle entendait Avery et Mulciber se chamailler. Levant les yeux, elle sursauta. Rosier était assis en face d'elle, jouant à faire léviter un pot d'encre. Des cernes creusaient son visage, le rendant plus dur encore. Severus Rogue observait le sixième année à bonne distance, la mine indéchiffrable. Finalement Evan abandonna son occupation et remarqua Aidlinn. Il haussa un sourcil :
— Tu n'as toujours pas fini ton devoir ? Besoin d'aide ?
Aidlinn, surprise, allait dire oui : travailler avec Rosier était une idée séduisante. Puis elle se rappela la manière dont il méprisait les faibles et ceux qui réclamaient assistance. La dernière chose qu'elle voulait était de passer pour une incapable devant lui.
— Non, ça ira, merci. J'ai presque fini.
Isaac choisit ce moment-là pour se pencher sur ce qu'elle avait déjà écrit.
— Ah oui, en effet, c'est presque terminé, la taquina-t-il.
Rodolphus débarqua dans la salle commune, vêtu de son uniforme scolaire, suivi de Wilkes, lui aussi propre et changé. Aidlinn se demanda s'ils s'étaient donné rendez-vous. Personne ne faisant plus spécialement attention à elle, elle en conclut qu'elle pouvait rester. L'aîné des fils Lestrange posa un exemplaire de La Gazette du sorcier sur la table basse.
— Vous avez vu les nouvelles ? Deux sang-de-bourbe en moins.
Sur la première page, on voyait la photo d'une petite maison de banlieue entourée de rubans de police ; au premier plan, un homme du ministère empêchait les badauds d'approcher, et au-dessus, un gros titre indiquait "Atroce tuerie : deux jeunes sorciers et leurs parents né-moldus retrouvés mutilés." Isaac se renfrogna.
— Une famille isolée ? Les choses ne vont pas assez vite.
— Pourquoi doit-on absolument terminer Poudlard avant de pouvoir nous engager ? Je ne supporte plus de rester là sans rien faire.
C'était Mulciber qui avait posé la question.
— Tu crois vraiment que tu pourrais être utile, avec ton dernier Troll en métamorphose ? remarqua Avery avec un sourire narquois.
— La guerre doit être gagnée au plus vite, nous sommes encore en sous-effectifs, observa judicieusement Wilkes. Pourquoi ils ne nous entraînent pas en-dehors de l'école ?
— Ils vont le faire, déclara abruptement Rosier. Rodolphus, tu n'as pas reçu la lettre ?
Les deux échangèrent un regard sombre.
— Moi aussi, je l'ai eue, intervint Isaac.
Par Merlin, de quelle lettre parlent-ils ? pensa Aidlinn.
— Je suis le seul à ne strictement rien comprendre ? demanda Avery.
Rodolphus répondit, sa voix grave résonnant dans le silence de mort :
— Ils nous convoquent. Nous sommes prêts à recevoir la Marque.
Aidlinn n'entendit pas le reste de la conversation, elle demeura abasourdie, à contempler ses mains pâles et tremblantes. Elle aurait dû s'y attendre, bien sûr. Son frère allait devenir un mangemort. Il allait se battre, torturer, tuer et risquer sa vie pour Lord Voldemort. Il allait devenir un criminel. Il avait été appelé et il ne lui avait rien dit. Tout le monde avait l'air de trouver cela parfaitement normal.
oOo
Le lendemain, Andrew Wilkes, un sourire aux lèvres, brandit une enveloppe au petit-déjeuner, un hibou grand-duc posé à côté de lui.
— Je l'ai reçue !
Il semblait sincèrement heureux.
— Crie plus fort, pendant que tu y es, gronda Rodolphus en jetant des coups d'œil autour d'eux. Ou attends, je sais, pourquoi ne pas aller la faire lire à Dumbledore ?
Ils savaient tous qu'Albus Dumbledore, farouchement opposé au Seigneur des Ténèbres, les avait à l'œil. Après tout, ils étaient tous de familles sang-pur et partisantes des idées du Seigneur des Ténèbres. Il ne manquait à Dumbledore et ses alliés que des preuves et à partir du jour où les garçons recevraient leur marque, il suffirait à n'importe qui de soulever leur manche pour les démasquer.
— Même s'il la lisait, il ne comprendrait pas, commenta Avery en lisant par-dessus l'épaule de Wilkes. Ça ne parle que d'une fête chez les Malefoy.
— Évidemment, qu'est-ce que tu croyais ? s'impatienta Rosier. Que tu recevrais un carton d'invitation écrit de la main du Seigneur des Ténèbres ?
Il avait murmuré ces derniers mots furieusement, visiblement agacé. Wilkes, tout à sa joie, ne fut même pas refroidi par le sarcasme de son camarade et s'apprêtait à ouvrir à nouveau la bouche quand Rodolphus l'arrêta :
— Pas ici, tu le sais.
Wilkes se ressaisit et regarda autour de lui d'un œil suspicieux. Il y avait peu de personnes à la table des Serpentard en cette heure matinale, mais il n'était pas question de prendre des risques.
Aidlinn ne comprenait qu'à moitié l'enjouement d'Andrew. Bien sûr, elle n'aimait pas les nés-moldus, ni les traîtres à leur sang et encore moins les moldus… Mais de là à être autant excité à l'idée de s'engager pour la guerre ? A l'autre bout de la table des Serpentard, Aidlinn surprit les yeux d'Isaac sur elle et le foudroya du regard. Elle était en colère contre lui, évidemment.
Lorsqu'elle quitta la salle pour aller à son premier cours, son frère la rejoignit en courant.
— Aidlinn, attends !
L'interpellée se retourna, les sourcils froncés :
— Quoi ?
— Écoute, je sais que tu m'en veux mais…
— Mais quoi ?
Agacée, elle jeta un œil dans le couloir, feignant l'indifférence.
— Je ne voyais pas l'utilité de t'ajouter du souci… Sans compter que ce sera ton tour, ensuite. Tu en es consciente ?
— Bien sûr, répondit Aidlinn.
Elle savait qu'un jour elle pourrait aussi aller lui proposer ses services, mais l'échéance semblait lointaine, incertaine, à peine plus consistante qu'une brume de mauvais augure. C'était comme si elle voyait la guerre derrière une vitre, à l'abri des projectiles ; bientôt, elle devrait entrer dans cette tornade détruisant tout sur son passage. Elle savait qu'alors il n'y aurait pas de retour possible, qu'elle serait aspirée dans la même tourmente qui avait englouti son père comme tant d'autres et qui menaçait Isaac. Sa vie changerait pour toujours, mais, au moment décisif, désirerait-elle conserver quelque chose de sa vie morne, sans couleur ? Peut-être pas.
